Prison de Carabanchel

La prison de Carabanchel était une prison espagnole située à Madrid. Connue officiellement sous le nom de Prison de la Province de Madrid, elle fut construite par le régime franquiste pour répondre aux besoins pénitentiaires de la ville, et resta en service pendant 55 ans. Elle se trouvait dans le quartier de Carabanchel (Madrid), entre la ligne 5 du Métro madrilène, et l'avenida de los Poblados.

HistoireModifier

ConstructionModifier

Sitôt la Guerre civile Espagnole terminée, le général Francisco Franco entreprit de construire une nouvelle prison. Avant que cette construction de la prison de Carabanchel ne soit décidée, les prisonniers politiques du franquisme s'entassaient dans la prison de Porlier, située rue Díaz Porlier. Dans cette perspective, le gouvernement franquiste fit l'acquisition de quelques terrains le 16 janvier 1940, pour une superficie totale de 200.000 mètres carrés, à 5,25 pesetas le mètre carré, dans la commune de Carabanchel Alto (qui était alors un quartier dans la banlieue de Madrid). Au total, le gouvernement déboursa 700.000 pesetas, soit 4207 euros environ, mais sachant qu'une peseta de 1940 équivaut à 0,008 peseta de 1999[1], il s'agirait plutôt de 525.885 euros (euro de 1999).

Les travaux ont commencé le 20 avril 1940 et ont été mené à bien grâce au concours contraint d'un millier de prisonniers politiques soumis à des travaux forcés. La construction se déroula sous la supervision des architectes en charge du projet, Vicente Agustí Elguero, José María de la Vega Samper et Luis de la Peña Hickman. Ils prirent comme modèle la prison Modelo (es) de Barcelone, et y ajoutèrent les toutes dernières innovations de l'époque. La forme en étoile du bâtiment rappelle également les établissements de santé comme l'ancien hôpital des travailleurs (es) dessiné par Antonio Palacios. Construit sur une structure en béton armé, le nouvel édifice présentait des éléments qui s'apparentaient au mouvement néo-herrerianiste (développé à la fin du XVIe siècle en Espagne), alors encouragé par l'idéologie officielle.

55 ans d'utilisationModifier

La prison fut inaugurée le 22 juin 1944 par le ministre de la Justice, le phalangiste Eduardo Aunós. Selon un article de la revue Redención publiée ce même jour, la prison était "un modèle du genre, pouvant accueillir 2000 prisonniers". Peu de temps après arrivèrent les premiers occupants de la prison. Néanmoins, les travaux continuèrent pendant plusieurs années, voire ne se terminèrent jamais en ce qui concerne une des quatre galeries prévues. Durant la dictadure franquiste, la prison de Carabanchel constitua une dernière demeure pour de nombreux suppliciés, comme José María Jarabo, accusé de quatre assassinats, et qui fut exécuté le 4 juillet 1959. En 1975, Xosé Humberto Baena Alonso, José Luis Sánchez Bravo et Ramón García Sanz, membres du Front Révolutionnaire Antifasciste et Patriote (FRAP) condamnés à mort, y passèrent leurs dernières heures, avant d'être exécutés à Hoyo de Manzanares lors de ce qui sera une des dernières exécutions perpétrées par le régime franquiste. De nombreux opposants politiques, comme le syndicaliste Marcelino Camacho, y ont aussi été emprisonnés, dans la troisième galerie dédiée aux prisonniers politiques.

Dans les dernières années du régime franquiste et les premières années de la Transition démocratique espagnole, Carabanchel connut diverses mutineries pour obtenir amnisties, réformes du code pénal, suppression de la loi de "dangerosité sociale", ou épuration parmi les fonctionnaires des prisons du régime.

CultureModifier

En 1984, Miguel Ríos lance sa chanson El Ojo del Huracán (L'œil du cyclone), laquelle traite de son séjour dans la prison de Carabanchel durant la période franquiste.

La même année furent tournées dans cette prison plusieurs scènes du film El pico 2.

En 1903 et 2005, au l'occasion de travaux sur la Vía Carpetana, des restes romains ont été découverts à l'endroit même de la prison. Il est possible qu'ait existé une ville romaine au niveau de ce souterrain.

Notes et référencesModifier