Principe (philosophie)

notion fondamentale qui doit être suivie et d'où découle d'autres choses

Le principe est un concept philosophique polysémique qui désigne ou bien une source, un fondement, une vérité première d'idées ou d'autres choses. On parle ainsi de la conscience ou l'âme comme principe de vie.

ConceptModifier

Chez les présocratiquesModifier

Les philosophes présocratiques s’étaient donné pour tâche de connaître le principe de toute chose, l’arkhè, principe premier[1]. Ils entendaient par là l’étude de ce qui était le fondement de l’existence de l’ensemble des réalités empiriquement observables, qu'ils réduisaient à des matières fondamentales (les quatre éléments)[2]. Le premier présocratique à utiliser le terme d'arkhè serait Anaximandre[3], quoique cela soit discuté[4].

Pour Théophraste, il s’agit d’un « axiome du raisonnement probable »[5]. Le principe est à la fois association et, pour ainsi dire, union intime entre eux des éléments intelligibles et des éléments physiques[6].

Chez PlatonModifier

Platon, disciple de Socrate, pense à son tour l'arkhè dans ses dialogues. C'est notamment le cas dans le Philèbe et le Timée, où Platon s'efforce d'identifier un principe suprême, premier, de l'être. Platon n'emploie toutefois jamais le terme d'arkhè[7].

Le principe le plus élevé, selon Platon, est l'Un, identique au Bien et au dieu[8]. Le Bien est la source de toute existence et de toute connaissance, il est lui-même supérieur à l'essence[9]. C'est la lumière qui éclaire les Idées et permet à l'âme de les contempler[10]. C'est le principe, au-delà de toute hypothèse, qui fonde en certitude toute science[11]. Sa beauté est au-dessus de toute expression[12].

Dans ses Définitions, pseudo-Platon définit le principe est la « cause première de ce qui est ».

Chez AristoteModifier

Le concept de principe connaît sa consécration philosophique chez Aristote, disciple de Platon, qui s'inspire de son maître mais propose un système philosophique différent. Dans sa Métaphysique, Aristote fait du mot principe (« arkhè ») ce par quoi une chose est, ce par quoi une chose change, ou ce par quoi une chose est connue. On peut alors parler d'un principe d'être, d'un principe de changement, ou encore d'un principe épistémologique[13].

Les principes sont par conséquent les causes premières. Selon Aristote, « la philosophie est la science des principes », dont la connaissance forme la sagesse[14].

Chez DescartesModifier

René Descartes admet que la philosophie soit la sciences des principes. Il cherche donc, pour pouvoir refonder la philosophie, identifier le commencement absolu, l'archè, de la discipline philosophique. Les Méditations métaphysiques permettent à Descartes de trouver ce principe[15].

Chez SpinozaModifier

Baruch Spinoza écrit à l'aune de la révolution scientifique de son temps. Plutôt que de chercher l'existence d'un principe, il cherche à identifier des lois et des proportions entre les objets physiques. Spinoza marque donc un éloignement de la tradition aristotélicienne[16].

Chez MarxModifier

Le principe apparaît chez Marx, dans le cadre de sa philosophie de la praxis. La praxis est, pour Marx, selon Jean Granier, le principe d'où procèdent les phénomènes[17].

Chez ArendtModifier

La philosophe allemande Hannah Arendt dans ses Considérations morales, a souligné l'importance de la signification double de l’arkhè dans la mesure où le principe du commandement ne nécessite pas de précédent : le chef est celui qui crée (en grec ancien : ποιέω / poiéō) le jugement souverain, autonome de toute « jurisprudence ».

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RéférencesModifier

  1. Francesco Fronterotta, La sagesse présocratique Communication des savoirs en Grèce archaïque : des lieux et des hommes, Armand Colin, (ISBN 978-2-200-27737-6, 2-200-27737-7 et 978-2-200-28869-3, OCLC 1225105828, lire en ligne)
  2. Christian Ruby, Histoire de la philosophie, (ISBN 978-2-348-04165-5 et 2-348-04165-0, OCLC 1158971092, lire en ligne)
  3. Jean-Paul Dumont, La philosophie antique: « Que sais-je ? » n° 250, Que sais-je, (ISBN 978-2-13-060989-6, lire en ligne)
  4. André Laks, Introduction à la philosophie présocratique, (ISBN 978-2-13-055663-3 et 2-13-055663-9, OCLC 300316017, lire en ligne)
  5. Eugène Thionville, De la théorie des lieux communs dans les Topiques d'Aristote, , « Alexandre d'Aphrodise », p. 91.
  6. Théophraste, Métaphysique, Livre I, 9-10.
  7. Christophe Rogue, Comprendre Platon, Armand Colin, (ISBN 978-2-200-25660-9 et 2-200-25660-4, OCLC 758372431, lire en ligne)
  8. Platon, La République [détail des éditions] [lire en ligne], 509b, 526e, 597b.
  9. La République, 509b.
  10. La République, 508d-e, 509a.
  11. La République, 511b, 533c.
  12. La République, 509a.
  13. Annick Stevens, Aristote : un fondateur méconnu, (ISBN 978-2-918112-86-0 et 2-918112-86-0, OCLC 1107042775, lire en ligne)
  14. Victor Cousin, De la "Métaphysique" d'Aristote: rapport sur le concours ouvert par l'Académie des sciences morales et politiques ; suivi d'un Essai de traduction du premier et du douzième livres de la "Métaphysique", Ladrange, (lire en ligne)
  15. Paule Monique Vernes, La révolution cartésienne, Presses de l'Université Laval, (ISBN 978-2-7637-8443-4 et 2-7637-8443-7, OCLC 123126834, lire en ligne)
  16. Étienne Balibar, Spinoza politique : le transindividuel, dl 2018 (ISBN 978-2-13-065239-7 et 2-13-065239-5, OCLC 1033673492, lire en ligne)
  17. Jean Granier, Penser la praxis., Presses Universitaires de France, (ISBN 2-13-036620-1 et 978-2-13-036620-1, OCLC 299355488, lire en ligne)