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Pridi Phonmayong

homme politique thaïlandais
(Redirigé depuis Pridi Phanomyong)

Pridi Banomyong
ปรีดี พนมยงค์
Illustration.
Fonctions
Premier ministre de Thaïlande

(4 mois et 30 jours)
Monarque Rama VIII
Rama IX
Prédécesseur Khuang Abhaiwongse
Successeur Thawal Thamrong Navaswadhi
Président du conseil suprême de l'État de Thaïlande

(3 ans, 11 mois et 19 jours)
Monarque Rama VIII
Prédécesseur Prajadhipok
(président du conseil suprême de l'État de Thaïlande)
Successeur Rangsit Prayurasakdi
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Ayutthaya (Thaïlande)
Date de décès (à 82 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Nationalité Thaïlandaise
Parti politique Forces thaïlandaises libres
Conjoint Poonsuk Banomyong (1912-2007)

Signature de Pridi Banomyongปรีดี พนมยงค์

Pridi Phonmayong
Premiers ministres thaïlandais
Régents de Thaïlande

Pridi Banomyong (Thaï : ปรีดี พนมยงค์ RTGS . Phonmayong [prīː.dīː pʰā.nōm.jōŋ][1]) , né le dans la province d'Ayutthaya en Thaïlande, et mort le à Paris en France, est un grand homme d'État.

En 1940, Pridi Banomyong écrit et réalise le film "The King of The White Elephant" (le plus ancien long métrage thaïlandais encore existant) pour condamner les invasions militaires passées, actuelles et à venir.

Il est le 8e Premier ministre de Thaïlande en 1946[2]. Son rôle marquant dans la construction de la démocratie thaïlandaise et ses succès lui valent d'être célébré par l'UNESCO en 2000 lors de son anniversaire centenaire.

Sommaire

BiographieModifier

Pridi Phonmayong est le second de cinq enfants, fils d'un marchand teochiu d'Ayuthia, chinois très bien intégré dans la société siamoise[3]. Il commence des études de droit en Thaïlande et obtient un diplôme qui lui permet d'être avocat.

1920-1927 : les études en FranceModifier

 
Pridi à l'Université de Caen

Pridi obtient une bourse du gouvernement pour étudier en France. En 1920, il va d'abord à Caen où il réussit un baccalauréat et une licence de droit. Puis il va à Paris et réussit un doctorat en droit en 1927.

À la même époque, il est très réceptif aux idées démocratiques et socialistes qui animent la société française.

Il fonde et préside l'Association des étudiants siamois en France.

Lors d'une réunion en février 1927 à Paris, il fonde avec six autres étudiants siamois (dont Plaek Phibun Songkhram (แปลกพิบูลสงคราม), un jeune officier ayant suivi les cours de l'école d'artillerie de Fontainebleau) le Khana ratsadon (คณะราษฎร) ou Parti du peuple dont l'objectif principal est de transformer la monarchie absolue en monarchie constitutionnelle[4]. Ce petit groupe de complotistes pensent qu'une révolution de masse n'est pas possible en Thaïlande mais qu'un coup d'État peut réussir à imposer leurs idées. Ils se nomment eux-mêmes les "Promoteurs" (ผู้ก่อการ).

1927 : le retour au SiamModifier

En 1927, Pridi Phonmayong retourne dans le royaume du Siam et travaille pour le ministère de la Justice. Il reçoit le titre nobilaire honorifique de Luang Pradit Manutham (Thai: หลวงประดิษฐ์มนูธรรม) et une chaire à l'Université Chulalongkorn. Ensuite il obtient un poste au département chargé de la rédaction des lois.

Pendant cinq ans, lui et ses camarades du Khana ratsadon (Parti du peuple) propagent les idées de Démocratie et Monarchie constitutionnelle et ils recrutent des partisans. Ils parviennent à gagner à leur cause des étudiants, de jeunes fonctionnaires civils mais aussi des officiers militaires de poids, non issus de l'aristocratie, comme les colonels Phraya Pahon Phonphayuhasena et Phraya Songsuradet.

La drôle de "révolution" ou coup d'État de 1932Modifier

Le 24 juin 1932, à l'immense surprise du pouvoir royal et de la population, la "révolution" est menée par un petit groupe de militaires (49 soldats) et de civils (65 hommes) [5]dirigé par le colonel Phraya Songsuradet qui neutralise, sans la moindre effusion de sang, la garde du palais et arrête les principaux princes du gouvernement alors que le roi Prajadhipok (Rama VII) se repose dans son palais d'été à Hua Hin.

De retour à Bangkok, le roi Prajadhipok, sage et bon joueur, accepte de coopérer avec les meneurs du Parti du peuple en indiquant qu'il avait lui-même déjà envisagé et prévu la mise en place d'une Constitution pour le royaume.

C'est donc la fin de 800 ans de monarchie absolue dont 150 sous la dynastie Chakri et le début de la monarchie constitutionnelle.

Pridi et Phibun entre tous deux au parlement dès 1933, à l'issue des premières élections au suffrage universel (qui inclue les femmes)[6].

Le nouveau régime est rapidement pris en main par les "promoteurs" militaires, autoritaires et conservateurs du Parti du peuple menés par Phibun. Les "promoteurs" civils, démocratiques, socialistes, communistes et révolutionnaires sont rapidement mis à l'écart des postes clefs. Ainsi, Pridi, le meneur des "promoteurs" civils, après avoir sans succès préparé un vaste programme socialiste de nationalisation, est peu à peu mis à l'écart : il doit par exemple, accusé d'être communiste, brièvement s'exiler en France le 12 avril 1933 mais toujours très populaire il peut revenir à Bangkok en septembre 1933; puis il fonde en 1934 l'Université Thammasat (inaugurée en 1937) sur le modèle de l'Académie des sciences morales et politiques française et est nommé ministre de l'intérieur : il démocratise la société thaïlandais en imposant l'élection d'un assemblée consultative dans chaque province et surtout l'élection d'une assemblée municipale dans les villes et villages disposant d'une certes limité mais réelle autonomie.

En 1935, Prajadhipok (Rama VII) est contraint d'abdiquer et son neveu Ananda Muhidol (futur Rama VIII), encore jeune enfant âgé de 10 ans vivant en Suisse, lui succède au trône.

De 1935 à 1937, Pridi est en voyage pour le ministère des affaires étrangères et il passe beaucoup de temps à l'étranger loin de la Thaïlande. Son ancien camarade Phibun, le meneur des "promoteurs" militaires, peu à peu s'impose comme premier ministre en décembre 1938 puis comme dictateur de la Thaïlande, admirateur du fascisme de Mussolini[7].

 
Pridi (à droite) en voyage en Europe en 1935

Les "promoteurs" civils de Pridi deviennent définitivement ennemis du dictateur Phibun lorsque celui-ci soutient ouvertement les impérialistes japonais et leur invasion de l'Asie.

1942-1944 : la résistance intérieur du Mouvement de la Thaïlande LibreModifier

Le 8 décembre 1941, l'armée impériale du Japon attaque l'Asie du Sud-Est ( Indochine, Malaisie).

En janvier 1942, le dictateur Plaek Phibunsongkhram, devenu maréchal, décide de collaborer avec les envahisseurs japonais et déclare la guerre au Royaume Uni et aux États-Unis d'Amérique. Pridi Phonmayong refuse de signer ces déclarations de guerre. Il est "mis au placard" et ne reste qu'au Conseil de régence du jeune enfant désigné comme futur monarque, Ananda Mahidol, qui étudie en Suisse.

 
Portrait de Pridi Phonmayong (Banomyong) à la fin de la guerre vers 1945

Pridi organise alors dans l'ombre avec l'aide précieuse d'Adun, le chef de la police, un réseau de résistance anti-japonais: le Mouvement de la Thaïlande Libre (Forces Thaïlandaise Libre / Free Thai Movement). Il est soutenu dans son combat par les communistes chinois et en 1944 par les alliés américains et britanniques. Ce réseau de résistance mène des opérations de sabotage contre les convois japonais et récolte des renseignements stratégiques. Il évitera à la Thaïlande d'être classée parmi les "vaincus" à l'issue de la Seconde Guerre mondiale[8].

En 1944, les japonais sont en train de perdre la guerre; Phibun perd le soutien d'une partie de l'armée; Phibun se trouve aussi mis en minorité par l'Assemblée nationale, qui rejette notamment son projet ruineux de déplacer une bonne partie des fonctions politiques et militaires de la capitale de Bangkok vers Phetchabun jugée plus facilement défendable et aussi un projet de loi instituant le service du travail obligatoire pour compenser les ravages de la malaria dans la main-d’œuvre. Pridi envoie comme messager Khuang Aphaiwong (Abhaiwongse) qui persuade Phibun de démissionner.

Les civils reviennent au pouvoir : Khuang Abhaiwongse, un libéral membre du parti Seri Thai, est nommé 1er ministre le 1er août 1944.

À la fin de la guerre, Phibun est arrêté par les alliés puis inculpé pour crimes de guerre.

Après la guerre, retour au pouvoir des partisans de PridiModifier

En décembre 1945, le roi Ananda Mahidol quitte la Suisse et retourne en Thaïlande. Pridi se retire alors du Conseil de régence . Il sert alors le gouvernement civil de Tawee Boonyaket et Seni Pramoj et aide à la reconstruction du pays.

En mars 1946, Khuang Aphaiwong démissionne de son poste de 1er ministre.

24 mars- 23 août 1946 : Pridi 1er ministre de ThaïlandeModifier

Pridi Phonmayong est alors nommé 1er ministre le 24 mars 1946.

Mais dès son premier mois de 1er ministre, les ennuis s'amoncellent : l'exportation en fraude de riz est massive; une partie des officiers militaires sont mécontents; le tribunal chargé de jugé Phibun pour crimes de guerre se déclare incompétent en vertu du principe de la non-réactivité des lois donc Phibun est acquitté et libéré.

Le 9 juin 1946, le jeune roi Ananda Mahidol (Rama VIII) est retrouvé mort dans sa chambre du grand palais, une balle dans la tête. C'est une immense stupeur qui frappent tous les thaïlandaises et thaïlandais quelques qu'ils soient. La thèse d'un suicide, grand tabou en Thaïlande, est vite écartée; la thèse de l'accident est très souvent refusée elle aussi ; la rumeur d'un crime organisé se propage et certains prétendent que Pridi pourrait être le commanditaire.

Sous fortes pressions, Pridi invoque des raisons de santé et il démissionne de son poste de 1er ministre le 23 août 1946.

Pibun saisit cette occasion pour reprendre patiemment le pouvoir. Il fait arrêter des suspects (le Sénateur Chaleo Patoomros, secrétaire du roi Ananda et deux des pages) dans l'affaire du possible assassinat du roi etc.

 
Statue de Pridi Phanomyong à l'Université Thammasat (le jour)

Le roi Bhumibol Adulyadej (Rama IX), n'a sans doute jamais pensé que Pridi pouvait être impliqué dans la mort de son frère Ananda (sinon il n'aurait sans doute pas pardonné un tel crime et n'aurait jamais permis la réhabilitation de Pridi Phonmayong dans les années 1990 et 2000, la création d'une fondation portant son nom à Bangkok, une statue le célébrant à l'Université Thammasat, et même des timbres-poste en son honneur en 2011 etc. )

1949 : Exil définitif de PridiModifier

En 1949, Pridi Phonmayong retourne en secret en Thaïlande pour préparer un contre-coup d'État avec le concours d'une partie de la marine contre le dictateur Plaek Phibunsongkhram. Mais il échoue le 26 février 1949 et doit s'enfuir en Chine. Il ne reviendra plus jamais en Thaïlande. En 1970, alors qu'il voyage en France, il décide d'y rester pour le restant de sa vie. De très nombreux étudiants thaïlandais viennent rendre visite au "père de la démocratie thaïlandaise" dans sa demeure d'Antony. Il meurt chez lui près de Paris le 2 mai 1983.

 
Statue de Pridi à l'Université de Thammasat (éclairée la nuit)


Notes et référencesModifier

  1. Prononciation en thai retranscrite selon la norme API
  2. Pierre Fistié, « Minorités ethniques, opposition et subversion en Thaïlande », Politique étrangère,‎ , pp. 295-323 (lire en ligne)
  3. Pierre Fistié, La Thaïlande, Presses Universitaires de France Collection Que sais-je?, , 128 p., p. Chapitre 2 La crise de la société siamoise Partie 2 Pratchathipok et les origines du coup d'Etat de 1932 page 72
  4. Arnaud Dubus, Thaïlande : Histoire, Société, Culture, La Découverte (éditions), , 224 p. (ISBN 978-2-7071-5866-6), p. La drôle de "révolution" de 1932 page 67-71
  5. Xavier Galland, Histoire de la Thaïlande, Presses Universitaires de France Collection Que sais-je?, , 128 p. (ISBN 2-13-048669-X), p. Chapitre 6 : du Siam à la Thaïlande Partie 2 Rama VII : le roi malgré lui page 99-101
  6. Eugénie Mérieau, Les Thaïlandais Ligne de vie d'un peuple, HD ateliers henry dougier, , 160 p. (ISBN 979-10-312-0445-1), p. Chapitre 6 Etre un thaïlandais en exil à Paris / Une inamitié parisienne à l'origine de la chute de la monarchie absolue au Siam pages 125 et 126
  7. « 1932 : de la monarchie absolue à la dictature », sur thailande-fr.com,
  8. « Pridi Banomyong, le grand homme politique thaïlandais du 20ème siècle (par Loris Curtenaz) », sur thailande-fr.com,

Liens externesModifier