Naufrage du pétrolier Prestige

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Volontaires nettoyant la côte de Galice après la catastrophe du Prestige
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Lieu du naufrage du Prestige

Le 13 novembre 2002, le Prestige, un pétrolier, construit par Hitachi Shipbuilding & Engineering au Japon en 1976, immatriculé à Nassau (Bahamas), en transit entre la Lettonie et Gibraltar, au large du cap Finisterre et près des côtes de Galice au nord-ouest de l'Espagne, lance un appel de détresse. Durant la tempête s'ouvre une brèche de 50 mètres dans son flanc droit dont la cause reste inconnue ; les témoignages des marins font supposer la collision avec un conteneur, un objet flottant ou une vague déferlante[1]. L'équipage est évacué le 14 novembre. Le 16 novembre, alors que plus de 5 000 tonnes de fuel se sont déjà répandues (polluant ainsi le littoral sur plusieurs dizaines de kilomètres), le gouvernement espagnol fait remorquer le pétrolier loin au large. Après plusieurs tentatives de remorquage vers le nord-ouest (pour l'éloigner des côtes) puis vers le sud (peut-être pour l'envoyer vers le Portugal), le 19 novembre 2002, le navire se brise en deux à 270 km des côtes de la Galice et coule par 3 500 mètres de fond. Pendant les opérations de remorquage, il a perdu de 5 à 10 000 tonnes de fioul lourd (sa cargaison est de 77 000 tonnes de fioul lourd). Le navire ayant de nombreuses fissures, le fioul continue de s'échapper, les estimations parlant de 125 t par jour au bout de 4 semaines.

Une gigantesque marée noire va souiller gravement les côtes de Galice, du Portugal, du Pays basque, des Landes, d'Aquitaine, de Vendée, et du sud de la Bretagne.

Le navireModifier

Prestige

Autres noms précédemment Gladys 1976-1988
Type Pétrolier simple coque
Histoire
Chantier naval Hitachi Shipbuilding & Engineering - Japon
Lancement
Statut Perte totale
Équipage
Équipage 1 roumain, 18 philippins, 6 officiers philippins et 2 officiers grecs (le commandant et le chef mécanicien).
Caractéristiques techniques
Longueur 243,5 m
Maître-bau 34,4 m
Tirant d'eau 14 m
Port en lourd 81 589 tpl
Tonnage 42 820 tjb
Propulsion Diesel lent B&W
Puissance 14 711 kW
Carrière
Armateur Mare Shipping Inc., société basée au Liberia dont les actionnaires sont une famille anonyme d'armateurs grecs.
Pavillon Bahamas
Indicatif C6MN6
IMO 7372141
  • Certificat d'aptitude à la navigation : délivré par une société de classification américaine, ABS (American bureau of shipping), après une inspection des extérieurs du navire mais pas des ballasts à Dubaï. En tout état de cause, le surveillant s’est contenté d’une inspection des extérieurs du navire, et a porté sur son rapport « NOT APPLICABLE » à l’égard de la visite des ballasts qui aurait été requise comme étant adjacents à des citernes équipées de réchauffeurs.
  • Affréteur : Crown Resources AG, société immatriculée à Zoug en Suisse avec un bureau à Londres, filiale du groupe russe Groupe Alfa.
  • Marchandise : pétrole russe chargé à Saint-Pétersbourg puis à Ventspils (Lettonie) à destination de Singapour avec probablement une escale à Gibraltar.
 
Côte souillée par la marée noire du Prestige

Le Prestige est un pétrolier de type Aframax, à simple coque. Sa capacité de 81 589 tpl est répartie en 14 citernes[2].

Historique du navireModifier

Initialement baptisé Gladys et enregistré au Liberia, le navire âgé de 12 ans est revendu en 1988, rebaptisé Prestige et passe sous pavillon des Bahamas. En 2002 son armateur est officiellement un armateur "mono - navire" (système qui permet de limiter les responsabilités financières à ce seul navire en cas d'accident) une société Libérienne dénommée Mare Shipping, qui en confie la gestion à un armement grec nommé Universe Maritime ltd, les deux sociétés étant contrôlées à travers une cascade de sociétés-écran, probablement contrôlées par la famille Coulothros[3], des armateurs grecs dont l'historique est entachée par deux marées noires majeures (Aegean captain ayant fait naufrage en 1979 suite à un abordage dans la zone Caraïbe et Aegean Sea, échoué, brisé en deux puis incendié en 1993 à la Corogne[4] en Galice espagnole). Il fait escale dans divers ports européens et est contrôlé quatre fois entre 1998 et 1999, avec, suivant les cas, de zéro à quatre déficiences mineures n'impliquant pas une immobilisation.

Pour situer les idées, la statistique générale est de 58% de constats de déficiences mineures mais seulement de 9% d'immobilisations pour les contrôles des autorités des États, à quoi s'ajoutent les contrôles dits de vetting des affréteurs (les compagnies pétrolières multinationales qui à partir des années 1980 ont abandonné la gestion directe de flottes pétrolières leur appartenant en propre).

À partir de 2000, le Prestige ne navigue plus guère mais est utilisé comme dépôt pétrolier flottant (Bunkering en anglais) , et afin de l'adapter à cet usage on soude sur sa coque au niveau du couple 71 une structure d'acier destinée à maintenir de grosses défenses du type yokohama. En 2001 il est réactivé et passe en grand carénage à Guangzhou en Chine. La réduction d'épaisseur des tôles et structures par corrosion est inférieure à 10%, et l'arrêt technique, d'une durée de 8 semaines et d'un coût d'environ 1 million de dollars, aboutit à remplacer 370 tonnes d'acier corrodé (principalement les 2/3 d'une cloison interne entre les citernes arrières et centrales). Le certificat de navigation est renouvelé mais ce pétrolier simple coque et déjà ancien, bien qu'en règle, n'est pas du goût des inspecteurs de Vetting des grands groupes pétroliers, ce qui le cantonne au transport de brut soufré (interdit en Europe) pour le compte d'un affréteur russe filiale d'Alfa Group. En raison des nouvelles normes (interdiction des pétroliers simple coque) son espérance de vie est de toutes façons limitée et son affrètement se fait à prix cassés (13 000 dollars/jour au lieu des 18 000 dollars/jour habituels)

Il appareille de Saint-Pétersbourg à mi-charge (51 000 tonnes) pour raisons de tirant d'eau, après avoir été de nouveau inspecté (sans déficiences constatées) par les autorités russes. La cargaison est ensuite complétée au maximum admissible (quasiment 77 000 tonnes) à Ventspils (Lettonie), puis après avoir fait le plein de fuel de propulsion au Danemark, il quitte le port de Keterminde le 7 novembre 2002 à destination probable de Singapour mais sans destination formelle et avec une escale théorique programmée à Gibraltar[5].

Les conséquencesModifier

 
Observation radar par le satellite Envisat de l'étendue de la marée noire.

Les dégâts sont considérables. La côte de Galice est fortement touchée, du pétrole a atteint l'Aquitaine (Arcachon), la Vendée et le sud de la Bretagne. Les pêcheurs, mareyeurs et cueilleurs galiciens sont sans travail. Des dizaines de kilomètres de côtes sont souillées.
Le fioul lourd est du même type que celui de l’Erika, moins toxique à court terme que l'essence ou le gazole, mais dangereux à long terme par la diffusion lente de ses composés, toxiques et cancérigènes, dans l'eau et les sédiments. Ce fioul est constitué d'hydrocarbures aromatiques (benzène, etc.) et notamment d'hydrocarbures polycycliques (HAP).
Le coût fut très élevé pour les Etats espagnols et français. D'autant que la situation du navire laisse présager que la pollution va durer longtemps (opération de réparation et pompage très délicates vu la profondeur).  Lors de l'arbitrage entre les assureurs et les Etats espagnols et français, ces derniers réclamaient respectivement 4.3 miliards d'€ et 67.5 million d'euros[6]. Les Etats furent déboutés de leurs demandes dans la mesure où les polices d'assurances étaient soumis à une clause d'arbitrage international.

Causes possiblesModifier

  • Collision avec un objet flottant entre deux eaux (conteneur ?).
  • Vague scélérate ?
  • Ballasts très corrodés notamment par l'utilisation de radiateur liquéfiant le fioul lourd en le réchauffant ?
  • Utilisation en citerne intermédiaire à Saint-Pétersbourg pendant plusieurs mois, avec des barges accostant à couple et ainsi fragilisant la coque ?

ÉmotionModifier

 
Monument en hommage aux volontaires venu aider à la suite de la catastrophe du pétrolier Prestige (Sculpteurs : Óscar Aldonza Torres et d'autres) - Commune de Galice O Grove, sur la Ría de Arousa (Rías Baixas).

Dimanche , à Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice, plus de 200 000 personnes manifestent, accusant d'incurie les gouvernements nationaux et régionaux, dans leur gestion de l'après accident du pétrolier Prestige. Le lendemain, le roi Juan Carlos se rend sur les côtes de Galice pour faire part de son émotion. Le 15 décembre, le chef du gouvernement espagnol, José María Aznar a d'ailleurs demandé publiquement pardon pour les erreurs commises pendant la gestion de l'après accident ; en effet, le navire étant en difficulté, il aurait été souhaitable (comme le demandait le commandant) de le remorquer dans une zone abritée afin de transférer sa cargaison. Le gouvernement Aznar a préféré tenter d'éloigner le plus possible le navire des côtes espagnoles. Évacué de l'épave avec les autres membres de l'équipage, le commandant du Prestige a été emprisonné pendant 85 jours (jusqu'au 7 février 2003), puis libéré sous caution[7]. La gestion de l'accident a déclenché une réflexion européenne sur la notion de « ports de refuge ».

Notes et référencesModifier

  1. Observations préliminaires sur l'origine des avaries du pétrolier Prestige, Association française des capitaines de navires (AFCAN)
  2. [PDF] Perte totale à la suite de l'avarie de coque du petrolier bahaméen Prestige survenue dans l'ouest de la Galice, - Bureau d'enquêtes sur les événements de mer, 13-19 novembre 2002
  3. « Luis Jar Torre - Prestige - Con toda la mar detrás », sur www.grijalvo.com (consulté le 14 janvier 2020)
  4. « Aegean Sea », sur Cedre (consulté le 14 janvier 2020)
  5. (es) Luis Jar Torre, « Prestige: Con toda la mar detras », Revista General de Marina,‎
  6. Voir décision "London Steam Ship Owners Mutual Insurance Ltd v. Kingdom of Spain and another" [2013] EWHC 3188
  7. Le commandant du Prestige enfin libéré (dossier Afcan)

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier

BibliographieModifier

  • Tourret, G., Verlet, G., Drevet, D., Parizot, B., Goussot, C., Sangnier, A., ... & De Marcellus, A. (2003). Perte totale suite à une avarie de coque du pétrolier bahaméen Prestige survenu dans l’ouest de la Galice (13-19 novembre 2002). Contribution provisoire au rapport d’enquête technique.
  • Moty, C., Kostrzewa, A., Harrabi, I., Ramaroson, H., Delarche, C., Reungoat, P., ... & Brochard, P. (2004)Évaluation de l’impact sanitaire des activités de lutte contre la pollution liée au naufrage du pétrolier Prestige : un exemple d’étude épidémiologique impliquant les médecins du travail et de prévention. Revue d'Épidémiologie et de Santé Publique, 52, 80. P3-10
  • Tocheport C (2004) La pollution pétrolière du Prestige: conséquences biologiques sur la faune et la flore et effets sur la santé humaine (Doctoral dissertation).
  • Barrouilhet V (2005) Pathologies et traumatismes liés à la pratique du Bodyboard: conséquences du naufrage du pétrolier Prestige sur la côte Aquitaine (Doctoral dissertation).
  • Weisbein J (2009). L'expertise profane en situation de crise. Les surfeurs dans l'épisode de la marée noire du Prestige In Journée d'études Risques sanitaires et environnementaux. Approches sociologiques, oct. 2009
  • Lengagne G & Quentin D De l'Erika au Prestige: la politique européenne de la sécurité maritime contrariée (rapport d'information déposé par la délégation de l'Assemblée nationale pour l'Union européenne, sur la sécurité maritime en Europe). Les documents d'information- Assemblée nationale (résumé Inist-CNRS)
  • Kostrzewa A, Moty-Monnereau C, Ramaroson H, Harrabi I, Viance P, Delarche C., ... & Brochard, P. (2005). Naufrage du Prestige: un exemple d’étude épidémiologique impliquant les médecins du travail et de prévention. Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement, 66(3), 210-218.
  • Itçaina X & Weisbein J (2011) Marées noires et politique : Gestion et contestations de la pollution du Prestige en France et en Espagne. Editions L'Harmattan.
  • Itçaina X & Weisbein J (2005) La marée noire du prestige au prisme des mobilisations de protestation en France et en Espagne. Politique européenne, (3), 196-199 (Lien CAIRN).
  • Fafet A, Benoît Y, Da Sila M, Bertoncini F, Durand JP, Ballerini D & Haeseler F (2004) Les pollutions marines par des fiouls lourds : quels outils analytiques spécifiques ? Océanis, 30(4), 461-477 (http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=20459641 résumé Inist-CNRS])
  • Fatta P (2004) Pollutions du Prestige et de l’Erika : deux crises aux enjeux différents, Revue Sud Ouest

Européen, n°17, pp. 61-77.