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Préhistoire du Brésil

Serra da Boa Vista (Minas Gerais) (en), où les archéologues ont trouvé de nombreux indices archéologiques

La préhistoire du Brésil couvre la période qui commence avec les premiers peuplements humains du territoire brésilien et qui s'achève à l'arrivée des colonisateurs portugais en 1500. Selon les datations les plus audacieuses, sources de controverses, le peuplement progressif du territoire brésilien aurait débuté il y a plus de 40 000 ans[1], voire 50 000 ans[2], et se serait poursuivi jusqu'à 12 000 ans avant le présent.

Depuis peu, des historiens, particulièrement brésiliens, préfèrent désigner cette période par le terme "précabraline", en référence au navigateur portugais Pedro Álvares Cabral (découvreur du Brésil en l'an 1500), plutôt que le terme "précolombien" (en référence à Christophe Colomb). Ils considèrent en effet l'appellation "préhistoire" comme eurocentrique ou anachronique. De même, bien que la préhistoire traditionnelle soit subdivisée dans l'Ancien monde en Paléolithique, Mésolithique et Néolithique, plusieurs préhistoriens du continent américain utilisent plutôt les divisions géologiques de Holocène et Pléistocène, plus pertinentes en Amérique.

HistoriqueModifier

 
Peinture rupestre précolombienne, dans le Pará
 
Vase de "cariátides", pièce ancienne trouvée à Santarém (Amazonie)

L'archéologie est en zone tropicale rendue difficile par une biodégradation accélérée des artéfacts de bois, notamment en zone de jungle, où en outre la végétation recouvre rapidement les constructions humaines. Le climat, les fortes pluies et les inondations rendent plus difficiles les campagnes de fouilles et de sondages.

De plus les vestiges laissés par de nombreux peuples premiers de la forêt amazonienne sont beaucoup moins durables et monumentaux que ceux des peuples andins ou de la côte pacifique.

Les archéologues doivent dont utiliser d'autres indices et s'appuyer sur l'écologie historique amazonienne et notamment sur l'étude de la flore actuelle et des microfossiles tels que charbons de bois, pollens et phytolithes qui révèlent a posteriori un certain nombre d’occupations humaines et de domestication de végétaux. L'archéologue fait aussi appel à l'anthropologie de la nature, la botanique, l'ethnobotanique, l'écologie du paysage, l'ethnohistoire...

Le premier scientifique à avoir trouvé des indices archéologiques au Brésil fut le danois Peter Wilhelm Lund. Après ses découvertes, entre 1834 et 1843[n 1], d'ossements humains à Cerca grande (dans la région de Lagoa Santa où fut mis au jour le squelette Luzia en 1974-1975), Peter Wilhelm Lund défendit la présence d'hommes au Brésil en opposition avec le catastrophisme, théorie dominante dont Cuvier était partisan. On peut constater que longtemps ses résultats n'ont pas été bien accueillis par la communauté scientifique.

Au XIXe siècle, des scientifiques ont trouvé des sambaquis (batîs de coquilles) sur le littoral brésilien. Quelques chercheurs ont défendu l'origine humaine de ces sites, alors que d'autres les expliquaient par des phénomènes naturels. Le Museu Paulista envoya alors un groupe d'archéologues pour enquêter sur les sambaquis. Ces derniers ont alors conclu que ces bâtis étaient en effet des vestiges archéologiques.

L'Amazonie a beaucoup été explorée entre 1880 et 1900. Durant cette période, les archéologues y ont découvert des pièces de céramique marajoara. Entre 1926 et 1929, l'historien J. A. Padberg-Drenkpohl a réalisé des fouilles dans Lagoa Santa pour y chercher de nouveaux vestiges.
Après 1950, de nombreux vestiges ont été mis au jour au Brésil. Quelques traces archéologiques des Sambaquis du Paraná ont été rassemblées par l'allemand Guilherme Tiburtius. Au même moment, Clifford Evans et Betty J. Meggers ont fait de grandes découvertes en Amazonie.

Aujourd’hui, bien que limités en nombre, plusieurs cursus d'archéologie sont dispensés dans les universités brésiliennes.

Des bases de données telles que celle du réseau Atdn (Amazon Tree Diversity Network[3]), qui recouvre une grande partie de l’Amazonie [sensu lato] grâce à laquelle Levis et al. ont pu en 2017 montrer, à partir de l'étude des espèces d'arbres d'une millier de parcelles inventoriées par les botanistes, sur le grand ensemble amazonien, que l’influence humaine précolombienne est encore de nous jours visible sur la végétation via l’abondance d’espèces plus ou moins domestiquées ou favorisées dont l'arbre donnant la noix du Brésil (Bertholettia excelsa), le cacao (Theobroma cacao), le caoutchouc (hévéa, Hevea brasiliensis), le roucou (Bixa orellana), et de nombreuses palmiers (Euterpe oleracea, Oenocarpus bacaba notamment). Néanmoins le degré d'anthropisation de la jungle n'es pas tranché pour l’ouest amazonien où les amérindiens de la période préhistorique pourraient n'avoir modifié la forêt que localement et près des fleuves, et non les zones d'interfluve, notent Piperno et al. en 2015[4] et 2017[5] ; ou encore Watling et al. en 2017 [6]. En outre dans les années 2010, le choix des espèces indicatrices d'antrhopisation et leur degré de domestication par l'homme fait aussi encore débat pour l'Amazonie[7] (les singes ou d'autres espèces impliquées dans la dispersion des graines ont aussi pu influer sur la répartition de ces espèces, d'arbres tout particulièrement).

 
Migrations humaines et ADN mitochondrial (datations en milliers d'années avant le présent) d'après Douglas Wallace (1998)

Le peuplement du territoire au Pléistocène supérieurModifier

Aujourd'hui, plusieurs théories sont proposées concernant le peuplement du territoire brésilien, et plus largement du continent américain. La théorie traditionnelle depuis les années 1950, axée sur la culture Clovis, faisait l'hypothèse que l'homme avait traversé le détroit de Béring pour arriver en Amérique vers 12 000 ans avant notre ère. Cependant, de nombreux résultats de fouilles effectuées au Brésil et dans d'autres pays du continent ont remis en question cette idée.

Au Piaui, par exemple, les spécialistes ont trouvé un fossile du parasite humain Ankylostoma duodenale de 7 750 avant notre ère, qui n'aurait pas pu survivre à la traversée d'une région aussi froide que l'Alaska. Dans les états de Minas Gerais, de Bahia et de São Paulo, des vestiges ont été datés entre 12 000 et 25 000 ans, comme sur le site archéologique Alice Boër[8]. Enfin, on a mis au jour un abri humain sur le site de Pedra Furada (Piauí), dont les foyers ont été datés entre 55 000 et 60 000 ans (procédé de datation ABOx-SC) et les artefacts de 35 000 à 48 000 ans (datation carbone 14 traditionnelle).

HolocèneModifier

Kuhikugu (1300 av. J.C. – 1500)Modifier

Kuhikugu est une cité récemment découverte par des fouilles archéologiques au sud de la forêt amazonienne, plus précisément dans le Parc indigène du Xingu[9] par l'archéologue Michael Heckenberger. Cette cité de Kuhikugu semble avoir été un grand complexe urbain avant l’arrivée des européens au Brésil (en 1500)[10]. Les travaux archéologiques montrent que les habitants de Kuhikugu avaient construit des fortifications, des tranchées et des routes. Les archéologues ont estimé que la ville a pu accueillir jusqu'à 50 000 habitants[11].

Les indiens cultivaient la manioc (tupi ancien : mani’oca).

La disparition de cette population est due à l'introduction des maladies véhiculées par les Européens.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • (pt) Identidades, discurso e poder : estudos da arqueologia contemporânea, sous la dir. de Pedro Paulo A. Funari, Charles E. Orser, Solange Nunes de Oliveira Schiavetto, São Paulo, Annablume, 2005 (ISBN 85-7419-514-6).
  • (pt) Antes de Cabral : Arqueologia Brasileira I-II, sous la dir de Walter Alves Neves, dans Revista USP, 44(1-2), Universidade de São Paulo, 1999-2000, 2 vol. (ISSN 0103-9989).
  • (pt) Pré-história da Terra brasilis, sous la dir. de Maria Cristina Tenório, Universidade Federal do Rio de Janeiro, 1999 (ISBN 85-7108-215-4)
  • (pt) Alexander Wilhelm Armin Kellner, Cibele Schwanke et Diógenes de Almeida Campo, O Brasil no tempo dos dinossauro [exposition], Rio de Janeiro, Museu Nacional, 1999 (ISBN 85-7427-002-4).

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Les découvertes de Peter Wilhelm Lund ont été publiées dans une lettre de 1842 à l'Instituto Histórico e Geográfico Brasileiro, sous le titre de « Sobre a antiguidade do homem de Lagoa Santa » (« Sur l'antiquité de l'homme de Lagoa Santa »).

RéférencesModifier

  1. [Prous 1992] (pt) André Prous, Arqueologia brasileira [« Archéologie brésilienne »], Brasília, éd. Universidade de Brasília, , sur leiaarqueologia (ISBN 85-230-0316-9, lire en ligne). Cité par (pt) Tatiana Costa Fernandes, Vamos criar um sentimento ?! Um olhar sobre a Arqueologia Pública no Brasil [« Créons un sentiment ! Un aperçu sur l'archéologie publique du Brésil »] (Mémoire de Master du 13 mars 2008 sous la dir. de Fabiola Andrea Silva), Museu de Arqueologia e Etnologia da Universidade de São Paulo, , 211 p., sur br.123dok.com (présentation en ligne, lire en ligne), p. 186-188.
  2. « Site du Parque Nacional Serra da Capivara »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur fumdham.org.br (consulté le 15 mai 2019).
  3. « Amazon Tree Diversity Network », sur atdn.myspecies.info (consulté le 15 mai 2019).
  4. [Piperno et al. 2015] (en) Dolores R. Piperno, Crystal McMichael et Mark B. Bush, « Amazonia and the Anthropocene: What was the spatial extent and intensity of human landscape modification in the Amazon Basin at the end of prehistory? », The Holocene, no 25,‎ , p. 1588–1597 (lire en ligne [sur researchgate.net], consulté le 15 mai 2019).
  5. [Piperno et al. 2017] (en) Dolores R. Piperno, Crystal McMichael et Mark B. Bush, « Further evidence for localized, short-term anthropogenic forest alterations across pre-Columbian Amazonia », Pnas (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America), no 114,‎ , E4118–E4119 (DOI 10.1073 / pnas.1705585114, lire en ligne [sur pnas.org], consulté le 15 mai 2019).
  6. [Watling et al. 2017] (en) J. Watling, J. Iriarte, F.E. Mayle, D.P. Schaan, L.C.R. Pessenda, N.J. Loader, F.A. Street-Perrott, R.E. Dickau, A. Damasceno et A. Ranzi, « Impact of pre-Columbian “geoglyph” builders on Amazonian forests », Pnas (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America), vol. 114, no 8,‎ , p. 1868-1873 (lire en ligne [sur pnas.org], consulté le 15 mai 2019).
  7. [Odonne et Molino 2018] Guillaume Odonne et Jean-François Molino, « Écologie historique amazonienne, une interdisciplinarité nécessaire », Les nouvelles de l'archéologie, no 152,‎ (DOI 10.4000/nda.4162, lire en ligne [sur journals.openedition.org], consulté le 15 mai 2019).
  8. Voir par exemple [Weber 1998] (en) George Weber, « Alice Boër site (São Paulo, Brazil) », dans The oldest Americans Archaeological sites, (lire en ligne) ;
    [da Cunha 1994] L. Moreira da Cunha, « Le site d'Alice Boër (Brésil) », L'Anthropologie, vol. 98, no 1,‎ , p. 110-127.
  9. [Heckenberger et al. 2003] (en) Michael J. Heckenberger, Afukaka Kuikuro, Urissap Tabata Kuikuro, J. Christian Russell, Morgan Schmidt, Carlos Fausto et Bruna Franchetto, « Amazonia 1492: Pristine Forest or Cultural Parkland? », Science, vol. 301, no 5640,‎ (lire en ligne [sur plaza.ufl.edu], consulté le 15 mai 2019).
  10. [Biello 2008] (en) David Biello, « Ancient Amazon Actually Highly Urbanized », Scientific American,‎ (lire en ligne [sur scientificamerican.com], consulté le 15 mai 2019).
  11. [Heckenberger] (pt) Michael J. Heckenberger, « As cidades perdidas da Amazônia », Scientific American - Brasil,‎ date ? (lire en ligne [sur uol.com.br], consulté le 15 mai 2019).