Préfecture du prétoire des Gaules

Préfecture du prétoire des Gaules
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La Préfecture du prétoire des Gaules (en latin : Prefectura praetorio Galliarum) était l’une des grandes divisions administratives de l’Empire romain tardif (aussi appelé « Bas-Empire ») coiffant les « diocèses » et les « provinces ». Elle comprenait la Bretagne romaine (Grande-Bretagne), la Gaule, la péninsule ibérique et la partie occidentale de la Mauritanie lui faisant face[1]. Créée probablement peu après la mort de Constantin Ier, elle dura jusqu’à l’invasion des Francs en 536. Avec la préfecture d’Italie, elle formera après la partition de l’Empire à la mort de Théodose l’Empire romain d’Occident (Imperium romanum, pars occidentalis).

Préfectures du prétoire vers 400 : les Gaules sont en jaune.

Contexte historiqueModifier

En 44, Auguste avait divisé la Gaule conquise par César en trois provinces : l’Aquitaine (le sud-ouest entre les Pyrénées et la Loire), la Lugdunensis (le centre et l’ouest entre la Loire, la Seine et la Saône) et la Belgica (le nord-est et l’est incluant la Belgique moderne, une partie de l’Allemagne et de la Suisse)[2].

Avec l’extension de l’empire sous Auguste et ses successeurs, le nombre total des provinces augmenta, atteignant 47 sous Dioclétien (r. 284 – 305). Cet empereur scindera celles-ci en unités plus petites[N 1] (elles passent de 47 à 85)[3],[4], tout en les regroupant vers 297 en douze diocèses gérés par des vicaires, intermédiaires entre les gouverneurs (province) et les préfets du prétoire (préfecture).

Les diocèses où l’on parlait habituellement latin (Gaules et Italie) furent confiées à son coempereur, Maximien (r. 286 – 305), assisté d’un césar, Constance Chlore, jusque-là son préfet du prétoire[5],[6]. Les diocèses où l’on parlait grec formèrent la préfecture du prétoire d’Orient.

HistoireModifier

Il est difficile d’établir précisément à quel moment se fit la transformation de ce qui avait été une fonction militaire (préfet du Prétoire) en une administration territoriale[7],[N 2]. Continuant l’œuvre de Dioclétien, Constantin poursuivit la séparation des carrières militaire et civile. Le préfet du prétoire perdit le commandement des armées au profit d’un dux, choisi parmi les officiers militaires, et devint essentiellement un administrateur civil[8],[9],[N 3].

 
Partage de l'Empire romain entre les Césars nommés par Constantin : de l'ouest à l'est, les territoires de Constantin II, Constant Ier, Flavius Dalmatius et Constance II.

Après la mort de Constantin Ier (r. 306-337), son empire fut divisé entre ses fils, Constantin II, Constance II et Constant Ier[10],[N 4], ainsi que ses neveux, les césars Flavius Dalmatius et Flavius Hannibalianus[11],[12]. Cet arrangement ne devait guère durer, les trois frères faisant assassiner la plupart des autres membres de la famille par l’armée[13] ,[14] avant de se rencontrer en Pannonie et, le , de diviser l’empire entre eux. Constantin II (r. 337 – 340) qui avait été nommé César en même temps que Crispus et qui résidait habituellement à Trêves[15] reçut les Gaules, la Bretagne romaine (la Grande-Bretagne) et l’Hispanie[16]. Son frère cadet, Constant Ier obtiendra sous sa tutelle l'Italie, l'Afrique et la Pannonie[17]. En 339 toutefois, Constant Ier s'affranchira de cette tutelle; l'année suivante, Constantin II marchera sur l'Italie avec ses troupes, mais y sera tué[18],[19] à la suite de quoi Constant Ier prit le contrôle du domaine de son frère[20].

Après la partition définitive de l’empire à la mort de Théodose Ier (r. 379 – 395) la préfecture des Gaules fit partie de l’Empire romain d’Occident qui échut à Flavius Honorius (r. 395 – 423)[21] ; sa capitale fut établie à Augusta Treverorum (aujourd’hui Trêves en Allemagne) et le demeura probablement jusqu’en 402 ou 407 lorsqu’elle fut transférée à Arelate (Arles)[22].

Arles était toutefois la cible des Wisigoths installés en Provence depuis 418. Avec le reste de cette région, elle tombera entre les mains de leur chef Euric en 476[23], l’année même au cours de laquelle Romulus Augustule fut forcé d’abdiquer par Odoacre après la chute de sa capitale Ravenne, mettant ainsi fin à l’Empire romain d’Occident[24].

Envoyé en Italie en 488 par l’empereur byzantin Zénon pour destituer Odoacre[25], Théodoric le Grand (r. 493 – 526), roi des Ostrogoths, y avait fondé un royaume autonome tout en maintenant le système administratif romain[26]. Bien qu’il ait épousé la sœur du roi des Francs, Clovis[27], il fut bientôt aux prises avec ceux-ci lorsqu’il devint régent du roi des Wisigoths, son petit-fils Amalaric, après la mort d’Alaric II aux mains des Francs lors de la bataille de Vouillé en 507[28].

Luttant contre les Francs, il prit le contrôle de la Provence après avoir assiégé Arles en 507 et 508, puis du Languedoc et du Roussillon[29] où il rétablira la préfecture dont Arles sera à nouveau la capitale[30]. Cet intermède ne dura qu’une vingtaine d’années : en 536, les Francs s’empareront du territoire, alors que les Ostrogoths étaient occupés en Italie à lutter contre le général Bélisaire, envoyé par Justinien Ier (r. 527 – 565) lors de la Guerre des Goths (535-553)[31]. Il se peut toutefois que l’administration provinciale romaine ait été préservée dans cette partie de la Gaule qui avait fait partie du royaume ostrogothique; Grégoire de Tours (540-594) dans ses écrits fait allusion à un rector provinciae ou praefectus, réminiscence probable du préfet du prétoire ayant existé au temps de Théodoric[32].

Subdivisions territorialesModifier

 
Les “diocèses”, subdivisions des préfectures du prétoire vers 400.

La préfecture des Gaules comprenait, du nord au sud :

  • En Afrique romaine, la partie occidentale de la Maurétanie.

La préfecture des Gaules était divisée en quatre diocèses, administrés par un vicaire :

    • En Gaule celtique, la Lyonnaise première (Lugdunensis prima), la Lyonnaise seconde (Lugdunensis secunda), la Lyonnaise troisième (Lugdunensis tertia) et la Sénonie (Lugdunensis senonia) ou Lyonnaise quatrième ;
  • Le diocèse de Vienne (également nommé diocèse des Sept Provinces), dont le vicaire résidait à Bordeaux, comprenait les provinces suivantes :
    • En Narbonnaise, la Narbonnaise première (Narbonensis prima), la Narbonnaise seconde (Narbonensis secunda) et la Viennoise (Viennensis) ;
  • Le diocèse de Bretagne, dont le vicaire résidait à Londres, comprenait les provinces suivantes :
    • Entre les murs d'Hadrien et d'Antonin, la Valentia.

Liste des préfets du prétoire des Gaules connusModifier

IVe siècleModifier

  • C. Caelius Saturninus (331-335)
  • C. Annius Tiberianus (335-337)
  • Aurelius Ambrosius (337-340)
  • Aconius Catullinus Philomathius (341, il n’est pas certain qu’il ait occupé le poste)
  • Fabius Titianus (341-350)
  • Gaius Ceionius Rufius Volusianus Lampadius (354-355)
  • Honoratus (355-357)
  • Nebridius (360-361)
  • Decimius Germaniacus (361)
  • Sallustius (en 363)
  • Viventius (368-371)
  • Flavius Claudius Antonius (376-377)
  • Ausone (377-378, copréfet en 376)
  • Siburius (378-382)
  • Euodius (c. 384-386)
  • Constantinianus (389)
  • Neoterius (390)
  • Hilarius (396)
  • Theodorus (396/397)
  • Flavius Vincentius (397-400)

Ve siècleModifier

  • Andromachus (c. 401)
  • Romulianus (404-405)
  • Petronius (402-408) – capitale de la prefecture transferee à Arelate en 407
  • Limenius (408) - assassiné à Ticinum (Pavie)
  • Apollinaris (408)
  • Vicentius (413)
  • Iulius (c. 414)
  • Exuperantius (421-424)
  • Amatus (c. 425)
  • Auxiliaris (435-437)
  • Florentius (439)
  • Caecina Decius Aginatius Albinus (440)
  • Marcellus (c. 441-445)
  • Paeonius (456-458)
  • Magnus (459-460)
  • Magnus (469)
  • Eutropius (c. 471)
  • Polemius (475-après 477) – ce qui restait de la préfecture en Provence est conquis par les Wisigoths.

VIe siècleModifier

  • Petrus Marcellinus Felix Liberius 510-536) – Préfet pendant la domination des Ostrogoths.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Par exemple la Gaule lyonnaise est divisée (en deux étapes) en quatre provinces (les Lyonnaises I, II, puis III et IV), la Gaule belgique l'est en deux provinces (I et II).
  2. Selon l’historien Zozime, les préfectures auraient été créées par Constantin en 218 ou 224. Pour l’historienne et byzantiniste Cécile Morrisson, il s’agit là d’un anachronisme; en réalité chaque Auguste et César continua à avoir son propre préfet du prétoire qui servait de chef d’État-major. Ce n’est que vers le milieu du IVe siècle que les préfectures seront transformées en subdivisions administratives (Morrisson, 2007, pp. 190-191)
  3. À ce titre il conservait néanmoins la responsabilité du ravitaillement de l’armée, de son intendance et de la paie des soldats.
  4. Son fils ainé, Crispus, qui avait été nommé César en 317, fut exécuté ou se suicida dans des circonstances mystérieuses en 326.

RéférencesModifier

  1. Ostrogorsky (1983) p. 61
  2. Arnold (1974) p. 272
  3. Barnes (1996) pp.  539–42
  4. Rees (2004) pp. 24-27
  5. Petit (1974) p. 11
  6. Southern (2001) pp. 142, 145
  7. Kelly (2006), p. 185
  8. Grant (1993) pp. 82-83
  9. Petit (1974) pp. 154-155
  10. Eutrope 10 : 9)
  11. Victor, 41 :20)
  12. Maraval (2014), p.  212
  13. Gibbon, chap. 18
  14. Maraval (2013), p. 31
  15. Maraval (2013), p.  20-21
  16. Kazdhan (1991) « Constantine II » vol. 1, p. 500
  17. Kazdhan (1991) «Constans I », vol. 1, p. 496
  18. Victor, 41:21.
  19. Eutropius, 10:9.
  20. Morrisson (2012) p.  6
  21. Kazdhan (1991), « Honorius », vol. 2., p. 946
  22. Petit (1974) p. 191
  23. Lebecq (1990) p. 36
  24. Wolfram (1997) p. 184
  25. Rosenwein 2009, p. 43
  26. Jones (1964) p. 248
  27. James 2014, p.  86
  28. Wolfram (1990) p. 292
  29. Cassiodore, Variæ, I - VI.
  30. Jones (1964) p. 253
  31. Jones (1964) p. 275
  32. Jones (1964) p. 261

BibliographieModifier

Sources primairesModifier

  • Zozime, Histoire Nouvelle, Livre 2, Édition et traduction François Paschoud, 3 tomes en 5 volumes, Paris, les Belles Lettres, 1971-1989.
  • Aurélius Victor. Le Livre des Césars. (trad. Pierre Dufraigne), Paris, Les Belles Lettres, coll. « Collection des Universités de France », 2003 [1975], 213 p. (ISBN 2-251-01018-1).
  • Eutrope, (trad. Joseph Hellegouarc'h), Abrégé d'histoire romaine, Les Belles-Lettres, coll. « CUF Latin », 1999, LXXXV-274 p. (ISBN 978-2-251-01414-2).

Sources secondairesModifier

  • (en) Barnes, Timothy D. Constantine and Eusebius. Cambridge, Massachusetts: Harvard University Press, 1981. (ISBN 978-0-674-16531-1).
  • (en) T.D. Barnes, "Emperors, panegyrics, prefects, provinces and palaces (284–317)", (in) Journal of Roman Archaeology 9 (1996) pp.  539–42.
  • (en) Canduci, Alexander . Triumph and Tragedy : The Rise and Fall of Rome's Immortal Emperors, Pier 9, 2010, 367 p. (ISBN 978-1-74196-598-8).
  • (en) Gibbon, Edward. Decline & Fall of the Roman Empire, New York, The Modern Library, Random House, sans date de reedition, [1888], vol.
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  • (en) James, Edward. Europe's Barbarians, AD 200–600. London and New York. Routledge, 2014. (ISBN 978-0-58277-296-0).
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  • (fr) Lebecq, Stéphane. Nouvelle histoire de la France médiévale, Tome 1, Les origines franques (Ve – IXe siècles), Paris, Éditions du Seuil, 1990 (ISBN 2-02-011552-2).
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  • (fr) Maraval Pierre. Constantin le Grand. Empereur romain, empereur chrétien : 306-337, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2014, 2e éd. [2011] (ISBN 979-10-210-0512-9).
  • (fr) Morrisson, Cécile (dir.), Le monde byzantin, vol. I : L'Empire romain d'Orient (330-641), Paris, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio », 2012 [2004] (ISBN 978-2-13-059559-5).
  • (fr) Ostrogorsky, Georges. Histoire de l’État byzantin, Paris, Payot, 1983 [1956].
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  • (en) Wolfram, Herwig (trad. Thomas Dunlap), The Roman Empire and its Germanic peoples, Berkeley, Calif. London, University of California Press, 2005, 379 p. (ISBN 978-0-520-24490-0).
  • (en) Wolfram, Herwig (trad. Thomas J. Dunlap), History of the Goths, Berkeley, University of California Press, 1990, 613 p. (ISBN 978-0-520-06983-1).

Articles connexesModifier