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Les Préalpes, chaînes subalpines ou encore Hautes-Alpes calcaires sont un ensemble de massifs montagneux de moyenne altitude formant les contreforts des Alpes, par opposition aux massifs centraux. Le terme se retrouve dans les autres langues des pays situés sur les Alpes : Voralpen en allemand (à différencier de l'Alpenvorland, la zone subalpine au nord), prealpi en italien, predalpe en slovène[1].

DéfinitionsModifier

C'est dans le cadre d'une étude sur la géologie du Dauphiné en 1860 que Charles Lory[2] rassemble l'ensemble des massifs calcaires périphériques des Alpes sous le terme de massifs subalpins ou chaînes subalpines. Ils sont alors décrits comme séparés des massifs cristallins externes par une vaste dépression, le sillon alpin[1],[note 1], qui forme un ensemble de vallées drainant les rivières originaires des parties internes des Alpes à l'image de l'Isère. Ils sont aussi délimités vers l'ouest et le nord-ouest par le sillon molassique périalpin[3] qui les sépare des reliefs du massif du Jura et qui correspond aux bassins d'avant-pays nord alpin à l'image du plateau suisse.

Les massifs subalpins sont par ailleurs subdivisés entre les chaînes subalpines septentrionales et les chaînes subalpines méridionales. La séparation correspondrait à la limite nord du mont Pelvoux[3]. Les chaînes septentrionales sont drainées par l'Isère et la partie haute du Rhône et sont dominés par un climat relativement humide, tandis que les chaînes méridionales drainent leurs eaux vers la Durance, les rivières des Alpes-Maritimes et la partie basse du Rhône et se caractérise par un climat méditerranéen[4]. De même, on distingue des variations stratigraphiques entre les deux chaînes subalpines. Au nord, les épaisses séries calcaires du Jurassique supérieur et le Crétacé inférieur constituent au moins deux falaises (barres tithonique et urgonienne) qui disparaissent au sud pour céder la place à des intervalles marneux avant de réapparaître en Provence.

L'expression de Hautes-Alpes calcaires est un synonyme de massif subalpin. Il est restreint à un ensemble de reliefs répartis entre la Haute-Savoie et la Suisse et qui se distingue par une élévation généralement supérieure à 3 000 m au point que certains hébergent des glaciers[5]. Il comprend le massif du Haut-Giffre, les Dents du Midi et les Alpes bernoises.

L'expression massif subalpin est rejointe quelques décennies plus tard par le terme de Préalpes définit par Eugène Renevier en 1881[6]. Il décrit initialement un ensemble de reliefs présentant un faciès distinct de ceux des massifs subalpins et dont leur présence en position externe de l'arc alpin ne peut s'expliquer que par le charriage des ces unités depuis une position plus interne[3]. Il est ainsi restreint aux Préalpes des cantons de Fribroug, Vaud et de Berne, et aux Préalpes du Chablais pour les géologues[4].

Ces différentes expressions seront ensuite reprises par les géographes mais le terme de Préalpes est privilégié[1] pour décrire l'ensemble des reliefs situés sur la bordure externe des Alpes car d'un point étymologique il décrit les premiers massifs que l'on rencontre en venant de l'ouest[3]. Néanmoins plusieurs auteurs défendent l'usage de l'expression massif subalpin pour éviter la confusion avec les Préalpes au sens géologique[4],[6]. Cette approche est réfutée par Emmanuel de Martonne[6],[note 2] puis par Raoul Blanchard[1] pour qui les unités allochtones et autochtones sont semblables d'un point géographique. De même, Raoul Blanchard note que littéralement l'expression subalpin indiquerait des reliefs situés en avant de la chaîne à l'image de son équivalent subpyrénéen. Enfin il souligne que le terme subalpin est aussi utilisé en écologie pour désigner l'étage subalpin.

GéologieModifier

À la différence des massifs centraux essentiellement composés de roches cristallines, l’ensemble des massifs situés sur la bordure externe des Alpes sont constitués d’une accumulation de couches sédimentaires et superposées sous forme de nappe de charriage. Ils forment ainsi des ceintures de chevauchement[7],[8]. Ces nappes correspondent à des couvertures sédimentaires du domaine téthysien. Il s’agit de dépôts marins comprenant notamment des plateformes carbonatées qui furent décollées de leur socle pendant la fermeture de la Téthys alpine puis la collision entre le Crétacé tardif et l’Oligocène[9]. On distingue ainsi la formation successive de trois grandes ceintures de chevauchement : tout d'abord les Préalpes qui incorporent les unités les plus internes (domaine structurale pennique) puis les massifs subalpins et le massif du Jura pour les couvertures de la marge européenne. L’ensemble de ces massifs périphériques se distinguent aussi par l’absence de métamorphisme mais peut atteindre l'anchizone[10],[11].

Les Préalpes au sens géologique ne concernent que les Préalpes du Chablais et les Préalpes romandes qui englobent les Préalpes des cantons de Fribroug, Vaud et de Berne[12]. Ces deux lobes se caractérisent par l’empilement de nappes penniques correspondant initialement aux domaines paléogéographiques piémontais, briançonnais et valaisan. Elles constituent par conséquent le prisme d’accrétion sédimentaire qui s’est formé lors de la fermeture de la Téthys alpine entre le Crétacé tardif et l’Éocène. Leur charriage sur le domaine delphino-helvétique s’effectue dès l’Oligocène[13] et correspond à un déplacement de plusieurs centaines de kilomètres.

Par opposition, les massifs subalpins sont uniquement constitués de couvertures sédimentaires appartenant au domaine delphino-helvétique. Le décollement de ces couches se produit à l’Oligocène et précède le soulèvement des massifs cristallins externes au Miocène[7],[8]. Leur décollement résulte du charriage des unités penniques au dessus du domaine delphino-helvétique. La plupart de ces couvertures sédimentaires présentent un déplacement inférieur à 100 km ce qui les place initialement en arrière des massifs cristallins externes.

Les Hautes-Alpes calcaires se distinguent par leur position encadrée par les Préalpes au nord et les massifs cristallins externes au sud. Les nappes de charriage y sont davantage soumises à la contrainte compressive si bien qu’elles forment des plis nappes imbriqués (supernappe du Wildhorn) et présentent dans leur partie méridionale un léger métamorphisme (calcaire marmorisé et marbre).

MassifsModifier

Plus spécifiquement, le terme peut désigner les massifs suivants :

 
Carte des Préalpes françaises.
 
Carte des Préalpes suisses selon la SOIUSA.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. L'expression sillon subalpin fut aussi utilisé en géologie mais est aujourd'hui obsolète[3].
  2. « En droit, il n'est guère douteux qu'il appartient aux géographes de dénommer les régions géographiques, comme il appartient aux géologues de définir les étages et unités stratigraphiques ou tectoniques; et, dans les deux cas, le changement d'appellations mauvaises est légitime. Or il serait facile de montrer tous les avantages du terme Préalpes sur celui de chaînes subalpines. »

RéférencesModifier

  1. a b c et d Raoul Blanchard, « Sur les noms des régions naturelles des Alpes françaises », Revue de géographie alpine, t. 12, no 3,‎ , p. 455-462 (DOI 10.3406/rga.1924.4898).
  2. Charles Lory, Description géologique du Dauphiné pour servir à l’explication de la carte géologique de cette province, Savy, , 748 p. (lire en ligne).
  3. a b c d et e Maurice Gidon, « Glossaire des "domaines" géologiques des Alpes françaises », sur Geol-Alps.
  4. a b et c Maurice Gignoux et Léon Moret, « Les grandes subdivisions géologiques des Alpes françaises », Annales de Géographie, vol. 244, t. 43,‎ , p. 337-363 (DOI 10.3406/geo.1934.10592).
  5. Eugène Renevier, Orographie de la partie des Hautes-Alpes calcaires comprise entre le Rhône et le Rawyl (groupe des Diablerets et du Wildhorn), imprimerie G. Bridel, (lire en ligne).
  6. a b et c Wilfrid Kilian, « Le terme de Préalpes », Revue de géographie alpine, t. 10, no 2,‎ , p. 311-313 (DOI 10.3406/rga.1922.1694).
  7. a et b (en) Thomas Affolter, Jean-Luc Faure, Jean-Pierre Gratier et Bernard Colletta, « Kinematic models of deformation at the front of the Alps: new data from map-view restoration », Swiss Journal of Geosciences, vol. 101, no 2,‎ , p. 289-303 (DOI 10.1007/s00015-008-1263-3).
  8. a et b (en) Nicolas Bellahsen, Frédéric Mouthereau, A. Boutoux, M. Bellanger, O. Lacombe, L. Jolivet et Y. Rolland, « Collision kinematics in the western external Alps », Tectonics, vol. 33, no 6,‎ , p. 1055-1088 (DOI 10.1002/2013TC003453).
  9. (en) Mark R. Handy, Stefan M.R. Schmid, Romain Bousquet, Eduard Kissling et Daniel Bernoulli, « Reconciling plate-tectonic reconstructions of Alpine Tethys with the geological–geophysical record of spreading and subduction in the Alps », Earth-Science Reviews, vol. 102,‎ , p. 121-158 (DOI 10.1016/j.earscirev.2010.06.002).
  10. (en) Roland Oberhänsli et Bruno Goffé, « Explanatory notes of the map: metamorphic structure of the Alps. Introduction », Mitteilungen der Österreichischen Mineralogischen Gesellschaft, no 149,‎ , p. 115-123 (lire en ligne).
  11. (en) Romain Bousquet, Martin Engi, Guido Grosso, Roland Oberhänsli, Alfons Berger, Maria Iole Maria Iole, Michele Zucali et Bruno Goffé, « Explanatory notes to the map: metamorphic structure of the Alps. Transition from Western to Central Alps », Mitteilungen der Österreichischen Mineralogischen Gesellschaft, no 149,‎ , p. 145-156 (lire en ligne).
  12. (en) Christian Caron, Peter Homewood et Walter Wildi, « The original Swiss flysch: a reappraisal of the type deposits in the Swiss Prealps », Earth-Science Reviews, vol. 1-3, nos 1-3,‎ , p. 1-45 (DOI 10.1016/0012-8252(89)90002-0).
  13. (en) Jon Mosar, Gérard M. Stampfli et François Girod, « Western Préalpes Médianes Romandes : timing and structure : a review », Eclogae Geologicae Helvetiae, vol. 89, no 1,‎ , p. 389-425 (DOI 10.5169/seals-167907).

Voir aussiModifier

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