Popeck

acteur français
Popeck
Description de cette image, également commentée ci-après
Popeck à Honfleur, lors de la cérémonie du prix Alphonse-Allais, en .
Nom de naissance Judka Herpstu
Surnom Popeck
Naissance (87 ans)
Paris, France
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession Humoriste
Acteur
Entourage Charley Marouani (son agent de 1990 à 2017)
Site internet Site officiel
Signature-Popeck-blanc.svg
Signature de Popeck.

Judka Herpstu, dit Popeck, est un humoriste et acteur français né le à Paris.

Fils d'immigrés juifs d'Europe de l'Est, enfant caché pendant la guerre, il s'oriente d'abord vers une carrière d'acteur dramatique sous le pseudonyme de Jean Herbert.

Au milieu des années 1960, inspiré par la personnalité de son père, il crée le personnage de Popeck, vieux grognon râleur, reconnaissable à son accent yiddish, son costume trois-pièces et son chapeau melon, vendeur de caleçons molletonnés de son état, qui ne cesse de répéter à son auditoire : « On n'est pas des sauvages, tout de même ! »

Révélé au grand public par Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury (1973), ses nouveaux succès d'humoriste le poussent progressivement à abandonner le répertoire classique au profit de spectacles comiques et de sketchs qu'il joue d'abord dans de petits théâtres, puis sur des scènes plus importantes, comme l'Olympia ou le palais des congrès. Le Tribunal, le Dîner chez Maxim's et le Bois de Boulogne sont devenus des classiques du genre[1], et lui ont permis de participer à plusieurs films au cinéma ou à la télévision, dont Le Pianiste du réalisateur oscarisé Roman Polanski (2002) ou Ils sont partout d’Yvan Attal (2016).

Souvent considéré comme « le doyen de l'humour » en France[2],[3], Popeck continue de se produire régulièrement sur scène, à Paris ou en province.

BiographieModifier

Enfance, formation et débutsModifier

Judka Herpstu naît à Paris le , benjamin d'une famille juive émigrée d'Europe de l'Est. Son père (mort en décembre 1963), arrivé en France en 1912[4], est un ancien combattant de la Première Guerre mondiale venu de Poméranie qui a épousé en secondes noces sa mère Esther, venue de Pologne et plus jeune que lui de vingt-quatre ans[5]. Il a trois demi-sœurs, deux plus âgées que lui de 34 ans (Lyli) et 29 ans (Berthe), nées en Angleterre, issues du premier mariage de son père et une, âgée de 10 ans de plus que lui, issue d'une première union de sa mère. Ils vivent pauvrement dans une chambre de bonne au 36 rue de Rochechouart[6].

Il apparaît à trois ans dans le film La Charrette fantôme de Julien Duvivier (1939)[4]. Grandissant en France dans une famille où l’on parle le yiddish, il le comprend peu ou prou mais ne le parle pas, et il a honte de l’accent de son père[7].

Un enfant de l’OSEModifier

La Seconde Guerre mondiale s’abat sur la France, et l’enfant est confié pendant l'exode aux bons soins de l'Oeuvre de secours aux enfants qui le place au Château de Chaumont (Creuse) jusqu’au début de l'année 1942, où son père vient le récupérer[8]. L’enfant qui doit porter l'étoile jaune, est de nouveau placé par l’OSE en novembre 1942 auprès de fermiers à Viarmes jusqu’à la Libération et derechef en mai 1945, après qu’il a été renvoyé de l'école de la rue Louis-Blanc pour avoir frappé un élève qui l'avait traité de "sale Blum"[9].

Entre les visites occasionnelles de son père[4],[10] et la mort en déportation d’une mère dont il est alors trop jeune pour garder un souvenir bien précis (il a quatre ans lorsqu’elle est raflée sans comprendre ce qu’on peut bien lui reprocher ; déportée à Drancy, elle est assassinée à Auschwitz)[11], c’est l’OSE qui lui sert de foyer principal, c’est là qu’il se construit ses premiers souvenirs et qu’il s’amuse clandestinement à mélanger les accents des parents absents ou disparus.

En septembre 1945, il est placé en pension au Mesnil-le-Roi, puis dans un foyer pour adolescents au Vésinet et apprend l'ébénisterie à Saint-Germain-en-Laye[12]. Il travaille ensuite faubourg Saint-Antoine dans un atelier d'ébenisterie[13]. Après la fermeture de l'atelier où il travaillait, il devient clerc d'huissier pendant un mois[14]. Il entre ensuite dans un foyer de jeunes travailleurs à La Varenne Saint-Hilaire[15].

À 19 ans, il fait ce qu’il qualifie de bêtise avec Marina, une Bretonne de deux ans sa cadette qui se retrouve enceinte de son fait. La directrice du foyer l’astreint à ses responsabilités[16], et les noces se tiennent à Saint-Maur-des-Fossés, trois mois avant la naissance de son premier fils, Ludovic-David[17]. Le jeune couple vit dans un petit appartement dans le Marais mais se dispute continuellement[18]. Il déclarera le avoir été en réalité violé et battu par sa femme, affirmant que les policiers qui ont reçu sa plainte se sont moqués de lui[16],[19] ; quoi qu’il en soit, il divorce et se remarie avec Anne, étudiante[20],[21].

Rue Saint-MartinModifier

De 1956 à 1962, Judka Herpstu réside au 169 de la rue Saint-Martin[22] ; il vit de petits métiers dont celui de vendeur de caleçons molletonnés sur les marchés, clerc d'huissier, manutentionnaire, gardien de nuit, chauffeur de poids lourds à la S.N.C.F., livreur, employé des pompes funèbres chargé de livrer fleurs et couronnes.

Incorporé en février 1957 au 1er régiment du train où se trouve également Jean Yanne, il est dispensé d'aller faire la guerre en Algérie, car sa mère est morte en déportation[23].

Ambitionnant de faire la comédie depuis que la directrice de La Varenne lui avait demandé de jouer le rôle du capitaine dans Maître après Dieu à l'occasion d'une fête au foyer[15], il s’inscrit au cours Simon, et remporte le prix Marcel Achard qui lui est délivré par son éponyme (lorsqu’il montre ce prix à son père, celui-ci salue la réussite de son fils par « Je me demande de qui tu tiens ce don-là! […] Ça doit être de ta mère, elle mentait tout le temps »)[24]. Sur les conseils de René Simon, il prend un pseudonyme et décide de se faire appeler Jean Herbert[25]. Il se destine alors à une carrière dramatique mais n’obtient que des petits rôles au théâtre, à la télévision dans Chéri-Bibi de Jean Pignol et au cinéma, notamment dans Les Compagnons de Baal de Pierre Prévert par l’entremise de son ami Charles Denner[26].

Du drame à la comédieModifier

Le personnage de Popeck est créé en 1968, alors que Judka Herpstu joue un rôle de valet russe dans l’Idiot de Dostoïevski aux côtés de son ami le comédien Marie-Pierre de Gérando ; à l'entracte, revêtu de son costume de scène trois-pièces, il divertit l’assistance en imitant l'un de ses anciens patrons et son père, mort sept ans plus tôt. Poursuivant sa carrière, il rode ses sketchs dans de petits cabarets et, tandis que « Jean Herbert » n'est connu que d'un petit nombre d'intermittents du spectacle, « Popeck » se fait un nom au café-théâtre, notamment au Café d'Edgar de Montparnasse.

Il décroche cinq ans plus tard le rôle de Moïshe Schmoll dans Les Aventures de Rabbi Jacob dirigé par Gérard Oury. Bien que mineur, ce rôle le fait connaître du grand public, et Gérard Oury ainsi que Louis de Funès l'encouragent fortement à poursuivre dans cette veine humoristique mais averti par l’impresario de Brigitte Bardot qu’il risque d’être figé dans un genre qui ne fait pas justice à ses talents de comédien, il ne saisit pas la perche et choisit de faire figurer Jean Herbert au générique, un choix qu’il dira ensuite regretter[21].

Jean Herbert disparaît en effet progressivement pour laisser la place au personnage du Juif ashkénaze, à la télévision comme à la scène. L'Olympia en 1990, le festival Juste pour rire de Montréal et le Palais des congrès, où il fait salle comble en 1992, lui ouvrent leurs portes. Pierre Chesnot lui écrit une pièce sur mesure, Drôles d'oiseaux, dans laquelle il triomphe également. Son talent d’humoriste mais aussi de comédien désormais reconnu, il se voit offrir de plus grands rôles dont Harpagon dans l'Avare ou Toussaint dans Bas les cœurs. Cependant, dans ces rôles et d’autres, qu’ils soient comiques (comme dans l’Amour Foot de Robert Lamoureux) ou dramatiques (il a incarné le fou du ghetto de Varsovie en 2002, dans Le Pianiste de Roman Polanski[27]), qu’ils soient liés ou non au monde juif (comme Léonide, le divorcé acariâtre de Sylvia et propriétaire de la Rêverie ou Ernest, le patriarche de Simon Konianski), c’est le nom de Popeck (ou Popek) qui figure à l’affiche ou au générique.

Le comique, devenu le doyen de l'humour français, poursuit ses tournées et pense faire ses adieux au public en 2011, à l’âge de 75 ans. Sa tournée, intitulée C'est la dernière fois !, l’emmène à travers la France, la Belgique et la Suisse mais aussi, pour la première fois de sa carrière, en Israël[28]. En raison de son succès, le spectacle est prolongé et des représentations sont encore données en 2014, Popeck déclarant sur son site officiel : « J'ai l'impression de rajeunir, quand je suis sur scène »[29]. Fin 2017, il présente encore un nouveau spectacle, Même pas mort, dans la salle de L'Archipel à Paris[30].

PopeckModifier

 
Popeck en spectacle à Bures-sur-Yvette en .

Popeck a expliqué le choix de ce pseudonyme : "J'ai été Herbert pendant quinze ans. Je suis devenu Popeck en juin 77. Popeck ! Ca sonne comme kopeck ; en polonais, tchepeck signifie violon grinçant, mais se dit aussi d'un homme grinçant. Comme m'est venu le nom de Popeck ? Je le dis dans l'un de mes sketches. Comme Beethoven, qui une nuit a entendu Pom pom pom pom, moi j'ai entendu Po po Popeck, et voilà ![31]"

Popeck (du polonais : Popek, « [Le] petit Paul »)[27] est principalement inspiré du vécu de Judka (yiddish : יודקא Yodke, « [Le] petit Juda » ou « petit juif ») Herpstu et de son père. Comme ce dernier, Popeck est un Français originaire d'un petit village d'Europe centrale, qui s'est tant bien que mal adapté à la culture du pays d'accueil mais n'a pu perdre son accent, que le comédien a obtenu en faisant une « salade grecque » des accents yiddish de ces contrées. Son costume agrémenté d'un chapeau melon (qu'il aura gardé toute sa carrière)[28] évoque Charlot, sa valise flanquée des étiquettes « Varsovie », « Bucarest » et « Chalom (sic)-sur-Marne » ses origines et son parcours.

Judka Herpstu, étant d'un naturel timide, son double à l'accent aura tendance à compenser ce trait par une certaine pugnacité : c’est un râleur (Popeck rapproche son pseudonyme du skrzypek polonais, un individu grinçant comme un violon[32]) qui bougonne voire engueule son public. Son apostrophe la plus fréquente, « On n’est pas des sauvages, tout de même !… » a, elle aussi, été puisée dans l'enfance de l’interprète qui, parlant sans accent étranger et gêné par celui de son père, tentait de limiter ses interventions en public et s'entendait pour cette raison traité de « sauvage ! »[7].

Les premiers sketchs de Popeck sont pour la plupart tirés de diverses expériences, notamment professionnelles, de l'auteur. Le personnage est indubitablement juif, mais son humour ne l'est pas[27] ; Judka Herpstu se verra critiqué à ses débuts de caricaturer l’accent yiddish alors qu’il est incapable de le parler[32] et de promouvoir l’incarnation des préjugés entretenus à l’égard des Juifs.

SpectaclesModifier

One Man ShowsModifier

ParticipationsModifier

ThéâtreModifier

Note : sauf mention contraire, les informations ci-dessous sont issues des Mémoires de Popeck[34].

FilmographieModifier

CinémaModifier

TélévisionModifier

DiscographieModifier

Note : sauf mention contraire, les informations ci-dessous sont issues des Mémoires de Popeck[35].

PublicationsModifier

DistinctionsModifier

Notes et référencesModifier

  1. N. Simon, « Popeck, chapeau melon et brosse à reluire », Le Figaro,
  2. Présentation de Popeck sur le site Les éternels du rire (2014).
  3. V. Batailler, « Popeck : "Je suis bien vivant !" », La Provence,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  4. a b et c Eric de Goutel, « portrait et interview de Popeck », Télé 7 Jours, vol. no 1138,‎ semaine du 20 au , p. 119.
  5. Popeck 1985, p. 17
  6. « D’où viens-tu, Popeck ? », sur Youtube (consulté le ).
  7. a et b « KioSQ - Popeck », sur youtube.
  8. Popeck 1985, p. 27
  9. Popeck 1985, p. 39
  10. Popeck 1985, p. 31, 40, 44 : "Lorsque Papa venait, c'était pour moi une joie immense et je me doute aujourd'hui que la séparation, le soir, devait être encore plus pénible pour lui que pour moi."
  11. Popeck 1985, p. 29 : "J'ai appris plus tard, par sa voisine, Mme Chapandrian, qu'elle avait été prévenue qu'une rafle aurait lieu dans l'immeuble. Mais, au lieu de s'en inquiéter, elle déclara d'une voix forte qu'elle n'avait rien à se reprocher et que les trafiquants du marché noir ne pouvaient pas en dire autant ! Que les Allemands avaient d'autres chats à fouetter, notamment en Russie, et qu'ils n'allaient pas perdre leur temps à monter au sixième étage de la rue Rochechouart pour venir y arrêter une modéliste pour chapeaux en chômage forcé !"
  12. Popeck 1985, p. 61
  13. Popeck 1985, p. 64
  14. Popeck 1985, p. 79
  15. a et b Popeck 1985, p. 85
  16. a et b Stacie Arena, « Popeck violé et battu par sa femme : son témoignage édifiant », sur Femme Actuelle, (consulté le ).
  17. Popeck 1985, p. 86
  18. Popeck 1985, p. 87
  19. « Popeck déclare avoir été violé », sur JForum, (consulté le ).
  20. Popeck 1985, p. 90
  21. a et b « Popeck : "Je susi (sic) en super forme : le confinement a du bon !" - France Dimanche », sur www.francedimanche.fr (consulté le ).
  22. Popeck 1985, p. 95
  23. Popeck 1985, p. 109
  24. « POPECK : "De qui tu tiens ce don la?" (sic) », sur Youtube (chaîne de TV5 Monde, (consulté le )
  25. Popeck 1985, p. 123
  26. Fiche sur imdb.com.
  27. a b et c Nicole Clodi, « Popeck à la Comédie de Toulouse : "Je n'ai jamais eu peur" », sur La Dépêche du Midi.fr, .
  28. a et b « Popeck : "J’ai échappé à l’Holocauste" », Philippe Vandel, émission Tout et son contraire, France Info.fr, (consulté le ).
  29. Site officiel de Popeck.
  30. « Popeck – Même pas mort – Théâtre l’Archipel », sur artistikreso.com, .
  31. Popeck 1985, p. 124
  32. a et b « Popeck - De qui tu tiens ce don là ? » (consulté le ).
  33. Popeck 2017, p. 140.
  34. Popeck 2017, p. 247-248.
  35. Popeck 2017, p. 241.
  36. Y'en aura pas pour tout le monde (Bibliothèques de Paris).
  37. Popeck 2017, p. 247.
  38. N. Larqué, « Popeck a fêté son anniversaire », Sud Ouest,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  39. Les membres de l'Académie sur le site officiel des Amis d'Alphonse Allais.

Voir aussiModifier

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Article connexeModifier

Liens externesModifier