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Plateau de Gergovie

Bordure orientale du plateau de Gergovie au soleil couchant, avec le monument commémoratif à Vercingétorix.

Le plateau de Gergovie (autrefois appelé « plaine de Merdogne ») est un plateau de 70 hectares et 744 mètres d'altitude, situé à une dizaine de kilomètres au sud de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme en Auvergne-Rhône-Alpes. C'est le lieu où se trouvait l'oppidum gaulois de Gergovie, célèbre pour son siège qui vit les troupes de Vercingétorix vaincre les légions romaines de Jules César en 52 av. J.-C..

ToponymieModifier

C’est d’abord sur la base de la toponymie que ce site fut proposé comme lieu de l'oppidum gaulois de Gergovie. Un lieu habité du nom de « Gergoia » est mentionné sur la pente ouest du plateau dès le Xe siècle. Si c’est seulement depuis les fouilles de Napoléon III que le village de Merdogne a été rebaptisé Gergovie, le toponyme est bien attesté pour le plateau dès le Moyen Âge. Dès le XVIe siècle, le florentin Gabriel Simeoni avait proposé l’identification, se fondant sur l’indice toponymique. Au XVe siècle, des érudits tel que Scaliger, Guillaume Savaron ou Adrien de Valois expriment le même avis[1]. La découverte de restes gaulois et gallo-romains sur le plateau appuya cette hypothèse.

Situation géographiqueModifier

Le plateau de Gergovie est situé à 744 mètres d'altitude à 10 km au sud de Clermont-Ferrand, sur la commune de La Roche-Blanche. D'une superficie de 70 hectares[2], il mesure 1 500 mètres de long pour environ 700 mètres de large[3]. Le plateau offre un excellent panorama sur la chaîne des Puys, Clermont-Ferrand, la montagne de Serre, la plaine de Sarliève avec le Zénith d'Auvergne et le puy de Sancy (massif volcanique des monts Dore), point culminant de l'Auvergne avec 1 886 mètres.

GéomorphologieModifier

Le plateau de Gergovie (anciennement plateau ou « plaine » de Merdogne) est issu du volcanisme de la Limagne actif entre 20 et 12 millions d'années (Miocène), contemporain de celui du massif du Forez mais plus ancien que celui des monts Dore (plio-quaternaire) de la chaîne des Puys (quaternaire).

La phase volcanique de la Limagne qui concerne l'essentiel du paysage actuel du plateau est appelée par les géologues « Génération Limagne »[4]. À Gergovie, deux coulées de basanites se superposent, datées respectivement de 16 et 19 millions d'années et reposant sur des marnes, calcaires et argiles remplissant un ancien cratère (maar). Les basaltes de Gergovie ne viennent pas du volcan le plus proche — le puy Giroux. Un premier maar s'est mis en place à travers les sédiments de la Limagne, il en reste des dykes et des sills visibles sur la bordure occidentale du plateau à la hauteur du puy Mardou. Le cratère a été comblé et un second maar s'est mis en place, comblé à son tour.

Ce plateau correspond à une inversion de relief due à la mise en élévation d'une coulée de lave basaltique initialement épanchée dans une vallée. Il s'agit d'érosion différentielle : les matériaux les moins résistants ont été dégagés par l'érosion. La mise en relief de cette portion du plateau tient à la protection de l'érosion ultérieure par une carapace basaltique. Les talwegs qui étaient des points bas du paysage se retrouvent être les points hauts de la région. Les coulées initiales sont morcelées par l'érosion et constituent des paysages de buttes à sommet plat – mesa – qui existent dans différents types de contextes climatiques. Il existe en Limagne, plusieurs tables basaltiques en lanières dégagées à la suite d'un déblaiement plio-quaternaire, le plateau de Lachaud-Chanturgue, les côtes de Clermont, de Châteaugay, la montagne de la Serre sont d'autres exemples de reliefs inversés.

Histoire et archéologieModifier

Les fouilles ont montré une occupation humaine du plateau au Néolithique et à l'âge de Bronze et une fortification datant de la fin du premier âge de fer et début second (Ve siècle avant J.-C.) a également été trouvée[5].

Le bassin clermontois connaît un important peuplement pendant la période gauloise ou période de la Tène[5]. De nombreuses fermes sont installées dans la plaine de la Limagne. Au IVe siècle avant J.-C., trois oppidas, villes fortifiées gauloises, distantes d'à peine 7 km, voient le jour: Corent, Gondole et Gergovie[5]. Deux hypothèses existent pour expliquer une telle proximité :

  • une succession dans le temps de l'occupation des trois sites avec peut-être un recouvrement partiel au milieu du Ier siècle avant J.-C.[5] ;
  • un site multipolaire avec des fonctions différentes : Gondole, la cité artisanale, Corent, le sanctuaire et Gergovie, la forteresse[5].

Après la conquête romaine, le site est progressivement abandonné au profit de la nouvelle ville gallo-romaine d'Augustonemetum (actuelle Clermont-Ferrand), fondée au cours du Ier siècle avant J.C.

Au Moyen Âge, le plateau (ou « plaine » selon la terminologie locale) sert de de pacage au seigneur et aux habitants de Merdogne mais à la la fin de l'Ancien Régime, il est partagé en trois lots (ou « triages »)[6].

Après lotissement et défrichement à la fin du Ier quart du XIXe siècle, un parcellaire agricole de murs et de pierriers se constitue à la surface du plateau[7].

 
Carte postale représentant la bordure orientale du plateau au début des années 1900. Au premier plan, un des anciens pierriers agricoles, au fond la silhouette du monument à Vercingétorix.

Site de l'oppidum de GergovieModifier

Le plateau de Merdogne est le site le plus communément identifié à celui de l'oppidum de Gergovia. À l'appui de cette hypothèse d'une part la toponymie – un lieu habité du nom de Gergovia est mentionné sur la pente orientale du plateau dès le Xe siècle –, d'autre part l'archéologie – le plateau est le site d'un vaste oppidum de 70 ha, densément peuplé au Ier siècle av. J.-C. comme l'attestent les fouilles entreprises dans les années 1860 puis entre 1930 et 1950.

 
Fouilles archéologiques sur le plateau de Gergovie : mur de l'oppidum.

Trois campagnes successives de fouilles conduites en 1995-1996 puis une nouvelle entre 2001 et 2007 et d'autres découvertes ont permis de valider la localisation et la topographie de l'ensemble de fossés mis au jour sous le Second Empire, de confirmer la présence d'un camp militaire romain et d'identifier les lieux comme ceux où s'affrontèrent César et Vercingétorix au printemps de l'an 52 av. notre ère[8].

AménagementsModifier

Stèle commémorativeModifier

Une stèle commémorative de la visite de Napoléon III le 9 juillet 1862 est élevée le 27 juillet de la même année en bordure du plateau et non loin du monument. Arrachée et mutilée à coups de pioche après la chute de l'Empire, elle est remise en place le 2 mai 1934[9].

 
Plaque de Napoléon III

Monument à VercingétorixModifier

Article détaillé : Monument de Gergovie.

Un monument commémoratif à Vercingétorix, de 26 mètres de haut, en pierre de Volvic, dû à Jean Teillard, architecte de la ville de Clermont-Ferrand, est édifié par souscription publique sur le site présumé de l'oppidum en 1900 en bordure orientale de plateau.

En août 1942, sous le régime de Vichy, une grande manifestation patriotique de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme se déroule autour du monument où des pierres et de la terre venant de la France métropolitaine et de l'Empire Français sont déposées sous un cénotaphe qui est scellé par le maréchal Pétain lui-même[10],[11].

Musée de GergovieModifier

 
Musée de Gergovie

Un lieu d'exposition permanent, le Musée archéologique de la bataille de Gergovie, a ouvert ses portes le 19 octobre 2019, refonte et agrandissement de l'ancien lieu d'exposition. Dans un bâtiment de 1 200 m2, on y trouve une exposition d'environ 300 objets, des maquettes et des animations multimédia ; des ateliers pédagogiques sont proposés. Le projet a été porté par Mond'Arverne Communauté, avec le soutien des autres collectivités territoriales concernées, l'État (propriétaire du site) et l'Europe ; la construction a débuté en avril 2015[12].


À proximité se situe l'unique restaurant du plateau, « La Hutte Gauloise ».

ManifestationsModifier

CervolixModifier

Cervolix était un meeting aérien qui se déroulait chaque année de 1995 à 2013 sur le plateau de Gergovie, sous l'égide de l'Association d'animation culturelle et touristique (AACT). Décollaient du plateau des cerfs-volants, des avions télécommandés tandis que des avions venaient faire des mouvements au-dessus du plateau. Le festival s'ouvrait à d'autres disciplines comme la voltige aérienne, les montgolfières et les paramoteurs.

En 2009, un Canadair et des avions de chasse survolèrent le site. En 2010, la Patrouille de France ainsi que la Patrouille Cartouche Doré étaient venues faire faire des démonstrations sur le plateau, après être venues s'entraîner la veille depuis l'aéroport de Clermont-Ferrand-Auvergne. La rencontre avait lieu chaque année le second week-end d'octobre.

À la suite de problèmes survenus en 2013 — principalement une météo capricieuse[13] —, la manifestation a été mise en pause et il n'y a pas eu d'événement en 2014.

Faute d'apport financier suffisant (seulement 30 % du budget avait été collecté sur un total estimé à 100 000 €), Cervolix 2015 n'a finalement pas eu lieu[13],[14]. L'association déclare mettre un point final à l'exhibition[15]. Une tentative de relance en 2017 n'a pas abouti, en raison du renforcement des contraintes de sécurité[16],[17].

Les ArvernialesModifier

« Les Arverniales » est une « archéofête » gauloise de l'oppidum de Gergovie, se déroulant tous les ans au mois de juillet sur le plateau. Elle consiste en deux jours de reconstitutions, expérimentations archéologiques, spectacles d'histoire vivante sur le site de la bataille. Créée en 2002 par l'Office de Tourisme de Gergovie-Val d'Allier, son organisation est depuis 2018 assurée par l'association Gergovie les Arverniales. Elle rassemble sur un week-end une centaine de bénévoles et autant de reconstituteurs et artisans, pour proposer une animation aussi proche que possible de la réalité historique et archéologique.

Notes et référencesModifier

  1. Abbé Louis Dufour de Longuerue, Description historique et géographique de la France ancienne et moderne, (lire en ligne), p. 133
  2. Franck Chignier-Riboulon, Clermont-Ferrand, ville paradoxale, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal,, , 174 p. (lire en ligne).
  3. "Gergovie, une victoire gravée dans la géographie" par Sylvie Jolivet, Les Échos, 23 juillet 2010.
  4. M. Chantepie, Le Volcanisme basaltique miocène et pliocène dispersé de la région de Clermont-Ferrand et sur le plateau des Dômes. Étude pétrologique et géochronologique. Implications volcanologiques et morpho-tectoniques, Mémoire de DEA, Univ. Clermont-Ferrand II, 1990, 38 p.
  5. a b c d et e Panneaux d'informations sur site de l'Arafa (association pour la recherche sur l'âge de fer en Auvergne) et de la Direction régionale des affaires culturelles d'Auvergne.
  6. Pierre-François Fournier, « Les Ouvrages de pierre sèche des cultivateurs d'Auvergne et la prétendue découverte d'une ville aux Côtes-de-Clermont [Puy-de-Dôme] », L'Auvergne littéraire et artistique, no 68, 10e année, 1933, 3e cahier, p. 5-34 et fig. I à XXXIX.
  7. Christian Lassure, Vers la fin du mythe des murs et cabanes en pierre sèche gaulois du plateau des Côtes de Clermont dans le Puy-de-Dôme ?, pierreseche.com, 2 octobre 2006.
  8. Y. Deberge, V. Guichard, avec la collaboration de M. Feugère, D. Leguet et D. Tourlonias, Nouvelles recherches sur les travaux césariens devant Gergovie (1995-1999), in Revue Archéologique du Centre de la France, 39, 2000, p. 83-111.
  9. Indications recueillies au verso d'une carte postale de 1936, coll. « La Hutte » – Cliché J.-H. Jury, Riom).
  10. Antoinette Ehrard, Vercingétorix contre Gergovie ? : Nos ancêtres les Gaulois, Clermont-Ferrand, (lire en ligne), p. 307 à 317.
  11. Rassemblement de terres françaises à Gergovie, L'Illustration, No 5191, 100e année, 5 septembre 1942, p. 169 : « Les guides de Chamonix, ayant à leur tête leur président M. Armand Couttet, étaient allés chercher à l'extrême pointe du pic Maréchal-Pétain, à 3.522 mètres d'altitude, un fragment de granit. »
  12. Site du musée.
  13. a et b « Cervolix de retour en 2015 ! », sur La Montagne, (consulté le 12 août 2015).
  14. « VIDEO. Puy-de-Dôme : Cervolix 2015 cloué au sol - France 3 Auvergne » (consulté le 12 août 2015).
  15. « CERVOLIX », sur www.cervolix.com (consulté le 12 août 2015).
  16. « Un Cervolix Tricolore », La Montagne,‎ .
  17. « Plan de vol annulé pour Cervolix », sur La Montagne, (consulté le 13 septembre 2017).

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Pascal Richet, Guide des volcans de France, Éditions du BRGM et Belin, , 427 p.
  • Pierre Nehlig, Pierre Boivin, Alain de Goër, Jean Mergoil, Gaëlle Prouteau, Gérard Sustrac et Denis Thiéblemont, Les volcans du Massif central, Éditions du BRGM, , 41 p.
  • Y. Deberge et V. Guichard (avec la collaboration de M. Feugère, D. Leguet et D. Tourlonias), « Nouvelles recherches sur les travaux césariens devant Gergovie (1995-1999) », Revue archéologique du centre de la France, t. 39,‎ , p. 83-111 (lire en ligne).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier