Place des Martyrs (Beyrouth)

place de Beyrouth, Liban

La place des Martyrs (en arabe : ساحة الشهداء, Sāḥāt ash-Shuhadāʾ ) est la place centrale de Beyrouth, la capitale du Liban. Elle porte ce nom en souvenir des nationalistes libanais pendus par les Ottomans le . La statue de bronze qui occupe le centre de la place rappelle aussi cet événement.

L'ancien opéra qui donne sur la place.

HistoireModifier

Les jardins de Fakhr al-DinModifier

Au début du XVIIe siècle, l'émir Fakhr al-Din (Fakhreddine), qui régnait sur les montagnes du Chouf, doit s'exiler en Toscane pendant une période de répression ottomane. À son retour, il fait construire à cet endroit un palais de style toscan muni d'une tour (qui avec le fort du bord de mer, assurait la défense de la ville jusqu'au XIXe siècle) qui donne à la place son premier nom : elle est alors connue sous le nom de « place de la Tour » (ساحة البرج) ou « jardins de Fakhr al-Din ». Les pierres utilisées pour le palais ayant toutes été prises à ses ennemis, certains d'entre eux revinrent pour se venger et détruisirent le palais.

La place des CanonsModifier

Le , un navire russe envoyé par la tsarine Catherine II, contenant des canons pour lutter contre l'occupant ottoman, débarque à Beyrouth. Djezzar Pacha, gouverneur de Beyrouth à partir de 1773, décide de rénover la place en y érigeant des tours et en y plaçant les canons : elle prend bientôt le nom de « place des Canons »[1].

La place des MartyrsModifier

À l'entame de la Première Guerre mondiale, le Liban est encore sous domination ottomane. Les Alliés, ennemis des Ottomans, instaurent en 1915 un embargo sur Beyrouth. De plus, les récoltes déjà dévastées par une invasion de sauterelles sont réquisitionnées par les Turcs. La famine et les maladies font de nombreuses victimes et un soulèvement populaire a lieu, notamment grâce au soutien français[réf. souhaitée]. Les Ottomans réagissent violemment : le , le gouverneur Djemal Pacha ordonne la pendaison de six nationalistes libanais pour mater l'insurrection[2]. Pour commémorer cette exécution, le général français Henri Gouraud propose de l'appeler « place des Martyrs » ; le groupe statuaire érigé au centre de la place leur rend hommage[3].

 
La place des Martyrs au milieu des années 1960.

Au milieu du XXe siècle, il s'agit d'une place très fréquentée, comptant cafés, hôtels, restaurants, cinéma et même des maisons closes[3].

Pendant la guerre du Liban, la place est devenue un symbole de Beyrouth meurtrie (c'est là d'où partait la ligne de démarcation qui divisait la capitale entre 1975 et 1990). Ainsi, l'opéra, devenu un magasin Virgin Megastore, est le seul monument qui soit resté debout. La grande statue de bronze, criblée de balles, est un symbole de la destruction du centre-ville de Beyrouth pendant cette période[4]. C'est la société privée Solidare (propriété de Rafiq Hariri) qui est chargée de reconstruire la place à la sortie de la guerre, travaux qui voient la destruction quasi complète des anciens édifices au lieu de leur rénovation, dont le poste de police (qui datait de l'époque ottomane) et le cinéma Rivoli (bâti dans les années 1950 à la place du Petit Sérail, le siège du pouvoir ottoman au début du siècle), avec l'idée d'ouvrir la place sur la mer et de mettre en valeur des vestiges archéologiques phéniciens. Si certains nouveaux bâtiments sont sortis de terre, comme la mosquée Mohammed al-Amine, l'agencement de la place reste assez anarchique, des terrains vierges succédant aux parkings provisoires et les projets initiaux restent à l'état d'ébauche, donnant une image de « plaie béante au cœur de la capitale, dont le tissu urbain n'a pas encore cicatrisé »[3].

 
Manifestation en octobre 2019.

À l'ouest de la place, un mausolée rend hommage au Premier ministre Rafiq Hariri, assassiné en 2005[3].

La place est le lieu de manifestations d'ampleur contre l'incurie gouvernementale à partir d' et ce pendant plusieurs semaines[5]. Celle du (après les explosions du 4 août) provoque près de deux cents blessés.

Conférence en ligneModifier

Sous le titre « D'une Place des Martyrs à une place martyr » une conférence donnée par le réalisateur et photographe libanais Fadi Yeni Turk, en introduction à la projection de son film « Monumentum »[6] au MuCem (Marseille), retrace l’histoire de la place. Elle est visible sur Dailymotion[7] et Youtube[8].

Photos du monumentModifier

Notes et référencesModifier

  1. « Place des martyrs », sur baronbaron.com.
  2. (en) « Martyrs Square », sur lebanoneguide.com.
  3. a b c et d Sibylle Rizk, « Place des Martyrs - À Beyrouth, la renaissance en suspens », Le Figaro, mercredi 14 août 2013, page 13.
  4. « La Place des Martyrs, Beyrouth, Liban », sur the-world-in-photos.com, .
  5. Sibylle Rizk, « Les espoirs piétinés de la révolution libanaise », Le Figaro,‎ 16-17 octobre 2021, p. 16 (lire en ligne).
  6. « Présentation du film Monumentum » (consulté le )
  7. « La conférence sur Dailymotion » (consulté le )
  8. « La conférence sur Youtube » (consulté le )