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Le Phonoscope est le nom de plusieurs dispositifs inventés par Georges Demenÿ pour reproduire le mouvement par l'image.

En 1891, à l'instigation du professeur Marichell qui lui avait demandé, pour enseigner la lecture labiale, une série d’images montrant un homme en train de parler, Georges Demenÿ se filme en gros plan à l'Institut national de jeunes sourds de Paris, prononçant les phrases « Je vous aime ! » et « Vive la France ! »[1],[2].

L'appareil utilisé pour les prise de vues, le phonoscope à disque, est breveté le 3 mars 1892[3]. Il s'inspire du zoopraxiscope d'Eadweard Muybridge, mais les dessins sont remplacés par des clichés de chronophotographie, découpés et collés sur un disque en verre rotatif qui permet, grâce à un obturateur, de visionner directement le mouvement sur le disque actionné par une manivelle ou d'effectuer sa projection sur un écran à l'aide d'une forte lanterne Molteni. Demenÿ procède avec succès à la première présentation publique d'images chronophotographiques animées, lors de l'Exposition internationale de Photographie de Paris de 1892[4]. Ce dispositif est en fin de compte celui des jouets optiques, et limité en conséquence par la durée très courte de la scène (2 à 4 secondes au maximum) et le caractère cyclique du spectacle. Il réalise alors un projecteur à bandes en 1893 pour son employeur Étienne-Jules Marey[5],[6].

Georges Demenÿ, qui est ainsi tenté d'infléchir ses recherches en direction du grand public et du spectacle, donne la même appellation de phonoscope[réf. nécessaire] à la véritable caméra qu'il fabrique en 1894 (brevet du 27 juillet 1894 additif au brevet du 10 octobre 1893), après son renvoi du laboratoire de Marey pour cause de divergence d'opinions (Marey est un pur scientifique, soucieux d'observer et de décrire les phénomènes rapides afin de les expliquer). Cet appareil enregistre les images sur la pellicule souple sans perforations de 60 mm de large, contrairement aux pellicules de Thomas Edison et de Louis Lumière qui utilisent le format de 35 mm, le premier avec 4 perforations rectangulaires de chaque côté de chacun des photogrammes (le format qui va devenir le standard mondial), le second avec 1 seule perforation ronde de chaque côté des photogrammes. L'avancement intermittent de la pellicule derrière l'objectif est assuré par une came battante. Demenÿ réalise ensuite une centaine de films, dont une dizaine, sur bandes de 15 m, est conservée au Musée des Arts et Métiers[7].

La tentative de monter une société pour continuer ses recherches et éventuellement commercialiser ses appareils provoque la faillite de Demenÿ. Pour apurer ses dettes, il vend ses brevets, dont celui de sa caméra devenue le "Biographe système Demenÿ", à l'industriel Léon Gaumont, qui rebaptise le phonoscope à disque en Bioscope, et qui fait améliorer cette caméra pour enfin tourner en 1896 les premiers films Gaumont en 60, puis 58 mm, dont La Fée aux choux et "La Biche au bois", en confiant également à Demenÿ la réalisation de nouveaux projecteurs[8].

Puis, sous l'appellation nouvelle de Chronophone couplé avec un lecteur de cylindres d'enregistrements sonores (la première représentation publique de Phono-Cinéma-Théâtre avait eu lieu lors de l'exposition universelle de 1900), Léon Gaumont va en faire de 1902 à 1917 l'instrument de production des phonoscènes imaginées par la première réalisatrice du cinéma, Alice Guy. Les phonoscènes sont enregistrées en play back, la caméra est d'abord mise en mouvement puis le gramophone, chargé cette fois d'un disque en cire, est lancé à son tour ; les chanteurs suivent leur propre voix. À la projection, le synchronisme des deux machines est obtenu par le démarrage simultané du gramophone et de l'appareil de projection. La durée, limitée à 3 ou 4 minutes, ne provoque pas de désynchronisation patente (au-delà de cette durée, la désynchronisation deviendrait de plus en plus visible).

Ce dispositif de son sur disque nous a légué quelque cent quarante phonoscènes qui offrent aujourd'hui la possibilité d'écouter et en même temps de voir des artistes (chanteurs, acteurs) de la fin du XIXe siècle et de la première décennie du XXe siècle interprétant des chansons, des airs d'opéra, des monologues, des sketchs, précieux répertoire sans équivalent dans le monde.

Notes et référencesModifier

  1. Christian Canivez, « Georges Demenÿ, père oublié du cinéma », La Voix du Nord,‎ , p. 38 (lire en ligne).
  2. Films de Demenÿ pour l'apprentissage de la lecture labiale par les sourds, 1891-1892, site youtube.com.
  3. Phonoscope : visionneuse et projectionneuse de clichés chronophotographiques, 1892, collection de la cinémathèque française, site cinematheque.fr.
  4. La cloison de la chambre de projection est percée de trous pour les yeux des spectateurs.
  5. Appareil chronophotographique de projection pour bandes négatives, 1893, provenant du laboratoire d'Étienne-Jules Marey, collection du Musée des Arts et Métiers, site cugnot.cnam.fr.
  6. Il s'agit probablement du procédé auquel Marey fait allusion, lorsqu'il abandonne ses propres recherches de projecteur.
  7. Films de Georges Demenÿ de 1895, collection du Musée des Arts et Métiers, site cugnot.cnam.fr.
  8. Projecteur Gaumont conçu par Demenÿ, 1895-1897, collection du Musée des Arts et Métiers, site cugnot.cnam.fr.