Paulin de Nole

poète et un ecclésiastique romain

Paulin de Nole
Image illustrative de l’article Paulin de Nole
Paulin de Nole d'après un vitrail de la cathédrale de Linz (Autriche).
Saint, évêque
Naissance né vers 353,
Bordeaux (Aquitaine)
Décès 431 (78 ans)
Nola_(Italie)
Nom de naissance Pontius Meropius Anicius
Nationalité citoyen romain
Vénéré à cathédrale de Nola
Vénéré par les catholiques et les orthodoxes
Fête 22 juin
Attributs Bâton pastoral et cloche
Saint patron des jardiniers

Paulin de Nole ou saint Paulin (en latin Meropius Pontius Paulinus), né à Bordeaux vers 353, mort à Nole en 431, est un poète et un ecclésiastique latin contemporain de saint Augustin et de Martin de Tours, qui l'encouragea dans sa vocation religieuse. Il a été évêque de Nole de 409 à sa mort.

châsse de Paulin dans la cathédrale de Nola.

VieModifier

Né sous le nom de Pontius Meropius Anicius, il faisait partie d'une des plus riches familles de Bordeaux. Il eut pour précepteur le poète Ausone[1]. Il fut consul suffect en 379[2].

Comme saint Ambroise de Milan, il passa de la carrière politique à la vocation ecclésiastique. Sous l'influence de ce dernier, de saint Martin de Tours et d'autres comme saint Amand de Bordeaux, successeur de saint Delphin — qui l'avait ordonné prêtre — au siège épiscopal de Bordeaux en 403, il se consacra à évangéliser son diocèse, il le convertit et le baptisa. Saint Paulin quitta le « monde » et se dirigea vers le monachisme. En accord avec son épouse et malgré l'opposition de toute l’aristocratie bordelaise, en particulier de son maître Ausone, il se sépara de ses biens et se retira près de la tombe de saint Félix à Nole, en Campanie, en 394. Il y avait déjà fondé un hôpital lorsqu'il était gouverneur de cette province. Il y fit désormais construire un complexe religieux dédié au culte du saint local. Vers 409, il devint évêque de Nole. Selon un écrit du prêtre Uranius[3], il reçut la veille de sa mort la vision de saint Janvier, évêque de Bénévent (Campanie) de 302 à 305, et de saint Martin de Tours, évêque de Tours, venus le conduire au ciel.

Paulin a su adapter la tradition poétique païenne reçue de son maître Ausone à des horizons chrétiens. Dans ce processus d'adaptation, il s'est inspiré de son contemporain le poète Prudence, qu'il a probablement rencontré.

ŒuvresModifier

Avec Prudence, saint Paulin de Nole est l'un des plus grands poètes latins chrétiens.

On a conservé de lui 35 poèmes, très élégants, la plupart en hexamètres dactyliques. Parmi ceux-ci, il y a des « Laudes » annuelles en l'honneur du saint patron de Nole, Félix, trois paraphrases de Psaumes (genre littéraire qui aura une grande postérité) et deux propemptica (poèmes souhaitant un bon voyage).

De Paulin est aussi conservé un ensemble de 49 lettres de forme très ornée, témoignant de sa piété et de sa sensibilité personnelle, ainsi que du goût littéraire de l'époque.

ÉcritsModifier

Paulin, poète et haut fonctionnaire[4] originaire de Bordeaux, et sa femme, Thérèse, se convertirent en 393[5]. Ils renoncèrent à leurs biens et se retirèrent à Nole (Italie), où Paulin fut élu évêque en 409[6].

Commentaire selon saint Marc (Mc 12, 38-44)

Donnons pour recevoir de lui

« As-tu quelque chose sans l'avoir reçu ? demande l'Apôtre (1 Co 4, 7). Voilà pourquoi, mes bien-aimés, il ne faut pas que nous gardions jalousement nos richesses comme si elles étaient nôtres, mais que nous les prêtions, puisqu'elles nous ont été confiées. Car on nous en a confié la charge, et nous avons l'usage d'une richesse commune, non la possession éternelle d'un bien propre. Si tu reconnais que ce bien n'est à toi ici-bas que pour un temps, tu pourras le posséder éternellement dans le ciel.
Rappelons-nous cette veuve qui se préoccupait des pauvres sans se soucier d'elle-même (cf. Mc 12, 38)[7]. Prêtons donc au Seigneur les biens que nous avons reçus de lui. Nous ne possédons rien, en effet, qu'il ne nous ait donné, et nous n'existons que parce qu'il le veut. En particulier, comment pourrions-nous penser avoir quelque chose à nous, alors que nous avons contracté une dette plus grande et spéciale, et que nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes ? Car Dieu nous a créés, mais il nous a aussi rachetés.
Eh bien, réjouissons-nous d'avoir été rachetés à grand prix, en vérité, par le sang du Seigneur lui-même. Ce qui fait que nous ne sommes plus des esclaves sans valeur. Aussi, rendons au Seigneur ce qu'il nous a donné ; donnons à celui qui reçoit en tout pauvre ; donnons, dis-je, avec joie, pour recevoir de lui dans l'allégresse, comme il l'a promis. »

— St Paulin de Nole. Épître 34, 2-4, trad. dir. par H. Delhougne, Les Pères de l’Église commentent l’Évangile, Brepols, Turnhout, 1991, n° 137.

DévotionModifier

La dévotion à saint Paulin est très répandue dans la France du Grand Siècle. De nombreuses confréries se créent autour des années 1665-1670 ; pour accélérer le recrutement, on fait entrevoir aux fidèles la possibilité d’obtenir des reliques du saint. Elles se font longtemps attendre et arrivent en France en 1685. L’arrivée en France des reliques du saint des coliques et des fruits et légumes a éveillé un certain écho dans le milieu de l’humanisme dévot et dans celui des amateurs de jardins (…)

De la ville de Nole en Campanie, dont il fut évêque[8], il conserve comme attribut la cloche : la région était réputée dès l'Antiquité par la qualité de l'airain de ses cloches. La légende populaire en fera alors le fondateur des cloches d'église occidentales modernes.

Paulin de Nole vu par saint Augustin et MontaigneModifier

L« évêque de Nole, ce riche qui a échangé ses richesses contre la pauvreté volontaire […] adressait en son cœur cette prière à Dieu : Seigneur, ne me laisse pas livrer aux tortures pour de l’or, pour de l’argent ; car où est tout mon bien, tu le sais. »

« Quand la ville de Nole fut ruinée par les Barbares, Paulinus qui en estoit Evesque, y ayant tout perdu, et leur prisonnier, prioit ainsi Dieu ; Seigneur garde moy de sentir cette perte : car tu sçais qu'ils n'ont encore rien touché de ce qui est à moy. Les richesses qui le faisoient riche, et les biens qui le faisoient bon, estoyent encore en leur entier. »

CitationsModifier

Des cœurs en chœur !

« Paulin de Nole écrivait à saint Augustin ces mots :

« Ce n'est pas une merveille si, séparés l'un de l'autre, nous sommes cependant si présents l'un de l'autre, et si, ne nous étant jamais vus, néanmoins nous nous connaissons. Car enfin, nous sommes tous les deux membres d'un même corps, nous avons la même tête, la même grâce coule sur nous, un même pain fait notre nourriture ; nous marchons dans le même chemin, nous demeurons au même séjour. » Si c'est vrai de la terre à la terre, combien plus du ciel à la terre ? »[9].

De Johan von Müller : Histoire universelle (XI, 10). Au moment de l'invasion des Vandales venus d'Afrique : « Il avait déjà, pour le rachat des prisonniers, dépensé tous les trésors de l'église, ses ressources, celles de ses amis : à ce moment, il voit une veuve qui se désespérait, parce qu'on amenait son fils unique; il s'offre à sa place pour aller en esclavage. Car alors tout ce qui était d'un âge raisonnable et qui n'avait pas succombé par l'épée, était pris et emmené à Carthage. » (Schopenhauer, Les fondements de la morale, p. 213, classiques de poche).

Notes et référencesModifier

  1. Paulin de Nole - La joie des poètes.
  2. PAULIN DE NOLE saint (353-431). Encyclopædia Universalis.
  3. D'après Dom Rémi Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, vol. X, Paris, Vve Pierres, , « XVII Saint Paulin, évêque de Nole », p. 550.
  4. La Vie de saint Paulin, sénateur et consul romain... et évêque de Nole... Éd. J. Couterot et L. Guérin (1686).
  5. Saint Paulin de Nole, Poèmes, Lettres et Sermon, textes choisis, traduits et présentés par Ch. Pietri.Wartelle André. Bulletin de l'Association Guillaume Budé, Année 1965/2 p. 277-278.
  6. Les Saints français - Saint Paulin de Nole. Wikisource.
  7. « Cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres ».
  8. Il y développa un culte et un pèlerinage en mémoire de son prédécesseur, le saint évêque et martyr Félix de Nole, dont il rédigea la Vie et Passion, et bâtit un complexe religieux sur sa tombe.
  9. Mgr Charles Gay, Le Ciel, le Purgatoire, la Terre, Mame, Tours, 1921, p. 67.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • David Amherdt, Ausone et Paulin de Nole : Correspondance. Introduction, texte latin, traduction et notes. Peter Lang, 2004 (Sapheneia, Beiträge zur Klassischen Philologie ; 9). VII, 247 p. (ISBN 3-03910-247-8).
  • BAUDRILLART André: Saint Paulin, Evêque de Nole; Lecoffre, 1928.
  • Paulinus Nolanus, Carmina, ed. F. Dolveck, Corpus Christianorum. Series Latina, 21, Turnhout, Brepols Publishers, 2015 (ISBN 978-2-503-55807-3).
  • Pierre Fabre, Les citations dans la correspondance de Paulin de Nole, Paris, Les Belles lettres, .
  • Pierre Fabre, Essai sur la chronologie de l'oeuvre de saint Paulin de Nole, Strasbourg, Publ. de la Faculté des lettres de l'Université de Strasbourg, .
  • Pierre Fabre, Saint Paulin de Nole et l'amitié chrétienne, Paris, E. de Boccard, .
  • GORCE Denys: Paulin de Nole; Les éditions ouvrières, 1959.
  • Rémy de Gourmont, Le Latin mystique. Les poètes de l'antiphonaire et la symbolique au Moyen Âge, Mercure de France, 1892.
  • Élie Griffe, « La Gaule chrétienne à la fin du IVe siècle », dans Bulletin de littérature ecclésiastique, 1945, tome 46, p. 116-128 (lire en ligne)
  • Carmine Iannicelli, Rassegna di studi paoliniani (1980-1997), dans Impegno e Dialogo 11 (1994-1996) [public.1997], p. 279-321 [lire en ligne].
  • Abbé Francois Lagrange, Chanoine de Notre-Dame de Paris, vicaire général d'Orléans, Histoire de Saint Paulin de Nole, Paris, Libraire Poussièlgue frères, 1882.
  • Joseph T. Lienhard, Paulinus of Nola and Early Western Monasticism, with a study of the Chronology of His Work and an Annotated Bibliography, 1879-1976 (Theophaneia 28), Köln-Bonn 1977, p. 192-204.
  • Cesare Magazzù, Dieci anni di studi su Paolino di Nola (1977-1987), dans Bollettino di studi latini 18 (1988), p. 84-103.
  • Charles Perrault, Saint Paulin Evesque de Nole, avec une epistre chrestienne sur la pénitence, et une ode aux nouveaux-convertis, Paris, Jean-Baptiste Coignard, 1686 [lire en ligne].
  • Saint Paulin de Nole: poèmes, lettres et sermon; textes choisis, traduits et présentés par Charles PIETRI, Editions du Soleil levant, 1964
  • Anne-Marie Taisne (éd. et trad.), La lettre au service du Verbe : correspondance de Paulin de Nole avec Ausone, Jérome, Augustin et Sulpice Sévère (391-404), Collection « Les pères dans la foi » 102, éd. J.-P. Migne, Paris, 2012.
  • Dennis E. Trout, Paulinus of Nola - Life, Letters, and Poems, University of California Press 1999, recension par Robert Kirstein, Bryn Mawr Classical Review, 16 octobre 2001.
  • La vie de Saint Paulin évêque de Nole avec l'analyse de ses ouvrages et trois dissertations sur quelques points importants de son histoire, Paris 1743 XX + 525.p
  • Abbé Souiry, Etudes historiques sur la Vie et les Écrits de Saint Paulin, Évêque de Nole, Nabu Press, , 334 p. (ISBN 978-1272270681)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier