Paulin Talabot

ingénieur et homme politique français

Paulin Talabot, né le à Limoges et mort le à Paris, est un ingénieur polytechnicien, personnalité du monde ferroviaire, banquier et homme politique français. Il a contribué à l’essor du chemin de fer en France et à l’étranger, dirigeant la PLM de 1862 à 1882. Il participa à la fondation du Crédit lyonnais et de la Société générale. Il fut député et président du conseil général du Gard de 1865 à 1870.

Paulin Talabot
Image dans Infobox.
Photographie de Paulin Talabot.
Fonctions
Président du conseil général du Gard
-
Député
Gard
-
Conseiller général du Gard
Canton de Nîmes-3
-
Biographie
Naissance
Décès
(à 85 ans)
Paris (France)
Sépulture
Nom de naissance
François Talabot
Nationalité
Formation
Activités
Père
François Talabot (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Léon Talabot
Pierre Talabot (d)
Edmond Talabot (d)
Jules Talabot (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Marie Talabot (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Propriétaire de
Château Talabot (d), château BorélyVoir et modifier les données sur Wikidata
Membre de
Cercle des chemins de fer (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions

BiographieModifier

Naissance et formationModifier

François, dit Paulin, Talabot est né le à Limoges, il est le quatrième des huit enfants (cinq garçons et trois filles) de François Talabot (1764-1839), avocat au parlement de Limoges, puis président du tribunal civil de Limoges, et Marie Agathe Martin-Lagrave. À la naissance de Paulin, son père est un bourgeois et un notable de la ville : il a été avocat au présidial avant d'occuper, après la Révolution, la fonction de président de son tribunal civil pendant vingt ans, même si les origines familiales sont plus modestes : son grand-père Marcel (1720-1777) était laboureur mais propriétaire et un paysan plutôt aisé.

Paulin Taladot entre à l'École polytechnique (promotion X 1819) puis intègre le corps des Ponts et Chaussées.

IndustrieModifier

 
Portrait de Talabot.

Disciple de Barthélemy Prosper Enfantin, il fut plus tard un grand entrepreneur de chemins de fer et un grand capitaine d’industrie français.

La compagnie minière de Rochebelle et des forges de Tamaris (Alès) dirigée par le maréchal Soult l’ayant appelé pour améliorer le transport du charbon entre Alès et le canal du Midi Beaucaire-Aigues-Mortes (1829-1834) dans le Gard, près de Nîmes, Talabot opte finalement pour le chemin de fer, en raison de l’étiage du Gardon d'Alès en été.

Il participe à la création en 1836 de la « Compagnie des Mines de la Grand’Combe et des chemins de fer du Gard ». Au cours de voyages en Angleterre, il est allé se former auprès de Robert et George Stephenson qui l’initient et l’aident pour installer son propre chemin de fer entre Beaucaire et La Grand-Combe où se trouvent d'importants gisements en charbon. La gare de Ners entre Nîmes et Alès est d’ailleurs d’architecture anglaise, évocation sans doute de Paulin Talabot à ses maîtres britanniques.

Constructeur des premières lignes dans le Sud-Est de la France avec notamment pour proche collaborateur Charles Dombre, il étudie la jonction de la Méditerranée à la mer Rouge entre 1845 et 1847, ayant été choisi par la société d'études fondée par Prosper Enfantin (Talabot abandonnera à Ferdinand de Lesseps ce projet qui deviendra le canal de Suez[1]). Talabot s’emploie par des fusions à former la compagnie du chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée[2] (PLM), dont il devient le directeur général (1862-1882). Avec Jules Mirès, il modernise le port et reconstruit les docks de Marseille (vers 1856, en collaboration avec l’ingénieur Gustave Desplaces), ville à laquelle il est particulièrement attaché, au point de s'y faire édifier une somptueuse demeure — le « château Talabot » — par l'architecte Jules Bouchot.

Dans la première partie du XIXe siècle, l'idée de faire table rase des monuments du Moyen Âge, période d'obscurantisme, revenait avec régularité. Talabot, en 1846, dans le cadre de la construction du PLM, proposa de faire passer une voie ferrée sur le rempart nord d'Avignon. Dans son projet, il proposait pour empêcher toute critique que celui-ci soit « doublé d'un côté ou d'un autre suivant les convenances ». D'ailleurs, expliquait-il, le remblai serait maçonné et couronné de créneaux, ce qui permettrait de conserver à la cité des papes « son caractère original, pittoresque et Moyen Âge, mieux que les vieux remparts en mauvais état ». Comme il avait prévu de placer la gare à la porte de l'Oulle, un tunnel percerait le rocher des Doms[3].

Le conseil municipal d'Eugène Poncet se déclara très favorable. Il fut suivi par une partie de l'opinion publique qui pensait que ce remblai serait la meilleure des protections contre les crues du Rhône. Une voix s'éleva pourtant contre ce projet, ce fut celle d'Esprit Requien, immédiatement soutenu par Prosper Mérimée[3]. Il lui écrivit :

« Personne ne déteste autant le pugilat que moi, mais ce que j'ai encore le plus en horreur, c'est de me laisser manger la laine sur le dos. À votre place, je ne me laisserai pas canuler par ces canailles du conseil municipal. Au point où les choses en sont venues, je crois que vous avez plus à perdre à la résignation qu'au regimbement… Vous avez une admirable invention au moyen de laquelle on vient à bout de monstres bien plus durs à cuire que ceux que dompta feu Hercule. C'est la presse. Il n'y a pas de maire, voire de ministre qui n'y laisse des plumes, quand on a surtout le bon droit. Usez-en… Battez-vous, battez-les »

— Prosper Mérimée[3].

De son côté, Mérimée fit un rapport à son ministre de tutelle, dénonçant cette initiative qu'il qualifiait de « malheur public », en lui demandant de s'opposer à « destruction de la célèbre enceinte et son remplacement par une voie ferrée et une gare inesthétiques ». L'affaire fut réglée lors des élections municipales, Eugène Poncet fut battu, son successeur Hyancinthe Chauffard annula immédiatement le projet de destruction des remparts[3].

En Algérie, il réalise des projets de chemins de fer et de transports maritimes, et d’exploitations minières (compagnie de Mokta el Hadid, mines de fer).

Il participa également au développement des chemins de fer italiens et autrichiens.

BanquesModifier

Paulin Talabot participa à la création, en 1863, du Crédit lyonnais aux côtés des familles Arlès-Dufour, Enfantin, Chevalier et Germain. En 1864, il créa avec l’aide de la famille Rothschild la banque Société générale (dont il sera le premier directeur), pour faire face au Crédit mobilier des frères Péreire.

Carrière politiqueModifier

En plus d’être un grand et très fortuné industriel (il fut un temps la personne la plus imposée dans le Gard), Paulin Talabot fut élu plusieurs fois député du gouvernement (soutenant Napoléon III) et conseiller général du Gard (en 1861, après la disparition de Jean Duplan) avant d'échouer à la députation dans les Basses-Alpes (actuel département des Alpes-de-Haute-Provence).

Décès et inhumationModifier

« Monsieur Paulin Talabot, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, directeur honoraire de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, (NDLR : PLM) vient de mourir à Paris à l’âge de 85 ans. Le pays perd en lui l’un de ses hommes les plus éminents, un des ingénieurs qui ont le plus contribué en France au développement de nos voies ferrées et en particulier, au succès de la grande compagnie dont il a été le véritable créateur »

— revue Ingénieurs civils, 1885

 
Église Saint-Martin de Condat avec sur le côté le caveau de Paulon Talabot

Après des obsèques à l'église de la Madeleine le en présence des grands noms de l'industrie et de la politique, il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Sa dépouille est plus tard transférée à Condat-sur-Vienne dans la banlieue de Limoges, où il avait des attaches et dont il avait financé la rénovation de l'église et des écoles[4]. Il est inhumé dans un imposant caveau à côté de l'église[4].

Vie personnelleModifier

Il rencontra à Marseille Marie Savy (1822-1889), une jeune femme de l'Aveyron, alors au service d'une famille de notables de la ville. Malgré la différence d'âge (elle en avait 19 et lui 42) et de classe sociale, il l'épousa[5]. Le couple repartit vivre à Paris où Marie Talabot tiendra salon. Elle est inhumée à Saint-Geniez-d'Olt, son village natal dont elle était devenue une bienfaitrice, dans un mausolée dominant la ville : le monument Talabot[5]. Une variété de pêche porte son nom, créée par Gougibus, le jardinier de Paulin Talabot[6].

DécorationsModifier

De nombreuses fois décoré, il était notamment :

HommagesModifier

 
Buste de Paulin Talabot dans la gare de Nîmes.
  • Il existe en France plusieurs voies publiques portant son nom (Arles, Limoges, Saint-Ouen, Toulouse, Yerres).
  • Un buste de Paulin Talabot se trouve dans le hall de la gare de Nîmes.

Notes et référencesModifier

  1. Planchenault, Gérard., Marseille Saint-Charles : histoire d'une grande gare, 1847-2007, Saint-Cyr-sur-Loire, A. Sutton, , 221 p. (ISBN 978-2-84910-880-2 et 2849108804, OCLC 308167541, lire en ligne)
  2. France, Collection complète des lois, décrets d'intérêe général, traités internationaux, arrêtés, circulaires, instructions, etc, , 640 p. (lire en ligne), p. 20.
  3. a b c et d Joseph Girard, Évocation du vieil Avignon, p. 345.
  4. a et b "Né à Limoges, Paulin Talabot fut l’un des pères du chemin de fer français", Le Populaire, 24 mai 2020
  5. a et b "Monument Talabot" sur le site Tourisme de l'Aveyron.
  6. « Concours ouverts devant la société, en 1885 », Journal de la Société nationale d'horticulture de France, vol. VIII,‎ , p. 380 (lire en ligne, consulté le ).
  7. a et b Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains: contenant toutes les personnes notables de la France et des pays étrangers…, volume 2, Hachette, 1870 p. 1722 lire (consulté le 27 juillet 2011).

BibliographieModifier

  • Baron Ernouf, Paulin Talabot, sa vie et son œuvre, éditions Plon, 1886 (intégral).
  • Bertrand Gille, « Paulin Talabot : recherche pour une biographie », in Revue d'histoire des mines et de la métallurgie, tome I - no 1, 1970, Jarville (diffusion : Librairie Droz - Genève).
  • Jean Lenoble, Les Frères Talabot, une grande famille d’entrepreneurs au XIXe siècle, éditions CCSTI, Limoges, 1989.
  • Frédéric Barbier, Jean-Pierre Daviet, École pratique des hautes études (France), section des sciences historiques et philologiques, « Notice biographique no 91 », dans Le patronat du Nord sous le Second Empire : une approche prosopographique, librairie Droz, 1989 (ISBN 9782600034081) p. 361-365 (extraits)
  • Alain Guichardet, « Paulin Talabot (1799-1885) Premier polytechnicien-cheminot », dans Bulletin de la société des amis de la bibliothèque de l'école polytechnique, no 21, SABIX, (extrait).
  • Joseph Girard, Évocation du vieil Avignon, 1958 - ré-édité Éd. de Minuit, Paris, 2000 (ISBN 2-7073-1353-X).  
  • Roland Carty, Éliane Richard et Pierre Échinard, Les patrons du Second Empire : Marseille, Paris, Picard, , 332 p. (ISBN 2-7084-0557-8), p. 285-289
  • « Paulin Talabot », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition]

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier