Paul Beynet

militaire français

Paul Beynet, ou Étienne Beynet, est un officier général français né le à Châtillon-en-Michaille (Ain) et mort le à Annecy (Haute-Savoie)[1]. Capitaine d'infanterie pendant la Première Guerre mondiale, il est promu général pendant l'entre-deux-guerres. Il dirige la délégation française à la commission de mise en œuvre de l'armistice pendant l'hiver 1941-1942 puis rejoint les Forces françaises combattantes à Londres.

Paul Beynet
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Étienne, Paul, Émile, Marie Beynet
Nationalité
Activité
Officier général
Délégué général et plénipotentiaire de France au Levant
Période d'activité
Depuis Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Arme
Infanterie
Grade militaire
Conflit
Distinctions
Grand croix de la Légion d'Honneur
Archives conservées par

À la fin de la guerre, il est le dernier Délégué général plénipotentiaire de France au Levant de 1944 à 1946, où il tente en vain de retarder l'accession à l'indépendance de la Syrie et du Liban.

CarrièreModifier

Paul Beynet nait le à Châtillon-en-Michaille[2] dans le département de l'Ain, d'un père capitaine d'artillerie[réf. souhaitée].

Première Guerre mondialeModifier

Après sa formation à Saint-Cyr[Note 1], il se distingue pendant la Première Guerre mondiale comme capitaine d'infanterie[3]. Il est notamment le premier chef du corps du 114e bataillon de chasseurs alpins, créé en [4].

Entre-deux-guerresModifier

Au sortir de la guerre, sa progression est rapide : il est promu major en 1927, lieutenant-colonel en 1932, colonel en 1935 puis général de brigade en [2]. Il est présent en Syrie — alors sous mandat français — en 1927[5], et y exerce la charge de chef d'État-Major des troupes du Levant à partir du [5]. Charles de Gaulle est alors un de ses subordonnés[6] : chef de bataillon, il y dirige le Troisième bureau[7].

Après une période pendant laquelle il est détaché au Centre des Hautes études militaires[8], Beynet sert ensuite comme gouverneur militaire de Briançon d' à .

À cette date le commandement par intérim de la division d'Alger lui est confié jusqu'en , et c'est à ce poste qu'il est nommé général de division en [2].

Seconde guerre mondialeModifier

 
Insigne de l'Armée des Alpes.

De retour en métropole, il commande la 81e division d’infanterie de septembre à fin , puis le 14e corps d’armée (dépendant de l’armée des Alpes du général René Olry) jusqu'au [Note 2], à la tête duquel il arrête la progression de l’armée italienne[2] dans les secteurs fortifiés de Savoie et du Dauphiné, les plus au Nord[9] (Uriage, siège du PC de Beynet, Saint-Paul-sur-Isère, Saint-Jean-de-Maurienne, Embrun, La-Roche-de-Rame, etc.)[10].

En il est à nouveau envoyé en Algérie pour y prendre jusqu'en la direction du 19e corps d'armée, qui regroupe toutes les unités militaires d'Algérie et constitue le noyau de l'armée d'Afrique. Devenu en février général de corps d'armée il est le chef de la délégation française auprès de la commission d’armistice de Wiesbaden de à [2]. Avec son homologue le général allemand Oskar Vogl (de) il y travaille à la réorganisation de la Police française[11] et construit un programme de renforcement des forces d'Afrique-occidentale française destiné à contrecarrer le ralliement majoritaire des troupes de l'Afrique-équatoriale française à la Résistance : il obtient ainsi la création d'un 8e régiment de chasseurs d'Afrique[7].

Mis en section de réserve en , il abandonne Vichy et prend contact avec le colonel Passy, chef du BCRA[7]. Il gagne Londres en avion, où le général de Gaulle le reçoit[12] avec plaisir[7], et s’engage dans les Forces françaises combattantes le [2],[3] — une « prise » majeure pour le dirigeant en exil[13].

Des missions diplomatiques lui sont alors confiées par de Gaulle : il dirige la Mission militaire française à Washington de à . Avec le grade de général d’armée de réserve (), il est Délégué général et plénipotentiaire de France et commandant supérieur des troupes au Levant (-)[2], en remplacement du général Catroux[14].

Au Proche-OrientModifier

Au Proche-Orient, l'influence française s'affaiblit rapidement : le Royaume-Uni rivalise avec la France pour le contrôle de la région, et les revendications indépendantistes des deux pays sous mandat français, la Syrie et le Liban, vont croissantes. En , un accord franco-libano-syrien vient alors d'accorder une large autonomie aux autorités locales, en préservant le contrôle par les Français des troupes spéciales[15]. Mais après la libération de Paris, rien ne justifie plus que la France maintienne au Levant des forces militaires.

À la résidence des Pins à Beyrouth, Paul Beynet est chargé par de Gaulle de maintenir pour la France une position privilégiée : celui-ci connait l'expérience de Beynet en Syrie et apprécie les qualités morales et l'absence de fanatisme de ce proche[6]. Mais Beynet a une vision datée de la situation : il perçoit le Proche-Orient comme un pays soumis, dont il méprise les indigènes et leur politique[7]. Rigide, d'un abord difficile[7], le général est d'abord favorablement accueilli[6] mais se trouve vite confronté aux manœuvres de son homologue britannique Edward Spears, qui tente d'évincer les Français, et aux objectifs des dirigeants locaux[14]. Il doit en effet faire face à une opposition indépendantiste croissante : manifestations anti-françaises en , création de la Ligue arabe par la Syrie, le Liban et quatre autres pays en . La question du commandement des troupes spéciales[16] provoque fin mai de violentes émeutes à Beyrouth et à Damas, où le délégué français subordonné à Beynet[17], le général Fernand Olive[Note 3], fait bombarder la ville par l'artillerie et l'aviation pendant trente-six heures[17] sans que Beynet ne s'y oppose[17] ou ne tente d'apaiser le différend[18]. C'est l'intervention de Churchill qui contraint finalement Olive au cessez-le-feu[Note 4],[15]. En répondant militairement à des problèmes politiques, en s'arc-boutant pour retarder une indépendance promise dès la mise en place du mandat, la France a compromis ses chances de conserver une influence dans les affaires syriennes[15].

En , le retrait des troupes françaises est finalement scellé par un accord avec le Royaume-Uni, que Paul Beynet dévoile à Beyrouth[6]. Sous son autorité[6], ce transfert s'achève en en Syrie et à l'automne au Liban[15].

Vie privéeModifier

Il épouse Jeanne Julie Dunoyer le 6 janvier 1917 à Annecy. Le couple aura deux enfants[réf. souhaitée].

BibliographieModifier

  • Étienne (Paul) Beynet, Déclarations du général d'armée Beynet, délégué général et plénipotentiaire de France au Levant, aux représentants de la presse étrangère, sur les affaires de Syrie, le 9 juin 1945, , 19 p. (lire en ligne)
  • Général Beynet, Lettre du général Beynet, président de la Délégation française auprès de la Commission allemande d’armistice au général Volg, président de la Commission, n. 2540 ET/S du 29 juin 1942, au sujet du renforcement de la défense de l’AOF, , 59 p. (lire en ligne)

RécompensesModifier

  • Grand-Croix de la Légion d'honneur[19]
  • Croix de Guerre 1914-1918, à 7 palmes et 3 étoiles[3]
  • Croix de Guerre 1939-1945
  • Commander of the US Legion of Merit (1944)
       

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Promotion du centenaire d'Austerlitz[réf. souhaitée].
  2. Roger Frison-Roche est alors sous-officier sous ses ordres (Frison-Roche, Le Versant du soleil).
  3. Dit Oliva-Roget.
  4. Opération qualifiée par de Gaulle de « mise en scène d'avance préparée [par les Anglais] en vue d'infliger à la France une humiliation publique » (Mémoires).

RéférencesModifier

  1. « Étienne Beynet, notice nécrologique », Le Monde, page 19,‎ (lire en ligne)
  2. a b c d e f et g Sylvain Cornil, « Le ralliement du général Beynet », sur Fondation de la France libre,
  3. a b et c (en) « Lieutenant General Beynet Joins Fighting France », La Lettre de la France Combattante,‎ (lire en ligne)
  4. 114e Bataillon de chasseurs alpins [1914-1918] : historique du bataillon morts au champ d'honneur décorations et citations, (lire en ligne), p. 1
  5. a et b Charles de GAULLE, Le fil de l'Epée et autres écrits, Place des éditeurs, , 741 p. (ISBN 978-2-259-22848-0, lire en ligne)
  6. a b c d et e Denise Ammoun, Histoire du Liban contemporain, tome 2 : 1943-1990, Fayard, , 1016 p. (ISBN 978-2-213-64913-9, lire en ligne)
  7. a b c d e et f Henri de Wailly, 1945, l'Empire rompu : Syrie, Algérie, Indochine, Place des éditeurs, , 243 p. (ISBN 978-2-262-04032-1, lire en ligne)
  8. « Nouvelles militaires », L'Express du Midi,‎ , p. 2 (lire en ligne)
  9. France illustration, (lire en ligne)
  10. « Organigramme de l'armée des Alpes face aux Italiens le 10 juin 1940 », sur Mémoire des Alpins (consulté le 19 avril 2020)
  11. (en) Simon Kitson, Police and Politics in Marseille, 1936-1945, Leiden, BRILL, , 307 p. (ISBN 978-90-04-26523-3, lire en ligne), pp 81-82
  12. Charles de GAULLE, Lettres, notes et carnets, tome 4 : 1941-1943, Place des éditeurs, , 396 p. (ISBN 978-2-259-22899-2, lire en ligne)
  13. « Histoire : le ralliement de la Guyane », sur Journal L'Union,
  14. a et b (en) Sami Moubayed, The Makers of Modern Syria : The Rise and Fall of Syrian Democracy 1918-1958, Bloomsbury Publishing, , 320 p. (ISBN 978-1-83860-947-4, lire en ligne).
  15. a b c et d Xavier Baron, Aux origines du drame syrien : 1918-2013, Tallandier, , 324 p. (ISBN 979-10-210-0129-9, lire en ligne)
  16. « Les relations de la France avec le Liban et la Syrie », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 19 avril 2020).
  17. a b et c James BARR, Une ligne dans le sable, Place des éditeurs, , 605 p. (ISBN 978-2-262-08166-9, lire en ligne)
  18. DE LA GORCE Paul-Marie, Charles de Gaulle : 1890-1945, Nouveau Monde éditions, (ISBN 978-2-36583-053-9, lire en ligne)
  19. « Général Beynet Archives », sur Musée des Etoiles

Pour aller plus loinModifier

  • Général René Olry, La bataille des Alpes, , 60 p. (lire en ligne)
  • Jacques Vernet, Le réarmement et la réorganisation de l'Armée de terre française, 1943-1946, Service historique de l'armée de terre, , 2410 p. (lire en ligne), Notice biographique n°2 : le général Beynet