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Patrick Desbois
Hannah Rosenthal recognizes the work of Father Patrick Desbois 2011-05-12.jpg
Hannah Rosenthal, envoyée spéciale des États-Unis pour surveiller et combattre l'antisémitisme, reconnaît le travail du père Patrick Desbois, président de l'Association Yahad-In Unum de la France, avec un certificat d'hommage, 12 mai 2011.
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Patrick Desbois, né le à Chalon-sur-Saône, est un prêtre français de l'Église catholique. Directeur du Service national des évêques de France pour les relations avec le judaïsme et consulteur de la commission du Saint-Siège pour les relations religieuses avec le judaïsme[1],[2] il est également président de l'association Yahad-In Unum[3] qui mène des recherches en Ukraine sur les victimes juives des Einsatzgruppen et d'autres unités allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sommaire

BiographieModifier

JeunesseModifier

Patrick Desbois vit à Chalon-sur-Saône avec sa famille, et notamment son grand-père, qui fut déporté à Rawa Ruska, en Ukraine, dans la zone de l'opération Reinhardt. À la fin des années 1970, il enseigne les mathématiques au lycée de Dedougou, au Burkina Faso[réf. souhaitée].

Carrière ecclésiastiqueModifier

Patrick Desbois entre au grand séminaire du Prado à Lyon quelques années plus tard. Il est ordonné prêtre en 1986 avant d'être nommé curé au Creusot (Saône-et-Loire). En 1992, il devient secrétaire du cardinal Albert Decourtray pour les relations avec les communautés juives, et en 1999 il est nommé secrétaire du Comité épiscopal des évêques de France pour les relations avec le judaïsme[réf. souhaitée].

Un jour, il se rend sur les lieux de l'internement de son grand père au camp de Rawa Ruska en Ukraine, et, accompagné d'un autre religieux, il recueille le témoignage de beaucoup de villageois qui racontent leur expérience et leur vie aux côtés de l'exécution par Shoah par balle. C'est là qu'il comprend l'importance des témoignages, et décide de continuer à en recueillir. Il découvre alors l'existence d'un très grand nombre de fosses communes jusque là oubliées, si ce n'est dans la mémoires des voisins. Mais souvent, choqués de ce qu'ils ont vu et entendu, ceux-ci n'ont jamais raconté à qui que ce soit ce dont ils ont été témoins. Le père Desbois, à l'aide de son association Yahad-In Unum, les aide à se confier[réf. nécessaire].

La « Shoah par balles »Modifier

Article détaillé : Shoah par balles.

Yahad-In Unum est créée en janvier 2004 par les cardinaux Jean-Marie Lustiger, Philippe Barbarin et Jean-Pierre Ricard, le rabbin Israel Singer et Serge Cwajgenbaum. La direction en est confiée à Patrick Desbois. La tâche de Yahad–In Unum est de rassembler plus d'informations sur la Shoah en Ukraine, perpétrée par les Einsatzgruppen et d'autres unités allemandes, entre 1941 et 1944. Des témoins contemporains ukrainiens sont interrogés par Patrick Desbois et son équipe sur les fusillades massives qui se sont déroulées à côté de chez eux. Ces enquêtes permettent de localiser les fosses communes. Desbois estime qu'il n'y a pas moins d'un million de victimes enterrées dans 1 200 fosses en Ukraine.

Patrick Desbois raconte son expérience dans le livre Porteur de mémoires (Michel Lafon, 2007; rééd. Flammarion, 2009) et dans l'émission de télévision de France 3 Pièces à conviction, intitulée Shoah par balles : l'histoire oubliée et diffusée le 12 mars 2008.

Réactions au travail sur la « Shoah par balles »Modifier

Accueilli avec intérêt par le monde des chercheurs[4], le travail du père Desbois et de l’équipe de Yahad-In Unum a été approuvé sur le niveau national et international. L'historien français Édouard Husson[5] et Serge Klarsfeld soutiennent cette « méthode originale et rigoureuse »[6]. Un collège de chercheurs internationaux est membre du conseil scientifique de Yahad-In Unum[7]. Un séminaire sur la Shoah est organisé avec la Sorbonne[8]. Le président de la République François Hollande l'a félicité pour son travail en mars 2014[9] :

« Le père Patrick Desbois […] a découvert, par son histoire familiale, le drame des Juifs ukrainiens. Il a œuvré pour que soit reconnue la ‘Shoah par balles’, car la Shoah avait commencé avant même les camps et pas seulement en Ukraine. Il est très important de savoir comment l’œuvre génocidaire a commencé, comment elle est arrivée aux camps d’extermination. »

— François Hollande, discours au 29e dîner du CRIF le 4 mars 2014

Ce travail a aussi soulevé plusieurs critiques de la part d'historiens spécialistes du nazisme. Dans un article de la revue Vingtième siècle, les historiens Christian Ingrao et Jean Solchany soulèvent en particulier trois reproches majeurs. Premièrement, le père Desbois n’est pas historien et son livre manque de méthodologie scientifique[10] autant qu’il souffre d’un manque de contextualisation[11] spatio-temporelle. Deuxièmement, les auteurs pointent une médiatisation outrancière et sensationnaliste[12] sur fond d’autopromotion[13] incompatible avec un travail scientifique. Troisièmement, ils lui reprochent de se placer en position de découvreur[14] et d'avoir exagéré le caractère inédit de ce travail, faisant de la « Shoah par balles » un événement oublié de l'historiographie (quand bien même celle-ci figurait déjà dans les ouvrages classiques comme ceux de Raul Hilberg) : « Qu'il soit possible d'affirmer en 2008 sur un plateau de télévision que l'on vient de découvrir une nouvelle dimension de la Shoah, alors que les crimes en question sont connus au plus tard depuis 1945, sans que qui que ce soit ne s'élève contre ce sensationnalisme éhonté, ne laisse pas d'inquiéter. »[15] Ce point est également souligné par l'historien Georges Bensoussan[16]. Ces critiques culminent en 2009 avec le départ d'Alexandra Laignel-Lavastine du séminaire « Écrire l'histoire de la Shoah aujourd'hui », qu'elle animait avec Patrick Desbois à la Sorbonne, cette dernière déclarant s'être « trompée » sur le père Desbois[16]. Guillaume Ribot, le photographe ayant accompagné Patrick Desbois lors de son travail en Ukraine se montre lui-même relativement critique avec la méthodologie de l'enquête, évoquant de « petits arrangements avec la vérité »[16]. L'ensemble des critiques reconnaissent, parallèlement, les divers mérites, notamment mémoriels, de ce travail.

L'État islamiqueModifier

Dans La Fabrique des terroristes : dans les secrets de Daech, ouvrage coécrit avec Nastasie Costel, Patrick Desbois qualifie de génocide les actions menées par Daech contre les Yézidis.

DistinctionsModifier

PublicationsModifier

  • Patrick Desbois/Levana Frenck, L’Opération 1005 : des techniques et des hommes au service de l’effacement des traces de la Shoah..., CRIF Paris, 2005 [2]
  • Patrick Desbois, Porteur de mémoires : sur les traces de la Shoah par balles, Michel Lafon, Paris, 2007 [3]
  • Patrick Desbois ; Edouard Husson, Neue Ergebnisse zur Geschichte des Holocaust in der Ukraine : das Oral History -Projekt von Yahad-In Unum und seine wissenschaftliche Bewertung, in Besatzung, Kollaboration, Holocaust : neue Studien zur Verfolgung und Ermordung der europäischen Juden / hrsg. : Hürter, Johannes, Schriftenreihe der Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte Nr. 97, Oldenburg, Munich 2008, p. 177-187 (allemand)
  • Patrick Desbois et Nastasie Costel, La Fabrique des terroristes : dans les secrets de Daech, Fayard, 2016

Notes et référencesModifier

  1. Patrick Desbois, collège des Bernardins
  2. Commission du Saint-Siège pour les relations religieuses avec le Judaïsme, site du Vatican ;
  3. Yahad-In Unum,
  4. Un compte-rendu sur la discussion autour du travail du père Desbois
  5. « L'Allemagne reconnaît l'importance des recherches sur la «Shoah par balles» »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté le 17 mai 2017)
  6. [1]
  7. Liste des membres du Conseil scientifique de Yahad-In Unum
  8. La Shoah et la destruction nazie de l'Europe orientale. Enseignements et recherches Yahad/ Paris-Sorbonne/ Collège des Bernardins
  9. « Discours de François Hollande lors du 29e dîner du CRIF »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  10. « Porteur de mémoires est un livre difficile à cerner. Il est autant un récit de voyage, un texte autobiographique, une considération sur le mal dans l'histoire que la présentation d'un travail d'enquête et de ses résultats [...]. » Revue Vingtième siècle, article La « Shoah par balles ». Impressions historiennes sur l'enquête du père Desbois et sa médiatisation, page 8. Lire en ligne : https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2009-2-page-3.htm
  11. Ibid. page 14 et page 15.
  12. « Enfin, l'une des dimensions les plus irritantes de cette émission décidément bien insatisfaisante est son imprégnation par le compassionnel, le père Desbois apparaissant comme une sorte de justicier mémoriel. » Ibid. pages 7-8.
  13. « Il est en effet rare de voir l'auteur d'un travail relevant des sciences humaines ainsi mis en scène et se mettant à ce point en avant [...]. » Ibid. page 8.
  14. « La prise en compte de ce travail est d'autant plus nécessaire que le père Desbois revendique avec fracas une spectaculaire légitimité scientifique en affirmant avoir révélé une Shoah pas balle qui aurait été jusqu'alors ignorée. » Ibid page 4.
  15. Ibid. page 16.
  16. a b et c « Querelle autour du Père Desbois », sur lemonde.fr, (consulté le 25 septembre 2018)
  17. http://www.catholicherald.co.uk/news/2017/10/29/priest-wins-human-rights-award-for-genocide-research/

Voir aussiModifier

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Liens externesModifier