Parc national de Schiniás-Marathon

parc national de la Grèce

Le parc national de Schiniás-Marathon (en grec moderne : Εθνικό Πάρκο Σχινιά Μαραθώνα) est un parc national de Grèce, près de la ville de Marathon, sur la côte nord-est de l'Attique. Créé en 2000, il est situé à une trentaine de kilomètres de la capitale athénienne.

Parc national de Schiniás-Marathon
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Géographie
Adresse
Coordonnées
Ville proche
Superficie
13,84 km2
Administration
Type
Catégorie UICN
IV (aire de gestion des habitats ou des espèces)
Identifiant
Création
2000
Site web
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GéographieModifier

 
Emprise du parc national de Schiniás-Marathon en vert.

Le parc national de Schiniás-Marathon est le plus petit des parcs nationaux de Grèce. Malgré sa faible superficie, il regroupe cependant des sous-ensembles naturels relativement diversifiés :

  • la source de Makaría, à l'extrémité nord-ouest de l'emprise, forme deux petits lacs riches en poissons[1]. Selon Pausanias, le lieu est associé au mythe de Macarie, fille d'Héraclès et Déjanire[2]. Son débit relativement important, estimé à 6−7 millions de m3 par an, alimentait directement la zone humide avant les premiers travaux de drainage en 1923[3] ;
  • les bassins semi-artificiels d'aviron d'une superficie de 300 hectares, aménagés à la fin des années 1990 et alimentés par la source de Makaría ;
  • le marais de Schiniás (el), sur près de 7 000 hectares, constitue de nos jours la principale zone humide de l'Attique, et ce malgré une étendue considérablement réduite par les aménagements de drainage agricole au cours du XXe siècle[4] ;
  • la forêt côtière de Schiniás ou de Koukounariá, mêlant Pins parasols (Pinus pinea) et Pins d'Alep (Pinus halepensis) sur une superficie avoisinant 1 400 hectares, est la deuxième plus importante du pays après celle de Strofyliá[4] ;
  • la péninsule de Kinósoura, située à l'extrémité sud-est du parc national et culminant à 92 m[5], a conservé son caractère naturel avec un impact anthropique minimal ;
  • le lac d'eau salée de Stómi, au nord de la péninsule, était autrefois inondé de manière permanente[4] mais ne l'est plus aujourd'hui que saisonnièrement ;
  • les collines de Draconéra, au nord-est de l'emprise, culminent à 242 m et présentent une végétation typiquement méditerranéenne. Au pied de ces collines se forme une petite source homonyme alimentant le marais[3] ;
  • une plage de sable de 3 km de long ainsi qu'une portion maritime de la baie de Marathon occupant un quart de la superficie totale du parc national[3].

ÉconomieModifier

 
Reconstitution de la bataille de Marathon au sein du parc.

Le tourisme estival est particulièrement marqué dans les espaces de forêt et sur le cordon littoral. En outre, tout au long de l'année, l'importance culturelle de la région occasionne une activité touristique non négligeable. Plusieurs vestiges de la bataille de Marathon, comme la colonne de la Victoire et les tumuli des Athéniens et des Platéens (en), sont situés à proximité de l'emprise du parc.

Depuis les Jeux olympiques d'été de 2004, un important complexe d'aviron et de canoë-kayak occupe la partie occidentale du parc national. La prise de conscience de l'intérêt écologique de la zone et la création du parc national sont des résultantes des projets d'aménagement menés dans le cadre des Olympiades[6],[7]. Construites à l'emplacement de l'aéroport de l'ancienne base militaire américaine[8], les installations sportives sont accessibles à tous depuis 2010[9].

Menaces et protectionModifier

Le parc est confié à l'Organisme de gestion du parc national de Schiniás-Marathon, de l'Hymette et du sud-est de l'Attique (Φορέας Διαχείρισης Εθνικού Πάρκου Σχινιά-Μαραθώνα, Υμηττού και Νοτιοανατολικής Αττικής), entité à statut privé située à Marathon. Créée en 2002[10], la zone de responsabilité de l'agence a été étendue en 2018[11]. Administrativement, le parc national est localisé dans la municipalité de Marathon, tandis que le bureau des forêts de Kapandríti est le service forestier compétent.

L'emprise du parc national est incluse sur la liste des zones de protection spéciale (ZPS) pour les oiseaux et sur la liste des zones spéciales de conservation (ZSC) des habitats naturels du réseau Natura 2000[12]. La région figure également à l'inventaire des zones importantes pour la conservation des oiseaux de l'ONG Birdlife International[13].

Le parc national est soumis à de nombreuses menaces. Du fait de la proximité d'Athènes, la pression anthropique est particulièrement forte, qu'il s'agisse de l'activité touristique ou immobilière. Bien que considérablement réduit depuis l'inscription de la zone et l'expropriation de certains propriétaires fonciers, le développement résidentiel n'en demeure pas moins une problématique prépondérante[14],[15]. Certaines constructions vouées à la démolition par une décision judiciaire de 2005[16] n'ont été détruites qu'en 2018 après que l'affaire a été portée devant la Cour de justice de l'Union européenne[17].

Le risque d'incendie est une autre préoccupation majeure. L'Attique est en effet fréquemment touchée par d'importants feux de forêt, comme ce fut le cas en 2007 dans le massif voisin de l'Hymette et en 2018 dans la localité toute proche de Máti. Un système d'extinction automatique des incendies utilisant l'eau des bassins d'aviron a été installé en 2003, mais il n'a jusqu'à aujourd'hui jamais été en état de fonctionnement[16].

 
Complexe olympique d'aviron et de canoë-kayak de Schiniás.

D'autre part, la gestion de l'écosystème fragile du marais de Schiniás est intimement dépendante du contrôle du drainage de l'eau de la source de Makaría. Le démantèlement d'une partie des installations militaires et les grands travaux de renaturation commencés à la fin des années 1990 ont permis une nette réduction de la pollution sonore, une augmentation des surfaces aquatiques, mais aussi le rétablissement d'un régime hydrologique plus naturel de la source aux bassins d'aviron puis au marais. Avant ce grand projet, seul 10 % du volume d'eau de la source de Makaría bénéficiait à la zone humide en raison des travaux de drainage mis en œuvre à partir des années 1920[18]. Fortement contestée par les organisations environnementales[10],[19], la construction du complexe olympique d'aviron a considérablement modifié les habitats environnants, avec pour effet de long terme l'augmentation du nombre d'espèces au sein du parc national[8],[10]. L'équilibre hydrologique reste toutefois instable, l'important système de canaux entraînant par exemple une dramatique mortalité des poissons[20].

D'autres infrastructures ou comportements humains sont potentiellement préjudiciables à l'équilibre environnemental du parc national, comme le centre de transmissions de Káto Soulí (en) et son antenne de 250 mètres au cœur de la zone protégée utilisée par la marine de guerre hellénique[21], la gestion des déchets, la circulation automobile et le braconnage.

Faune et floreModifier

FauneModifier

OiseauxModifier

Plus de 199 espèces[22] d'oiseaux ont été recensés dans le parc national[23], dont plusieurs considérées comme quasi menacées par l'UICN, à savoir le Fuligule nyroca (Aythya nyroca), le Busard pâle (Circus macrourus)[23], le Vanneau huppé (Vanellus vanellus)[24], la Barge à queue noire (Limosa limosa), le Bécasseau cocorli (Calidris ferruginea), le Pipit farlouse (Anthus pratensis)[25], le Faucon kobez (Falco vespertinus), la Grive mauvis (Turdus iliacus), la Barge rousse (Limosa lapponica) et la Perdrix bartavelle (Alectoris graeca)[26]. Inscrits sur la liste rouge des espèces menacées par l'UICN, l'Aigle criard (Clanga clanga)[23], le Fuligule milouin (Aythya ferina)[25], le Puffin de Méditerranée (Puffinus yelkouan) et la Tourterelle des bois (Streptopelia turtur)[26] sont également observables. Non menacé à l'échelle mondiale, l'Ibis falcinelle (Plegadis falcinellus) figure cependant sur la liste rouge des espèces animales en danger critique d'extinction en Grèce[24].

Autres espècesModifier

4 espèces d'amphibiens[27], dont la Grenouille des Balkans (Pelophylax kurtmuelleri), 15 espèces de reptiles, dont 6 serpents, 5 lézards et 4 tortues[27] complètent l'inventaire de la faune du parc national de Schiniás-Marathon. La Cistude (Emys orbicularis) et la Tortue d'Hermann (Testudo hermanni) sont particulièrement protégées en tant qu'espèces quasi menacées selon l'IUCN[3]. La présence de la Tortue bordée (Testudo marginata), endémique de la Grèce et de l'Albanie, de Mauremys caspica et de la Couleuvre léopard (Elaphe situla) est également notoire[3]. À noter enfin le recensement de 8 espèces de poissons[28], notamment l'Anguille d'Europe (Anguilla anguilla), en danger critique d'extinction à l'échelle mondiale, et Pelasgus marathonicus (en)[29], une espèce quasi-menacée[30] endémique de l'est de la Grèce centrale et du nord du Péloponnèse[3].

FloreModifier

Le parc national comprend principalement des espèces communément observables dans les zones humides, les sols saumâtres et espaces côtiers méditerranéens. Parmi les quelque 320 espèces recensées[31], plusieurs sont toutefois particulièrement notables : Fritillaria obliqua ssp. obliqua (sous-espèce de fritillaires menacée[32], endémique de l'est de la Grèce centrale et de l'Eubée), Scorzonera crocifolia (espèce que l'on retrouve en Grèce et probablement dans les pays limitrophes des Balkans)[3] et Crocus laevigatus (en), endémique des îles égéennes et de la moitié sud de la Grèce continentale[4],[33]. En outre, certaines espèces ou sous-espèces rares en Grèce sont soumises à des mesures de conservation, dont les herbiers de posidonies et plusieurs orchidées telles que l'Ophrys araignée (Ophrys sphegodes ssp. aesculapii, endémique de la Grèce), l'Orchis des marais (Anacamptis palustris), l'Orchis à fleurs lâches (Anacamptis laxiflora), l'Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis)[3], l'Orchis papillon (Anacamptis papilionacea), l'Orchis dentelé (Neotinea tridentata), le Sérapias langue (Serapias lingua) et la Spiranthe d'automne (Spiranthes spiralis)[4].

Notes et référencesModifier

  1. Dímitra Béntsou 2012, p. 45.
  2. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne] (I, 32, 6).
  3. a b c d e f g et h (en) « GR3000003 – Ethniko parko Schinia-Marathona », sur natura2000.eea.europa.eu (consulté le 22 décembre 2020).
  4. a b c d et e (el) « Εθνικό Πάρκο Σχινιά-Μαραθώνα » [« Parc national de Schiniás-Marathon »], sur naturagraeca.com (consulté le 22 décembre 2020).
  5. Dímitra Béntsou 2012, p. 42.
  6. Stamátis Zógaris 2019, p. 7.
  7. (el) Michaéla Gavrilíou, Apóstolos Bónios et Vassílis Tsitoúras, Η παρουσία ενός σύγχρονου Ολυμπιακού έργου σε ένα ευαίσθητο φυσικό περιβάλλον - Η περίπτωση του Σχινιά [« La présence d'un projet olympique moderne dans un milieu naturel sensible - Le cas de Schiniás »] (mémoire d'étudiants de l'Université polytechnique nationale d'Athènes),‎ , 26 p. (lire en ligne).
  8. a et b Kímon Hadjibíros 2010, p. 325.
  9. Dímitra Béntsou 2012, p. 54.
  10. a b et c Stamátis Zógaris 2019, p. 8.
  11. (el) « Εφημερίς της Κυβερνήσεως της Ελληνικής Δημοκρατίας » [« Journal du Gouvernement de la République hellénique »],‎ (consulté le 22 décembre 2020).
  12. (en) « Natura 2000: Birds and Habitats Directives - Greece », sur www.eea.europa.eu, (consulté le 10 décembre 2020).
  13. (en) BirdLife International, « Important Bird Areas factsheet: Schinias marsh » (consulté le 22 décembre 2020).
  14. (el) Aikateríni Górtsou, Δυνατότητες Μεταφοράς Συντελεστή Δόμησης σε περιοχές προστασίας του φυσικού περιβάλλοντος. Μελέτη περίπτωσης: Εθνικό Πάρκο Σχινιά - Μαραθώνα [« Possibilités de transfert du facteur de construction vers les zones de protection de l'environnement naturel. Étude de cas : Parc national de Schiniás-Marathon »] (mémoire de licence de l'Université de Thessalie), Vólos,‎ , 101 p. (lire en ligne).
  15. Dímitra Béntsou 2012, p. 48 et 49.
  16. a et b Kímon Hadjibíros 2010, p. 328.
  17. (el) « Φάμελλος: Δεν θα πληρώσουμε πρόστιμο για τα αυθαίρετα στον Σχινιά – Περιβαλλοντικά εγκλήματα στην περιοχή » [« Famellos : Nous ne paierons pas d'amende suite à l'arbitrage à Schiniás - Délits environnementaux dans la région »],‎ (consulté le 22 décembre 2020).
  18. Kímon Hadjibíros 2010, p. 319.
  19. (el) Association de développement de l'ouest athénien, « Βιότοπος Σχινιά και Ολυμπιακά Έργα » [« Biotope de Schiniás et projets olympiques »] (consulté le 22 décembre 2020).
  20. Stamátis Zógaris 2019.
  21. (en) « NAVCOMMSTA Greece - Kato Souli Transmitter Site » (consulté le 22 décembre 2020).
  22. Le nombre d'espèces recensées doit être appréhendé avec discernement et précaution car il varie souvent selon la source, la date du relevé, le périmètre considéré, la méthode ou bien encore les révisions taxonomiques. D'autant plus que dans le cas du parc national de Schiniás-Marathon, les travaux de renaturation conduits depuis la fin des années 1990 ont entraîné une augmentation rapide des habitats et du nombre d'espèces recensées (Kímon Hadjibíros 2010, p. 318). Une autre publication indique par exemple 236 espèces (Dímitra Béntsou 2012, p. 47) tandis que la base ornithologique mondiale (consultée le 3 janvier 2021) en recense 226.
  23. a b et c Anastasía Déndia et Lydia Bowen 2013, p. 56.
  24. a et b Sotiría Katsavoúni et Miltiádis Seferlís 2014, p. 71.
  25. a et b Sotiría Katsavoúni et Miltiádis Seferlís 2014, p. 72.
  26. a et b « Avibase - listes d'oiseaux mondiales : Schinias National Park », sur avibase.bsc-eoc.org (consulté le 3 janvier 2021).
  27. a et b Sotiría Katsavoúni et Miltiádis Seferlís 2014, p. 8.
  28. Stamátis Zógaris 2019, p. 5.
  29. Kímon Hadjibíros 2010, p. 326.
  30. (en) « Pelasgus marathonicus », sur iucnredlist.org (consulté le 22 décembre 2020).
  31. Kímon Hadjibíros 2010, p. 318.
  32. (en) « Fritillaria obliqua », sur iucnredlist.org (consulté le 22 décembre 2020).
  33. (en) « Crocus laevigatus Bory & Chaub. » (consulté le 22 décembre 2020).

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (el) Stamátis Zógaris, Ερευνητικό πρόγραμμα για την ιχθυοπανίδα του Σχινιά – Μαραθώνα - μέτρα πρόληψης και αντιμετώπισης θνησιμότητας ψαριών [« Programme de recherche pour la faune ichtyologique de Schiniás-Marathon – Mesures de prévention et de lutte contre la mortalité des poissons »] (rapport intermédiaire), Anávyssos, Hellenic Centre for Marine Research,‎ , 29 p. (lire en ligne).  
  • (el) Sotiría Katsavoúni et Miltiádis Seferlís, Αξιολόγηση λειτουργιών και αξιών των υγροτόπων της Αττικής [« Évaluation des fonctions et valeurs des zones humides de l'Attique »] (rapport de l'application pilote 4 « Impact du changement climatique dans les zones humides de l'Attique » du projet transnational ORIENTGATE), Thessalonique, EKBY,‎ , 130 p. (lire en ligne).  
  • (el) Anastasía Déndia et Lydia Bowen, Φυσικές προστατευόμενες περιοχές στην Αττική: Εθνικό Πάρκο Σχινιά, Πάρκο Τρίτση [« Aires naturelles protégées en Attique : Parc national de Schiniás, parc Tritsí »], Thessalonique,‎ , 103 p. (lire en ligne).  
  • (el) Dímitra Béntsou, Εθνικό Πάρκο Σχινιά-Μαραθώνα - Προτάσεις Βιώσιμης Ανάπτυξης και Διαχείρισης [« Parc national de Schiniás-Marathon – Projets de développement durable et de gestion »] (mémoire de troisième cycle de l'Université polytechnique nationale d'Athènes),‎ , 74 p. (lire en ligne).  
  • (en) Kímon Hadjibíros, « Effects of policy development on Schinias Marathon coastal landscape », dans Actes de la conférence internationale « Living Landscape: The European Landscape Convention in Research », 18-19 octobre 2010, Florence, Bandecchi&Vivaldi, (lire en ligne), p. 318-329.  
  • (en) Kímon Hadjibíros et P. Sifakáki, « Schinias wetland: A national park or a solar saltwork? », Global NEST Journal, vol. 11, no 1,‎ , p. 32-40 (ISSN 1790-7632, lire en ligne).  

Article connexeModifier