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Palmier dattier de Judée

arécacées.
Le dattier de Ketura (Israël), surnommé « Mathusalem ».

Le palmier dattier de Judée est une variété ancienne de dattier (Phoenix dactylifera) qui poussait autrefois en Judée. On ne sait pas s'il a jamais existé un cultivar de palmier spécifique à la Judée, mais les dattes cultivées dans la région étaient très réputées pendant des milliers d'années, et le dattier était autrefois considéré comme un symbole de la région et de sa fertilité. La culture des dattes dans la région avait presque disparu depuis le XIVe siècle du fait des changements climatiques et de la dégradation des infrastructures, mais a été relancée à l'époque moderne.

Une graine de ce dattier conservée pendant 2000 ans à germé en 2005[1]. C'est la plus ancienne graine dont la germination assistée par l'homme a été réalisée et vérifiée (le cas de la germination en 2012 d'une plante arctique vieille de 32 000 ans (Silene stenophylla) concernait un tissu de fruit plutôt qu'une graine)[2]. Le dattier baptisé « Mathusalem » (à ne pas confondre avec l'arbre de Mathusalem, espèce de pin Bristlecone qui porte de même nom), atteignait environ 1,5 mètre de haut en juin 2008[3]. En novembre 2011, ce palmier avait atteint 2,5 mètres de haut, après avoir été transplanté en pleine terre[4]. En mai 2015, il avait atteint 3 mètres de haut et produisait du pollen[5]

HistoireModifier

Le fruit du dattier était considéré comme un aliment de base dans le désert de Judée, car c'était une source de nourriture et l'arbre a procuré abri et ombre aux populations locales pendant des milliers d'années. Cet arbre était devenu un symbole reconnu du Royaume de Juda. Il poussait autour de la mer Morte dans le sud, jusqu'aux régions du lac de Tibériade et de la vallée de la Houla vers le nord. L'arbre et son fruit ont fait de Jéricho un centre important de population et sont loués dans la Bible hébraïque probablement plusieurs fois indirectement, comme dans le livre des Psaumes, 92 : « Le juste lui-même fleurira comme un palmier », et les régimes de dates (hébreu : תַּלְתַּלִּים) sont mentionnés dans le Cantique des Cantiques 5:11.

Dans les temps anciens, les palmiers dattiers étaient utilisés pour leurs propriétés médicinales censées guérir de nombreuses maladies et infections, favorisant la longévité et agissant comme un aphrodisiaque léger. Des études modernes ont été faites dans le but de confirmer leur valeur médicinale[6]

Ce palmier a été gravé sur le sicle, l'ancienne unité monétaire hébraïque. Selon des sources historiques, le goût de ces dates était excellent. Pline l'Ancien, naturaliste romain du 1er siècle après J.-C., écrivait que les dattes de Jéricho étaient connues pour leur succulence et leur goût sucré, même s'il en distinguait un grand nombre de variétés dont il citait les noms. Déjà au Ve siècle avant notre ère, Hérodote notait que la plus importante caractéristique des dates de Judée était qu'elles étaient plus sèches et moins périssables que celles d'Égypte et donc mieux adaptées au stockage et à l'exportation, ce qui est encore une distinction importante aujourd'hui[7].

 
Pièce à l'effigie de Vespasien célébrant la victoire sur les rebelles. Légende : IVDEA CAPTA (la Judée capturée).

Lorsque les Romains ont envahi l'ancienne Judée, d'épaisses forêts de palmiers dattiers, de 24 mètres de haut, s'étendaient sur 11 kilomètres de large et couvraient la vallée du Jourdain depuis la mer de Galilée au nord jusqu'aux rives de la mer Morte au sud. Cet arbre caractérisait si bien l'économie locale que l'empereur romain Vespasien a célébré la conquête par la frappe Judaea Capta (la Judée capturée), une pièce de monnaie spéciale en bronze qui représentait l'État juif sous les traits d'une femme en pleurs sous un dattier. Le Coran décrit comment Maryam, mère de Jésus, a reçu le conseil de manger des dattes pour soulager les douleurs de l'accouchement[8] ; il s'agissait sans doute de dates de Judée.

On prétend parfois que la culture commerciale des dattes comme fruit d'exportation a cessé à la fin de l'année 70 après JC, lorsque le Second Temple a été détruit par les Romains[9]. Cependant, l'étude des sources contemporaines indique que la production des dattes a continué en Judée pendant toute la période romaine et que, en effet, le trésor impérial romain a prélevé une bonne partie des bénéfices[10]. Asaph Goor, dans son article de 21 pages intitulé «  History of the Date through the Ages in the Holy Land » (Histoire de la datte à travers les âges en Terre Sainte), ne mentionne jamais une telle dévastation des palmiers dattiers par les Romains, mais cite plutôt de nombreux récits contemporains attestant de l'étendue continue de la culture des dattes durant la période romaine. Asaph Goor ne détecte un déclin de la culture des dattes que pendant la période de domination arabe et surtout pendant les croisades, quand il note que la dévastation de la région a affecté fortement les palmeraies. Cependant, malgré cela, cette culture a persisté à Jéricho et Tsoar, jusqu'à ce que l'économie agraire s'effondre autour du ̺XIVe siècle. Asaph Goor attribue ce déclin final à un changement climatique, et cite le témoignage de plusieurs voyageurs tardifs quant à la rareté des palmiers dattiers dans la région, parmi lesquels Pierre Belon, qui se moqua en 1553 de l'idée rapportée par les sources anciennes que la région aurait pu produire des dattes en abondance[7].

Un dattier figure également sur la pièce de dix shekels du nouveau shekel israélien.

SymbolismeModifier

Selon le livre Plants of the Bible de Michael Zohary « le terme hébreu désignant le dattier est ‘tàmâr.’ ... Il est devenu le symbole de la grâce et de l'élégance pour les Juifs qui l'ont souvent conféré aux femmes. » Par exemple, la belle fille de David a été nommée « Tamar ».

Germination d'une graine âgée de 2000 ansModifier

 
Ancienne forteresse de Massada au sommet d'une falaise.
 
Le palmier « Mathusalem » au kibboutz Ketura en 2012.

Au cours des années 1963-1965, les fouilles du palais d'Hérode Ier le Grand, à Masada (Israël), ont révélé une cache de graines de dattier conservées dans une jarre ancienne. Ces graines ont été préservées dans un environnement très sec et abrité pendant des siècles. La datation au radiocarbone effectuée à l'université de Zurich a confirmé que les graines dataient de 155 av. J.C. à 64 ap. J.C. Les graines ont été stockées pendant 40 ans à l'université Bar-Ilan (Ramat Gan), jusqu'en 2005. Après avoir été prétraitées dans une solution riche en engrais et en hormones, trois de ces graines ont été plantées à Ketura dans l'Arabah (sud d'Israël)[11]. Huit semaines plus tard, l'une des graines a germé, et en juin 2008, l'arbre avait près d'une douzaine de palmes et mesurait presque 1,4 mètre de haut. À l'été 2010, le jeune arbre atteiganit environ deux mètres de haut.

La plante a été surnommée « Mathusalem », en référence au personnage de la Bible. Le palmier Mathusalem est remarquable car il est issu de la plus ancienne graine d'arbre connue ayant germé avec succès, et aussi car c'est l'unique représentant vivant du dattier de Judée, variété éteinte depuis plus de 800 ans, qui était dans l'ancienne Judée une importante plante alimentaire cultivée et également exportée.

Le palmier Mathusalem a fleuri en mars 2011 et s'est avéré être un individu mâle. Ce palmier pourrait être croisé avec son parent le plus proche, le dattier Hayani d'Égypte, et produire des fruits vers 2022[12]. Mathusalem a produit du pollen qui a été utilisé avec succès pour polliniser des palmiers dattiers femelles. D'autres graines supplémentaires de dattier de Judée ont été semées et ont germé. Plusieurs sont femelles, on espère donc qu'il sera bientôt possible de polliniser un dattier femelle avec le pollen d'un mâle de la même variété[13].

En comparaison avec trois autres cultivars de dattier, des tests génétiques ont montré que la plante était étroitement apparentée à l'ancienne variété égyptienne 'Hayani', 19 % de son ADN étant différent, et à un cultivar irakien (16 % d'ADN différent)[14]. Ils ont peut-être en commun un même ancêtre sauvage.

En plus de son rôle dans l'histoire de la Judée, ce palmier peut apporter aux cultivars modernes des caractéristiques agronomiques intéressantes, telles que la tolérance à certaines conditions environnementales et la résistance à des maladies.

Sarah Sallon, la responsable du projet, veut voir si l'arbre ancien a des propriétés médicinales uniques qui ne se retrouvent plus dans les variétés de dattier d'aujourd'hui. Selon elle, « la date de Judée était utilisée pour toutes sortes de choses, de la fertilité aux aphrodisiaques, contre les infections, contre les tumeurs ... tout cela fait partie de l'histoire folklorique. »

Voir aussiModifier

Notes et référencesModifier

  1. ̺(en) « An extinct Biblical plant returns to lifeˌ »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), à Israel Hayom
  2. (en) Nicholas Wade, « New Life, From an Arctic Flower That Died 32,000 Years Ago », The New York Times,‎ (lire en ligne).
  3. ̺«  Researchers confirm age of "Methuselah" tree », sur Reuters.
  4. (en) Judy Siegel-Itzkovich, « Medicinal date palm from oldest known seed planted », Jerusalem Post, (consulté le 24 août 2013).
  5. ̺« Date palm grown from 2,000-year-old seed is a dad », sur TreeHugger.
  6. (en) John Roach, « 2,000-Year-Old Seed Sprouts, Sapling Is Thriving », National Geographic News, (consulté le 24 août 2013).
  7. a et b (en) Asaph Goor, « The History of the Date through the Ages in the Holy Land », Economic Botany, vol. 21, no 4,‎ oct–déc 1967, p. 320–340 (DOI 10.1007/bf02863157).
  8. 19:23-26
  9. (en) Larry Jones, « Extinct Judean Date Palm Grows After 1500 Years », Follow-The-Light, (consulté le 1er octobre 2013).
  10. (en) Ze'Ev Safrai, The Economy of Roman Palestine, Londres, Taylor and Francis, (1re éd. 1994) (ISBN 0-203-20486-7, lire en ligne).
  11. (en) « Dr. Elaine Solowey », The Arava Institute for Environmental Studies (consulté le 11 novembre 2010).
  12. (en) Miriam Kresh, « 2000-Year-Old Date Pit Sprouts in Israel », Green Prophet Weekly Newsletter (consulté le 13 mai 2012).
  13. (en) « 'Methuselah' Palm Grown From 2,000-Year-Old Seed Is a Father  » (consulté le 4 mai 2018).
  14. (en) Sarah Sallon, Elaine Solowey, Yuval Cohen, Raia Korchinsky, Markus Egli, Ivan Woodhatch et Orit Simchoni, « Germination, Genetics, and Growth of an Ancient Date Seed », Science, vol. 320, no 5882,‎ , p. 1464 (DOI 10.1126/science.1153600, lire en ligne).