« Pakpak », « Paki » et « Poundé » sont des termes familiers désignant les personnes originaires d'Asie du Sud. En France, où la diaspora sud-asiatique (notamment pakistanaise[1] et tamoule) est très présente, ces termes sont utilisés pour les désigner, le plus souvent de manière péjorative, parfois de manière assumée par les communautés sud-asiatiques elles-mêmes comme diminutif d'auto-désignation sans connotation injurieuse. Dans d'autres contextes d'utilisation, les termes peuvent être considérés comme des insultes raciales, voire des injures racistes punies par la loi. Beaucoup de personnes utilisent ces termes comme des abréviations banales ; cependant ces termes portent une lourde histoire et sont connotés.

Origine du motModifier

Étymologiquement, les termes pakpak et paki sont des apocopes de Pakistanais. Le terme poundé, quant à lui, est un terme argotique qui, à l'origine, veut dire "vulve" en tamoul. Le terme paki est apparu au Royaume-Uni en 1964, lors d'une période d'immigration accrue, il servait à appeler les Pakistanais, mais aussi les Bangladais etc... En somme, quiconque ressemblant à un Sud-Asiatique. Aujourd'hui on peut retrouver d'autres variantes dans l'agro français comme « Pakat » ou « Pakatou »[2].

Usages et connotationsModifier

C'est dans les années 60 que le terme paki apparaît au Royaume-Unis. Dans les années 70 et 80 est apparu le « Paki-bashing », des gangs d'extrême-droite (souvent des Skinheads) opposés à l'immigration tabassaient à l'aveugle des personnes d'origines sud-asiatique ou pratiquaient toutes sortes attaques racistes. Ces pratiques sont devenues plus courantes après le discours de Enoch Powell en 1968.

Deux groupes de résistance contre le « Paki-bashing » sont apparus, l'approche intégrationniste par la Pakistani Welfare Association (PWA) et la National Federation of Pakistani Associations (NFPA) ont tenté d'établir des relations raciales (en) tout en maintenant la loi et l'ordre (en), contrairement à l'approche autonome initiée par le Pakistani Progressive Party (PPP) et le Pakistani Workers’ Union (PWU) qui se sont engagés dans le vigilantisme comme légitime défense contre les violences racistes et l'harcèlement policier, associés avec le British Black Panthers et Irish National Liberation Solidarity Front tout en cherchant également à ébranler les stéréotypes autour des Pakistanais et des Sud-Asiatiques.

Le film This is England témoigne de l'entrée en guerre des skinheads contre les immigrés qui envahissent leur pays[3].

En France, le racisme anti-asiatique est banalisé et sous-estimé [4],[5], les surnoms pour désigner des individus asiatiques sont très nombreux ainsi que les moqueries[6] et autres imitations. Les stéréotypes raciaux stigmatisent des communautés entières condamnant leur intégration sociale, économique, politique et culturelle[7],[8]. Ce sentiment de manque d'appartenance peut mener à des replis communautaires, une reproduction sociale inéluctable ou un mal-être constant chez les individus victimes de remarques racistes ne se sentant ni intégrés et encore moins représentés[9].

Ces termes familiers sont en réalité des micro-agressions racistes voire islamophobe, des micro-agressions discriminantes et oppressives pour les victimes mais qui sont largement répandues et banalisées dans le langage populaire[10].

Les similitudes historiques avec le N-Word sont évidentes car ces termes stéréotypent et stigmatisent une communauté et efface l'individualité des personnes, touchés par ce racisme ordinaire.[11] Ces termes restent controversés au sein même des communautés Sud-Asiatiques, certaines les trouvant insultant et d'autres les assumant comme des diminutifs d'auto-désignation, tout comme « Desi » pour la communauté indienne ou « négro » pour la communauté noire.

Usages controversésModifier

Le terme paki et ses synonymes sont utilisés de manière récurrente dans le rap français, pourtant connu pour dénoncer le racisme en France[12], ces termes qui désignent les personnes d'origine sud-asiatique sont utilisés pour qualifier, la plus part du temps, celles qui travaillent dans des petits commerces de quartier; « J'prends ma liqueur chez l'Pak-pak »[13], « Tu jettes des fleurs quand tu comprends pas façon pakpak »[14],« Métis, j'vends du marron comme un pakpak »[15], « Aussi incompréhensible qu'un paki qui vend le saté » [16] etc. Ainsi, ces termes se retrouvent dans le langage courant des jeunes générations; « je vais acheter un coca chez le pakpak », « mon coiffeur est poundé », «c'est le paki qui vend des roses». Dans la culture urbaine, ils ont une réputation de bosseur ne faisant pas de vague, ils sont souvent pris comme des exemples car se sont des travailleurs acharnés qui ne posent pas de problèmes et qui ne se plaignent pas. Cependant, ces termes péjoratifs voire racistes sont banalisés à cause de leurs usages fréquents dans la musique et la culture urbaine qui servent aussi à perpétuer des stéréotypes et des oppressions sociales.

RéappropriationModifier

Exemples de réappropriationModifier

• Le businessman Abdul Rahim crée une marque de vêtement 'PAK1' pour se réapproprier le terme Paki face au racisme qui lui est lié;[17]

Notes et référencesModifier

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier