Paix de Riga

La paix de Riga fut signée entre la Pologne et la Russie soviétique le . Elle mit fin à la guerre soviéto-polonaise, qui avait opposé les Russes bolcheviks et les Polonais. Les discussions avaient initialement commencé à Minsk (Biélorussie) le , mais à cause d'un incident avec les négociateurs polonais, elles furent déplacées à Riga (Lettonie).

Page 2 du traité.

Par ce traité, paraphé le , les trois belligérants (la Russie soviétique, l'Ukraine soviétique et la République de Pologne) confirmèrent l'armistice du et proclamèrnt la fin des hostilités. Ces accords reconnurent à la Pologne une forte indemnité de guerre et une extension considérable de ses frontières orientales, qui réparèrent les annexions effectuées lors des trois partages de la Pologne par la monarchie de Habsbourg (avec les régions de Lemberg, aujourd'hui Lviv en Ukraine) et par l'Empire russe (régions de Volhynie et de Polésie).

ContexteModifier

[1] Dans des régions dévastées par les conflits depuis 1914, les belligérants sont épuisés et ont commencé des négociations en . Les deux négociateurs, le Russe bolchevik Adolf Joffé et le Polonais Jan Dąbski, se rencontrèrent à Riga. Dès le un protocole fut mis au point et le cessez-le-feu le 18.

Certains polonais voulaient pousser vers l'est jusqu'aux frontières de 1772. Józef Piłsudski cherche à sécuriser la frontière orientale dans l'éventualité d'une guerre avec l'Allemagne si le plébiscite de Silésie le tournait mal.

Mikhaïl Toukhatchevski voulait reprendre les hostilités face aux "armées ukrainiennes" et "armées de Biélorussie" antibolchéviques accompagnant les polonais. Toutefois, l'insurrection de Kronstadt et celles des paysans de Tambov après la famine poussèrent rapidement Lénine à signer la paix.

Nouvelles frontières et questions ethniquesModifier

 
Les frontières de la Pologne en 1922, au terme de la guerre soviéto-polonaise et de l'annexion de la république de Lituanie centrale.

La frontière polonaise s'étendait désormais bien plus à l'est de la ligne Curzon : jusqu'à plus de 250 km à l'est de la ligne isoglosse conventionnelle du polonais[2],[3]. De vastes régions du nouvel État polonais étaient désormais peuplées majoritairement d'Ukrainiens ou Russes blancs et en Biélorussie, la population polonaise étant minoritaire.

Toutefois, les régions rattachées à la république de Pologne étaient aussi très hétérogènes du point de vue ethnique. Les grandes villes, telles Lwow, étaient peuplées d'une majorité de Polonais, mais la population rurale était un mélange d'Ukrainiens, Biélorusses, Lituaniens et Polonais, pour ne citer que les principales ethnies, où aucune n'atteignait la barre des 50%[4].

Aspects économiques et financiersModifier

Les aspects économiques du traité étaient abordés dans une annexe tenue secrète du traité. La Pologne garantissait la liberté du trafic de fret à la Russie soviétique vers la Lituanie[5], l'Allemagne et l'Autriche. En contrepartie, les autorités soviétiques acceptaient de reverser à la Pologne la contribution polonaise en or, matières premières et concessions à la banque centrale du tsar. Elle répondait en outre de la restitution à la Pologne réunifiée de tous les moyens de production industrielle démontés au cours de la Grande Guerre par le pouvoir tsariste[6]. La restitution concernait aussi les trésors artistiques et biens culturels confisqués depuis le partage de la Pologne en 1772. L'armistice est entré en vigueur le , mais il fallut encore attendre le pour que la paix soit formellement conclue, l'armée polonaise ayant continué entretemps à apporter son appui aux partisans ukrainiens, qui luttaient contre les Soviétiques.

Mise en applicationModifier

Le plénipotentiaire polonais Jan Dąbski (en) fut vivement critiqué par son pays au terme de la signature du traité. Plusieurs hommes politiques ressentaient comme une faute qu'on n'ait pas suffisamment pris en compte les intérêts de l’Entente alliée. Le général Piłsudski s'en émouvait peu mais critiquait qu'en ouvrant la porte à la soviétisation de l’Ukraine, on a ait ruiné ses projets de Fédération est-européenne (Fédération Międzymorze). De nombreux catholiques n'admettaient pas la reconnaissance du régime soviétique.

Lénine parvint, malgré les défaites militaires et l'abandon de la propagation de la révolution prolétarienne au reste de l'Europe, à faire passer le traité pour une victoire. Cela fut d'autant plus facile à la propagande du régime soviétique qu'en même temps, les derniers lambeaux de l'armée des Russes blancs, commandée par Piotr Nikolaïevitch Wrangel, étaient écrasés.

Les autorités soviétiques reconnurent la Galicie comme faisant partie du territoire polonais, mais comme elle était aussi réclamée par l'Ukraine, la Pologne fut de facto contrainte de la restituer à la République populaire ukrainienne.

Les puissances occidentales refusèrent de reconnaître d'emblée ce traité, que les belligérants avaient dressé sans les about consultées[7]. Leurs conférences d'après-guerre avaient arrêté la ligne Curzon comme nouvelle frontière russo-polonaise, mais le territoire polonais du traité s'étendait à présent 250 km davantage à l'est[2],[8]… L'approbation de la France joua finalement un rôle moteur dans l'évolution du consensus. Reconnu dès le mois de par la France, le traité fut reconnu aussitôt par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon et enfin par les États-Unis en avril[7].

Voir égalementModifier

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NotesModifier

  1. Jean Lopez, « Le traité de Riga », Sciences & Vie : Guerres & Histoire,‎ , p. 53
  2. a et b D'après Dennis P. Hupchick, Conflict and chaos in Eastern Europe, Palgrave Macmillan, , 322 p. (ISBN 978-0-312-12116-7), p. 210.
  3. D'après Michael Graham Fry, Erik Goldstein et Richard Langhorne, Guide to International Relations and Diplomacy, Continuum International Publishing Group, , 592 p. (ISBN 978-0-8264-7301-1), p. 203.
  4. Les trois principales ethnies slaves (Polonais, Ukrainiens et Biélorusses) ne représentaient au total qu'entre 80 et 85 % de la population à elles trois, le reste se répartissant ainsi : Juifs (env. 9 %), Ruthènes (Lemkos, Boykos, Houtsoules), Polacheks, Russes (moins de 1 %), Lituaniens, Tchèques, Allemands (jusqu'à 2 %) etc. Il faut aussi remarquer que les catégories ethno-nationales n'avaient, pour la plus grande partie de la population, que peu d'importance dans la mesure où les frontières linguistiques étaient instables, les différences sociales et confessionnelles jouant un plus grand rôle.
  5. Cette clause demeura sans effet dans la mesure où la frontière entre la république de Pologne et la république de Lituanie resta fermée jusqu'à la chute de ces deux états. La Lituanie, en effet, refusa d’entériner l'annexion par la Pologne de la Lituanie centrale et la région de Vilnius.
  6. D'après J.C. Johari, Soviet Diplomacy 1925-41, Anmol Publications PVT. Ltd., , 2824 p. (ISBN 81-7488-491-2), p. 42.
  7. a et b Cf. Michael Palij, The Ukrainian-Polish defensive alliance, 1919-1921 : an aspect of the Ukrainian revolution, CIUS Press, , 391 p. (ISBN 978-1-895571-05-9), p. 165–168.
  8. Michael Graham Fry, Erik Goldstein et Richard Langhorne, Guide to International Relations and Diplomacy, Continuum International Publishing Group, , 592 p. (ISBN 978-0-8264-7301-1), p. 203.

Articles connexesModifier