Ouvrir le menu principal

Le péché contre l'Esprit, quelquefois appelé aussi blasphème contre l'Esprit saint, est un concept doctrinal chrétien issu d'une citation de Jésus commune aux trois évangiles synoptiques[1] : « Mais quiconque aura parlé contre l'Esprit saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde, ni dans l'autre. » (Mt 12, 31–32).

Ce péché consiste pour l'essentiel à refuser la miséricorde de Dieu.

Les paroles du ChristModifier

Le Christ parle de péché contre l'Esprit saint dans les trois évangiles synoptiques ; chez Marc et Matthieu, Jésus en parle en s'adressant aux scribes qui le disent possédé par Belzébuth et agissant par lui pour chasser les démons ; chez Luc, il répète ses propos à ses disciples après des échanges avec les pharisiens pour les rassurer sur comment agir quand on les persécutera. Les paroles de Jésus se recoupent totalement chez les trois évangélistes :

  • « En vérité, je vous le dis, tout sera remis aux enfants des hommes, les péchés et les blasphèmes tant qu'ils en auront proférés ; mais quiconque aura blasphémé contre l'Esprit saint n'aura jamais de rémission : il est coupable d'une faute éternelle[2]. »
  • « C'est pourquoi je vous dis : tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera point pardonné. Quiconque parlera contre le Fils de l'homme, il lui sera pardonné ; mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir[3]. »
  • « Et quiconque parlera contre le Fils de l'homme, il lui sera pardonné; mais à celui qui blasphémera contre le Saint-Esprit il ne sera point pardonné[4]. »

Interprétation catholiqueModifier

Le Catéchisme de l'Église catholique affirme[5] : « Il n’y a pas de limites à la miséricorde de Dieu, mais qui refuse délibérément d’accueillir la miséricorde de Dieu par le repentir rejette le pardon de ses péchés et le salut offert par l’Esprit Saint. Un tel endurcissement peut conduire à l’impénitence finale et à la perte éternelle. »

Saint Thomas d'Aquin parle d'un péché « irrémissible de par sa nature, parce qu'il exclut les éléments grâce auxquels est accordée la rémission des péchés[6] ».

Dans son encyclique Dominum et vivificantem[7] sur l'Esprit saint, le pape Jean-Paul II a abordé explicitement cette question[8]. Le « blasphème » ne consiste pas à proprement parler à offenser en paroles l'Esprit Saint ; mais il consiste à refuser de recevoir le salut que Dieu offre à l'homme par l'Esprit Saint agissant en vertu du sacrifice de la Croix. Si l'homme refuse la « manifestation du péché », qui vient de l'Esprit saint et qui a un caractère salvifique, il refuse en même temps la « venue » du Paraclet, en union avec la puissance rédemptrice du Sang du Christ, le Sang qui « purifie la conscience des œuvres mortes ». Le fruit d'une telle purification est la rémission des péchés. En conséquence, celui qui refuse l'Esprit et le Sang demeure dans les « œuvres mortes », dans le péché. Le blasphème contre l'Esprit saint est le péché commis par celui qui revendique le « droit » de persévérer dans le mal — dans le péché quel qu'il soit — et refuse par là même la Rédemption. L'homme reste enfermé dans le péché, rendant donc impossible, pour sa part, sa conversion et aussi, par conséquent, la rémission des péchés, qu'il ne juge pas essentielle ni importante pour sa vie. Le péché contre le Saint Esprit est lié à la perte du sens du péché, évoqué dans l'Exhortation apostolique Reconciliatio et paenitentia[9]. C'est le refus de la « mise en évidence du péché » par l'Esprit saint qui est constitutif du péché contre le Saint-Esprit.

Notes et référencesModifier

  1. Mc 3. 28-29, Mt 12. 30-32, Lc 12. 8-10.
  2. Mc 3. 28-29.
  3. Mt 12. 30-32.
  4. Lc 12. 8-10.
  5. http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_P66.HTM CEC 1864.
  6. S. THOMAS D'AQUIN, Somme théol., IIa-IIae-, q. 14, a. 3; cf S. AUGUSTIN, Epist. 185, 11, 48-49: PL 33, 814-815; S. BONAVENTURE, Comment. in Evang. S. Lucae, chap. XIV, 15-16: Ad Claras Aquas, VII, 314-315.
  7. Plan du document.
  8. 2e partie, chap. 6.
  9. JEAN-PAUL II, Exhort. apost. post-synodale Reconciliatio et paenitentia (2 décembre 1984), n. 18: AAS 77 (1985), PP. 224228.

Voir aussiModifier