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Bataille du Caucase

front lors de la Seconde Guerre mondiale
(Redirigé depuis Opération Edelweiss)
Ne pas confondre avec Campagne du Caucase (Première Guerre mondiale).
Bataille du Caucase
Description de cette image, également commentée ci-après
Les avancées allemandes en juillet 1942.
Informations générales
Date -
(1 an, 9 mois et 17 jours)
Lieu Caucase, URSS.
Issue Victoire soviétique.
Belligérants
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Flag of Romania.svg Royaume de Roumanie
Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie
Drapeau de la Hongrie Royaume de Hongrie
Flag of Independent State of Croatia.svg État indépendant de Croatie
Insurgés tchétchènes et ingouches
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Commandants
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand Wilhelm List (officier allemand)Drapeau de l'URSS Union soviétique Vladimir Marcinkiewicz

Seconde Guerre mondiale

Batailles

Front de l’Est
Prémices : Campagne de Pologne · Guerre d’Hiver


Guerre Germano-soviétique :

  • 1941 : L'invasion de l'URSS

Opération Barbarossa
Front Nord : Guerre de Continuation · Opération Silberfuchs · Siège de Léningrad
Front Central : 2e bataille de Brest-Litovsk · Bataille de Białystok–Minsk · 1re bataille de Smolensk · Bataille de Kiev
Front Sud : Siège d'Odessa · Campagne de Crimée

  • 1941-1942 : La contre-offensive soviétique

Front Nord : Poche de Demiansk · Poche de Kholm
Front Central : Bataille de Moscou
Front Sud : Seconde bataille de Kharkov

  • 1942-1943 : De Fall Blau à 3e Kharkov

Front Nord : Offensive Siniavino · Opération Iskra · Bataille de Krasny Bor · Opération Poliarnaïa Zvezda
Front Central : Opération Mars
Front Sud : Bataille du Caucase (opération Fall Blau) · Bataille de Stalingrad · Opération Uranus · Opération Saturne · Offensive Ostrogojsk-Rossoch · Offensive Voronej-Kastornoe · Opération Gallop · Opération Étoile · Troisième bataille de Kharkov

  • 1943-1944 : Libération de l'Ukraine et de la Biélorussie

Front Central : 2e bataille de Smolensk · Opération Bagration
Front Sud : Bataille de Koursk · Bataille du Dniepr · Offensive Dniepr-Carpates · Offensive de Crimée · Offensive Lvov-Sandomir

  • 1944-45 : Campagnes d'Europe centrale et d'Allemagne

Allemagne : Offensive Vistule-Oder · Offensive de Poméranie orientale · Siège de Breslau · Offensive de Prusse-Orientale · Bataille de Königsberg · Bataille de Seelow · Bataille de Bautzen · Bataille de Berlin · Capitulation allemande
Front Nord et Finlande : Guerre de Laponie · Offensive Leningrad–Novgorod · Bataille de Narva
Europe orientale : Insurrection de Varsovie · Soulèvement national slovaque · Bataille de Budapest · Offensive Vienne · Insurrection de Prague · Offensive Prague · Bataille de Slivice


Front d’Europe de l’Ouest


Campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée


Bataille de l’Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise


Théâtre américain

La bataille du Caucase ou campagne du Caucase est le nom donné à l'ensemble d'opérations des forces de l'Axe et de l'URSS entre le 25 juillet 1942 et le 12 mai 1944 sur le front de l'Est pendant la Seconde Guerre mondiale pour le contrôle du Caucase, une région stratégique pour l'effort de guerre allemand.

Le facteur prédominant de cette campagne militaire est la nécessité du Troisième Reich de s'emparer des champs de pétrole du Caucase et en particulier ceux de Bakou pour ravitailler ses blindés : « Il s’agit de la prise de Bakou, maréchal. Sans le pétrole de cette région, la guerre est perdue[1] », disait Hitler au Generalfeldmarschall von Manstein en 1942.

L'invasion allemande du Caucase portait le nom de code Opération Edelweiss.

Sommaire

Contexte historiqueModifier

Articles détaillés : Opération Barbarossa et Bataille de Moscou.
 
Troupes de montagne allemandes avec un canon antiaérien dans le Caucase près de Teberda, septembre 1942.
 
Convoi allemand dans les montagnes du Caucase, 1942.
 
Soldats allemands dans la campagne du Caucase, 22 décembre 1942.
 
Soldats allemands des troupes de montagne, lors d’une halte, décembre 1942.
 
Un canon de montagne en action à 3 000 mètres d'altitude, janvier 1943.

En mai 1942, l'opération Barbarossa, l'invasion de l'Union soviétique par les forces de l'Axe, lancée le , a en partie échoué. Elle connut des débuts heureux pour l'Allemagne nazie avec de multiples victoires et des gains territoriaux immenses (États baltes, Biélorussie, Ukraine et une partie de la Russie européenne), mais ralentit progressivement et s'arrêta aux portes de Moscou. Puis une violente contre-offensive manqua de balayer le nord du dispositif allemand. Un front de plusieurs milliers de kilomètres se stabilisa alors de Léningrad au nord à Rostov-sur-le-Don au sud, au bord de la mer Noire. Adolf Hitler rêvait d'une victoire rapide sur le front de l'Est, mais le froid, la boue, les lignes de ravitaillement étirées, l'épuisement, l'immensité du territoire et surtout l'étonnante capacité de régénération de l'Armée rouge eurent raison de ses desseins.

Moscou fut sauvée, l'Armée rouge se ressaisit et de nombreuses usines purent être transférées à temps vers l'est du pays, permettant à l'Union soviétique de préserver son potentiel industriel pour poursuivre la guerre. L'Allemagne, qui combattait sur un large front, ne pouvait se payer le luxe d'un affrontement long, elle devait donc reprendre l'initiative et frapper un grand coup.

À partir de l'automne 1941, Hitler, parfaitement conscient de l'échec stratégique de l'opération Barbarossa[2], assigne donc à la Wehrmacht un nouvel objectif, la conquête du Caucase, de ses réserves de pétrole, puis, au-delà, des champs de pétrole irakiens, devant se réaliser entre novembre 1941 et septembre 1942[3] (et espérant éventuellement rejoindre les forces de l 'Axe engagée en Libye , si celles-ci pénètrent en Egypte puis au Proche-Orient) , dans un contexte marqué par la phase finale du processus aboutissant à l'entrée en guerre des États-Unis[4] ; ainsi, l'offensive au Sud de l'URSS, malgré son caractère hasardeux, qui frappe les généraux allemands, est placée dès le départ dans la perspective d'une stratégie mondiale de lutte contre les Alliés[5].

Planification et ordre de batailleModifier

Hitler avait ordonné au groupe d'armées A (sous le commandement de Wilhelm List) d'avancer vers le Caucase et de s'emparer des champs de pétrole (nom de code Opération Edelweiss, de la célèbre plante de montagne éponyme). Celui-ci était notamment composé de la 1re Panzer Armee du général von Kleist et de la 17e armée allemande du Generaloberst Richard Ruoff.

Côté soviétique, les principales unités déployées sur le front et qui seront engagées sont le front du Nord-Caucase du maréchal Semion Boudienny (jusqu'en ), le front transcaucasien du général Ivan Tioulenev, la flotte de la mer Noire du vice-amiral Filipp Oktiabrski ainsi que la flottille de la mer d'Azov du contre-amiral Sergueï Gorchkov.

Déroulement de la campagneModifier

 
Carte des opérations entre le 13 décembre 1942 et le 18 février 1943.

Les offensives allemandes dans le Caucase, visant à envahir l'Azerbaïdjan, débutent proprement dit en 1942 mais sont stoppées en septembre de la même année par les Soviétiques en Tchétchénie. Leur progression est stoppée sur l'ensemble du front, y compris sur les côtes de la mer Noire.

L'opération Fall BlauModifier

Article détaillé : Opération Fall Blau.

Après leur victoire à Rostov en juillet et le Don franchi, les Allemands peuvent se concentrer sur leur prochain objectif : la conquête de Bakou. C'est le déclenchement de l'opération Edelweiss, la dernière phase du plan bleu, plus vaste offensive de la Wehrmacht sur le front caucasien.

La 17e armée (avec des éléments de la 11e armée) avançait vers la mer Noire tandis que la 1re armée de panzers traversait un Kouban largement abandonné par l'Armée rouge. Le 9 août, elle atteignit les contreforts du Caucase et la ville pétrolière de Maïkop, avançant de 500 km en moins de deux semaines. Néanmoins les Soviétiques avaient eu le temps de saboter les puits de pétrole et le rendement de ceux-ci resta faible durant l'occupation allemande.

Le 20 août, le groupe d'armées reçut l'ordre d'avancer vers l'ouest pour s'emparer de Krasnodar, la capitale du Kouban. Pendant ce temps la Wehrmacht continua son avancée vers Grozny et Bakou. Dans le même mois, les forces allemandes envahirent la péninsule de Taman et la base navale de Novorossiisk et continuèrent leur avancée vers Touapsé, la clé de la domination de la côte est de la mer Noire.

Durant l'été 1942, Hitler se réjouit de la possibilité d'envahir le Kazakhstan. Cette prise permettrait d'offrir un excellent front pour flanquer les positions britanniques au Moyen-Orient, menacer l'Inde britannique et peut-être établir un contact avec le Japon. Mais il ne se rendait plus vraiment compte de la réalité du terrain. Il avait d'ailleurs renvoyé tous les généraux du groupe d'armées Sud et dirigeait désormais toutes les opérations. Le ravitaillement n'arrivait plus à suivre à travers la steppe et les montagnes. Le front atteignit plus de 3 000 km.

Le 2 novembre, la Wehrmacht s'empara de Naltchik et poussa vers Vladikavkaz, qui ouvrirait la route de Grozny. Plus tard, les Allemands décidèrent de se retrancher à Naltchik et à Mozdok pour reprendre l'offensive au printemps suivant, où ils furent stoppés. Les troupes de montagne s'offrirent même la gloriole d'escalader l'Elbrouz situé sur le territoire de la république de Kabardino-Balkarie et de planter au sommet le drapeau national-socialiste.

La retraite allemandeModifier

 
Plan de la retraite allemande en 1943.

En , les Allemands reculent sur le front caucasien et se retirent vers la péninsule de Taman (tête de pont de Kouban), dans l'espoir de pouvoir relancer ultérieurement une offensive contre les champs pétrolifères du Caucase. La reprise de Kharkov en 1943 coupe les lignes d'approvisionnement allemandes et les troupes de la Wehrmacht au Caucase se retrouvent isolées.

Les Soviétiques reprennent Novorossiisk en et la péninsule de Taman au bord de la mer Noire le . Les tentatives de contre-attaques allemandes sont balayées.

Environ 240 000 soldats allemands et 115 477 tonnes d'équipement militaire (principalement des munitions mais aussi 21 230 véhicules, 74 chars, 1 815 canons et 74 657 chevaux) sont évacués par la mer pour être redéployés en Crimée. Le Generalfeldmarschall von Kleist est relevé de ses fonctions en après qu'il eut ordonné à ses hommes de se replier alors que son armée était menacée de destruction par les Soviétiques, en violation directe des ordres de Hitler.

Campagnes de la mer NoireModifier

 
Un U-Boot « type II », similaires à ceux engagés par l'Allemagne en mer Noire.
 
Médaille de la défense du Caucase. Environ 870 000 soldats soviétiques ont reçu cette médaille.

Parallèlement aux opérations terrestres, la mer Noire était le théâtre d'une guerre navale entre les deux belligérants.

L'ordre de bataille des forces navales, opérant à partir des côtes de Bulgarie et de Roumanie, de l'Axe était le suivant :

L'URSS alignait quant à elle 1 cuirassé, 5 croiseurs, 18 destroyers, 44 sous-marins, 2 patrouilleurs, 18 mouilleurs de mines et 84 torpilleurs.

Les opérations navales allemandes ne prendront fin que le après la libération de la Crimée et d'Odessa et la capitulation nazie.

Analyse de la défaite allemandeModifier

 
Monument soviétique aux défenseurs tombés pour la libération du Caucase, mont Chessy (altitude : 1 839 mètres).

L'offensive planifiée par l'État-Major allemand et plus particulièrement par Hitler était trop ambitieuse et audacieuse, sous-estimant les capacités de l'Armée rouge.

La Blitzkrieg permit initialement de s'emparer de vastes territoires durant l'été 1942 mais elle fut freinée en raison de la résistance à Stalingrad, dans la région de la Volga. Les troupes allemandes étaient par ailleurs dispersées en plusieurs axes divergents, sur plus de 1 200 kilomètres.

L'échec des forces de l'Axe est notamment dû à un terrain inadapté pour les panzers, le vaste arrière-pays russe étant en effet très montagneux, et au manque de pétrole : bien des attaques allemandes furent stoppées par manque de carburant . Par ailleurs, l'Armée rouge disposait sur le front caucasien des chars KV-2, redoutables pour les blindés allemands, quasiment invulnérables à toutes les armes excepté au canon antiaérien Flak de 88 mm et aux tirs directs d’artillerie.

Les insurgés tchétchènes et ingouchesModifier

Durant l'invasion allemande, de 5 000 à 18 000 Tchétchènes et Ingouches (résistant initialement à la collectivisation forcée des terres) prennent les armes contre les Soviétiques, dirigés par Khassan Israïlov et Mairbek Cheripov afin de mettre fin « au barbarisme bolchévique et au despotisme russe ». Un gouvernement rebelle fut mis en place à Galantchoj. Elle poussa ainsi de nombreux soldats ingouches et tchétchènes de l'Armée rouge à déserter, 62 750 au total selon des sources russes[6]. Dans certaines zones de la Tchétchénie, près de 80 % des habitants étaient insurgés et l'Armée rouge dut utiliser des bombardiers afin d'en venir à bout, provoquant de lourdes pertes civiles.

L'insurrection, soutenue par les Allemands, fut sévèrement réprimée par la 58e armée soviétique et le NKVD. Celle-ci prit fin en 1944. S'ensuivit une déportation des Tchétchènes, accusés d'avoir collaboré avec les nazis, (500 000 au total) vers la Sibérie, le Kazakhstan et le Kirghizistan (voir opération Lentil).

Notes et référencesModifier

  1. Kerrigan 2012, p. 97.
  2. Baechler 2012, p. 219.
  3. Baechler 2012, p. 219-220.
  4. Baechler 2012, p. 218.
  5. Baechler 2012, p. 220.
  6. (ru) Эдуард Абрамян. Кавказцы в Абвере. М. "Яуза", 2006.

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Chistian Baechler, Guerre et extermination à l'Est : Hitler et la conquête de l'espace vital. 1933-1945, Paris, Tallandier, , 524 p. (ISBN 978-2-84734-906-1). 
  • Eric Hoesli, A la conquête du Caucase : Épopée géopolitique et guerres d'influence, Éditions des Syrtes, 2006, 666 p. (ISBN 978-2845451308).
  • Michael Kerrigan, Les plans secrets de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Acropole, , 192 p. (ISBN 2735703622 et 978-2735703623).
  • Philippe Masson, Hitler, Chef de Guerre, Paris, Perrin, (ISBN 978-2-262-01561-9). 
  • (en) Michael Nick, Operation Edelweiss: The most audacious mission of World War Two.*
  • Philippe Richardot, « Le Reich part à l'assaut du Caucase », 2e Guerre mondiale, Paris, Astrolabe, no 10,‎ (ASIN B00C0SQATA).
  • (ru) Иван Тюленев. Крах операции "Эдельвейс". Орджоникидзе, 1975.
  • (ru) К.-М. Алиев. В зоне "Эдельвейса". М.-Ставрополь, 2005.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier