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Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse

(Redirigé depuis OCF.P)

HistoireModifier

 
Équipe éditoriale des Œuvres complètes de Freud, séance de travail chez Jean Laplanche.

La nouvelle traduction française des œuvres complètes de Freud commence en 1988, à la suite de négociations entre plusieurs éditeurs et des psychanalystes français, qui remontent aux années 1960 : « L'entreprise a patiné au démarrage quand, en Angleterre, la Standard Edition de James Strachey faisait autorité. Au début des années 1960, les trois éditeurs de Freud négocient pour la publication des œuvres complètes et un comité scientifique est constitué en 1966[1]. »

Les Puf ont signé un contrat d'exclusivité avec S. Fischer Verlag en Allemagne et ont également acquis le droit d'utiliser l'apparat critique de la Standard Edition. Jean Laplanche en est le directeur scientifique. Les directeurs de publication sont au départ André Bourguignon et Pierre Cotet. Janine Altounian, qui veille à « l'harmonisation des traductions »[2] les rejoint.

Un travail d'équipeModifier

 
Équipe éditoriale, chez Jean Laplanche

Cette édition est le résultat d'un travail d'équipe. Le premier volume, numéroté XIII, paraît en 1989 et le vingtième et dernier volume de textes, numéroté I, paraît en octobre 2015[3]. Le volume XXI contenant l'index général paraît en janvier 2019. Les OCF.P sont le résultat d'une traduction collective : les noms respectifs des traducteurs sont indiqués sur chaque volume publié.

Cette traduction est née d'une volonté, non seulement de rassembler, dans une perspective chronologique éditoriale, des textes de Freud jusque-là dispersés au regard de leurs traductions françaises antérieures, mais aussi de procéder à l'unification terminologique et lexicale de la psychanalyse francophone, dans le prolongement de l'ouvrage Vocabulaire de la psychanalyse, publié en 1967 par Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis.

Dans le volume Traduire Freud en 1989, André Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche et François Robert exposent les orientations scientifiques et techniques de cette traduction. Janine Altounian, quant à elle, publie en 2003 aux Puf L'écriture de Freud, ouvrage dans lequel elle étudie avant tout « la langue de Freud »[4], avec les problèmes spécifiques que pose la traduction d’une écriture qui exprime la pensée de phénomènes et processus inconscients.

C'est un esprit « allemand » qui inspire en partie cette nouvelle traduction, dont l'exigence vise également à inscrire la traduction des textes de Freud et la psychanalyse plus avant dans la recherche scientifique : « À la lumière des discussions approfondies qui agitèrent l'Allemagne à l'époque « romantique », et quelles que soient les importantes différences entre Herder, Goethe, Schlegel, Novalis, Hölderlin, Humboldt ou Schleiermacher, ce qui ressort, d'une façon générale, c'est que « la théorie allemande » de la traduction se construit consciemment contre les traductions « à la française ». »[5]

Les traducteurs se réunissent chaque semaine. En 2010, Laplanche, âgé de 85 ans, s'étant retiré à Pommard, « deux après-midi par semaine, il confère en vidéoconférence avec Janine Altounian. Quatre pages d'allemand sont relues à chaque séance, à partir des brouillons remis par l'équipe de traducteurs […] Un travail de longue haleine pour arriver à offrir pour la première fois en France l'intégralité du texte freudien dans une traduction scientifique. »[1]

2010 : Freud entre dans le domaine publicModifier

En 2010, « Les maisons d'édition se ruent sur l'œuvre de Freud désormais libre de droits », titre en première page le journal Libération dans son numéro du 2 et 3 janvier 2010. D'autres éditions et traductions des œuvres de Freud paraissent ainsi, depuis 2010, chez d'autres éditeurs. Le passage de Freud dans le domaine public n'inquiète pas Jean Laplanche qui estime qu'en additionnant tous les éditeurs, Freud « était déjà dans le domaine public ».

L'arrivée en livre de poche : Collection « Quadrige »Modifier

En 2010 également, les Puf présentent une édition de poche, dans la collection « Quadrige », des principaux textes des OCF.P, préfacés par un(e) spécialiste, membre ou non de l'équipe de traduction, permettant « au lecteur d'avancer » dans les écrits de Freud, selon leur complexité. La cohérence entre les deux éditions OCF.P et « Quadrige » est assurée par Alain Rauzy. Sous une nouvelle présentation (couverture bicolore sur fond lilas), les grands textes de Freud deviennent ainsi de plus en plus accessibles.

RéceptionModifier

La question de la « traduction » en français des œuvres de Freud, écrivain de langue allemande, déborde le seul cadre du savoir-faire des traducteurs entre la « langue source », l'allemand, et la « langue d'arrivée », le français. Elle met en jeu l'histoire de la psychanalyse en France par rapport au retour aux textes de Freud.

La différence culturelle et linguistiqueModifier

Roudinesco: Critique de l'esprit « germanique » des nouvelles traductionsModifier

L'esprit « germanique » de la version établie par l'équipe des OCF, dont Élisabeth Roudinesco estime, dans un article du Monde des livres, qu'il est parfois vu comme « un retour à une sorte de germanité archaïque du texte freudien » et où elle voit « une version pathologique de l'œuvre freudienne »[6], a pu valoir comme pierre d'achoppement dans les controverses auxquelles les OCF.P donnaient lieu encore en 2010. Dans le même article, l'auteure évoque d'autres questions vives, notamment la tendance générale éditoriale française de privilégier une relation directe aux textes freudiens, dans lequel elle voit « un rejet de toute théorie “freudologique”, un retour au classicisme, un refus des dérives interprétatives », alors qu'il lui semble qu'en Angleterre, les choix de traduction visent à immerger l'œuvre « dans l'histoire de la culture politique, des études de genre ou des débats historiographiques ».

Le Rider: « l'allemand de Freud » dans l'histoire intellectuelle françaiseModifier

Un certain nombre d'autres auteurs soulignent que l'exigence à laquelle sont soumis les choix de cette traduction en fait un exercice formaliste et rigide, comportant des néologismes qui en rendent la compréhension difficile, citant par exemple les termes Traumdeutung ou hilflos[7].

Au début du XXIe siècle, l'approche de Jacques Le Rider se veut « historique et philologique ». Le Rider replace le fait des traductions des OCP de Freud en français également dans l'histoire intellectuelle de la France au vingtième siècle par rapport à l'Allemagne, en rappelant notamment le livre de Claude Digeon sur « la fameuse “crise allemande de la pensée française” » publié à la fin des années 1950[8]. Dans son observation germanistique et philologique du retour à Freud de la psychanalyse en France, « [ce] qui [le] frappe, autant chez Lacan que chez Laplanche, c’est le sentiment d’étrangeté qu’ils éprouvent, l’un et l’autre, face à Freud et face à la langue allemande ». Tout en soulignant « les immenses mérites de la publication des OCP » grâce auxquelles « la philologie freudienne en France a fait un bond en avant », il critique « les partis pris de traduction » des traducteurs qui « font que les OCP ne pourront pas être considérées comme l’édition définitive » et que « les traductions antérieures, publiées chez l’éditeur des OCP ou chez d’autres éditeurs, resteront indispensables ». Reprenant les termes de l’article « Traduction » du Dictionnaire de la psychanalyse de Michel Plon et Élisabeth Roudinesco (Fayard, 1996), il conclut : « L’histoire des traductions sera, dans les prochaines années, un des grands chantiers de l’histoire de la psychanalyse »[9].

Altounian : une perte nécessaire dans la traductionModifier

Janine Altounian observe dans l'avant-propos de son livre L'écriture de Freud, sans se faire « critique des traductions », que « Les échanges passionnés, pour ne pas dire passionnels, sur les problèmes de la traduction de Freud faisant souvent l'économie "textuelle" de sa pensée dans l'intertextualité de l'ensemble de son œuvre », son ouvrage se proposant d'être « en fait une critique de la naïveté de certains lecteurs quant à l'enjeu du passage d'une langue à une autre, c'est-à-dire d'une culture à une autre, d'un système de pensée à un autre, et donc quant à ce qui nécessairement périt dans ce passage »[10].

Yvon Brès: approche textuelleModifier

Yvon Brès a suivi de près la parution de certains volumes des OCF.P depuis 1988; en 2003, il observe notamment dans la Revue philosophique de la France et de l'étranger à propos du volume IV contenant L'Interprétation du rêve qu'en dépit d'une certaine difficulté pour lui « à accepter que seelisch soit traduit pas « animique », Versagung par « refusement », Schuld par « coulpe », Hilflosigkeit par « désaide », Sehnsucht par « désirance », etc. », à la place « des mots plus banals ( « psychique », « frustration », « faute », « détresse », « nostalgie ») qui, parfois, rendent mieux la pensée et le ton de Freud » et que pour sa part il avoue regretter, « il ne sert à rien de revenir sur la question » de choix de traduction expliqués par les traducteurs eux-mêmes dans l'ouvrage Traduire Freud, « surtout si c’est pour occulter l’excellence d’une œuvre » qui lui paraît « s’imposer comme le meilleur outil de travail de ceux qui lisent Freud en français », œuvre dont il apprécie en plus « l’appareil critique et la fidélité au texte allemand »[11].

BibliographieModifier

Les Œuvres complètes de Freud aux P.U.F.Modifier

L'édition Quadrige (Puf)Modifier

Bibliographie complémentaire : traduire FreudModifier

  • Janine Altounian, L'écriture de Freud. Traversée traumatique et traduction, Paris, Puf, coll. « Bibliothèque de psychanalyse », , 224 p. (ISBN 978-2-13-052974-3).  
  • André Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche et François Robert, Traduire Freud, Paris, Puf, coll. « Œuvres complètes de Freud », , 379 p. (ISBN 2-13-042342-6).  
  • Yvon Brès,
  • Jean Laplanche
    • Dans La Révolution copernicienne inachevée, (Travaux 1967-1992), Paris, Aubier, 1992 (ISBN 2-7007-2166-7) ; réédition : Le Primat de l'autre en psychanalyse, Paris, Flammarion, 1997 (ISBN 2-08-081390-0) ; rééd. sous le titre La Révolution copernicienne inachevée, Paris, Puf, coll. « Quadrige », 2008
    • « Interpréter [avec] Freud » (paru dans L'Arc, 1968)
    • « Le mur et l'arcade » (1987/1988)
    • « Temporalité et traduction - Pour une remise au travail de la philosophie du temps » (1989)
    • « Le temps et l'autre » (1990)
    • Jean Laplanche: Seduction, Translation and the Drives, London, ICA, Éd. John Fletcher & Martin Stanton (en), 1992. ("Jean Laplanche talks to Martin Stanton", Free Associations, no 23, 1991, p. 323-341 [cité dans "Bibliographie raisonnée" de D. Scarfone, Jean Laplanche])
  • Jacques Le Rider, « Les traducteurs de Freud à l'épreuve de l'étranger », Essaim, ERES, no 9,‎ , p. 5–14 (ISBN 978-2-7492-0037-8, DOI 10.3917/ess.009.0005)  
  • Patricia Cotti, Théo Leydenbach et Bertrand Vichyn, « Quelle traduction pour la Traumdeutung ? », Champ psychosomatique, L’Esprit du temps, no 31,‎ , p. 25–45 (ISBN 978-2-84795-021-2, DOI 10.3917/cpsy.031.0025)
  • Frédérique Roussel, « Jean Laplanche, les mots pour le traduire », Libération,‎ 2 et 3 janvier 2010, p. 5 (lire en ligne)
  • Élisabeth Roudinesco, « Freud, une passion publique », Le Monde des livres, no 20204,‎ (lire en ligne)

Notes et référencesModifier

  1. a et b Roussel 2010.
  2. L'équipe des OCF-P, sur le site des Puf, consulté le 25 février 2014.
  3. Cérémonie d'achèvement de la traduction des OCF/P, Paris, 4 novembre 2015, 69 min, avec Christophe Dejours, Monique Labrune, Alain Rauzy, Pierre Cotet, Janine Altounian notamment.
  4. Altounian, L'écriture de Freud, quatrième de couverture.
  5. Antoine Berman, L'Épreuve de l'étranger. Culture et traduction dans l'Allemagne romantique, Paris, Gallimard, coll. « Les Essais » (no 226), , 311 p. (ISBN 2-07-070076-3), rééd. coll. « Tel » (no 252), 1995 (ISBN 2-07-074052-8), p. 62, in Traduire Freud, « Principes généraux », p. 9.
  6. Roudinesco 2010.
  7. Cotti, Leydenbach et Vichyn 2003.
  8. Claude Digeon, La Crise allemande de la pensée française (1870-1914), Paris, Presses universitaires de France, 1959, réédition 1992. Référé en note 1 de Le Rider 2002.
  9. Le Rider 2002.
  10. Altounian, L'écriture de Freud, p. 16.
  11. Yvon Brès, « L'interprétation du rêve », Revue philosophique de la France et de l'étranger, vol. tome 128, no. 3, 2003, p. 361-364 [lire en ligne].
  12. Information BnF: [lire en ligne]

Voir aussiModifier