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Notre-Dame de Lipa
Image illustrative de l’article Notre-Dame de Lipa
Apparition mariale
Vénéré à Sanctuaire Maria Médiatrice de Toutes Grâces, Lipa, Philippines Drapeau : Philippines
Vénéré par certains catholiques
Fête 12 septembre

Notre-Dame de Lipa est le nom sous lequel est invoquée la Vierge Marie telle qu'elle serait apparue à une jeune postulante carmélite, Teresita Castillo, à Lipa, municipalité de la province de Batangas, aux Philippines. Elle lui serait apparue à une dizaine de reprises du 12 septembre au .

Dès les premières années, ces évènements font l'objet de débats : rejeté officiellement par l'Église catholique en 1951 après l'étude par une commission d'experts, le dossier est rouvert par l'évêque de Lipa dans les années 1990 qui autorise à nouveau la dévotion à Notre-Dame de Lipa. En 2005, une nouvelle commission reprend l'étude des « apparitions de la Vierge » à la demande de l'évêque du lieu. Cette enquête se conclut le par la publication d'un décret signé de Mgr Ramón Cabrera Argüelles (évêque de Lipa) qui déclare comme « authentiques les manifestations » survenues dans le Carmel de Lipa. Mais le la Congrégation pour la doctrine de la foi rédige un décret (publié le 31 mai 2016) déclarant que « les apparitions de la Vierge à Lipa ne sont pas authentiques ». En conséquence de quoi, la congrégation vaticane annule toutes les décisions antérieures de Mgr Argüelles.

Un sanctuaire est construit dans les années 1950 près du lieu des apparitions. Si toute dévotion envers « la Vierge de Lipa » était totalement interdite (depuis 1951) jusqu'en 1990, à partir de cette date, la statue est ré-exposée à la vénération des fidèles et un pèlerinage se met en place et se développe. En 2005, le 12 septembre (en référence à la date des apparitions) est déclaré « journée de pèlerinage national » par l'archevêque Ramon Arguelles. En 2007, la présidente du pays, Corazon Aquino déclare cette même date Jour national de la Prière pour la Paix et la Réconciliation. En janvier 2015, le pape François se recueille devant une image de Notre-Dame de Lipa. Le sanctuaire de Notre-Dame de Lipa est aujourd'hui l'un des plus fréquentés des Philippines.

Sommaire

Historique des apparitionsModifier

 
Le jardin du Carmel de Lupa, lieu des apparitions.

Oppression diaboliqueModifier

Quelques semaines après son entrée au carmel de Lipa, le soir du 31 juillet 1948, Satan serait apparu à Sr Teresina dans sa cellule. Il aurait tenté de l'expulser du couvent. Elle a indiqué avoir rejeté cette créature entourée de feu, comme elle l'a écrit dans ses souvenirs, « malgré la persévérance de l'assaillant »[1].

Première manifestation : 12 septembre 1948Modifier

Le dimanche , en fin de journée, Teresita Castillo, jeune postulante chez les carmélites de Lipa[2], se détend par une brève promenade dans le jardin du couvent. Soudainement, l'un des buissons se met en mouvement et elle entend une voix qui lui aurait dit : « N’aie pas peur, ma fille. Embrasse le sol et mange un peu d'herbe. Ce que je vais te dire, tu devras le faire pendant quinze jours consécutifs. Tu viendras me rendre visite ici. »[3].

Première apparition : 13 septembre 1948Modifier

Le lendemain, à la même heure, Sœur Teresita s'agenouille et se recueille. L'arbuste de la veille se remet en mouvement, et la Vierge Marie lui serait apparue. Selon la description de la jeune postulante, elle voit « une belle dame, souriante, les mains jointes, portant un chapelet doré dans la main droite, une robe blanche, une ceinture étroite ; ses pieds nus sont posés sur un petit nuage à 50 cm du sol. »[3].

La Vierge lui aurait fait part de son souhait qu'elle soit fidèle et revienne en ce même lieu durant 15 jours. Lorsque Sœur Teresita demande l'identité de l'apparition, celle-ci lui aurait répondu : « Je suis ta Mère, ma petite. »[3].

Pluie de roseModifier

 
Chapelle du couvent des carmélites de Lipa, près du lieu des apparitions.

Le 14 septembre 1948, Teresita indique que la Vierge l'attendait au même endroit, les bras ouverts. Elle lui aurait demandé que le lieu soit béni dès le lendemain. La jeune religieuse a alors mis tout en œuvre pour réaliser cette demande[3].

En effet, le lendemain, l’évêque auxiliaire de Lipa, Mgr Alfredo Obviar, et l'aumônier du Carmel, bénissent les lieux. Teresita voit la Vierge les bras ouverts. Elle lui aurait redit d'embrasser la terre et de manger un peu d'herbe. Durant cette apparition, la Vierge Marie aurait transmis un message pour les religieuses de la communauté de Sœur Teresita : « Mes filles, je vous demande de croire en moi, et de garder ce message comme un secret entre vous. Aimez-vous les unes les autres comme de vraies sœurs. Venez souvent me rendre visite. Faites de ce lieu un endroit sacré et respecté. Cueillez les pétales. Je vous bénis toutes ». Après cette apparition, toutes les personnes présentes sur les lieux rapportent avoir constaté une « pluie de pétales de roses »[3].

Une autre« pluie de pétale de roses » se serait produite le [4].

Quelques jours après la dernière apparition, des pluies de roses commencent à se produire à l'extérieur de la clôture du couvent[5]. Des centaines, puis des milliers de personnes, affluent alors près du carmel de Lipa pour assister à ce phénomène. À la suite de ces évènements, auxquels il donne un jugement négatif, l'évêque de Lipa, Mgr Alfredo Verzosa, interdit la vénération publique de la statue de Notre-Dame de Lipa. Le 19 novembre 1948, il se précipite au Carmel pour arrêter la poursuite de ces manifestations et stopper les foules de pèlerins qui affluent. Mais c'est une pluie de roses qui l'accueille à son tour. Bouleversé par ce phénomène, Mgr Verzosa revient sur sa décision temporaire et approuve la vénération de la statue de Notre-Dame de Lipa.

Les mois suivants la fin des apparitions, nombre de pèlerins affluent plus encore, venus assister aux pluies de roses qui ne s'arrêtent pas non plus. Ces phénomènes feront la une des quotidiens nationaux et internationaux durant un certain temps. Le 11 novembre 1949, Corazon Aquino, future présidente des Philippines, se rend en pèlerinage au Carmel de Lipa et assistera à son tour à une pluie de roses.

De nombreuses guérisons dites miraculeuses et autres évènements miraculeux, en rapport avec les pétales de roses, ont été rapportés à la commission d'enquête sur l'authentification des évènements[6].

Apparition du 26 septembre 1948Modifier

Le dimanche 26 septembre 1948 est le dernier des 15 jours demandés par la Vierge à Sr Teresita. Ce jour-là, l'apparition lui aurait dit : « N'oubliez pas que mon Fils est le Chemin, la Vérité et la Vie ». Elle aurait également rappelé à la jeune postulante le fruit des vertus que sont l'humilité et l'obéissance, un rappel particulièrement adressé pour elle et ses sœurs carmélites. La Vierge aurait demandé que chacune des sœurs du carmel de Lipa se consacre à elle le , jour de la fête de Notre Dame du Rosaire, selon la consécration de saint Louis-Marie Grignion de Montfort[3].

Ce jour-ci, l'apparition se présente comme Marie, Médiatrice de toute grâce[2].

Au cours des apparitions, la Vierge demande à la jeune religieuse : d'installer une statue en son honneur, de réciter régulièrement le chapelet, de pratiquer la pénitence, de cultiver l'humilité et la simplicité et de prier en particulier pour les prêtres et le pape.

Controverses sur les apparitionsModifier

Controverse sur la reconnaissanceModifier

Un rapport des évènements est transmis à Mgr Verzosa, évêque de Lipa, le . Une commission d'enquête est rapidement formée, dans le but de donner un jugement sur ces prétendues apparitions.

Le 11 avril 1951, six évêques philippins signent une déclaration qui considère le caractère « non supra-naturel » des évènements de Lipa[7]. Le clergé philippin ordonne la destruction de tous les documents et objets en liens avec cette « prétendue apparition ». La carmélite Teresita est expulsée du couvent, l'évêque et Mère Prieure du Carmel sont déchargés de leur fonction. La statue de la Vierge réalisée sur les indications de la « voyante » est néanmoins préservée de la destruction par les carmélites du couvent[8],[9]. Quelques décennies plus tard, l'un de ces évêques retire son jugement négatif, et les pèlerinages reprennent à partir de 1990. Mgr Cabrera Argüelles, rouvre officiellement le dossier des apparitions en 2005[7].

Le 12 septembre 2015, Mgr Ramón Cabrera Argüelles, évêque de Lipa, publie un décret qui reconnaît comme authentiques les manifestations : « Les événements et apparitions de 1948, aussi connus comme le phénomène marial de Lipa, et leurs conséquences, même dans les temps récents présentent réellement un caractère surnaturel et sont dignes de foi »[7]. Notre-Dame de Lipa est à cette date, la 17e apparition mariale officiellement reconnue par l'Église catholique[7],[10].

Dans ce décret datant du , mais rendu public seulement le , la Congrégation pour la doctrine de la foi estime que les apparitions de la Vierge à Lipa « ne sont pas authentiques ». Rappelant que le pape Pie XII avait déjà rendu une décision « définitive » sur ce sujet en 1951 en déclarant que « le phénomène de Lipa n’était pas d’origine surnaturelle ». En conséquent, le Vatican exige la dissolution « immédiate » de toute commission étudiant encore la question. Mgr Argüelles a indiqué qu’il ne ferait pas appel de ce jugement[11],[12].

Controverse théologiqueModifier

Un des points soulevés dans la controverse sur les apparitions, au niveau théologique, est le titre de « Marie Médiatrice de toutes grâces », que la Vierge Marie aurait utilisé. Si ce titre a déjà été utilisé par saint Louis-Marie Grignion de Montfort et saint Alphonse de Liguori, il est néanmoins vivement débattu dans l’Église car « il semble mettre en question la médiation unique du Christ ». Le titre de « Marie Médiatrice » se retrouve également dans la constitution dogmatique Lumen gentium[13] de 1965[14].

En 2010, l'évêque de Lipa propose à Rome que l’Église définisse « Marie Médiatrice » comme cinquième dogme marial. En 2015, Mgr Argüelles publie un décret de quatre pages, dans lequel il reconnaît les apparitions comme « dignes de foi » et encourage à invoquer la Vierge Marie sous le titre de « médiatrice de toutes grâces ». C’est précisément ce décret que la Congrégation pour la doctrine de la foi déclaré « nul et vide », car la déclaration de nullité publiée en 1951 était une décision confirmée par le pape Pie XII et donc définitive[14].

VénérationModifier

Le sanctuaireModifier

 
Sanctuaire Marie Médiatrice de Lipa

Le est posée la première pierre de l'église Marie, Médiatrice de toutes grâces, construite près du carmel de Lipa. Entre 30 000 et 50 000 fidèles sont présents ce jour-là, en compagnie de Mgr Alfredo Obviar[15].

Le sanctuaire est achevé en deux ans. Il est financé en totalité par des dons (notamment de pèlerins).

Dévotion des fidèlesModifier

Jusqu'en 1990, toute dévotion envers la Vierge de Lipa était officiellement interdite. À partir de cette date, la statue est ré-exposée à la vénération des fidèles et un pèlerinage se met en place. Le pèlerinage se développe et le , l'archevêque Ramon Arguelles déclare le 12 septembre « journée de pèlerinage national » (à Lipa)[8].

La présidente des Philippines Corazon Aquino et sa successeur Gloria Macapagal-Arroyo eurent une grande proximité avec le Carmel de Lipa. Le , en la fête de l'Assomption, la présidence déclare le 12 septembre comme Jour national de la Prière pour la Paix et la Réconciliation, en référence au 12 septembre 1948, première manifestation de la Vierge à Lipa[16]. Elles ont participé à certains pèlerinages sur le lieu des apparitions[17].

Durant sa visite à Tacloban, le 17 janvier 2015, le pape François se recueille devant une image de Notre-Dame de Lipa, dans l'archevêché de Palo (Leyte)[18].

Différentes personnes continuent de témoigner de « guérisons miraculeuses » obtenues dans ce sanctuaire[19].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Rafael M. Villongco, « The Roses of Grace: The Apparitions of Mary Mediatrix of All Grace in Lipa Carmel in 1948 », sur Philippine Marian Site, marianmessenger.ph (consulté le 2 janvier 2017).
  2. a et b « Je suis Marie, médiatrice de toutes grâces », Alteia,‎ (lire en ligne).
  3. a b c d e et f (en) Mary Cecilia of Jesus, « A Brief Account of the Incidents in the Carmelite Monastery, Lipa City », sur Mary Mediatrix of all grace Parish, marymediatrixofallgrace.com (consulté le 29 décembre 2016).
  4. Certains pétales de rose « qui auraient été récoltés par des témoins » lors de « pluies de pétales de roses », montrent en surimpression des scènes d'inspiration bibliques. Certaines photos sont disponibles sur le net, comme sur le site marianmessenger ou sur lipatourism.
  5. Villanueva y Madrid 1949, p. 7, 12, 57. (lire en ligne).
  6. Villanueva y Madrid 1949, p. 48, 51. (lire en ligne).
  7. a b c et d Nicolas Seneze, « Lipa, la 17e apparition mariale reconnue dans l’Église catholique », La Croix,‎ (lire en ligne).
  8. a et b (en) « Carmel of Lipa », sur LIPA city tourism and museum council, lipatourism.wordpress.com (consulté le 29 décembre 2016).
  9. Sr Céline Gutierrez, ocd, « Une croisière pèlerinage / A Lipa : Philippines », pages.infinit.net (consulté le 29 décembre 2016).
  10. Le décret de la Congrégation pour la doctrine de la foi du annule cette décision.
  11. (en) Christina I. Hermoso et Leslie Ann G. Aquino, « Vatican rejects authenticity of Lipa apparitions », sur mb.com.ph, Manila Bulletin, (consulté le 11 juin 2016)
  12. « Les apparitions présumées de Lipa déclarées « inauthentiques » », Église d'Asie,‎ (lire en ligne).
  13. Dans cette constitution nous trouvons la phrase « la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice, tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n’en résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l’unique Médiateur, le Christ ».
  14. a et b Céline Hoyeau, « Le Vatican clôt le dossier des apparitions présumées de Lipa, aux Philippines », La Croix,‎ (lire en ligne).
  15. Mgr Alfredo Obviar (1889-1978) est actuellement en cours de béatification. Voir : (en) « 1978 », sur Hagiography Circle, newsaints.faithweb.com (consulté le 3 janvier 2017).
  16. (en) « Proclamation No. 1362 by the President of the Philippines », marymediatrixofallgrace.com, (consulté le 29 décembre 2016).
  17. (en) « Arroyo to join Marian pilgrimage in Lipa », GMANews.TV,‎ (lire en ligne).
  18. Jean-Marie Dumont, « Philippines : des apparitions mariales reconnues », Famille Chrétienne, no 1967,‎ (lire en ligne).
  19. (en) Mr. Francisco Dychangco of Batangas, « Depositions from the files of the Marian Research Center », sur Mary Mediatrix of all Grace Parish, marymediatrixofallgrace.com (consulté le 29 décembre 2016).

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Francisco Villanueva y Madrid, The Wonders of Lipa, Grand Avenue Book Store, , 82 p. (lire en ligne).

Liens externesModifier