Noblesse

classe sociale privilégiée
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La noblesse d'un pays (en général un royaume, mais aussi des républiques comme Rome ou Venise), ou d'une province de ce pays, désigne la minorité dominante et le statut d'un ensemble de familles détenant, le plus souvent héréditairement, des fonctions d'autorité militaire, politique, civile ou religieuse plus ou moins étendues, dans le cadre de charges, d'emplois publics dits alors emplois nobles, ou de sacerdoces réservés. Lorsque ces fonctions sont religieuses, comme chez les lévites ou les brahmanes, on ne parle pas de noblesse, mais de caste sacerdotale.

Noblesse moraleModifier

La noblesse morale n'est ni un ordre social, ni une caste, ni un apanage mais une responsabilité et une vertu : Grégoire de Nazianze la divise en trois genres. Le premier consiste à s'efforcer d'être ce que Dieu est censé attendre de nous, le deuxième à se purifier en résistant à la corruption de notre nature humaine, le troisième à cultiver et partager les dons que nous possédons. Gilles-André de La Rocque écrit dans son Traité de la noblesse[1] que celle-ci ne donne point de droits mais bien des devoirs, dont un comportement désintéressé dans les activités humaines ou sociales, sans rechercher ni profit individuel, ni lucre, ni usure, ni prostitution, que ce soit dans la fonction publique, la justice, les forces armées, l'administration, les arts libéraux, , etc. Quant à la dignité, l'honneur, il provient surtout de la défense d'un honneur collectif, et non de la dépense ou du défi, et il est antinomique d'une attitude utilitaire ou vénale[2].

Johannes Limnäus (de) distingue au XVIIe siècle la noblesse morale de la noblesse politique : cette dernière, bien que théoriquement fondée sur la vertu, ne peut être vertueuse en pratique, car elle serait alors inefficace. Elle peut en revanche élever un homme du commun au rang des nobles, soit vertueusement en raison de ses mérites, qui valent qu'il soit sorti d'une basse et abjecte condition, soit opportunément en raison de sa fortune, dont la noblesse peut avoir besoin[3]. Dans cette noblesse politique, qu'elle fut acquise par la vertu ou par l'argent, la notion d'ancienneté (les « quartiers de noblesse ») apparaîtra à Vauban comme « le premier critère de dignité »[4].

Noblesse politiqueModifier

Du point de vue des sciences sociales, historiques et politiques, la notion de noblesse renvoie généralement à un ordre social ou une caste généralement endogame, et désigne alors la condition d'un groupe social distinct et hiérarchisé jouissant de privilèges spécifiques.

Charles Fourier en 1822 représente seize castes et sous-castes sociales qu'il explique par un courant ascendant de sentiments d'envie et de haine, et un courant descendant de sentiments de morgue et de mépris : « La noblesse de cour méprise la non-présentée ; la noblesse d'épée méprise celle de robe : les seigneurs à clocher méprisent les gentillâtres, tous les parvenus anoblis qui ne sont que de 1er degré et qui dédaignent les castes bourgeoises. Dans la bourgeoisie nous trouverions en 1re sous-caste la haute banque et la haute finance (n°5), méprisées des nobles mais s'en consolant avec leurs coffre-forts, méprisant le gros marchand et le bon propriétaire (n°6). Ceux-ci tout fiers de leur rang d'éligibles méprisent la sous-caste qui n'a que rang d'électeur (n°7) qui elle, s'en dédommage en méprisant la sous-caste des savants, les gens de loi et autres vivant de traitements ou casuels ou petits domaines qui ne leur donnent pas l'entrée au corps électoral (n°8) ; enfin la basse bourgeoisie (n°9), le petit marchand (n°10), le petit campagnard (n°11) seraient bien offensées si on les comprenait dans le peuple dont elle méprise les trois sous-castes (n°12, 13, 14) et dont elle se pique d'éviter les manières, sans même compter la pègre et les vagabonds (n°15 et 16). Il règne entre toutes ces castes des haines régulières c'est-à-dire que la n°9 hait la n°8 autant que celle-ci hait la n°7, quoique chacune recherche la fréquentation du degré supérieur par ambition et non par amitié »[5].

La noblesse est donc une institution sociale que l'on rencontre dans la plupart des sociétés traditionnelles, dès lors que la fonction guerrière est organisée indépendamment des pouvoirs économiques et religieux (tripartition), comme chez les Romains ou les Celtes avec la classe des chevaliers[6]. Les modalités d'entrée et de maintien dans cette institution ont varié selon les époques et les pays, mêlant initiation, capacités et hérédité. Elle se trouve à toutes les époques et dans de nombreux types de sociétés, aussi bien antiques, comme en Grèce, que chez les peuples premiers, et jusqu'aux États-nations modernes.

Dans de nombreux pays, la noblesse a été abolie comme institution. En France, elle a été supprimée sous la Révolution française en 1789, rétablie sous le Premier Empire en 1802, et à nouveau supprimée sous la Troisième République en 1870 ; les titres de noblesse, qui sont considérés comme un accessoire du nom, peuvent toujours être officiellement enregistrés auprès du ministère de la Justice (afin d'être transcrits à l'État civil). Dans les pays ayant été gouvernés par un parti unique se revendiquant du communisme, non seulement les titres et indicateurs de noblesse furent abolis et les biens matériels nationalisés, mais les anciens nobles, considérés comme « des exploiteurs, des parasites, des ennemis du peuple » finirent pour beaucoup leurs existences dans les camps de travaux forcés comme ceux du Goulag ou du Laogai, à moins qu'ils aient réussi à s'échapper et à s'exiler à temps (cas de nombreux nobles russes à Paris, Londres et Berlin dans les années 1920). Dans leurs pays d'origine, les survivants ont perdu leur statut social et une grande partie de leur mémoire familiale, car durant les longues années de dictature (en moyenne un demi-siècle), faire valoir ce qui y était considéré comme un « passé dont il faut faire table rase » (selon un couplet de l'Internationale) pouvait entraîner des persécutions et conduire en camp de travail « rééducatif »[7].

Après l'ouverture du rideau de fer et la chute des régimes communistes en Europe, les descendants de ces survivants qui ont revendiqué la restitution de leurs biens familiaux nationalisés ont, pour la plupart, échoué en raison de la complexité des procédures, des preuves exigées et du coût des démarches judiciaires. Seules les familles nobles les plus puissantes financièrement ont obtenu la restitution d'une partie de leurs anciennes propriétés dans les pays, comme la République Tchèque ou la Roumanie, où la législation le permet : c'est le cas des héritiers de la famille autrichienne Schwarzenberg qui a obtenu la restitution du château d'Orlík au sud de Prague, et, en Transylvanie, des héritiers du comte hongrois Daniel Bánffy[8], des Habsbourg d'Autriche[9] ou des Hohenzollern de Roumanie[10],[11].

Dans la mesure où les privilèges, titres et indicateurs ont été abolis, l'existence d'une noblesse n'est pas incompatible avec la démocratie moderne, notamment en Grande-Bretagne où elle a été conservée après la Glorieuse Révolution et ailleurs en Europe où elle a perduré après les révolutions de 1848. Une pairie et des titres de noblesse existent toujours légalement au XXIe siècle dans plusieurs pays européens, comme la Belgique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède, l'Espagne, Saint-Marin, le Luxembourg. Le pouvoir législatif est exercé en partie par des représentants de la noblesse, comme c'était le cas au Royaume-Uni avec la Chambre des lords jusqu'au fin du XXe siècle. Ce fut le cas aussi en France au XIXe siècle avec l'ancienne Chambre des pairs.

En droit international il n'y a pas de noblesse et il n'existe pas d'ordre de noblesse international : la noblesse de chaque pays lui est donc spécifique, même si certains types de noblesse peuvent être communs à plusieurs pays (à titre d'exemple les barons, comtes, marquis, ducs, archiducs, princes sont globalement similaires en Europe occidentale et centrale tandis que les joupans, boyards, hospodars et voïvodes sont communs aux pays d'Europe orientale).

Au XXIe siècle, des titres de noblesse existent encore officiellement et continuent à être décernés par les souverains des monarchies actuelles (il y en a 27 en comptant pour une celles du Commonwealth : trois en Afrique en ne comptant que les États souverains, pas les royautés coutumières beaucoup plus nombreuses ; douze en Asie ; dix en Europe et deux en Océanie). Il existe toujours une distinction entre la noblesse ancienne et la noblesse contemporaine : la première remonte parfois à des temps antérieurs à la Révolution française, la seconde a gagné ses titres (souvent héréditaires comme en Belgique ou en Espagne, ou non transmissible aux descendants comme au Royaume-Uni) par son action (financière, diplomatique, culturelle, militaire...) au service de sa nation ou de son souverain[Note 1]. L'Association de la noblesse européenne occidentale représente les intérêts de cette caste auprès de toutes personnes physiques ou morales, institutions, instances, autorités, tribunaux situés sur le territoire de l'Union européenne, pour les questions relatives au statut et/ou au rôle de ses membres[12].

Noblesses par aires culturellesModifier

Afrique précolonialeModifier

Les noblesses africaines les plus anciennement attestées, celles de l'Égypte antique et de la Maurétanie, se sont progressivement fondues dans les élites romaines avant d'être absorbées par l'islamisation de l'Afrique du Nord ; pour leur part, les noblesses nubienne, makurienne, nobadienne, alodienne, axoumite, zagouée et abyssine ont fini par former la noblesse éthiopienne (warashehs en amharique) elle-même dispersée ou massacrée par la révolution éthiopienne ; enfin au Ghana et dans les autres monarchies sub-saharinnes, les horons (mot mandé) ou touboungs (mot lounda) étaient hiérarchisés en trois groupes principaux[13],[14],[15]:

  • les massalen (haute noblesse) étaient au sommet de la hiérarchie, assurant la royauté et le pouvoir territorial dans les provinces : c'étaient les ducs et comtes, grands propriétaires terriens et de bétail, détenteurs des droits de chasse et pêche qu'ils affermaient, qui avaient sous leurs ordres les chefs des différents villages de leur province ;
  • les tondjon (moyenne noblesse, militaires et chasseurs, grands fermiers) ;
  • les mori (ou marabouts, à la fois sages, juges, prêtres, éducateurs, gardiens et transmetteurs des mythes, des traditions et des connaissances comme l'herboristerie et les pratiques thérapeutiques).

Avec l'islamisation et la colonisation le mot marabout a changé de sens pour désigner de nos jours deux choses différentes : soit, avec une connotation positive et flatteuse, un guide religieux musulman, soit, avec une connotation négative et péjorative, un sorcier ou un envoûteur auquel on prête des pouvoirs de voyance et de guérison ; parmi les marabouts, certains sont des manipulateurs psychiques qui prétendent pouvoir, moyennant finances, résoudre tout type de problème. Ces derniers, que les guides religieux considèrent comme des charlatans, mêlent en un syncrétisme religieux qui varie de l'un à l'autre, l'islam, l'animisme, le christianisme, le vaudou et diverses formes de magie.

Au Rouanda et au Burundi, ce ne sont ni la langue ni la religion qui séparent les tutsi des hutu, mais le statut : les premiers sont issus de la noblesse, les seconds du peuple agriculteur ou artisan[16].

Amérique précolombienneModifier

Les conquistadors espagnols dénommèrent indifféremment « caciques » les aristocrates des empires amérindiens (maya, aztèque, inca…) dont la hiérarchie était aussi complexe qu'en Europe, mais moins cloisonnée et pas systématiquement héréditaire. Le mot cacique désigne un noble en taïno, langue indigène d'Hispaniola[17]: il est généralement traduit par « dignitaire » ou « seigneur » et chez les Aztèques par exemple, les descendants des nobles, désignés comme tecuhtli en nahuatl[18] étaient nommés « pilli »[19], terme équivalent à l'espagnol « hidalgo » (« fils de quelqu'un »)[20].

Ces nobles amérindiens pouvaient aussi bien être d'extraction relativement modeste (par exemple, chez les Aztèques, les calpullec, des villages ou des quartiers de la capitale), que des seigneurs de rang élevé (empereurs, rois des monarchies subordonnées, gouverneurs des provinces, conseillers des monarques, juges importants ou grands chefs militaires, par exemple les kuraka, apu et tukrikuk des Incas). Les nobles amérindiens qui se sont opposés aux conquistadors ont disparu, mais ceux qui se sont ralliés à eux et se sont convertis au catholicisme ont parfois pu s'intégrer à la petite noblesse créole locale comme vizcondes ou caballeros[21].

BrésilModifier

Au Brésil, c'est la maison d'Orléans-Bragance qui, durant son règne sur l'Empire brésilien, décerna quelques titres de noblesse, non-reconnus en Europe[22] où les récipiendaires, de riches planteurs et éleveurs de bétail esclavagistes, furent qualifiés de « rastaquouères »[23],[24].

ChineModifier

Incluant les souverains et les nobles proprement dits[25], la noblesse chinoise a été un élément important de l’organisation sociale et politique traditionnelle de la Chine impériale. Les concepts de souverains héréditaires, de titres de noblesse et de familles nobles apparaissent dès les débuts semi-mythiques de l'histoire de la Chine puis, sous la dynastie Zhou un système structuré définissant la noblesse et les nobles se met en place et perdure durant plus de deux millénaires suivants, avec quelques modifications et ajouts dont le plus récent date de la dynastie Qing.

Un titre de noblesse peut être gagné ou perdu à titre posthume, l'élévation posthume étant souvent utilisée comme un moyen d'exprimer sa considération envers le défunt. Ainsi Guan Yu, qui vécut à la fin de la dynastie Han, portait de son vivant le titre de marquis de Han Zhou (漢壽亭侯) et reçut à titre posthume le titre de duc de Zhonghui (忠惠公). Sous la dynastie Yuan, Yiyong Wu'an Yingji portait le titre de prince de Xianling (顯靈義勇武安英濟王), avant d'être littéralement "béatifié" et élevé au rang d'empereur sous la dynastie Ming, où il devient le Saint empereur Guan, le Grand dieu qui subjugue les démons des trois mondes et dont la grâce se propage loin et se déplace dans le ciel (三界伏魔大神威遠震天尊關聖帝君). Dans la culture populaire, il est révéré comme étant un Dieu de la prospérité, du commerce, de la guerre et de la police[26].

Ce système perdure jusqu'à la Révolution chinoise de 1911 qui met fin à l'empire chinois. Toutefois la République de Chine permet à quelques familles nobles, ayant soutenu le nouveau régime, de garder leurs titres et leurs dignités, mais tous perdent leurs domaines et cela précipite leur déclin économique. Quant à la République populaire de Chine mise en place en 1949, elle ne se contente pas d'abolir tous les titres, prédicats et indicateurs de noblesse, mais cible l'aristocratie physiquement dans le cadre de la lutte des classes, de sorte que tous ceux qui n'ont pas réussi à fuir le pays sont, au mieux, détenus aux travaux forcés du Laogai et au pire massacrés sur place, notamment pendant la révolution culturelle. De nos jours, seule une poignée de personnes de la diaspora chinoise continue à revendiquer tel ou tel titre de noblesse dans l'indifférence générale[27].

EuropeModifier

 
La noblesse europeene, tient la tradition de l'Heraldique, comme ici chez les pleurants, Louvre.

En Europe, chaque pays a ses propres traditions nobiliaires.

Histoire de la noblesse européenneModifier

La noblesse européenne actuelle est issue de plusieurs traditions et remonte, non comme lignées, mais comme classe sociale, aux guerriers de la « trilogie » (le guerrier, le religieux et le producteur) décrite par Georges Dumézil à propos des sociétés indo-européennes (mais qui existait aussi ailleurs)[28]. Au Ve siècle av. J.-C., la notion de nobilitas héritée de l'Empire romain[29] se serait transmise, selon Karl Ferdinand Werner, aux royaumes germaniques ayant succédé à celui-ci[30].

Dans la Grèce antique, il existait quatre termes qui, en grec ancien, servaient à désigner les groupes humains : γένος / génos signifiant « noble », λάος / láos signifiant « peuple assemblé », δῆμος / dêmos signifiant « citoyen d’une cité » et ἔθνος / éthnos signifiant « origine commune » : pouvoir politique, droit de propriété et privilèges ont progressivement diffusé, dans l’Athènes antique, de la première à la deuxième et troisième catégories, tandis que les métèques relevaient de la quatrième[31] et les esclaves d’aucune, leur statut étant proche de celui du bétail[32]. L'exemple le plus connu de noblesse grecque antique est celui des Eupatrides[33].

Dans la Rome antique, les membres des grandes gens romaines étaient fiers d’appartenir à des familles anciennes et reconnues comme nobles mais elles ne connaissaient pas la transmission héréditaire du pouvoir public. Il leur fallait accomplir une carrière individuelle, le cursus honorum au service de la res publica (l’intérêt public) ou du princeps pour obtenir un honor ou charge publique, soit par élection républicaine, soit par nomination sénatoriale ou impériale[34]. Des homines novi, sans être « bien » nés, pouvaient être élus ou nommés à un honor élevé et ainsi devenir chef et souche d’une nouvelle famille[35].

 
Dans la féodalité européenne, le noble, vassal de son suzerain et qui a les ressources économiques pour disposer de montures, d’armes d’hast, d’estoc et de taille, d’armures, d’écus, de tentes, d’écuyers et de goujats (responsables des bagages), se bat à cheval, astreint à des règles de combat spécifiques : il est bien différent de l’homme du peuple, moins bien armé et cuirassé, qui se bat à pied dans l’infanterie, en fantassin, en archer ou en frondeur, appelé « piéton ». À la fin du Moyen Âge, les innovations technologiques et notamment les armes à feu rendent obsolète le combat à cheval en armure lourde, tandis que le besoin de main d’oeuvre agricole et la professionnalisation des métiers d’armes favorise l’usage des mercenaires dans l’infanterie, mais la mythologie associée à la chevalerie persistera jusqu'à la période romantique, au XIXe siècle : ici, la « statue équestre » d'un chevalier en armure, sa monture cabrée (ce qui suppose un cheval beaucoup plus musclé que les races actuelles).

Les rois germaniques répliquèrent ce système romain de délégation de la potestas[36]. De plus en plus, des nobles germaniques peuvent se voir confier, par les maiores natu ou « grands des peuples barbares », des fonctions publiques ou honores, non héréditaires, comme c’était déjà le cas de la nobilitas sénatoriale romaine, et ainsi entrer dans la militia principis en jurant obéissance « à la romaine » (obsequium) au nouveau roi germanique. Dans le souci d’être accepté et obéi par ses sujets gallo-romains, largement majoritaires dans son royaume, le souverain franc Chlodwig (Clovis), par exemple, conserve le droit romain pour les Romains et pour les chrétiens[37] et oblige ses « grands » à entrer dans ce système[Note 2] avant de renoncer à sa religion germanique pour adopter lui-même le christianisme.

Cette osmose germano-romaine est facilitée par la similarité entre noblesses romaines et germaniques :

  • dans la hiérarchie administrative et militaire romaine, les fonctions de duc et de comte existaient déjà[38] : les fonctions confiée à des nobles après leur formation à la cour sont romaines, notamment dans la très stratégique administration fiscale[Note 3],[39] ; le royaume franc emploie les termes de nobiles viri ou illustres viri (« hommes illustres »), qui prouvent que l'héritage romain a été intégré, mais aussi des termes tels que proceres (« les grands ») ;
  • la pratique du serment par la noblesse romaine transfère le serment de fidélité des nobles au roi germanique devenu princeps dans son royaume : ainsi, au VIe siècle, le roi exigea ce serment « à la romaine » de tous ses sujets libres et Charlemagne se fit jurer fidélité deux fois, « à la romaine » et « à la germanique », et « devant Dieu » ; sous les Mérovingiens ce serment de fidélité liant les grands au roi est parfaitement attesté[40] ;
  • les centres de commandement romains sont maintenus par les rois germaniques : le comte germain réside souvent dans l’ancien prétoire romain, contrairement à l’image imaginant les « cours barbares » comme autant de « grandes fermes »[41],[42] ; de même, les tribunaux romains conservèrent leur qualité de lieux publics sous l’autorité des grands germaniques[43] ;
  • les nobles romains se maintiennent aux plus hautes fonctions : il y a eu fusion de la noblesse romaine avec les grands de l’aristocratie gothique, vandale, franque, burgonde ou lombarde qui adoptèrent eux aussi le cingulum[44] ; ainsi, les peuples soumis par les Mérovingiens furent dirigés par des élites romaines aussi bien que « barbares », élites qui ont fait la force de ces nouveaux royaumes germaniques, même s’il est vrai que la division du christanisme entre ariens (variante initialement adoptée par une grande part de la noblesse germanique) et nicéens (variante adoptée par les autochtones romains[Note 4]) a pu parfois freiner le processus[45] ;
  • comme à l’époque romaine, l’éducation classique des jeunes nobles à la cour des rois germaniques comporte une formation à la fois physique et intellectuelle leur permettant de faire carrière dans la hiérarchie civile, militaire ou religieuse[46],[Note 5] ; aux Ve, VIe et VIIe siècles, le haut clergé nicéen des royaumes germaniques, même ariens, était souvent d’origine romaine sénatoriale et l’enseignement des élites permettait de conserver une partie des savoirs de l’antiquité[47],[Note 6].

Par accaparement des offices de la potestas publica, la noblesse finit par devenir héréditaire à partir du IXe siècle, sous Louis le Pieux et ses fils[48],[Note 7],[49]. On ne distingue plus désormais la noblesse de souche locale romaine des « grands » germaniques, mais une noblesse d'épée assimilée à la noblesse d'extraction (c'est-à-dire sans trace écrite d'anoblissement) et une noblesse de robe créée au début du XVIIe siècle.

 
La noblesse et son histoire est étudiée dans des armoriaux, comme ici des Pays-Bas, contenant mariages avec quartiers du XVIIIe siècle.

Noblesse européenne dans la cultureModifier

La notion de « sang bleu » pour les nobles provient de l'espagnol « sangre azul » désignant la noblesse chrétienne actrice de la reconquista en référence à l'archétype du héros princier moralement noble, à l'âme pure comme le ciel bleu sans nuages, appelé en Espagne Principe azul[50].

 
Albrecht Dürer. Le Chevalier, la Mort et le Diable, 1513. Cette gravure a donné lieu à de multiples interprétations au cours des siècles.
 
Au XXe siècle, une noblesse fictive est mise en scène à travers les œuvres de J. R. R. Tolkien ou de Walt Disney (ici le Château de la Belle au bois dormant, Disneyland, Anaheim, Californie).

Karl Ferdinand Werner a analysé une série de mythes sur les origines de la noblesse, entretenus par les intéressés, enrichis par les roturiers fascinés par les nobles, ou encore forgés au fil des siècles par une papauté soucieuse de s’assurer leur protection, leurs services et leur fidélité :

  • la noblesse des royaumes européens chrétiens, depuis la fin de l’Empire romain jusqu’au début du XXe siècle, serait directement issue de la noblesse romaine et de quelques guerriers germains assimilés : ce mythe vise à étayer les revendications de ces derniers, soutenus par l’Église de Rome, comme héritiers de l’Empire romain d'Occident[51] ;
  • la noblesse occidentale ne se résumerait pas à l’exercice de la fonction guerrière selon la tradition germanique, car la remise du ceinturon cingulum lui aurait conféré le rang de membre de la militia principis telle que l’empereur romain et chrétien Constantin l’avait réorganisée. Le roi ou l’empereur germanique s’affirmant comme successeur de Constantin, la remise du cingulum ouvrait au récipiendaire l’administration (militia inermis), l’armée (militia armata), en respectant la même discipline (obsequium) que ses prédécesseurs romains. Tous ceux qui gouvernèrent les hommes sous les rois francs portèrent le cingulum et firent partie de la militia principis ou de la militia regis et enfin au Xe siècle de la militia regni, qui pouvait élire le roi : la noblesse ne peut donc être résumée à la partie combattante de la société médiévale, car elle prolonge la militia principis romaine qui était civile autant que militaire[52] ;
  • la noblesse ne s’identifierait pas à l’aristocratie car celle-ci est associée à l’exclusivité héréditaire d’un statut privilégié, tandis que ce qui caractérise la noblesse romaine, puis franque, n’est pas son statut privilégié, mais plutôt son caractère public : elle dirige l’État[53] ;
  • dans cette optique, la personnalisation et la privatisation du pouvoir ne se confondent pas[54] : un noble sert en tant que représentant de la puissance publique et fait partie de la potestas qu’il exerce[55]: l’idée que les droits de la noblesse relevaient du droit privé correspondrait, de ce point de vue, à la logique des États de droit modernes qui ont éliminé la possibilité d’un monde public personnalisé, le transformant en monde public impersonnel[56] ;
  • selon un mythe magnifiant la noblesse, les jeunes nobles auraient tous été élevés dans l’idée qu’ils étaient nés pour servir leur suzerain, mais aussi le peuple, la justice, le pays et Dieu, afin de gouverner les hommes avec droiture, tempérance et courage, les protéger et les aider (particulièrement les faibles et les pauvres, les veuves, les orphelins, le clergé, les moines) conformément à l’idéal chrétien. Dans la pratique et au fil de l’histoire, de très nombreux nobles ignorèrent ces obligations et leurs serments, quitte à faire ensuite amende honorable ou pénitence afin de réparer leurs torts, éventuellement par le versement de généreuses donations... souvent prises sur le butin qu’ils avaient razzié[57]. Dans les faits, l’honneur d’un noble fut bien plus souvent proportionnel à sa fortune (des armes et matérielle) qu’à l’accomplissement de ses devoirs et à la pratique des vertus cardinales[58]. Ainsi, autour de l’an mille, dans l’entourage d’Otton III ou Robert II il était de règle, après moult sanglantes batailles accompagnées d’incendies, pillages, viols et meurtres de civils, que les nobles soient absous par des dons parfois fastueux aux églises, par la construction d’églises et la fondation d’abbayes[59]. L’Église ainsi enrichie de terres, moulins, gués, ponts, franchises et chefs-d’œuvre de l’art leur en savait gré[59] et savait se montrer indulgente[60], allant jusqu’à en faire commerce[61], ce qui fut l’une des causes de la Réforme protestante, à laquelle une partie de la noblesse européenne, notamment nordique, adhéra[62] ;
  • un autre mythe superlatif concerne la « culture courtoise » bénéficiant à la femme (noble, bien sûr, car le sort des roturières était de subir corvées, viols, violences et servitudes) en lien avec le culte de la Vierge Marie qui en faisait un être ne pouvant être respecté que dans l’« alternative virginité/maternité ». Aux nobles dames, souvent mariées encore enfants, sans que jamais leur avis ou consentement ne fusse requis, la poésie des troubadours et les tournois des chevaliers, plus ritualisés et moins violents que les batailles, offraient quelque consolation. La « galanterie chevaleresque » issue de ces traditions[63] ne saurait occulter le fait que les femmes, à l’exception de quelques souveraines très combatives, étaient juridiquement mineures et n’existaient que comme filles, épouses ou sœurs des hommes de leur famille[64], mais le mythe n’en affirme pas moins que la noblesse aurait donné à « la femme » une « place centrale que d’autres civilisations connaissent moins », allant jusqu’à affirmer que ce serait une « prescription de la Bible »[65] (ce qui dénote une profonde ignorance de l’Ancien testament : en fait, seule la mère non-servante et non-esclave y bénéficie de quelque protection[66]) ;
  • un autre mythe positif magnifie la notion de devoir et de service du plus grand nombre, la noblesse dérivant d’une institution de la res publica. Être là pour d’autres, aurait été une vertu noble procédant du sens du devoir et du dévouement d’un homme voué à servir, sachant que la superbia (orgueil) comme l’avaritia (avarice) sont des péchés mortels[67] et qu’être noble c’est avoir le sens du sacrifice ;
  • d’autres mythes concernant la noblesse sont négatifs, comme l’idée qu’il n’y aurait plus eu d’administration civile et laïque efficace à l’époque féodale[68], parce que seule l’Église aurait rempli ce rôle, alors qu’en fait beaucoup de nobles surveillaient de près et administraient soigneusement, directement ou par régisseurs interposés, les populations qui assuraient leur prospérité, non par philanthropie (quoi qu’il y eut des nobles philanthropes) mais par intérêt politique et économique bien compris[69]. Mais la réfutation de ce mythe négatif peut en créer des positifs, comme celui d’une « nouvelle civilisation de la seigneurie rurale » dont le potentiel économique aurait permis un peu partout l’émergence d’une classe de « propriétaires laïcs », qui, en commun avec leurs « tenants » auraient pris des initiatives et se seraient auto-organisés : de tels phénomènes ont en effet pu se produire, par exemple dans les cantons suisses ou en Russie médiévale avec le système du mir, mais ils restent marginaux et exceptionnels dans l’histoire médiévale[70].

IndonésieModifier

 
Un regent javanais et sa famille (1888).

Bien que l'Indonésie soit aujourd'hui une république, on y trouve encore de nombreuses cours royales et princières dont les membres forment une noblesse de sang qui plus de privilèges mais conserve ses titres. Les chefs de ces maisons ont encore un rôle symbolique et rituel. Il existe en outre des rites par lesquels on accorde une distinction nobiliaire à des personnes. Enfin, à Java, les descendants d'une noblesse de robe créée au XVIIe siècle par le Sultan Agung du royaume de Mataram, les priyayi, sont souvent reconnaissables à leur nom de famille, alors que ce dernier n'est pas encore une institution répandue pour la grande majorité des Indonésiens[71].

JaponModifier

 
Un daimyo en visite d'État.
 
Fukuzawa Yukichi, samouraï de rang médiocre et grand intellectuel japonais, photographié en Allemagne ; les armoiries de son clan figurent sur son habit.

Source de ce sous-chapitre :[72]. Jusqu'en 1869, la noblesse japonaise (kuge) était structurée sur le modèle chinois, et basée sur la possession de grands domaines dont les habitants étaient des serfs (auxquels pouvaient s'ajouter les esclaves des grands propriétaires daimyo : on pouvait devenir esclave pour dettes, comme punition suite à un jugement, ou comme prisonnier de guerre si on n'était pas mort les armes à la main car dans les trois cas on était déshonoré et on cessait d'être une personne pour devenir une « chose » (hinin 非人).

Initialement, ce qu'on appelle, stricto sensu, noblesse japonaise (kuge) s'est articulée autour du souverain impérial, d'où procédaient tous les honneurs, apanages et charges décernés aux clans de courtisans (uji) comme les Fujiwara ou Mononobe), dont nombre d'origine coréenne (Soga). Les chefs de ces clans portaient des titres hiérarchisés ou kabane. Parallèlement, dès le VIIe siècle, s'est constituée une noblesse de service qui a peu à peu accaparé la réalité du pouvoir, sans jamais éliminer les kuge, les samouraï[Note 8]. Cette classe, sans équivalent en Europe[Note 9], s'est rapidement fédérée autour de descendants de princes impériaux (les Heike et les Genji), puis des shoguns. Ses principaux chefs, politiques et gouverneurs régionaux (les daimyo[Note 10] et les shomyo[Note 11]) ont été graduellement admis au sein des kuge (d'autant plus qu'ils en procédaient le plus souvent)[Note 12]. Dans l'ensemble, les samouraï ont fourni au Japon shogounal la plupart de ses cadres, de ses militaires et de ses fonctionnaires, surtout provinciaux. Les chefs héréditaires de sectes ou de temples étaient généralement d'origine samouraï et classés comme tels.

Lors de la période Meiji (1868), le nouveau gouvernement institua une nouvelle noblesse, ou kazoku (華族?, littéralement « ascendance fleurie »), inspirée du système français (napoléonien) et anglais. Elle fut abolie à la fin de la Seconde guerre mondiale. Les bénéficiaires furent surtout des politiques (prince Itō Hirobumi, artisan de la colonisation japonaise de la Corée), des hauts fonctionnaires et des hommes d'affaires (baron Iwasaki Yatarô, fondateur du groupe Mitsubishi). Hormis les Tokugawa, la distribution des titres de kazoku pour les anciens daimyos dépendait du revenu en riz de ces seigneurs féodaux : ceux qui percevaient plus de 150 000 koku devinrent marquis, ceux qui percevaient plus de 50 000 koku devinrent comtes, etc. L'ancien shogun, Tokugawa Yoshinobu, devint prince, les chefs des branches primaires de la famille Tokugawa (shimpan daimyō) devinrent marquis et les chefs des branches secondaires devinrent comtes. Ainsi, la kuge (la noblesse de la cour impériale de Kyoto) et les daimyo (les seigneurs féodaux) fusionnèrent en une seule classe aristocratique. Itō Hirobumi, un des acteurs de la restauration de Meiji et plus tard l'un des auteurs de la Constitution de 1889, destinait le kazoku à servir de rempart pour l'empereur et l'institution impériale rénovée, qui élargit le statut de kazoku aux personnes ayant brillamment servi la couronne.

En 1884, le gouvernement divisa le kazoku en cinq rangs explicitement basés sur la pairie de Grande-Bretagne. Ce système utilise des titres dérivés des anciens titres de noblesse d'avant 1864 qui, eux aussi, sont au nombre de cinq :

La Constitution actuelle du Japon, datant de 1947, abolit la kazoku et les titres, prédicats et indicateurs de noblesse en dehors de la famille impériale. En revanche, elle ne priva pas la kazoku de ses biens, de sorte que ses membres conservèrent leur assise économique et qu'au XXIe siècle encore, les descendants des anciennes familles nobles continuent à occuper des postes de première importances dans la société et l'industrie[74].

L'empire du Japon actuel[Note 13], État démocratique, ne reconnaît de noblesse que pour le seul noyau de la famille impériale, c'est-à-dire le tennō, ses oncles et tantes par les hommes, ses frères et sœurs, leurs enfants et les siens.

Au XXIe siècle, 4 710 blasons (originaux et variantes incluses) existent au Japon[75].

PerseModifier

En Perse impériale on différenciait deux catégories de nobles : ashrâfiyyat-e divâni et ashrâfiyyat-e lashgari, qui correspondaient plus ou moins à la distinction entre la noblesse de robe et celle d'épée. Sous les Arsacides, la noblesse du premier rang se définissait par la parenté (la filiation ou la germanité) avec la personne du Shah. Ainsi, les membres de Mehestan (nom hérité du Sénat iranien sous l'Empire parthe) étaient nommés parmi les princes de sang qui de ce fait appartenaient au plus haut rang de la noblesse. Avec l'avènement de la dynastie Pahlavi en 1924, Reza Shah fit voter une série de lois portant l'abolition de tous les privilèges la noblesse. L'usage des titres de courtoisie a néanmoins perduré jusqu'à l'avènement de la révolution iranienne en 1979[76].

PolynésieModifier

En Polynésie, un ariki est un guerrier, et le chef des guerriers, l’ariki nui (littéralement « grand guerrier ») est le chef tribal, souvent assimilé à un roi, au statut généralement semi-héréditaire. Aux Tonga, des titres de noblesse furent conférés à des grands chefs traditionnels lors de la fondation du royaume des Tonga en tant qu'État d'inspiration occidentale, au dix-neuvième siècle. Ainsi furent posés les fondements de la noblesse tongienne, qui dispose à ce jour d'un grand prestige, ainsi que de prérogatives politiques[77].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Nobles contemporains européens : baron de Ceuninck ; vicomte Montgomery), la haute finance (baron Empain ; baron Norman), la politique (baronne Thatcher ; duc de Suárez), les arts (baron Gros ; marquis de Dali), les sciences (baron Winston ; vicomte Frimout) ou les sports (baron Coe ; comte Rogge).
  2. En recevant, grâce à la nomination impériale, la potestas principis, Clovis change la nature de la royauté franque ; parallèlement ses moyens changent également grâce à la récupération de dispositifs administratifs impériaux. Sa royauté est héréditaire et dispose de la potestas principalis d’origine romaine, qui seule permet de nommer à tous les honores comportant la potestas publica. Cet État sui generis n’a pas d’antécédent germaniques pour Werner.
  3. Ainsi, le caractère technique et administratif des débuts de carrière ressort d’un texte du futur saint Wandrille qui apprend à la cour le métier des armes aussi bien que celui de l’administration. Après sa période aulique, il est nommé dans l’administration fiscale, l’exactura, terme romain qui n’a jamais cessé d’être utilisé et l’est toujours sous le roi Pépin, celui qui fait rentrer les impôts étant exactor rei publicæ gentis Francorum.
  4. De nombreuses sources occidentales comme Charles George Herbermann dans l’Encyclopédie catholique ou Michel Le Quien dans Oriens Christianus, désignent le christianisme nicéen des Romains sous le vocable « Église catholique », par anachronisme puisque cela se passe avant la séparation des Églises d'Orient et d'Occident et avant les 14 conciles postérieurs à celle-ci, qui définissent l’Église catholique romaine actuelle.
  5. Ceux qui à la suite des humanistes des XVe et XVIe siècles ont vu dans la fin des écoles publiques romaines la fin de la culture ignoraient que les écoles publiques ne sont apparues en Occident qu’au IVe siècle. Les élites de l’école classique ne connaissaient que des écoles privées.
  6. À la cour d’Austrasie à Metz, dès le VIe siècle dont Werner cite l'exemple, les écrits que Venance Fortunat a adressé aux grands révèlent, outre leurs carrières à la romaine, leur ouvertures aux choses de l’Esprit. Arnoul, le futur évêque de Metz, fut présenté à la cour par un parent d’origine sénatorial, Gundulf. Formé à la cour, il finit par administrer de larges parties de l’Austrasie, avant de devenir un des hommes les plus puissants du royaume. Il y a d’autres exemples de formations auliques comme celui des parents du futur saint Ermeland (VIIe siècle), qui envoient leur fils à la Cour parfaire sa formation. Cette formation devait lui permettre de réussir une carrière dans la militia et de parvenir à un honor « digne du rang de ses parents ».
  7. Dans les royaumes occidentaux, les événements ont permis aux vassaux royaux d’obtenir l’amélioration la plus sensible de leur statut ; ceux qui étaient restés fidèles entre 840 et 843 fidèles à Charles II le Chauve, sauvant le royaume au péril de leur vie et de leur biens confisqués par l’ennemi envahisseur face à l’empereur Lothaire Ier qui disposait de forces supérieures, avaient le droit d’exiger la récompense de leur loyauté ; elle leur fut accordée en lors de la réunion de Coulaines ; dans le troisième alinéa d’un capitulaire, il était admis que le roi devait son honor à ses fidèles ; en conséquence, il leur promettait que chacun d’eux pouvait être assuré de conserver son honor, sauf si un jugement contraire intervenait. Cette pratique fut confirmée officiellement en 877, à l’assemblée de Quierzy ; un capitulaire stipula que le fils d’un vassal prêt à servir le roi aussi loyalement que l’avait fait son père devait conserver l’honor paternel.
  8. Terme vieilli (de nos jours, on dit plutôt buke) ; samurai provient du verbe saburau, signifiant « garder », « servir ».
  9. Par extension, on pourrait vaguement l'apparenter à la hidalguia espagnole ou à la gentry anglaise, etc.
  10. Grands seigneurs apanagés.
  11. Petits seigneurs apanagés.
  12. L'importance des daimyos et des shomyo dans la hiérarchie nobiliaire (voir la liste des clans japonais) était proportionnelle aux revenus officiels (calculés en koku de riz) qu'ils tiraient de leurs apanages, ainsi qu'à leur situation géographique; néanmoins, ces revenus étant calculés par le pouvoir shogounal lors de la prise de fonction du chef de famille, ils correspondaient généralement assez peu à la réalité des richesses de la région concernée. Au XVIIe siècle, un koku équivalait - officiellement - à quelque 180 litres de riz, soit la quantité nécessaire pour nourrir un adulte pendant une année.
  13. Le nom officiel du Japon est nihonkoku (日本国?), c'est-à-dire le pays à/de l'origine du jour/soleil.

RéférencesModifier

  1. [lire en ligne].
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  6. Jules César, « Livre VI », sur forumromanum.org, Guerre des Gaules, Les Belles Lettres, 1926, livre VI, 15.
  7. Alexandre Zinoviev, Le Communisme comme réalité, Julliard, , p. 58.
  8. Rétrocession foncière à la famille Bánffy le 5 juillet 2018 sur [1].
  9. Le château de Bran a été restitué le 26 mai 2006 à Dominic von Habsburg, architecte vivant aux États-Unis : George Avanu, (ro) (en) Bran Unique Places of Romania, Ediția a doua, (ISBN 973-7995-89-9)
  10. Modèle:Royal Family of Romania
  11. Le palais de Sinaia a été restitué à l'ex-roi Michel de Roumanie le 16 juin 2008 : Le courrier des Balkans, Restitution des biens en Roumanie : le roi Michel de retour en son domaine de Peles.
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  13. Anne Stamm, Histoire de l'Afrique précoloniale, PUF, coll. « Que sais-je ? » (no 241), 2015 (réimpr. FeniXX) (1re éd.1997), (ISBN 978-2-13-047875-1), p. 62
  14. Gilles Holder, « Tal Tamari, Les castes de l'Afrique occidentale. Artisans et musiciens endogames » (compte rendu), L'Homme, vol. 39, no 152,‎ , p. 234-237 (lire en ligne).
  15. Catherine Coquery-Vidrovitch, Petite histoire de l'Afrique : l'Afrique au sud du Sahara de la préhistoire à nos jours, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2011, epub (ISBN 9782707167255), chap. 4, p. 13/27
  16. Jean-Loup Amselle et Elikia M'Bokolo, Au cœur de l'ethnie : ethnies, tribalisme et État en Afrique, La Découverte, Paris 1985, 225 p. (ISBN 2-7071-1524-X), p.129
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  18. James Lockhart, Nahuatl as written, Stanford University Press, (ISBN 0804742820), pages 106 et 52
  19. Rounds 1977, p. 358, note 2 : « A pilli was the son of a tecuhtli or of another pilli ».
  20. « Un fils de tecuhtli ne retombait plus au rang de maceualli : « plébéien » ; il portait, du seul droit de sa naissance, le titre de pilli, qui avait pris le sens de « fils de noble » comme le mot espagnol hidalgo : "fils de quelqu'un" » : (Soustelle 2002, p. 74)
  21. Thomas Calvo, L'Amérique ibérique de 1570 à 1910, Nathan, Paris 1994
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  27. (en) « Mao, The Unknown Story; by Jung Chang and Jon Halliday » [PDF].
  28. Georges Dumézil, Mythe et Épopée I. et II., Gallimard, Paris 1995, (ISBN 978-2-07-073656-0) : L'Idéologie des trois fonctions dans les épopées des peuples indo-européens et Types épiques indo-européens : un héros, un sorcier, un roi.
  29. Les premières règles concernant la noblesse sont préfigurées dans les codes de Théodose (Code théodosien, VIII, 4, 28) et de Justinien (Code justinien, III, 25, 1 ; X, 69, 1 et XII, 19, 2).
  30. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, Paris, Fayard, 1998 (ISBN 2-213-02148-1), pp. 264, 313, 324, 698.
  31. Gilles Ferréol (dir.), Dictionnaire de sociologie, Armand Colin, Paris 2010, (ISBN 9782200244293)
  32. Youval Rotman, Les Esclaves et l'esclavage de la Méditerranée antique à la Méditerranée médiévale, 6e-11e siècles, Les Belles Lettres, Paris 2004, 403 pp., (ISBN 9782251380698)
  33. Carl Roebuck, « Three classes (?) in early Attica », in : Hesperia, vol. 43-4, p. 487 (ISSN 0018-098X), 1974.
  34. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 685-696.
  35. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 696.
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  37. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 685.
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  42. Carlrichard Brühl, Palatium et Civitas, 1975.
  43. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 650.
  44. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 581.
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  46. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 395.
  47. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 394.
  48. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, pp. 324 et 426.
  49. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, pp. 601, 685-687.
  50. Anne Pouget, Le Pourquoi des choses, Volume 4, Cherche Midi, 2011, p. 80. (ISBN 2749120551)
  51. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 699. Selon ce mythe, l’ancien régime a cru connaître la vérité grâce à Tacite qui décrivait la remise des armes au jeune guerrier libre, combattant à cheval dans sa Gefolgschaft (« escorte »). L'érudit Juste Lipse (1547-1606) vit dans cet acte solennel le vestige de la création des chevaliers. Après lui, des érudits ont fait de la remise du cingulum militiæ la dénomination latine d’un culte germanique lié à l’armement du jeune homme qui a atteint la maturité sexuelle (Wehrhaftmachung). Or, Werner a montré que le cingulum a été porté sans discontinuité par les membres de la noblesse romaine puis franque et européenne : la consécration du miles par le ceinturon (cingulum)
  52. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, pp. 188 et 700.
  53. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 174.
  54. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 121.
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  57. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 706.
  58. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 707.
  59. a et b Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 681.
  60. Charles Journet, « La théologie des indulgences », Documentation catholique n° 63, col. 1885-1886, 1966
  61. Les traducteurs dans l'histoire par Jean Delisle, Judith Woodsworth, International Federation of Translators sur Googlebooks.
  62. Annick Sibué, Luther et la réforme protestante Eyrolles 2011, (ISBN 978-2212548594)
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  65. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 706.
  66. Christian-Georges Schwentzel, Op. cit.
  67. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 708.
  68. Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 649.
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  71. Clifford Geertz, Negara : the Theatre State in Nineteenth-century Bali 1980.
  72. Bob Tadashi Wakabayashi, « Imperial Sovereignty in Early Modern Japan », Journal of Japanese Studies, vol. 17, no 1,‎ , p. 25-57
  73. Bob Tadashi Wakabayashi, Op. cit. 1991, pp. 25-57
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BibliographieModifier

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Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

GénéralitésModifier

Symboles et sciences attachéesModifier

Liens extérieursModifier