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Nicolas Tripier

personnalité politique française

Nicolas Jean-Baptiste Tripier
Illustration.
Nicolas Tripier, avocat réputé, député, pair de France, gravure de Tardieu.
Fonctions
Député
Groupe politique Majorité
Groupe politique Opposition libérale
Pair de France
Groupe politique Parti conservateur
Biographie
Date de naissance , Autun
Date de décès , Paris

Nicolas Jean Baptiste Tripier, né à Autun, maintenant en Saône-et-Loire, le , mort à Paris le [1], est un avocat et homme politique français.

Avocat réputé pour sa dialectique et la force de son argumentation, bâtonnier de l'ordre des avocats, il est aussi député libéral, pair de France et conseiller privé de Louis-Philippe Ier.

BiographieModifier

Né en 1765 à Autun, Nicolas Tripier est le fils de « maître Michel Tripier, maître en chirurgie, et de demoiselle Jeanne de Lisle »[1].

Jusqu'à l'âge de dix ans, il est d'abord éduqué par un oncle, curé de Chiddes[2]. Il fait ensuite ses études à Paris, au collège de Montaigu, où il obtient au concours général le prix de sixième. Ce succès lui permet de terminer gratuitement sa scolarité[1].

Débuts juridiquesModifier

Il étudie le droit et la jurisprudence sous la direction de son frère aîné, procureur au parlement de Paris, et achète une charge d'avoué ; il est en plus avocat officieux, surtout pour les pauvres, ce qui lui vaut l'estime des juges[2]. Dénoncé comme suspect, arrêté pendant la Terreur, il est sauvé par la protection de Jules François Paré, ministre de l'Intérieur[1],[3].

Chargé ensuite d'une mission en Flandre, il y reste jusqu'après le 9 thermidor ; il devient ensuite substitut de l'accusateur public près le tribunal criminel de la Seine et assesseur de justice de paix, mais donne sa démission en 1795. Il rentre alors au barreau, contre l'avis de ce qui le connaissent[2].

AvocatModifier

Dès le début du Consulat, il se taille comme avocat une place de premier ordre. Malgré sa petite taille et sa voix ordinaire, son travail des dossiers et son raisonnement lui permettent de développer une argumentation sobre et solide[2].

Sous l'Empire, l'affaire Reynier le fait connaître : il gagne la cause de la partie civile et fait décider comme principe que la conscience des juges civils n'est pas limitée par la sentence rendue par les juges criminels, et donc que les juges civils sont libres d'allouer ou non des dommages et intérêts[4].

 
Nicolas J. B. Tripier, d'après un portrait par François Joseph Heim.

Il se fait remarquer par « sa dialectique vigoureuse, son savoir » et devient « l'un des premiers avocats de Paris »[3].

« Tripier ne pouvait passer pour un orateur entraînant, mais il a laissé un durable souvenir. Son talent simple et solide, sa parole d'une logique inébranlable, la fermeté de sa pensée contrastaient vivement avec la forme toujours recherchée et souvent prétentieuse qui était fort à la mode à cette époque (...), la force de son raisonnement et la clarté de ses déductions faisaient impression sur l'esprit du juge, convaincu sans avoir été charmé[5]. »

Sous la première Restauration, Nicolas Tripier plaide pour Louis Bonaparte, ex-roi de Hollande, réclamant l'aîné de ses fils, Louis-Napoléon, que sa femme Hortense de Beauharnais prétend garder auprès d'elle. Là encore, il gagne la cause[6].

Pour préparer ses clients à leur procès, Tripier a notamment pour habitude de se mettre à la place de la partie adverse et de les harceler de questions jusqu'à ce que leur défense soit au point[4]. À la seconde Restauration, il plaide notamment pour Lavalette mais ne peut éviter sa condamnation, et plaide pour Gévaudan dans l'affaire de la souscription nationale ; l'éclat de ces deux plaidoiries augmente sa réputation[3].

Il plaide aussi pour Julien auquel le duc d'Orléans réclame la propriété du Théâtre-Français[1]. Dans cette dernière affaire, Tripier négocie une habile transaction qui satisfait les deux parties, il montre ainsi son talent à la partie adverse, le futur roi Louis Philippe, qui l'invite ensuite à faire partie de son conseil privé[7].

DéputéModifier

Tripier est élu, le 8 mai 1815, représentant à la Chambre des Cent-Jours, dans le 1er arrondissement de Paris[8], il siège dans la majorité.

De nouveau élu, le 17 mai 1822, député du grand collège de la Seine[9], il prend place dans l'opposition libérale. Il siège fort irrégulièrement, ne donne aux travaux parlementaires que le temps que lui laisse son activité d'avocat, et il n'est pas réélu en 1824[1].

Conseiller juridique, bâtonnier, président de chambreModifier

Il cesse de plaider en 1823 à la suite d'un malaise, mais continue de donner des consultations juridiques[7]. Bâtonnier de l'ordre des avocats en 1828, il est le signataire d'une réclamation visant à obtenir pour les avocats la possibilité d'élire leurs représentants, de plaider hors du ressort de leur Cour d'appel, ainsi que l’abrogation du droit d’appel du ministère public pour raison disciplinaire, mais il assortit sa signature de réserves personnelles[10]. Il est nommé, le 28 décembre de la même année, conseiller à la cour royale de Paris sous le ministère de M. de Martignac[1].

Pendant ses loisirs, il aime jardiner dans sa maison de campagne de Noisy-le-Sec[7], village dont il est élu maire de 1819 à 1829. Il est Conseiller général de la Seine en 1829[1].

Tripier adhère à la révolution de juillet, est nommé président de chambre à la cour de Paris en août 1830, conseiller à la cour de cassation le 3 décembre 1831[1].

Pair de FranceModifier

Pair de France le 11 octobre 1832, il vote avec le parti conservateur. Rapporteur de plusieurs commissions, son rapport sur le projet de loi sur les faillites est cité comme un modèle[3]. Il soutient la politique du gouvernement de Juillet jusqu'à sa mort[1].

Il est par ailleurs administrateur de l'Institut national des jeunes aveugles[11].

Il meurt à Paris en avril 1840, deux jours après un malaise survenu à la cour de cassation[11]. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise (50e division)[12]

Vie familialeModifier

Nicolas Tripier se constitue à partir des premières années du XIXe siècle une fortune importante, principalement immobilière. Il achète entre autres le château de Brandon en 1826[13]. Il possède par ailleurs une maison de campagne et un château à Noisy-le-Sec dont il est maire, et un hôtel particulier à Paris, l'hôtel de Lussan, 41, rue Croix-des-Petits-Champs[14].

  • Il épouse le 12 juillet 1794 Henriette-Louise Landrin[15] dont il avait été subrogé-tuteur en 1792 ; le couple a six enfants :
    • Michelle-Françoise[16], née en 1795, laquelle épouse en 1813 l'avocat Antoine-François Mala, qui devient l'homme d'affaires de son beau-père.
    • Henriette-Ferdinande, née en 1802, épouse en 1821 Casimir Guilhery, un marchand de tissu en gros, locataire de l'hôtel de Lussan
    • Félix-Marie Tripier (1804-1882), auditeur, puis maître des requêtes au Conseil d'État[17],[18], garde des archives du domaine privé de la maison d'Orléans, qui prend en 1831 la succession d'Antoine Mala comme homme d'affaires de son père. Il épouse en 1833 Charlotte-Émilie-Félicité de Saint-Jullien-Desnœux, fille d'un gros négociant. Le couple a deux enfants, Paul-Victor (1836-1912) et Jeanne-Blanche (1834-1904).
    • Antoine Tripier (1810-1856) participe à la conquête de l'Algérie.
    • Léon Tripier (1812-1879) prend la succession de son frère comme garde des archives du domaine privé de la maison d'Orléans
    • Clarisse Tripier, née en 1815, épouse en 1835 Auguste Reimonencq, d'une famille de planteurs des Antilles.

HommagesModifier

  • Près de vingt ans après la mort de Tripier, le bâtonnier souhaite aux nouveaux avocats d'avoir, entre autres qualités, « la force et la dialectique de Tripier »[19].
  • Une rue porte son nom à Noisy-le-Sec.

Fonctions parlementairesModifier

Assemblée
Chambre haute

BibliographieModifier

  • « Tripier (Nicolas-Jean-Baptiste) » dans Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866-1877, tome 14, p. 513 [lire en ligne].
  • « Nicolas-Jean-Baptiste Tripier », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition] [texte sur Sycomore], tome V, pp. 417-418.
  • « Tripier (Nicolas-Jean-Baptiste) » dans Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne..., Paris, Thoisnier Desplaces, 1843-1865, tome 42, pp. 163-165 [lire en ligne].
  • Notices sur N. J. B. Tripier, Paris, Fournier, 1844, env. 100 pages (en ligne sous Gallica).
  • Jean Baptiste Josseau, Éloge de M. Tripier, prononcé à l'ouverture de la conférence des avocats, le 4 décembre 1841, Paris, Guyot, 1841, 24 p. [lire en ligne]
  • Eugène Fyot, Le château et les seigneurs de Brandon, 1900.
  • J. de Masin, Un grand avocat autunois : Nicolas-Jean-Baptiste Tripier, revue « Images de Saône-et-Loire » n° 5 (juin 1970), p. 29.
  • Bibliothèque nationale de France, Catalogue général, recensant 59 ouvrages imprimés de Nicolas Tripier, pour la plupart des factums juridiques et des rapports parlementaires.

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f g h i et j « Nicolas-Jean-Baptiste Tripier », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition] [texte sur Sycomore].
  2. a b c et d « Tripier (Nicolas-Jean-Baptiste) » dans Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne..., Paris, Thoisnier Desplaces, 1843-1865, tome 42, p. 163 [lire en ligne].
  3. a b c et d « Tripier (Nicolas-Jean-Baptiste) » dans Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866-1877, tome 14, p. 513 [lire en ligne].
  4. a et b « Tripier (Nicolas-Jean-Baptiste) » dans Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne..., Paris, Thoisnier Desplaces, 1843-1865, tome 42, p. 164 [lire en ligne].
  5. Jules Fabre, Le Barreau de Paris, 1810-1870, Paris, 1895 (pages 135-137).
  6. Jules Fabre, Le Barreau de Paris, 1810-1870, Paris, 1895 (pages 72-73).
  7. a b et c « Tripier (Nicolas-Jean-Baptiste) » dans Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne..., Paris, Thoisnier Desplaces, 1843-1865, tome 42, p. 165 [lire en ligne].
  8. Par 60 voix (102 votants, 201 inscrits) (« Nicolas-Jean-Baptiste Tripier », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition] [texte sur Sycomore]).
  9. Par 1 267 voix (sur 2 320 votants) (« Nicolas-Jean-Baptiste Tripier », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition] [texte sur Sycomore]).
  10. Yves Ozanam, « Les avocats parisiens dans le premier tiers du XIXe siècle », in Élites et sociabilité au XIXe siècle, IRHiS, 2001, p. 153-179, paragraphe 40 et note 71.
  11. a et b Notices sur N. J. B. Tripier, Paris, Fournier, 1844.
  12. Registre journalier d'inhumation, 28 avril 1840, n°64373, page 4
  13. Eugène Fyot, Le château et les seigneurs de Brandon, 1900.
  14. La page du site de Paris pittoresque sur la rue de Lille est sur ce point erronée. N. Tripier achète en 1808 la moitié de l'hôtel de la rue Croix des Petits-Champs, et l'autre moitié en 1817 (Minutier central, études Benoît Chambette et Henry Batardy)[source insuffisante].
  15. Les sénateurs du Consulat et de l'Empire, Slatkine, 1974, p. 216 [lire en ligne].
  16. Mémoires de la Société Éduenne, volume 28, 1900, page 102.
  17. Marc Bouvet, Le Conseil d'état sous la Monarchie de juillet, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 2001, p. 628.
  18. « Cote LH/2631/2 », base Léonore, ministère français de la Culture.
  19. Propos du bâtonnier Plocque en 1858, cité dans Jules Fabre, Le Barreau de Paris, 1810-1870, Paris, 1895, p. 403.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier