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En climatologie et en matière de politique climatique, la neutralité carbone à l'intérieur d'un périmètre donné, est un état d'équilibre à atteindre entre les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine et leur retrait de l'atmosphère par l'homme ou de son fait. La différence entre les gaz émis et extraits étant alors égale à zéro, la neutralité carbone est également désignée par l’expression zéro émissions nettes (Zen).

Le retrait de gaz à effet de serre de l'atmosphère — on parle également d'émissions négatives (en) — concerne essentiellement le CO2. On distingue généralement les méthodes utilisées par l'homme pour restaurer, sauvegarder ou renforcer la capacité d'absorption des puits de carbone naturels (forêts, sols et océans) et les méthodes faisant appel à la technologie, appelées « technologies d'émissions négatives » (TEN).

Le concept de neutralité carbone fait l'objet de différentes interprétations et les questions de méthodologie sont nombreuses. On relève ainsi des différences dans les gaz pris en compte (CO2 seul ou tous), dans le périmètre des émissions considérées (approche « territoire » ou « empreinte »), dans les facteurs d'émission utilisés pour les inventaires et dans les puits de carbone pris en compte, car il est difficile d'établir une frontière nette entre ce qui ressort de la main de l'homme ou de celle de la nature. Dans la mise en œuvre, certains font appel aux technologies d'émissions négatives, d'autres non. Il en est de même pour la compensation carbone, qui est pratiquée ou non.

Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, atteindre la neutralité carbone au niveau mondial avant la fin du siècle est présenté par de nombreuses institutions (GIEC, CCNUCC, etc) comme une nécessité pour limiter la hausse des températures à °C, voire 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, un des objectifs majeurs de l’accord de Paris de 2015. Ainsi, le rapport spécial du GIEC sur les conséquences d'un réchauffement planétaire de 1,5 °C de 2018 montre que les émissions nettes anthropiques (causées par l'homme) de CO2 doivent tomber à zéro d'ici à 2050 pour un réchauffement global limité à 1,5 °C, ou d'ici à 2075 pour un réchauffement limité à °C.

L'accord de Paris a été le premier accord international utilisant la notion de neutralité carbone à l'échelle mondiale. Mais auparavant, et dès le début des années 2000, l’objectif de neutralité carbone a été décliné à l’échelle de pays, de territoires, de villes, d'entreprises, de produits ou d'événements, en faisant le plus souvent appel, en partie ou exclusivement, à des mécanismes de compensation carbone. De ce fait, la neutralité carbone a souvent été confondue avec la compensation carbone.

Le concept de neutralité carbone est critiqué pour le flou qui l'entoure et son potentiel d'interprétation. Certains redoutent d'autre part que la prise en compte d'émissions négatives dans les scénarios visant à atteindre la neutralité carbone ne conduise à négliger ou retarder les efforts de réduction des émissions. Selon eux, ces scénarios ne sont pas crédibles car les technologies d'émissions négatives ne sont pas encore prouvées ou sont d'un coût très élevé, et que la restauration ou le renforcement des puits naturels de carbone (forêts, sols et océans) fait l'objet de nombreuses critiques.

DéfinitionModifier

Dans son rapport spécial de 2018 sur les conséquences d'un réchauffement planétaire de 1,5 °C, le GIEC définit la neutralité carbone ou zéro émissions nettes (Zen) comme l'état dans lequel toute émission anthropique résiduelle de CO2 est contrebalancée par des éliminations anthropiques de CO2 à l'échelle mondiale[1]. C'est la première fois qu'une définition de la neutralité carbone apparait dans un rapport du GIEC.

En France, le ministère français de la transition écologique et solidaire définit la neutralité carbone de manière assez similaire comme la situation dans laquelle les émissions nationales de gaz à effet de serre seraient « inférieures ou égales aux quantités de gaz absorbées par les écosystèmes anthropiques (c'est-à-dire les milieux naturels gérés par l'homme : forêt, sols agricoles, etc) et certains procédés industriels (capture et stockage ou réutilisation du carbone) »[2].

Pour atteindre la neutralité carbone, certains parlent de « compenser » les émissions résiduelles par des retraits équivalents de CO2 de l'atmosphère[3], mais employer ce terme fait courir un risque de confusion avec le concept proche mais différent de « compensation carbone ». Avoir recours à la compensation carbone, c'est payer quelqu'un situé à l'extérieur du périmètre qui vise la neutralité carbone pour qu'il réduise ses propres émissions ou retire du CO2 de l'atmosphère. Par exemple, au niveau individuel, quelqu'un qui prend l'avion peut compenser l'impact climatique de son vol en plantant des arbres dans son jardin pour atteindre la neutralité carbone par ses propres moyens. Mais s'il n'a pas de jardin, il peut payer quelqu'un d'autre pour qu'il le fasse à sa place. Dans le 2e cas, c'est de la compensation carbone, dans le 1er, non.

HistoriqueModifier

Avant que l’accord de Paris sur le climat de 2015 n'y fasse référence, le concept de neutralité carbone a été largement utilisé par des acteurs non étatiques pour désigner l'objectif de leurs démarches de compensation carbone[4]. La compensation carbone consiste à contrebalancer ses propres émissions de CO2 par le financement de projets de réduction d'autres émissions ou de retrait de CO2 de l'atmosphère quand il n'est pas possible de réduire ses propres émissions ou qu'il est plus économique de procéder à une réduction équivalente ailleurs.

Le terme « neutralité climatique » a été introduit en 2005 et popularisé par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) qui le définit alors à l’échelle mondiale comme un mode de vie qui ne produit pas d’émissions nettes de gaz à effet de serre[5]. Auparavant, d’autres notions partiellement équivalentes, comme la nécessité de stabiliser la concentration de CO2 dans l’atmosphère étaient mises en avant, par exemple dans l’article 2 de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Le concept de neutralité carbone s'est imposé une fois qu'il a été établi que l'augmentation de la température moyenne était directement liée au cumul des émissions anthropiques de CO2. Pour ne pas dépasser une certaine température (+ °C par exemple), il ne faut pas dépasser une certaine quantité de CO2 émis depuis le début de la révolution industrielle. Il est donc incontournable que les émissions nettes de GES passent par zéro[5]. Ce lien est précisé par le GIEC dans son rapport spécial 1,5 °C de 2018 (voir plus loin #Niveau mondial)[6].

Le changement est radical car le nouvel objectif affiché est de ne plus émettre du tout de GES (zéro émission nette), alors que précédemment les objectifs étaient fixés en termes de pourcentage de réduction des émissions à un horizon donné[7].

En 2019, l’EpE (association des entreprises pour l'environnement, créée au moment du Sommet de Rio, en 1992, réunissant une quarantaine de grands groupes représentant la moitié du CAC40 dont Michelin, Veolia, Engie, La Poste, Vinci, Total, EDF ou encore Airbus) estime que la neutralité carbone d'ici 2050 c’est encore possible, et sans décroissance économique et en vivant bien, mais à condition que tous les acteurs s'y mettent, solidairement et dès maintenant. Ds changements "sans précédent" sont cependant nécessaires conclue un rapport publié le 20 mai 2019 par l’EpE, préparé avec l’aide de groupes d’experts en énergie/climat tels que Carbone 4, Enerdata, Cired, Solagro... et inspiré par chercheurs, des ONG et représentants de syndicats et du patronat[8]. Selon le président d'EpE (Jean-Dominique Senard, nouveau PDG de Renault) la transition ne suffit plus, il faut engager une « transformation profonde » de nos modes de vie et du comportement des entreprises et des pouvoirs publics. La France, tout en s'adaptant au dérèglement climatique, doit doubler ses puits de carbone (forêts, sols) ...ce qui implique de convertir l’agriculture à l’agroécologie) tout en diminuant de 4% par an les émissions du pays (alors qu’elle ne les a réduit que de 0 ,5% par an depuis 20 ans). Selon ce rapport le véhicule tout-thermique doit disparaitre bien avant 2050, et la rénovation énergétique des bâtiments être obligatoire[8].
Au même moment l'AIE dans son rapport World Energy Investment 2019 (publié le 14 mai 2019) montre que les investissements mondiaux dans l’énergie sont très insuffisant pour atteindre l’Accord de Paris. Ils se sont stabilisés en 2018, après trois années consécutives de baisse mais restent « bien trop faibles » pour mener à bien une transition bas carbone. Une hausse mondiale de 4 % correspond principalement à la part croissante des projets américains de gaz de schiste « à cycle court » (fossiles) pendant que la part des énergies renouvelables a diminué, et alors celle de l’efficacité énergétique a stagné. Depuis 2016, les investissements pour l’électricité dépassent ceux faits pour le pétrole et le gaz naturel, tiré par une consommation électrique en hausse « deux fois plus rapide que la croissance de la demande globale d’énergie » en 2018 selon l’AIE, et par une chute de certains coûts technologiques du secteur électrique : - 75% pour le solaire photovoltaïque depuis 2010, - 50% pour le stockage par batterie, - 20% pour l’éolien terrestre, etc. …alors que le coût de l’EPR a augmenté. Dans l’Union européenne, l’investissement pour l’énergie a diminué de 7% en 3 ans (2015 à 2018) mais la part des énergie « bas carbone » a presque atteint 60% note l’AIE.[9].

Questions méthodologiquesModifier

Le concept de neutralité carbone recouvre différentes interprétations et questionnements méthodologiques. Ces spécifiés rendent nécessaire de regarder avec attention les modalités retenues afin de juger du réel impact sur le climat.

Gaz pris en compteModifier

Stricto sensu, et selon la définition du GIEC, la neutralité s’entend pour le seul dioxyde de carbone (CO2), mais elle est souvent utilisée dans son sens large pour l'ensemble des gaz à effet de serre (méthane, protoxyde d’azote, CFC, etc.). C'est le cas de la définition retenue par l'accord de Paris[10] et par la France[2].

Si on inclut les différents gaz à effet de serre dont les propriétés physiques, notamment leur durée de vie et leur efficacité radiative, sont très différentes, il faut, pour rendre comparables leurs émissions, ramener celles-ci à un équivalent CO2. On utilise pour cela le potentiel de réchauffement global (PRG) de chaque gaz, dont la valeur dépend de la durée considérée. Ainsi par exemple, le PRG du méthane varie du simple au triple, selon que l'on regarde ce qui se passe sur les cent ou les vingt prochaines années[11].

La notion de « neutralité climatique » est parfois utilisée pour indiquer que tous les gaz à effet de serre sont pris en compte[5]. Mais le GIEC donne à la « neutralité climatique » une dimension plus large en incluant également les effets sur les climats locaux des activités humaines, comme celles qui affectent l'albédo du sol[1] ou émettent dans l'atmosphère des polluants à courte durée de vie[5].

Comptabilisation des puits de carbone naturelsModifier

Les manières de comptabiliser les différents puits de carbone naturels sont complexes[12] et peuvent différer selon les pays. Il est en particulier souvent difficile, voire impossible, de faire la part du naturel et de l’anthropique pour les émissions et absorptions liées à l’usage des sols et aux forêts. Pour surmonter cette difficulté, la CCNUCC a décidé de considérer comme anthropiques toutes les émissions et absorptions ayant lieu sur des terres déclarées comme « gérées », bien que celles-ci soient en partie naturelles et considérées comme telles dans les bilans carbone du GIEC[11].

D'autre part, la prise en compte ou non du « carbone bleu », le carbone biogénique stocké dans les écosystèmes marins et côtiers (mangroves, herbiers et zones humides côtières) fait encore l'objet de discussions[13].

Prise en compte des technologies à émissions négativesModifier

Selon les cas, les « technologies d'émissions négatives » (TEN) telles que la bioénergie avec capture et stockage du carbone (en) (BECCS en anglais), sont ou ne sont pas mobilisées dans les scénarios pour atteindre la neutralité carbone. Le plan climat français les envisage de manière explicite[2].

Intégration de la compensation carboneModifier

La compensation carbone consiste à contrebalancer ses propres émissions de CO2 par le financement de projets de réduction d'émissions de GES en dehors de son périmètre ou de retrait de CO2 de l'atmosphère. Cette question se pose particulièrement pour la neutralité carbone d’une entreprise ou d’une collectivité territoriale, pour lesquelles les émissions négatives (en) ne sont que rarement envisageables. Mais il faut veiller à ce que les projets qui donnent lieu à l'émission de crédits carbone ne soient pas comptabilisés à la fois dans le pays qui les émet et dans celui qui les achète. À noter qu'à l'échelle mondiale, il ne peut plus être question de compensation.

Périmètre des émissions comptabiliséesModifier

Lorsque la neutralité carbone est visée pour une ville, une région ou un pays, c'est en général l'approche « territoire » qui est retenue, c'est-à-dire que ne sont comptabilisées que les émissions ou absorptions ayant lieu sur le territoire. D'autres plaident pour une approche « empreinte » prenant en compte le contenu carbone des importations et soustrayant celui des exportations, pour se rapprocher de l’empreinte carbone des produits et services consommés sur ce territoire. La question du périmètre se pose aussi pour un produit, un événement, ou une entreprise : quelles sont les émissions à compter ? Seulement les émissions directes ou également les émissions indirectes (en amont et en aval pour un produit par exemple) ?

Méthodologie de calculModifier

Les calculs des émissions et des absorptions de gaz à effet de serre peuvent également diverger sur les facteurs d'émission utilisés.

Mise en œuvreModifier

Démarche de mise en œuvreModifier

Au niveau mondial, atteindre la neutralité carbone suppose d'abord de quantifier les principales sources d’émissions et puits d’absorption, puis de mettre en place des plans de réduction des émissions et d'accroissement des émissions négatives. À un niveau plus restreint (pays, territoire ou entreprise), il est possible de compléter ces mesures par de la compensation des émissions résiduelles.

Les inventaires et les plans d'action doivent être réactualisés régulièrement.

Des scénarios pour atteindre la neutralité carbone sont proposés par plusieurs organismes indépendants. Par exemple :

  • Energy revolution (2015) de Greenpeace, au niveau mondial[14] ;
  • Net-Zero by 2050, pour l'Europe[15] ;
  • Le scénario négaWatt 2017-2050, pour la France[16] ;
  • Zero carbon Britain (2017), pour le Royaume-Uni[17].

D'autres organisations proposent des listes de mesures qu'elles considèrent comme les plus efficaces. Par exemple :

  • Le Projet Drawdown (en), 80 mesures prouvées et 20 idées prometteuses pour inverser le réchauffement climatique, à l'échelle mondiale[18] ;
  • 9 propositions pour changer d'ère, de l'association française The Shift Project, à l'échelle européenne[19].

Niveau mondialModifier

En 2015, la neutralité carbone est introduite pour la première fois dans un accord international, l’accord de Paris sur le climat, et est déclinée comme un objectif mondial[4], sans toutefois être explicitement nommée. Le texte prévoit en effet de « parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle »[10]. Il s'agit d'ailleurs plutôt de « neutralité climatique » car le texte fait référence aux GES et non au seul CO2. Pour y parvenir, l'accord prévoit un ensemble de dispositions, dont la soumission de contributions déterminées au niveau national (CDN) (en) revues à la hausse tous les cinq ans à la suite d’un bilan collectif. Les CDN résultent de l’élaboration volontaire de « stratégies à long terme de développement à faible émission de gaz à effet de serre »[20].

Dans son rapport spécial de 2018 sur les conséquences d'un réchauffement planétaire de 1,5 °C compilant les derniers travaux des sciences climatiques, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) évalue les trajectoires d’émissions compatibles avec une augmentation de la température moyenne d’ici 2100 inférieure à 1,5 °C ou °C par rapport aux niveaux préindustriels et indique l'année où la neutralité carbone devrait être atteinte (p. 14)[21] :

  • pour ne pas dépasser 1,5 °C, les émissions anthropiques nettes de CO2 doivent baisser de 45 % d'ici 2030 par rapport à leur niveau de 2010 et tomber à zéro d'ici 2050 ;
  • pour ne pas dépasser °C, elles doivent baisser de 25 % d'ici 2030 par rapport à leur niveau de 2010 et tomber à zéro d'ici 2075 .

Toujours selon le GIEC, « les facteurs déterminants des émissions anthropiques de gaz à effet de serre sont principalement la taille de la population, l’activité économique, le mode de vie, la consommation d’énergie, le mode d’utilisation des terres, la technologie et la politique climatique »[22].

Par ailleurs, de nombreux États, territoires, institutions, entreprises, organisateurs d'évènements se sont engagés dans une démarche de neutralité carbone. Beaucoup d'annonces cependant ne correspondent pas à sa définition ou se résument à faire de la compensation carbone.

EuropeModifier

Le 28 novembre 2018 la Commission européenne a présenté sa stratégie d'atteinte de la neutralité carbone dans l'UE à l’horizon 2050, via 7 axes stratégiques qui doivent être discutés lors du Conseil européen de mai 2019 à Sibiu (Roumanie)[23],[24].

FranceModifier

La France s’est engagée sur des contributions déterminées au niveau national (CDN) auprès de l’ONU et doit respecter les objectifs 20-20-20 fixés par l’Union européenne.

Sa stratégie nationale bas carbone (SNBC) a un objectif de facteur 4 en 2050, soit une division par 4 des émissions entre 1990 et 2050 pour atteindre des émissions de 140 Mt d'équivalent CO2. Mais lors de la présentation du plan climat[25] le , Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a annoncé vouloir atteindre la neutralité carbone en 2050 ; objectif plus ambitieux, qui a été confirmé dans le projet de stratégie nationale bas carbone rendu public le , dont l'adoption est prévue au troisième trimestre 2019[26],[27].

En 2017, la France a émis 471 Mt CO2 éq, dont 452 Mt pour la France métropolitaine. Cette même année, les émissions négatives (en), représentées par les captages de CO2 liés à l’utilisation des terres, leur changement d'affectation et la forêt ont représenté 32 Mt CO2 éq (36 Mt en France métropolitaine). La stratégie nationale bas carbone table sur un doublement de ces captages à l'horizon 2050, soit 67 Mt CO2 éq. par an[28],[29]. Il faudrait alors réduire les émissions de gaz à effet de serre à ce niveau là pour atteindre la neutralité carbone. L’étude d’impact associée au projet de loi relatif à la SNBC indique que l’atteinte de l’objectif de neutralité carbone nécessite un effort ambitieux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d'un facteur 8 environ (soit une baisse de 87,5% entre 1990 et 2050)[30],[31]. Le projet de loi relatif à l'énergie et au climat présenté au Conseil des ministres le précise que la neutralité carbone devra être atteinte « en divisant les émissions de gaz à effet de serre par un facteur supérieur à six entre 1990 et 2050 »[27]. Le projet de loi est examiné par l'Assemblée nationale en première lecture à partir du [32].

À une échelle plus locale, les régions et collectivités en France mettent en place des plans climat-énergie territoriaux, véritables outils de planification à l’échelle locale.

Autres paysModifier

  • Bhoutan : le Bhoutan est le premier pays à affirmer avoir atteint la neutralité carbone. Pour cela, ce pays possède des émissions relativement modestes, qui sont plus que compensées par une augmentation de l'UTCATF (captage par les forêts). Néanmoins, le développement rapide du Bhoutan pourrait mettre à mal cet équilibre[33] ;
  • Norvège : ambition de neutralité en carbone en 2030, notamment via de la compensation[34] ;
  • Islande : ambition de neutralité carbone en 2040, annoncé au One Planet Summit en 2017 ;
  • Royaume-Uni : alors que le mouvement Extinction Rebellion (XR) manifeste dans le pays contre l'inaction climatique en demandant la neutralité d'ici à 2025 et que le parlement a voté une motion d'état d'urgence écologique[35], la Commission britannique sur le changement climatique (CCC), chargée de conseiller l'exécutif, recommande l'adoption d'un objectif de neutralité carbone pour 2050[36]. L'objectif antérieur visait une réduction de 80 % des GES en 2050 par rapport à 1990[37]. Le gouvernement a intégré le 12 juin 2019 l'objectif de neutralité carbone pour 2050 dans le Climate Change Act de 2008[38].
  • Suède : ambition de neutralité carbone pour 2045 (loi du ), ambition renforcée par le fait que la Suède a choisi de ne pas comptabiliser les puits de carbone, avec toutefois la possibilité de recourir à des mécanismes internationaux de flexibilité ou de compensation pour 15 % des émissions[39],[40] ;
  • Nouvelle-Zélande : ambition de neutralité carbone pour 2050, annoncé en novembre 2017 [41] ;
  • Maldives : En 2010, elles se sont engagées à atteindre la neutralité carbone d’ici 2020[42], avant de faire machine arrière à l’occasion de la COP21[43].

Villes et territoiresModifier

Institutions internationalesModifier

  • Banque mondiale : engagement pour la neutralité carbone de ses bureaux de Washington en 2006[48] ;
  • ONU : les différents programmes de l'ONU s'engagent depuis 2007 sur la voie de la neutralité carbone[49].

EntreprisesModifier

  • Shaklee (en) (entreprise américaine de soins et d'hygiène corporelle) a initié le mouvement dès l'année 2000[50], suivie par des banques comme HSBC en 2005 ou Barclays UK en 2006, des entreprises comme Avis Europe en 2006 ou Yahoo! en 2007[51], Google[52], ou encore La Poste en France[53].
  • En France, à l'initiative du cabinet de conseil Carbone 4, la Net Zero Initiative rassemble des entreprises de divers secteurs (RATP, Engie, EDF, Orange, BPCE, L'Oréal...) avec pour objectif de créer et de valider un référentiel de la neutralité carbone pour les entreprises[54]. En plus du cabinet de conseil Carbone 4, d'autres entités privées opèrent sur ce sujet : des cabinets de conseil comme Carbone Équitable, ClimatMundi[55], mais aussi des plateformes de compensation carbone comme Avvena[56], Carbone Local ou encore Climateseed[57].

ÉvénementsModifier

Pour les organisateurs d'évènements, l'objectif de neutralité carbone s'est souvent résumé à faire de la compensation carbone :

Les émissions négativesModifier

Selon les définitions, méthodologies et périmètres adoptés pour la neutralité carbone, différentes méthodes de retrait de gaz à effet de serre de l'atmosphère peuvent être mises en œuvre. Elles sont souvent regroupées sous le vocable de technologies à émissions négatives (en) et reposent soit sur la capacité d'absorption de CO2 par les écosystèmes naturels (forêts, sols et océans), soit sur des technologies d'extraction du carbone de l'air [61],[62]. Dans le premier cas, le CO2 est stocké dans la biomasse, dans le second cas, il est stocké dans le sous-sol, voire dans le sol, les océans ou le bois de construction. Selon le dernier rapport du GIEC, dans le scénario le moins défavorable, il faut maintenant extraire de l'atmosphère de 100 et 1 000 milliards de tonnes (Gt) entre 2018 et 2100 (« soit de deux à vingt fois le total annuel actuel des émissions mondiales de gaz à effet de serre »)[63].

Les options naturelles regroupent le boisement et le reboisement, une gestion de l’agriculture et des forêts favorable à la séquestration du carbone dans les sols, ou la restauration ou la mise en place de zones humides ou de prairies à fortes capacités de stockage du carbone.

Article détaillé : Couvert végétal.

Elles ont l’avantage d’êtres généralement moins coûteuses que les options technologiques, avec des capacités de mise en œuvre à plus court terme, mais elles ont comme limite de ne pas être irréversibles (feux de forêt, déforestation, déstockage en période de sécheresse, etc.). Elles sont regroupées dans les inventaires nationaux ou internationaux sous le sigle UTCATF (Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie), ou en anglais LULUCF (Land use, land-use change and forestry).

Les technologies d'émissions négatives (TEN), en anglais « negative emissions technologies » (NET), les plus souvent mentionnées sont :

Certaines de ces technologies peuvent être assimilées à de la géo-ingénierie, avec de fortes incertitudes sur leurs conséquences, leur coût et leur potentiel de déploiement.

Dans une étude publiée début 2018, l’EASAC soulignait qu’il n’existe aucune solution miracle, tant parmi les options naturelles que technologiques, mais que leur étude et le développement de certaines d’entre elles serait nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques. En raison de leur potentiel limité et des risques associés, la priorité dans la lutte contre le réchauffement climatique reste la forte baisse des émissions de gaz à effet de serre[62],[21],[64],[65].

CritiquesModifier

  • Le concept peut apparaître flou, avec des définitions et périmètres différents et recouvrir des objectifs et réalités variés[66],[67].
  • Le concept de neutralité « pourrait donner l’illusion, scientifiquement erronée, d’un état d’harmonie à atteindre pour retrouver l’équilibre perdu du système climatique ». Or atteindre zéro émissions nettes ne suffira sans doute pas, car les risques sont grands de dépasser 1,5 ou même °C. Dans ce cas, il faudra viser des émissions nettes négatives pour stabiliser le climat[67].
  • La prise en compte dans les scénarios d'émissions négatives conduit à négliger ou retarder les efforts de réduction des émissions alors que les technologies ne sont pas encore prouvées ou sont d'un coût très élevé et que la restauration ou le renforcement des puits naturels de carbone (forêts, sols et océans) fait l'objet de nombreuses critiques (Kevin Anderson)[68]. Elles soulignent en particulier les risques sur la permanence des puits et les possibles effets secondaires sur, par exemple, les populations locales, la sécurité alimentaire ou la biodiversité[69].
  • Quand elle est prévue, la pratique de compensation carbone peut également conduire à retarder les efforts de réduction des émissions[66],[70].
Article détaillé : Compensation carbone#Critiques.

Notes et référencesModifier

  1. a et b (en) « Glossary », Global Warming of 1.5 °C, an IPCC special report on the impacts of global warming of 1.5 °C above pre-industrial levels and related global greenhouse gas emission pathways, in the context of strengthening the global response to the threat of climate change, sustainable development, and efforts to eradicate poverty, sur GIEC, (consulté le 13 novembre 2018).
  2. a b et c « En finir avec les énergies fossiles et s’engager vers la neutralité carbone : Se donner une nouvelle stratégie visant la neutralité carbone à l’horizon 2050 », sur Ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES), (consulté le 11 novembre 2018).
  3. Rankovic, Colombier et al. 2018, p. 10, 11.
  4. a et b Vallejo, Rankovic et al. 2018, p. 1.
  5. a b c et d (en) Joeri Rogelj et al, « Zero emission targets as long-term global goals for climate protection », Environmental Research Letters, vol. 10, no 10,‎ (lire en ligne).
  6. « Global Warming of 1.5 °C », an IPCC special report on the impacts of global warming of 1.5 °C above pre-industrial levels and related global greenhouse gas emission pathways, in the context of strengthening the global response to the threat of climate change, sustainable development, and efforts to eradicate poverty, sur GIEC (consulté le 18 novembre 2018).
  7. Rankovic, Colombier et al. 2018, p. 27.
  8. a et b AFP & Connaissance des énergies (2019) « La neutralité carbone en France, c'est possible sans renoncer à la croissance selon EpE » brève parue le 20 mai 2019
  9. Connaissance des énergies (2019)) Énergie : « inadéquation » entre les investissements mondiaux et l’accord de Paris, parue le 20 mai 2019.
  10. a et b « Rapport de la Conférence des Parties sur sa vingt et unième session, tenue à Paris du 30 novembre au 13 décembre 2015 : Deuxième partie : Mesures prises par la Conférence des Parties à sa vingt et unième session » [PDF], sur CCNUCC, (consulté le 22 septembre 2018), p. 25.
  11. a et b Quentin Perrier, > « « Zéro émissions nettes » : Signification et implications », sur Institut Pierre-Simon-Laplace, (consulté le 14 novembre 2018).
  12. (en) Kate Dooley, « Misleading numbers: The Case for Separating Land and Fossil Based Carbon Emissions », sur Fern, (consulté le 6 novembre 2018).
  13. Rankovic, Colombier et al. 2018, p. 12.
  14. « Energy Revolution 2015 », sur Greenpeace, (consulté le 4 décembre 2018).
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  16. « Scénario négaWatt 2017-2050 », sur Association négaWatt (consulté le 18 novembre 2018).
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  18. « Paul Hawken : «Le réchauffement climatique est une chance. En tout cas, ce n’est pas une malédiction» », sur Libération, (consulté le 18 novembre 2018).
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  20. Rankovic, Colombier et al. 2018, p. 5.
  21. a et b (en) « Global Warming of 1.5 °C : Summary for policy makers », an IPCC special report on the impacts of global warming of 1.5 °C above pre-industrial levels and related global greenhouse gas emission pathways, in the context of strengthening the global response to the threat of climate change, sustainable development, and efforts to eradicate poverty, sur GIEC, (consulté le 18 novembre 2018).
  22. (en) « Fifth Assessment Report - Synthesis Report : Summary for Policymakers », sur ipcc.ch (consulté le 26 octobre 2018).
  23. La Commission européenne veut tracer la voie de la neutralité carbone, AFP et Connaissance des énergies, publié le 28 novembre 2018
  24. Communication de la Commission européenne « https://ec.europa.eu/clima/sites/clima/files/docs/pages/com_2018_733_en.pdf A Clean Planet for all] », 28 novembre 2018, PDF, 25 p
  25. « Plan Climat », sur Gouvernement.fr (consulté le 17 septembre 2018).
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Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier