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Nergal
Dieu de la mythologie mésopotamienne
Caractéristiques
Fonction principale Dieu des Enfers, dieu destructeur
Parèdre Ereshkigal, Laz
Équivalent(s) par syncrétisme Erra, Lugalirra et Meslamtea, Melqart, Héraclès
Culte
Région de culte Mésopotamie, Syrie
Temple(s) Kutha
Symboles
Attribut(s) Sceptre à tête de lion
Nergal. Fragment d'une impression d'un sceau de Larsa. 2ème milénaire avant J.-C. Baghdadi Museum.

Nergal est un dieu des Enfers du panthéon mésopotamien. Il est considéré couramment comme une divinité d'origine sémitique, cohabitant avec la déesse infernale sumérienne, Ereshkigal, qui est à partir d'un certain moment de l'histoire religieuse mésopotamienne considérée comme sa parèdre, comme décrit dans le mythe de Nergal et Ereshkigal. Il est alors parfois appelé, l'époux de la reine d’en-bas[1]. Il est assimilé à une autre divinité infernale et destructrice, Erra.

Sommaire

Étymologie et originesModifier

Le nom Nergal est interprété en sumérien comme signifiant « Seigneur des Enfers » (*en-eri11-gal). Les plus anciennes attestations du dieu semblent pourtant indiquer qu'il aurait une origine sémitique, puisqu'il est d'abord attesté dans l'inscription du roi Naram-Sîn d'Akkad mise au jour à Basekti, en tant que divinité principale de la cité de Kutha, située en pays sémitique (une trentaine de kilomètres au nord-est de Babylone) et non en pays sumérien. La déesse infernale principale du pays de Sumer est alors Ereshkigal. Nergal semble donc manifestement une divinité masculine infernale d'origine sémitique, peut-être assimilée à une divinité infernale masculine sumérienne dont il aurait repris le nom[2].

Un dieu destructeur des EnfersModifier

Nergal est une divinité liée au monde des Enfers, associé par ailleurs à la destruction, aux épidémies et autres maladies graves, à la guerre et en général à toute sorte de morts violentes, infligées au défunt. Nergal a souvent un aspect guerrier prononcé. Présenté comme le fils du grand dieu Enlil, il a des aspects de son frère divin, le dieu guerrier Ninurta, et également de l'autre divinité de la guerre sumérienne, Zababa. Cela peut alors lui donner un aspect positif dans les textes, puisqu'il est présenté comme accompagnant les souverains dans les combats et apportant la mort à leurs ennemis[3].

Nergal et les autres divinité infernalesModifier

Les divinités infernales de l'ancienne Mésopotamie constituent un ensemble complexe. Devenu vers la fin du IIIe millénaire av. J.‑C. l'une des principales divinités des Enfers, Nergal a été assimilé ou rapproché de ces différentes divinités. Le mythe Nergal et Ereshkigal relate ainsi comme le dieu a séduit la déesse Ereshkigal, reine des Enfers dans la mythologie sumérienne la plus ancienne connue, et a ainsi pu s'asseoir à ses côtés pour gouverner le Monde d'En-bas[4]. Il légitime donc son ascension en tant que divinité infernale de premier ordre, qui est manifestement récente. Pour autant, dans sa ville de Kutha le dieu est associé à une autre parèdre, la déesse Laz ou Mami(tu). Nergal est par ailleurs assimilé à d'autres divinités infernales importantes, peut-être le dieu Ninazu (fils d'Ereshkigal, souvent associé au Monde souterrain), plus assurément les dieux jumeaux Lugal-irra et Meslamta-ea, et surtout Erra, qui est en particulier associé à l'aspect destructeur de la guerre et des épidémies, notamment dans le mythe babylonien surnommé Épopée d'Erra[5]. Nergal/Erra commande un ensemble de divinités infernales destructrices, les « Sept » (Sibitti)[6].

Lieux de culteModifier

Le temple principal de Nergal est situé à Kutha, et porte le nom d'E-Meslam, qui signifie en sumérien « Maison, guerrier des Enfers » (é-mes-lam ou é-mèš-lam). Dans les textes officiels, il est également présenté comme le temple de Meslamtea, dont il partage le nom, et d'Erra, ainsi que de la déesse Laz ou Mami(tu), parèdre des dieux des Enfers. D'autres temples dans d'autres villes de divinités infernales portent ce même nom, notamment le temple de Lugal-irra et Meslamta-ea à Durum (près d'Uruk), le temple principal de Mashkan-shapir (près de Nippur) et celui de Nergal à Tarbisu en Assyrie[7]. Nergal a par ailleurs de nombreux temples dans le sud mésopotamien, puisqu'on en connaît à Dilbat, Isin, Larsa, Nippur, Sippar, Ur et Uruk, et son culte est attesté hors de Mésopotamie, en Élam et en Syrie (Mari, Emar)[3].

Le culte de Nergal aux époques tardivesModifier

Kutha reste un lieu de culte important jusqu'à la période séleucide. Nergal connaît de fait une certaine popularité dans le monde hellénistique puis à l'époque romano-parthe. Il est ainsi attesté sur des monnaies de la cité de Tarse (Turquie) au Ve siècle av. J.-C., dans une inscription bilingue grec-phénicien retrouvée au Pirée, datée du IIIe siècle av. J.-C. Il a alors rencontré d'autres divinités infernales auxquelles il a été assimilé, en particulier le phénicien Melqart, puis par la suite Héraclès, dont le culte a des aspects chthoniens. Nergal est toujours populaire aux débuts de notre ère à Palmyre en Syrie et à Hatra en Mésopotamie du Nord[8]. Dans ce dernier site, il semble avoir pour animal compagnon le chien, peut-être une sorte de Cerbère[9].

Culture populaireModifier

Le nom "Nergal" est employé par le chanteur du groupe de black métal polonais Behemoth, Adam Darski.

Le dieu du Chaos Nurgle du panthéon de Warhammer 40,000 est largement inspiré de Nergal.

Nergal est un personnage récurrent du comics Hellblazer, antagoniste de John Constantine[10].

"Nergal" est le nom porté par l'antagoniste principal du jeu vidéo Fire Emblem: Rekka no Ken. Il utilise une attaque de magie noire appelée Ereshkigal.

"Nergal", le champion de l'humanité, est l'un des noms de Mars Ultor dans la série Les secrets de l'immortel Nicolas Flamel

RéférencesModifier

  1. Jean Bottéro, Mésopotamie. L'écriture, la raison et les dieux, Editions Gallimard, (ISBN 9782072496950, lire en ligne)
  2. Livingstone 1999, p. 621-622
  3. a et b Livingstone 1999, p. 622
  4. J. Bottéro et S. N. Kramer, Lorsque les Dieux faisaient l'Homme, Paris, , p. 437-464.
  5. Black et Green 1998, p. 135-136
  6. Black et Green 1998, p. 162
  7. (en) A. R. George, House Most High: The Temples of Ancient Mesopotamia, Winona Lake, 1993, p. 126-127.
  8. E. Lipiński, Dieux et déesses de l'univers phénicien et punique, Louvain, 1995, p. 242-243
  9. E. Martínez Borolio, « Aperçu de la religion des Araméens », dans G. del Olmo Lete (dir.), Mythologie et religion des sémites occidentaux. Volume 2, Émar, Ougarit, Israël, Phénicie, Aram, Arabie, Louvain, 2008, p. 433
  10. « Nergal », Hellblazer Wiki, {{Article}} : paramètre « date » manquant (lire en ligne, consulté le 11 octobre 2016)

BibliographieModifier

  • (en) J. Black et A. Green, Gods, Demons and Symbols of Ancient Mesopotamia, Londres,
  • (en) A. Livingstone, « Nergal », dans K. van der Toorn, B. Becking et P. W. van der Horst (dir.), Dictionary of Deities and Demons in the Bible, Leyde, Boston et Cologne, , p. 621-622
  • (en) Y. Effron, « Nergal (god) », sur Ancient Mesopotamian Gods and Goddesses, Oracc and the UK Higher Education Academy, (consulté le 14 juin 2015)
  • (de) Josef Böllenrücher, Gebete und Hymnen au Nergal, A. Press, Leipzig, 1904, 43 p.
  • (de) Manfred Hutter, Altorientalische Vorstellungen von der Unterwelt : literar- und religionsgeschichtliche Überlegungen zu Nergal und Ereskigal, Universitätsverlag, Fribourg (Suisse) ; Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 1985, 187 p.
  • (de) Egbert von Weiher, Der babylonische Gott Nergal, Butzon u. Bercker, Kevelaer ; Neukirchener Verl. d. Erziehungsvereins, Neukirchen-Vluyn, 1971, 13 8 p. (ISBN 3-7666-8651-8) (thèse remaniée)
  • (it) Giovanni Pettinato, Nergal ed Ereškigal : il poema assiro-babilonese degli inferi, Accademia nazionale dei Lincei, Rome, 2000, 154 p.
  • (it) Giovanni Pettinato (dir.), I miti degli inferi assiro-babilonesi, Paideia, Brescia, 2003, 182 p. (ISBN 88-394-0672-7)
  • J. Bottéro, Mésopotamie, L'écriture, la raison et les dieux, Mayenne, Gallimard, 1987.