Ouvrir le menu principal

Nausicaa

personnage de la mythologie grecque
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Nausicaa (homonymie).
Pieter Lastman, Ulysse et Nausicaa, huile sur toile, 1619, Alte Pinakothek, Munich

Dans la mythologie grecque, Nausicaa (en grec ancien Ναυσικάα / Nausikáa), fille d'Alcinoos, est une princesse phéacienne. Elle apparaît pour la première fois dans l’Odyssée, où elle recueille Ulysse naufragé sur le rivage de la Phéacie et l'emmène jusqu'au palais de ses parents, le roi Alcinoos et la reine Arété. Courageuse et généreuse, Nausicaa inspire de nombreux auteurs et artistes pendant et après l'Antiquité, jusqu'à nos jours.

Sommaire

Mythe antiqueModifier

Dans l’OdysséeModifier

 
Nausicaa et ses servantes jouant à la balle, illustration de John Flaxman pour l’Odyssée, 1810.

Nausicaa est l'un des personnages de l’Odyssée d'Homère, où elle est mentionnée principalement au chant VI, dans l'une des scènes les plus célèbres de l'épopée. La déesse Athéna lui apparaît en songe sous les traits d'une de ses amies, lui enjoignant d'aller laver son linge pour préparer ses noces. Elle se rend donc, accompagnée de ses suivantes, jusqu'à un fleuve voisin ; une fois le travail terminé, elles jouent à la balle, et leurs cris réveillent Ulysse, échoué non loin de là après le naufrage de son navire. Nu, sale et affamé, le héros décide de se manifester :

« Quand l'horreur de ce corps tout gâté par la mer leur apparut, ce fut une fuite éperdue jusqu'aux franges des grèves. Il ne resta que la fille d'Alkinoos : Athéna lui mettait dans le cœur cette audace et ne permettait pas à ses membres la peur. Debout, elle fit tête…[1] »

— (VI, 133-37)

Nausicaa prend alors soin d'Ulysse, veillant à sa toilette, lui donnant des habits et une collation. Puis elle le conduit jusqu'à son père, Alcinoos, le roi de Phéacie, et à sa mère Arété.

Ulysse séjourne quelque temps en Phéacie et trahit son identité en versant des larmes quand l'aède Démodocos relate la guerre de Troie. Ulysse prend alors le relai pour raconter ses propres aventures aux Phéaciens. À la fin de son récit, au chant VII, Alcinoos propose à Ulysse la main de sa fille[2] ; mais le héros préfère repartir au plus tôt.

Nausicaa apparaît ensuite plus brièvement au chant VIII, où elle fait ses adieux à Ulysse :

« Bon voyage, notre hôte ! au pays de tes pères, quand tu seras rentré, garde mon souvenir ! car c'est à moi d'abord que devrait revenir le prix de ton salut[1]. »

— (VIII, 459-62)

Chez les autres auteurs antiquesModifier

Plusieurs auteurs antiques réécrivent l'épisode de l’Odyssée ou imaginent la suite de la vie de Nausicaa après son apparition dans l'épopée homérique. Au Ve siècle av. J.-C., le dramaturge athénien Sophocle compose une pièce désormais perdue et pour laquelle on connaît deux titres : Nausicaa ou Les Lavandières (Plyntriai). Selon l'helléniste Timothy Gantz, le second titre faisait très probablement référence aux personnages de jeunes filles qui composaient le chœur, ce qui signifie que la pièce était une tragédie. On ignore cependant quelle était son intrigue[3].

Au IVe siècle apr. J.-C., l’Éphéméride de la guerre de Troie de Dictys de Crète, qui devient ensuite l'une des principales sources du mythe de la guerre de Troie au Moyen âge, indique que Nausicaa se marie par la suite avec Télémaque, le fils d'Ulysse, dont elle a un enfant nommé Perseptolis ou Ptoliporthos. Aristote donne le même époux et le même enfant à Nausicaa.

Arts figurés antiquesModifier

 
Détail d'une amphore à figures rouges de 440 avant J.-C. conservée à Munich. Ulysse aborde Nausicaa. Athéna est entre eux. A droite, une servante s'enfuit.

La scène de la rencontre entre Ulysse et Nausicaa apparaît dans la céramique grecque antique. Au milieu du IVe siècle av. J.-C., un exaleiptron à figures noires conservé à Baltimore[4] montre un groupe de femmes effrayées en train de fuir, la dernière d'entre elles se retournant pour faire un geste en direction d'un couple en pleine conversation. La scène peut être interprétée comme la rencontre entre Ulysse et Nausicaa, dont les servantes s'enfuient[5]. Dans la seconde moitié du Ve siècle av. J.-C., plusieurs vases à figures rouges montrent la rencontre. Une scène montrant Ulysse nu debout devant Nausicaa, avec la déesse Athéna debout entre eux, figure sur une amphore conservée à Munich[6] et sur le couvercle d'une pyxis (boîte) conservée à Boston[7] ; sur cette seconde scène, Athéna paraît encourager Ulysse à aborder Nausicaa[8].

Représentations après l'AntiquitéModifier

LittératureModifier

  • Goethe a conçu un projet de tragédie intitulé Nausicaa, qui est resté inachevé.
  • Jules Lemaître met en scène une rencontre entre Nausicaa et Télémaque dans son recueil de contes, En marge des vieux livres, première série (1905).
  • Dans Ulysse de James Joyce, le chapitre 13 fait écho à la rencontre entre Ulysse et Nausicaa (il était d'ailleurs intitulé « Nausicaa » avant la version finale où Joyce a enlevé les titres de chapitres).
  • Dans la pièce d'Aimé Césaire, Une tempête (d'après la pièce de Shakespeare), Ferdinand fait référence au naufrage d'Ulysse et voit en Miranda sa propre « Nausicaa ».
  • L'écrivain allemand Karl Mickel reprend le mythe de Nausikaa au théâtre en 1967, dans la pièce du même nom. Cette réinterprétation lui permet d'offrir un reflet de l'état de l'Allemagne à cette époque sans trop attirer l'attention de la censure allemande.
  • Eric-Emmanuel Schmitt, dans Ulysse from Bagdad, dresse au détour du chapitre 10, le portrait d'une « femme superbe » à la voix douce, aux caresses tout aussi douces, au parfum de blé tiède et « à la crinière d'or ». Cette dernière retrouve Saad Saad « nu comme un ver » sur la plage, ce qui lui fait dire : « Puisque je t'ai trouvé nu sur la plage, telle Nausicaa découvrant Ulysse nu entre les roseaux, je t'appellerai Ulysse. » Le titre du roman prend alors tout son sens.

MusiqueModifier

  • Peggy Glanville-Hicks a composé Nausicaa, un opéra que la cantatrice Teresa Stratas interprètera à l'Odéon d'Hérode Atticus à Athènes.
  • Reynaldo Hahn a composé Nausicaa, un opéra en 2 actes crée à l'Opéra de Monte-Carlo, le 13 avril 1919.
  • Troisième des trois Métopes pour piano de Karol Szymanowski (1882-1937).
  • En 2013, le chanteur français Luc Arbogast sort son album Odysseus sur lequel il interprète un titre intitulé Nausicaa (La Moldau).
  • En 2013 également, le saxophoniste américain Chris Potter enregistre un album intitulé The Sirens dont chacune des pistes raconte un extrait de l’Odyssée. L'un des morceaux se nomme « Nausikaa ».

PeintureModifier

La rencontre entre Ulysse et Nausicaa dans l’Odyssée devient un sujet conventionnel en peinture à partir de la Renaissance.

Bandes dessinées, comics, mangasModifier

Le mangaka japonais Hayao Miyazaki s'est en partie inspiré du personnage de Nausicaa pour créer l'héroïne de son manga Nausicaä de la vallée du vent[9].

En 2012, Bepi Vigna et Andrea Serio publient Nausicaa. L'autre Odyssée, une bande dessinée qui relate la rencontre entre Ulysse naufragé et Nausicaa, fille du roi Alcinoos[10].

Cinéma et télévisionModifier

Dans les séries animées Albator, le corsaire de l'espace et Albator 84, le nom de Kei Yûki, amie d'Albator, est traduit par Nausicaä dans la version française[réf. nécessaire].

Autre postérité après l'AntiquitéModifier

En astronomie, Nausicaa donne son nom à un astéroïde de la ceinture principale découvert par l'astronome autrichien Johann Palisa en 1879, (192) Nausicaa.

En 1991, Nausicaá, le centre national de la mer, à Boulogne-sur-Mer en France, emprunte son nom à la princesse phéacienne.

Notes et référencesModifier

  1. a et b Traduction de Victor Bérard.
  2. Odyssée, VII, 310 et suiv.
  3. Gantz (2004), p. 1242.
  4. Baltimore WAG 48.198.
  5. Gantz (2004), p. 1246.
  6. Munich 2322.
  7. Boston 04.18.
  8. Gantz (2004), p. 1246-1247.
  9. Hayao Miyazaki, Nausicaä de la vallée du vent, t.1, Glénat, 2000, troisième de couverture. Voyez Personnages de Nausicaä de la vallée du vent.
  10. Nausicaa - L’autre Odyssée, fiche de l'album sur le site de l'éditeur Pavesio. Page archivée sur Wikiwix. Page consultée le 7 mars 2019.

BibliographieModifier

Auteurs antiquesModifier

Études savantesModifier

  • Timothy Gantz, Mythes de la Grèce archaïque, Belin, [détail de l’édition].
  • Louise Bruit-Zaidman, « Le Temps des jeunes filles dans la cité grecque : Nausicaa, Phrasikleia, Timareta et les autres », dans Clio no 4 (1996) [lire en ligne].

Lien externeModifier

Sur les autres projets Wikimedia :