Naucratis

établissement humain en Égypte

Naucratis
Ville d'Égypte antique
Naucratis
Carte relevant les vestiges de la cité de Naucratis
Noms
Nom égyptien ancien Djékhaper
Nom grec Naukratis, Ναύκρατις
Nom actuel Kôm Gaef
Administration
Pays Drapeau de l'Égypte Égypte
Région Basse-Égypte
Nome 4e : Nome inférieur de Neith (nt rsw)
Géographie
Coordonnées 30° 54′ 00″ nord, 30° 35′ 30″ est
Localisation
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Naucratis
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Naucratis

Naucratis (ou Naukratis, en grec : Ναύκρατις, ville « maîtresse des navires », ou Djékhaper en égyptien) est une ville du delta sur la branche canopique du Nil, proche de Saïs, à 72 km au sud-est d'Alexandrie. Cette ancienne colonie commerciale portuaire grecque est identifiée aujourd'hui au site de Kôm Gaef (ou Kom Gieif ou El-Gaïef). Elle sera la principale cité du 4e nome de Basse-Égypte, le nome « inférieur de Neith » ou « la cible du Sud » (nt rsw).

FondationModifier

Le premier texte qui mentionne les Grecs au VIIe siècle en Égypte est écrit par Hérodote. Ce sont des pirates ioniens et cariens forcés par la tempête d'atterrir sur ou près du delta du Nil. Il relate le sort du premier pharaon saïte Psammétique Ier de la XXVIe dynastie, renversé et désespéré, cherchant l'avis de l'Oracle de Leto, à Buto, et qui lui conseille par une formule énigmatique de s'assurer l'aide des « hommes de bronze » qui « viendraient de la mer ». Inspiré en voyant l'armure de bronze des pirates naufragés, il leur offre des récompenses en échange de leur aide dans sa campagne de retour au pouvoir. Après le succès de cette entreprise, il tient parole et accorde aux mercenaires deux parcelles de terrain (ou camps στρατόπεδα) de chaque côté de la branche pélusienne du Nil. Ces « pirates » Grecs, sont devenus, en la circonstance, des commerçants[1].

Un emporion grecModifier

Elle est fondée vers 650/630 avant notre ère par des négociants grecs et c'est, à partir de cette date jusqu’à l’avènement des Lagides, le seul port ouvert en Égypte aux commerçants grecs, agissant en tant que lien symbiotique pour l'échange de l'art et la culture entre Grecs et Égyptiens. La ville reçoit un statut particulier de la part du pharaon Ahmôsis II[2] et l’autorisation de construire des temples. Le port était sous le contrôle direct du pharaon qui surveillait de cette manière tous les échanges entre le monde grec et l’Égypte. C’est par Naucratis que les Grecs achetaient du blé à l’Égypte, du papyrus, du lin et qu’ils vendaient de la céramique, du vin, de l’huile, de l’argent. Durant l'époque saïte, c’était le plus vaste port égyptien libre d’accès aux étrangers.

Sous Nectanébo Ier, la ville de Naucratis était assujettie à l’impôt et versait des sommes considérables au trésor pharaonique. Cet argent fut par exemple affecté au temple de Neith de Saïs[3].

À Naucratis, il y avait un quartier égyptien nettement séparé du quartier grec et les mariages entre Grecs et Égyptiennes étaient interdits, alors qu’ailleurs, les mercenaires grecs avaient le droit de se marier avec des Égyptiennes.

Après la fondation d’Alexandrie, l’importance commerciale de Naucratis diminua. Elle reçut à l’époque d’Alexandre le Grand le statut de cité grecque.

Cette cité serait aussi le lieu de naissance, au VIe siècle, du potier Amasis, qui fut célèbre à Athènes pour ses œuvres de poterie et de peinture à figures noires, typique de l'art Attique.

Sous le règne de Caracalla, lors des massacres d'Alexandrie, vers 212-216, la ville ne va pas être épargnée, au point que l'on n'entendra plus parler d'elle après ces événements. On ignore l'ampleur de la répression de Caracalla, car les sources manquent, mais les notables de cette ville étaient vraisemblablement plutôt favorables à Geta, le frère de Caracalla, qui partageait le pouvoir avec lui, et qu'il assassina.

Vers 330 à 610, ce qui restait de Naucratis va disparaître à la suite de plusieurs tsunamis importants qui vont pénétrer en profondeur dans les terres. Lors de la conquête de l’Égypte par les Arabes, vers 640-642, à la fin du règne de l'empereur Héraclius, la cité n’existait déjà plus.

Plutôt qu'une cité, au sens des anciens Grecs, il s'agit de ce qu'ils appelaient un emporion, c'est-à-dire une sorte de comptoir ou de port de commerce.

 
Céramique grecque archaïque provenant de Naucratis.

Fouilles archéologiquesModifier

Commencées dès 1884 par l'égyptologue britannique Flinders Petrie, les fouilles archéologiques se poursuivent et n'ont pas cessé d'intéresser les spécialistes : en , le docteur Ross Thomas, conservateur au British Museum et son équipe, chargé des recherches sur le site, ont découvert, sur l'emplacement de l'antique cité commerciale, outre des milliers d'objets, des restes d'anciens navires grecs, témoignant de l'importance de Naucratis pour le réseau commercial de l'époque[4]. Les fouilles semblent aussi indiquer la puissance des tsunamis et tremblements de terre dévastateurs qui détruisirent la cité : des blocs se retrouvent éloignés d'une structure à laquelle ils étaient identifiés, des coquillages sont retrouvés, ainsi qu'énormément de pierres ponces, d'origine volcanique.

BibliographieModifier

  • Friedrich Wilhelm von Bissing, Naukratis, p. 32–82, Bulletin de la Société Royale d’Archéologie d’Alexandrie no 39, 1951.
  • William D.E. Coulson et Albert Leonard, Cities of the Delta. vol 1, Naukratis, preliminary report on the 1977-78 and 1980 Seasons, American Research Centre in Egypt Reports 4, Malibu : Udena Publications, 1981 - NARCE 125, p. 28-40, 1984.
  • William D.E. Coulson et Alden A. Arndt, The development of a field computer for archaeological use at Naukratis in Egypt, p. 105-115, JARCE 22, 1985.
  • William D.E. Coulson et Marjorie Susan Venit, Greek painted pottery from Naukratis in Egyptian museums, Ind. : Eisenbrauns, Winona Lake, 1988.
  • William D.E. Coulson et Iphigeneia Leventi, Ancient Naukratis. Volume II, The survey at Naukratis and environs. Part I - The Survey at Naukratis, Oxbow Monograph 60, .

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Herodotus (1920). Godley, A. D. (ed.). The Histories, London, William Heinemann Ltd. 2.152
  2. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], II, p. 178-179.
  3. Voir la Stèle de Naucratis, reproduite dans B. Legras, Lire en Égypte, d’Alexandre à l’Islam, Paris, 2002, p. 49.
  4. Le Figaro du 30 décembre 2015.