Nan Madol

ville en ruine des États fédérés de Micronésie

Nan Madol : centre cérémoniel de la Micronésie orientale *
Image illustrative de l’article Nan Madol
Les ruines de Nan Madol
Coordonnées 6° 50′ 41″ nord, 158° 20′ 06″ est
Pays Drapeau des États fédérés de Micronésie États fédérés de Micronésie
Subdivision Pohnpei
Type Culturel
Critères (i)(iii)(iv)(vi)
Superficie 76,7 ha
Zone tampon 664 ha
Numéro
d’identification
1503
Zone géographique Asie et Pacifique **
Année d’inscription 2016 (40e session)
Classement en péril 2016
Géolocalisation sur la carte : Micronésie
(Voir situation sur carte : Micronésie)
Nan Madol : centre cérémoniel de la Micronésie orientale
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification UNESCO

Nan Madol est un site en ruines qui se trouve dans la partie sud-est de l'île de Pohnpei (actuellement dans les États fédérés de Micronésie).

Le site, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO[1], est constitué d'une série d'îlots artificiels qui furent la capitale de la dynastie Saudeleur jusqu'aux alentours de 1500[2].

Le nom de « Nan Madol », qui signifie « intervalles » en pohnpei, fait référence aux canaux présents sur le site. Celui-ci est souvent baptisé « la Venise du Pacifique ».

HistoireModifier

Nan Madol est le siège cérémoniel et politique de la dynastie « Sau-Deleur » ("seigneur de Deleur" en pohnpeien, « Deleur » étant l'ancien nom de l'île), qui unifia la population de Pohnpei (estimée à 25 000 personnes[2]). Selon les traditions orales, la dynastie des Saudeleur, arrivés sur de grands bateaux, était originaire de Katau (ou Kanamwayso), îles situées à l'ouest, et soumit la population autochtone. La légende fait débuter la dynastie, et la construction de la cité, par l'arrivée des deux sorciers jumeaux : Olisihpa et Olosohpa, capables de faire léviter les sections d'orgues basaltiques utilisées dans beaucoup d'endroits de Nan Madol, depuis leur lieu d'extraction jusqu'au site de construction, grâce au concours d'un dragon volant et sous les auspices de Nahnisohn Sahpou, dieu de l'agriculture. Après plusieurs essais infructueux, ils réussirent et commencèrent la construction par l'autel de Nahnisohn Sahpou. Quand Olisihpa mourut de vieillesse, Olosohpa devint le premier « seigneur de Deleur », épousa une autochtone et fonda ainsi le clan Dipwilap (« Grand ») qui gouverna la cité et l'île. Ces traditions se retrouvent avec de nombreuses variantes dans la plupart des îles de l'océan Pacifique, c'est le cas par exemple de la légende polynésienne d'Hawaiki[3]. Sachant que le peuplement de l'Océanie s'est fait depuis l'ouest, d'île en île, les ethnologues interprètent Katau/Kanamwayso comme Chuuk, voire les Philippines ou même Fou-nan dans l'Indochine (de plus, à Lelu dans Kosrae il existe un autre complexe mégalithique semblable)[4].

Quoi qu'il en soit, les recherches archéologiques montrent que Nan Madol fut le lieu d'une activité humaine dès le premier ou le IIe siècle de notre ère. Au VIIIe siècle ou IXe siècle, les constructions sur les îlots commencent, mais l'architecture mégalithique n'a probablement pas commencé avant le XIIe siècle ou le début du XIIIe siècle. De la tradition orale, peu de choses peuvent être vérifiées sur la construction des mégalithes. Les architectes, eux, pensent que les orgues basaltiques ont été transportées par voie de terre roulées sur des troncs de cocotiers et par voie d'eau sur des flotteurs en profitant des marées hautes dans les canaux de la mangrove[5].

Organisation de la citéModifier

 
Carte du centre de Nan Madol.

Selon les données archéologiques, Nan Madol a été un lieu de résidence pour la noblesse et d'activités funéraires présidées par des prêtres[6].

La population de Nan Madol ne devait probablement pas dépasser 1 000 personnes, même si elle a pu doubler occasionnellement. On pense que les îlots étaient habités par des dirigeants, le peuple habitant à terre dans des cases éphémères. L'isolement de Nan Madol était peut-être aussi un moyen par lequel les chefs Saudeleur tenaient à distance les rivaux potentiels en les obligeant à vivre dans la ville plutôt que sur leurs îlots[6].

La nécropole de Madol Powe comprend 58 îles dans la zone nord de Nan Madol. La plupart des îlots sont des logements occupés autrefois par des prêtres. Certains îlots servaient à des activités définies : Usennamw était une cuisine collective, Dapahu un chantier naval et Peinering une huilerie de noix de coco[6].

Des tombes entourées de hauts murs sont situées sur Peinkitel, Karian et Lemenkou, mais le plus important est l'îlot mortuaire royal de Nandauwas, où des murs de 7,6 m de hauteur entourent une cour principale au centre de laquelle se trouve un mausolée[6].

ApprovisionnementsModifier

À Nan Madol même, il n'y a ni eau douce, ni espace pour produire la nourriture : l'eau et la nourriture provenaient de l'intérieur des terres que le peuple fournissait aux Saudeleurs[3]. Lorsque ceux-ci sont renversés, les Nahnmwarkis s'installent à leur place sur Nan Madol, mais doivent assurer eux-mêmes leurs approvisionnements et finissent par abandonner le site pour retourner à leurs propres parcelles dans l'île. C'est l'une des explications proposées pour l'abandon du complexe, dont les causes restent conjecturelles et discutées.

ArchéologieModifier

 
Détail d'un empilement vertical de pièces de basalte cylindriques formant un mur.
 
Passage dans un mur construit avec des blocs de basalte cylindriques.

Aujourd'hui, Nan Madol constitue une zone archéologique couvrant plus de 18 km2, qui comprend un ensemble de structures en orgues basaltiques posés sur le récif de corail entièrement plat qui entoure l'île de Temwen, ainsi que sur plusieurs autres îlots artificiels et dans la mangrove de la grande île voisine Pohnpei.

Les murs de pierre du site principal circonscrivent une zone d'environ 1,5 km de long sur 0,5 km de large qui compte près de 100 îlots artificiels — plates-formes de basalte et de corail — bordés par des canaux.

La datation par le carbone 14 indique que la construction de Nan Madol a commencé vers l'an 1200 et les fouilles montrent que la zone aurait été occupée dès 200.

Plusieurs sites de carrières probables autour de l'île ont été identifiés, mais l'origine exacte des pierres de Nan Madol reste discutée. Aucune des carrières n'est proche de Madolenihmw, ce qui implique de longs transports jusqu'au site. Elles auraient pu être transportées par radeau depuis la carrière, mais le processus n'a pas encore été reconstitué avec succès. Les archéologues ont découvert entre l'île et les carrières des pierres abandonnées qui montrent que ce transport n'était pas chose aisée.

En 1974, le site a été inscrit au Registre national des lieux historiques. En 1985, les ruines de Nan Madol ont été déclarées monument historique national. Actuellement, des efforts sont faits pour les préserver. Une autorisation est nécessaire pour les visiter.

Jusqu'à sa fermeture en 2012, les objets du site étaient exposés au musée Lidorkini[7].

Nan Madol dans la culture populaireModifier

Nan Madol a inspiré de nombreuses fictions sur le thème des civilisations oubliées.

En littérature, les ruines de Nan Madol sont l'un des cadres utilisés dans le roman de fantasy Le Gouffre de la lune d'Abraham Merritt paru en 1919. Des îles y sont appelées Nan-Tauach et des ruines Nan-Matal. Ce roman ou le site de Nan Madol lui-même ont pu inspirer H. P. Lovecraft pour la ville en ruine R'lyeh qui apparaît dans ses nouvelles fantastiques Dagon (1919) et L'Appel de Cthulhu (1926)[8],[9]. Nan Madol et son histoire sont utilisés comme base du roman La Civilisation des abysses écrite par James Rollins en 2001[10].

En musique, Nan Madol est le nom d'un album enregistré par Edward Vesala en 1974, Nan Ma Dol un titre du groupe Endura (en) sur leur album Liber Leviathan paru en 1996, Ruins of Nan Madol un titre d'Audiomachine publié en 2014.

Dans le jeu vidéo Civilization VI sorti en 2016, Nan Madol est une « cité-état culturelle »[11].

RéférencesModifier

  1. Benjamin Bruel, « Nan Madol, la mystérieuse cité perdue au milieu du Pacifique, sous le regard de Science Channel », sur France 24, .
  2. a et b Nan Madol, Madolenihmw, Pohnpei William Ayres, Département d'anthropologie de l'Université de l'Oregon, Consulté le 26 septembre 2007
  3. a et b David Hanlon : Upon a Stone Altar : a history of the Island of Pohnpei to 1890, in : Pacific Islands Monography 5, éd. : University of Hawaii Press, 1988, (ISBN 0824811240), pp. 13–25, Bo et William Flood et E. Beret Strong : Micronesian Legends, Bess Press, 2002, (ISBN 1573061298), pp. 145–7, 160.
  4. Ross Cordy : The Lelu Stone Ruins (Kosrae, Micronesia) in : 1978-81 Historical and Archaeological Research, Asian and Pacific Archaeology, ed.: Social Science Research Institute, University of Hawaii at Manoa, 1993, (ISBN 0824811348), pp. 14, 254, 258.
  5. William Morgan : Prehistoric Architecture in Micronesia, University of Texas Press, 1988, (ISBN 0292765061), pp. 60 à 85.
  6. a b c et d (en) McCoy, Mark D.; Alderson, Helen A.; Hemi, Richard; Cheng, Hai; Edwards, R. Lawrence, Earliest direct evidence of monument building at the archaeological site of Nan Madol (Pohnpei, Micronesia) identified using 230Th/U coral dating and geochemical sourcing of megalithic architectural stone, Quaternary Research, (lire en ligne), p. 295–303
  7. (en) Errol Hunt, South Pacific, (ISBN 978-0-86442-717-5, lire en ligne)
  8. (en) Sunand Tryambak Joshi et David E Schultz, An H.P. Lovecraft encyclopedia, Londres, Greenwood Press, , XX-339 p. (ISBN 0-313-31578-7), p. 167.
  9. (en) Scott Cutler Shershow et Scott Cutler Michaelsen, The Love of Ruins : Letters on Lovecraft, New York, State University of New York Press, , 193 p. (ISBN 978-1-4384-6511-1, lire en ligne), p. 70, 172.
  10. James Rollins (trad. de l'anglais), La Civilisation des abysses, Paris, Fleuve éditions, , 464 p. (ISBN 978-2-265-08970-9, lire en ligne).
  11. « Civilization VI. Vassaliser les cités-états : liste et caractéristiques », sur jeuxvideo.com, L'Odyssée Interactive, (consulté le ).

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Jean Guiart, brève synthèse dans Découverte de l'Océanie, tome I Découverte des îles, 2000, 34-35.
  • Byron Baker et Robert Wenkam, Micronesia : the breadfruit revolution, 1971, 51.

Liens externesModifier

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