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Musiques actuelles est un terme institutionnel créé par les directions régionales des Affaires culturelles en France. Ce terme désigne certaines musiques actuelles utilisant des amplificateurs. On peut également trouver les expressions musiques amplifiées ou musiques actuelles amplifiées (MAA). Les musiques actuelles amplifiées sont considérées comme une pratique à risque. Leurs usage est généralement interdit sur la voie publique.

HistoriqueModifier

Ces termes ont vu le jour au début des années 90 dans une logique de reconnaissance de la part des institutions de ces musiques aux travers d'opérateurs culturels et par la mise en place de dispositifs de financements favorisant la création, la pratique, l’enseignement et la diffusion des musiques amplifiées.

Musiques actuelles est une appellation non contrôlée, utilisée par le Ministère de la Culture lors de la création de La Commission nationale des musiques actuelles, le 7 décembre 1997[1] puis par la Circulaire du sur les SMAC, avec la mise en place du soutien apporté par l'État aux Scènes de Musiques Actuelles[2] remplaçant, le programme Cafés-Musiques initié en 1991[3]. Le ministère reconnaissait ainsi des pratiques musicales populaires qui « n'étaient pas, ou étaient insuffisamment prises en compte, dans les politiques publiques »[4]. Cette reconnaissance s'inscrit dans une histoire plus longue qui débute avec l'arrivée du rock en France à la fin des années 1950[5].

En 1996, les musiques amplifiées sont identifiées par Touché comme «un ensemble de pratiques sociales qui utilisent l'électricité et l'amplification sonore dans les processus de création et de diffusion artistique»[6].

En 1998, le décret du 15/12/98 définit les règles applicables aux établissements diffusant des musiques amplifiées en application de la loi bruit de 1992[7].

L'expression Musiques actuelles a été utilisée en l'absence de consensus de l'ensemble des membres de la commission pour une autre appellation : « musiques plurielles, populaires, amplifiées, contemporaines, vivantes... »[8], tout en étant conscient des différences entre les genres musicaux qu’elle englobe (jazz, rock, chanson, musique traditionnelle, rap, techno ou musiques électroniques) et des implications sociales des groupes sociaux concernés[8].

RisquesModifier

Un traumatisme sonore (en anglais: Acoustic trauma) peut déclencher des Acouphènes permanents[9] et/ou une Perte d'audition due au bruit.

Il est démontré qu'un volume de 85 dB est sans risque pour l'oreille. Au contraire, un volume de 110 dB présente un danger immédiat[10]. L'écoute de musique amplifiée nécessite une attention sur le volume de la musique. Par exemple, une exposition à un volume de 88 dB (A) sur une durée de 100 minutes engendre des élévations temporaires des seuils auditifs (d'un ratio 8 dB pour une fréquence de 4 Khz)[10].

En France, un décret du 15 décembre 1998 relatif aux « lieux musicaux » cherche à protéger l’audition du public dans les bâtiments où de la musique est amplifiée et à limiter les fuites de bruit vers l’extérieur[11].

Durée d'exposition permises Niveau sonore en dB(A)
 
8 h 90
4 h 93
2 h 96
1 h 99
30 min 102
15 min 105
7,5 min 108
225 s 111
112,5 s 114

Les risques sont les mêmes pour la musique amplifiée émise en plein air, mais ce cas n'est pas concerné par la réglementation, de ce fait la puissance du bruit de la musique amplifiée n'y est pas systématiquement mesurée[12].

Chez les adolescents, le risque lié à l'écoute de musique excessivement amplifiée se présente via l'utilisation un casque ou des écouteurs[13].

Musiques actuelles ? musiques amplifiées ?Modifier

Musiques populaires, musiques urbaines, musiques jeunes, toutes se retrouvent sous les termes génériques de musiques actuelles et/ou de musiques amplifiées. Quelle définition permet de prendre en compte l’ensemble du phénomène qui regroupe plusieurs styles musicaux, allant du Jazz au Rock en passant par le Biggie Pokoe au Reggae ? Pour le Ministère de la Culture c’est le terme « musiques actuelles » qui permet de désigner l’ensemble de ces styles musicaux, depuis la mise en place par Mme Trautmann de la Commission Nationale des Musiques Actuelles en 1998. Mais cette définition met de côté les musiques traditionnelles qui certes ne sont plus « actuelles » au sens de récentes mais qui ont évolué avec le temps et qui utilisent les nouvelles technologies. Quant aux « musiques amplifiées », le sociologue Marc Touché[14] nous dit que ces musiques « ne désignent pas un genre musical en particulier, mais se conjuguent au pluriel pour signifier un ensemble de musiques et de pratiques sociales qui utilisent l’électricité et l’amplification sonore comme éléments majeurs, entre autres, des créations musicales et des modes de vie (transport, stockage, conditions de pratiques, modalités d’apprentissage)».

Toutefois, en France, les musiques actuelles suivant les définitions du Ministère de la Culture, peuvent intégrer du jazz, chanson, musiques traditionnelles, rock, pop, musiques électroniques et hip hop,[15] par opposition à la musique de chambre ou à la musique classique.

Les musiques amplifiées sont une notion qui intéressent davantage les acteurs de la santé en raison des dommages que la puissance de ces musiques peuvent générer[16].

Réglementation des musiques amplifiéesModifier

La réglementation vise à faire co-exister les activités de diffusion de musique amplifiée, la préservation de la santé et la tranquillité publiques[17].

En principe, l'usage de haut-parleurs sur la voie publique est interdite[18].

Les musique amplifiées sont légalement réglementées par le code de l'environnement dans la section des activités bruyantes, par les articles R571-25 à R571-30 concernant les "établissements ou locaux recevant du public et diffusant à titre habituel de la musique amplifiée"[19].

En pratique, les maires peuvent saisir l'ARS (Autorité Régionale de Santé) pour le contrôle des établissements diffusant de la musique amplifiée[20].

Lorsque l'activité n'est pas régulière dans l'année, la réglementation s'applique lorsque la fréquence de diffusion de musique amplifiée est égale ou supérieure à trois sur une période inférieure ou égale à trente jours consécutifs[21].

La notion de musique amplifiée est également encadrée par d'autres mesures législatives et réglementaires: Code général des collectivités territoriales (articles L 2212-2 et L 2214-4), Code de la santé publique (articles L 1311-1, L 1311-2 et R 1336-6 à R 1336-10), Code pénal (article R 623-2 et R 610-5), Code de l'environnement (articles L571-1 à L571-26), les circulaires du ministère de l'intérieur relatives à l'utilisation des haut-parleurs et qui confirment qu'il appartient au maire de délivrer des dérogations et d'assurer que celles-ci sont respectées (circulaires du 23 mai 1960, du 22 mai 1965 et du 20 octobre 1992), l'arrêté préfectoral «bruit» du département[22].

La notion de musique amplifiée — au sens du code de la sécurité intérieure — est également un critère utilisé pour réglementer « Les rassemblements exclusivement festifs à caractère musical, organisés par des personnes privées, dans des lieux qui ne sont pas au préalable aménagés à cette fin et répondant à certaines caractéristiques fixées par décret en Conseil d'Etat tenant à leur importance, à leur mode d'organisation ainsi qu'aux risques susceptibles d'être encourus par les participants, font l'objet d'une déclaration des organisateurs auprès du représentant de l'Etat dans le département dans lequel le rassemblement doit se tenir, ou, à Paris, du préfet de police. Sont toutefois exemptées les manifestations soumises, en vertu des lois ou règlements qui leur sont applicables, à une obligation de déclaration ou d'autorisation instituée dans un souci de protection de la tranquillité et de la santé publiques.»[23].

Obligations du maireModifier

Le maire a l'obligation de limiter les nuisances sonores provoquées par des musiques amplifiées : il peut notamment limiter les niveaux sonores pratiqués sur la voie publique, ou en réduire les horaires, afin de limiter les nuisances[24].

Le cas échéant, la responsabilité du maire peut être engagée[25].

Lorsque la commune ne respecte pas ses obligations en matière de lutter contre les nuisances sonores, elle peut être condamnée pour faute, ainsi la cour administrative d'appel de Bordeaux a engagé la responsabilité d'une commune[26] qui dans ce cas a du verser une indemnité de 750 euros à chacun des plaignants[27].

Lieux de musiques amplifiées en FranceModifier

Les premiers lieux de musiques amplifiées en FranceModifier

Le premier établissement public entièrement dévolu aux musiques amplifiées est Le Florida à Agen. Répondant à un concours d'idées lancé par la municipalité, les architectes Ivan Franic et Michel Garcin (A.s.A. Architectes et associés - Paris) ont proposé de transformer un ancien cinéma désaffecté situé en centre-ville en un lieu comportant une salle de concerts (salle de diffusion de 700 places), une structure de répétitions musicales (5 studios de répétition et enregistrement dont un studio MIDI - MAO), un espace de convivialité organisé autour d'un bar, des locaux d'accueil, des locaux pour les artistes et les musiciens (loges) et un pôle administratif. Inauguré en mars 1993, ce lieu a connu un succès immédiat et a reçu le 18 janvier 1994 le Décibel d'or 1993 (catégorie Action-Silence : "transformation d'un ancien cinéma en salles de répétition et salles de concert rock sans nuisance pour l'environnement"). Le Florida constitue la première réalisation publique en France d'un équipement urbain regroupant toutes les activités musicales recourant à l'amplification. L'équipe de maîtrise d'œuvre comprenait également Maurice Auffret, acousticien et Michel Meynard - architecte d'exécution à Agen. Le deuxième "lieu de musiques amplifiées" public conçu sur ce concept sera inauguré en mars 1997 à Bordeaux par la même équipe (Ivan Franic et Michel Garcin, architectes, Maurice Auffret, acousticien avec D. De Marco - Bordeaux) : il s'agit de la Rock-School Barbey située en centre-ville et comportant une salle de 660 places, 6 studios de répétition et un studio d'enregistrement. Ces deux lieux, précurseurs dans leur approche architecturale, acoustique et fonctionnelle, constituent le point de départ de la réflexion qui aboutira à leur reconnaissance et à la création, quelques années plus tard, du label "SMAc" (Scène de Musiques Actuelles : Selon la définition donnée par le ministère de la Culture, le label SMAc correspond à des lieux musicaux de petite et moyenne capacité jouant un rôle fondamental en termes de diffusion et d'action culturelle. Ce sont des espaces de création ouverts à un large public notamment aux jeunes qui s'inscrivent dans une perspective d'aménagement culturel du territoire.

Musique amplifiée et urbanisationModifier

Les villes rechignent à accueillir les musiques actuelles amplifiées en raison de leur nuisance, notamment lorsque pratiquées dans des lieux peu adaptés à ces pratiques[28].

En France, les musiques amplifiées sont concentrées dans des grandes villes, comme Toulouse, bien que pour limiter le nombre de personnes affectées par les nuisances sonores, les musiques amplifiées peuvent être déplacées dans des quartiers spécifiques[29].

IncidentsModifier

Un incident causant un mort est survenu lors d'une nuit où la fête de la musique autorisait la diffusion de musique amplifiée entre le 21 juin 2019 à 19 heures au samedi 22 juin 2019 à 1 heure à Nantes[23].

Lors de cet incident ont été parties prenantes des sounds systèmes diffusant de la musique amplifiée.

Pour limiter les nuisances sonores, les musiques amplifiées se sont installées à Nantes sur le quai Wilson face à la Loire, ainsi les émissions sonores allaient vers le fleuve et non vers les habitants de l’Île-de-Nantes (Île Beaulieu). L'auditoire était localisé entre les amplificateurs et le fleuve[23].

La musique amplifiée y était diffusée par des "sound systèmes" qui étaient tenus d'arrêter la musique à 4 heures du matin[23].

Vers 4 heures du matin, huit sound systèmes ont éteint les musiques amplifiées, mais un neuvième sound système, dit Lunatek, a refusé d'éteindre les musiques amplifiées à 4h25, et a relancé les musiques amplifiées quand l'auditoire a lancé de très nombreux, violents et imprévisibles projectiles envers les policiers[23]. De ce fait, la non extinction de la musique amplifiée par le neuvième sound système est considérée comme la première cause de violences nocturnes selon l'IGA[23].

BudgetsModifier

Dans les festivals français de musique amplifiée, 26% du budget concerne l'aspect artistique, et les charges techniques, logistiques et de sécurité représentent 48% des dépenses[30].

Normes belgesModifier

En Belgique, la musique amplifiée est normalement limitée à 85dB (A) mais peut exceptionnellement être autorisée à émettre à 95 ou 100 dB (A)[31].

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Rapport de la Commission Nationale des Musiques Actuelles à Catherine Trautmann Ministre de la Culture et de la Communication, (lire en ligne), page 14
  2. « Circulaire du 18 août 1998 sur les SMAC (scènes de musiques actuelles) », sur www.culture.gouv.fr, (consulté le 24 mars 2017)
  3. « Scènes de musiques actuelles », sur mediatheque.cite-musique.fr, (consulté le 24 mars 2017)
  4. « Programme d'action et de développement en faveur des musiques actuelles », sur http://www.culturecommunication.gouv.fr/, (consulté le 22 juillet 2017)
  5. « Quelques dates des musiques actuelles en France - Le blog de formations-musique.com », sur blog.formations-musique.com (consulté le 22 juillet 2017)
  6. https://journals.openedition.org/gc/7624
  7. http://www.agora-audio.com/dl/technologies/gestionsonore/doc_musique_et_responsabilites.pdf
  8. a et b Rapport de la Commission Nationale des Musiques Actuelles à Catherine Trautmann Ministre de la Culture et de la Communication (lire en ligne), page 14
  9. http://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=acouphenes_pm
  10. a et b « musiques amplifiées et santé, chapitre IV », sur www.irma.asso.fr (consulté le 26 octobre 2016)
  11. «À force d’écouter la musique trop fort, on finit par l’entendre à moitié»
  12. http://circulaires.legifrance.gouv.fr/pdf/2012/01/cir_34511.pdf
  13. https://www.la-croix.com/Sciences/Sante/Alerte-ecoute-excessive-musique-amplifiee-2016-01-19-1200732308
  14. http://www.irma.asso.fr/Marc-Touche
  15. https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Musique/Publications-Documentation/La-musique-en-France/3-Les-musiques-actuelles
  16. https://www.grand-est.ars.sante.fr/nuisances-sonores-et-prevention-des-risques-auditifs
  17. http://circulaires.legifrance.gouv.fr/pdf/2012/01/cir_34511.pdf
  18. https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/guid06.pdf
  19. https://www.legifrance.gouv.fr/
  20. https://www.grand-est.ars.sante.fr/sites/default/files/2017-01/plainte_bruit_voisinage.pdf
  21. http://www.courrierdesmaires.fr/9399/la-reglementation-contre-les-nuisances-acoustiques/
  22. https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/guid06.pdf
  23. a b c d e et f Rapport relatif à l’organisation et aux événements survenus lors de la Fête de la musique à Nantes les 21 et 22 juin 2019 https://www.interieur.gouv.fr/Actualites/L-actu-du-Ministere/Rapport-relatif-a-l-organisation-et-aux-evenements-survenus-lors-de-la-Fete-de-la-musique-a-Nantes-les-21-et-22-juin-2019
  24. http://www.bruit.fr/tout-sur-les-bruits/activites-bruyantes/lieux-musicaux/manifestations-en-exterieur/fetes-spectacles-et-manifestations-sur-la-voie-publique-pouvoirs-de-police-du-maire.html
  25. http://www.bruit.fr/tout-sur-les-bruits/activites-bruyantes/lieux-musicaux/manifestations-en-exterieur/fetes-spectacles-et-manifestations-sur-la-voie-publique-pouvoirs-de-police-du-maire.html
  26. http://www.courrierdesmaires.fr/9399/la-reglementation-contre-les-nuisances-acoustiques/
  27. https://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?oldAction=rechJuriAdmin&idTexte=CETATEXT000007512082&fastReqId=443344738&fastPos=1
  28. http://www.agora-audio.com/dl/technologies/gestionsonore/doc_musique_et_responsabilites.pdf
  29. https://journals.openedition.org/gc/7624
  30. https://www.cnv.fr/sites/cnv.fr/files/documents/PDF/Ressource/lettres_info/dossiers/20170418_IndicsFestivals_2016_BAT.pdf
  31. http://www.lavenir.net/cnt/dmf20180222_01128878/concerts-et-festivals-les-normes-de-bruit-seront-aussi-renforcees-en-wallonie