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Stellaria media

(Redirigé depuis Mouron des oiseaux)

Phytonymie et appellationsModifier

Le nom du genre vient du latin Stella, l'étoile. Il fait référence aux cinq pétales échancrés qui donnent à la corolle l'aspect d'une étoile à dix rayons. L'épithète du nom botanique media, « milieu », fait référence à la ligne de poils qui court alternativement d'un côté puis de l'autre de chaque entrenœud de la tige ronde, cette caractéristique permettant de la distinguer de plantes toxiques qui affectionnent les mêmes milieux, comme le Mouron rouge[2].

Elle est parfois appelée Mouron blanc ou Mouron des oiseaux. Ce nom vernaculaire vient des graines de la plante, très appréciées par les oiseaux. Celui de Morgeline est une syncope du latin Morsus gallinæ (« morsure des poules »), la volaille des cours de ferme étant avide de cette plante[3].

SynonymieModifier

D'autres plantes sont appelées Mouron dont le Mouron rouge (Anagallis arvensis), qui ressemble au Mouron des oiseaux par l'aspect des feuilles et le port de la plante. Voir l'article Mouron.

DescriptionModifier

Appareil végétatifModifier

Cette plante annuelle, bisannuelle ou vivace de 5 à 40 cm de hauteur est très commune, couvrant souvent le sol d'un épais tapis vert. L'appareil souterrain, formé de racines grêles, lui permet de résister au gel. La tige grêle et cylindrique est d'abord étalée (la multiplication végétative se réalisant au niveau des nœuds qui s'enracinent) puis dressée. La tige prostrée se multipliant par bouturage naturel a la capacité de coloniser l'espace à courte distance par reproduction asexuée ou clonale. Ce développement latéral est une stratégie de croissance clonale permettant une certaine mobilité végétative[4]. Si on pince la tige et qu'on tire, on découvre, comme chez la Stellaire graminée, un axe très élastique à l'intérieur. Les petites feuilles (5 à 30 mm de long), entières, pétiolées[5], opposées, d'un beau vert tendre, sont soit sessiles et lancéolées-linéaires, soit à pétiole cilié et limbe ovale, aigu au sommet, mais alors à nervation pennée bien visible uniquement sur la face supérieure de la feuille adulte[6].

Sous des conditions naturelles, cette stellaire a eu période de végétation de mars à novembre et maintien des populations hétérogènes représentées par différentes classes d'âge, pouvant avoir jusqu'à 6 générations par an (espèce polycarpique). L'allélopathie est une composante de la nuisibilité de cette adventice très compétitrice qui produit des substances phénoliques solubles dans le sol interférant notamment avec les plantes de culture[7].

Appareil reproducteurModifier

Cette Stellaire a une floraison répartie sur presque toute l'année. L'inflorescence est une cyme bipare qui porte des fleurs de 4 à 6 mm, composées de 5 pétales bifides, blancs, de même longueur que les sépales. Espèce hermaphrodite, elle a un androcée composé de 3 à 8 étamines à anthères rose-rougeâtre, puis brunes. La protandrie favorise une pollinisation entomogame. Le fruit est une capsule ovale dépassant du calice, contenant de nombreuses graines aplaties, brun-rouge ou noires. La dissémination des graines est barochore.

La plante pratique la nyctinastie : la fleur s'ouvre le matin et se ferme complètement le soir ; elle fait de même par temps humide ou très nuageux. La nyctinastie a un impact positif sur la croissance, mais peut, par le processus d'exaptation, jouer un rôle de défense contre les herbivores la nuit, sachant que les principaux consommateurs de ces fleurs, les limaces et les chevreuils, sont surtout actifs de nuit[8].

Habitat et répartitionModifier

  • Habitat type : annuelles commensales des cultures
  • Aire de répartition : cosmopolite

Données d'après : Julve, Ph., 1998 ff. - Baseflor. Index botanique, écologique et chorologique de la flore de France. Version : 23 avril 2004.

UtilisationsModifier

AlimentaireModifier

Comme la Stellaire holostée, les jeunes pousses [9], feuilles et fleurs sont comestibles crues (léger goût de noisette) et cuites (goût d'épinard), mais les organes végétatifs deviennent filandreux avec l'âge, et il ne faut pas en abuser car elle est légèrement laxative, voire allergique et toxique en raison de sa concentration en saponines et nitrates [10]. On peut par exemple en faire une soupe (hachée et mixée avec eau, huile d’olive, ail et pommes de terre), l'intégrer dans les pâtes à crêpe ou des smoothies [11], les farces de ravioli [12]. La toxicité persiste en partie après dessiccation. Espèce ubiquiste très commune que l'on rencontre en toute saison, elle est normalement rejetée par les animaux. Elle pouvait constituer dans les campagnes un aliment de complément pour faire face aux difficultés et aux menaces de disettes, mais consommée en trop grande quantité, elle provoquait des diarrhées. Il existait d'ailleurs jusqu'au début du XXe siècle une corporation des marchands de mouron blanc [13].

Il s'agit aussi de l'une des meilleures salades sauvages : douce, pas amère et renfermant calcium, silice, magnésium, vitamine C. Au Japon, elle fait partie de la traditionnelle salade en début d'année : la salade aux 7 herbes (voir la fête du Nanakusa-no-sekku). On peut également consommer les minuscules graines [14].

MédicinalModifier

Dans la pharmacopée traditionnelle européenne, elle était employée comme la Stellaire holostée pour ses propriétés toniques, diurétiques, expectorantes (en infusion) et légèrement laxatives et en application externe contre : enflure, brûlure, blessure, piqûre d'insecte, démangeaison, affection articulaire [15].

SantéModifier

Un extrait de cette plante contenant des flavones glycosylées à un effet hypolipémiant, d'où l'hypothèse que ces composés peuvent jouer un rôle en tant qu'agent amaigrissant [16]. Ils ont également une propriété antivirale et antitumorale [17].

ConsommateursModifier

La chenille du lépidoptère appelé Brocatelle d'or (Camptogramma bilineata) se nourrit, entre autres, de Mouron des oiseaux.

RéférencesModifier

  1. « Comprendre son sol avec les plantes bio-indicatrices - FERME DE SAINTE MARTHE », sur www.fermedesaintemarthe.com (consulté le 18 février 2017)
  2. François Couplan, Les plantes et leurs noms. Histoires insolite, Éditions Quae, (lire en ligne), p. 86.
  3. Alexandre de Théis, Glossaire de botanique, G. Dufour et Cie, (lire en ligne), p. 18.
  4. (en) Tomáš Herben, František Krahulec, Věra Hadincová & Sylvie Pecháčková, « Is a grassland community composed of coexisting species with low and high spatial mobility ? », Folia Geobotanica & Phytotaxonomica, vol. 29, no 4,‎ , p. 459-468.
  5. Les pétioles sont plus longs sur feuilles du bas.
  6. François Couplan, Eva Styner, Guide des plantes sauvages comestibles et toxiques, Delachaux et Niestlé, , p. 38.
  7. (en) KMM Dakshini, « Allelopathic interference of chickweed, Stellaria media with seedling growth of wheat (Triticum aestivum) », Revue canadienne de botanique, vol. 76,‎ , p. 1317-1321 (DOI 10.1139/b98-159).
  8. (en) Pavol Prokop, Peter Fedor, « Why do flowers close at night? Experiments with the Lesser celandine Ficaria verna Huds (Ranunculaceae) », Biological Journal of the Linnean Society, vol. 118, no 3,‎ , p. 698-702 (DOI 10.1111/bij.12752).
  9. Éviter les tiges rasant le sol car elles ont un goût terreux.
  10. (en) Anupam Sharma & Disha Arora, « Phytochemical and Pharmacological Potential of Genus Stellaria: A Review », Journal of Pharmacy Research, vol. 5, no 7,‎ , p. 3593 (lire en ligne).
  11. Mixage dans un blender de trois poires bien mûres, une pomme, deux poignées de stellaire, une petite poignée de mâche et un verre d'eau.
  12. "Recettes avec des plantes sauvages" - Myriam de Mahé - Éditions Le mercure dauphinois - 2009
  13. Philippe Jauzein, Olivier Nawrot, Gérard Aymonin, Flore d'Ile-de-France, Quae, , p. 179.
  14. François Couplan, Eva Styner, Guide des plantes sauvages comestibles et toxiques, Delachaux et Niestlé, , p. 39.
  15. Paul Fournier, Le livre des plantes médicinales et vénéuses de France, P. Lechevalier, , p. 454.
  16. (en) Lou J, Zhang L, Zhang X, Production method, use and preparation of chickweed total flavones, Faming Zhuanli Shenqing Gongkai Shuomingshu, 2004
  17. Anupam Sharma, op. cit., p. 3596

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier