Mona Chollet

écrivaine suisse

Mona Chollet, née à Genève en 1973, est journaliste et essayiste suisse. Depuis 2016, elle est cheffe d'édition au Monde diplomatique.

Mona Chollet
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Mona Chollet en 2020.
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BiographieModifier

Après une licence en lettres à Genève, elle étudie le journalisme à l’École supérieure de journalisme de Lille.

Elle est ensuite pigiste pour Charlie Hebdo. Mais son contrat est interrompu en 2000 après sa contestation d'un éditorial du directeur de la rédaction Philippe Val, qui qualifiait les Palestiniens de « non-civilisés ». Elle raconte : « Quelques jours après, il m’a convoquée, et il m’a annoncé qu’il arrêtait mon CDI après le mois d’essai, alors que j’étais pigiste depuis un an. Ça m’a sidérée[1]. »

Désormais journaliste et cheffe d'édition au Monde diplomatique[2], elle anime également le site de critique culturelle Périphéries[3], en partenariat avec Thomas Lemahieu.

Elle anime également pour 19 épisodes une chronique sur Arte radio, L'esprit d'escalier (2004-2005), qui aborde des sujets de société, notamment le féminisme et les médias.

Travaux et positionsModifier

FéminismeModifier

Son travail porte sur la condition féminine, le féminisme, les médias et l'imaginaire contemporain (rapport à la réalité, imaginaires sociaux et politiques).

Elle a proposé une critique sévère des Femen dans un article remarqué du Monde diplomatique intitulé « Femen partout, féminisme nulle part »[4],[5],[6],[7]. Elle leur reproche notamment de manifester les seins nus : « Dans le fumeux “sextrémisme” promu par le groupe, il y a tout à parier que c’est surtout “sexe” qui fait tilter la machine médiatique. […] L'intérêt pour les Femen s'avère parfaitement compatible avec l'anti-féminisme le plus grossier[8]. »

En 2014 elle défend l'abolition de la prostitution[9]. Toutefois, en 2021, dans Réinventer l'amour, elle affirme « regrette[r] amèrement d'avoir pris position, il y a quelques années, pour la pénalisation des clients de la prostitution, en croyant aux promesses qui étaient alors faites de garantir la sécurité physique et matérielle des personnes prostituées[10] ».

La Tyrannie de la réalitéModifier

Dans La Tyrannie de la réalité, Mona Chollet analyse l'usage pernicieux fait aujourd'hui de la notion de réalité dans les discours politique et médiatique. Une vision étroite de la « réalité », qui condamne les rêveurs (écrivains, cinéastes, poètes, etc[11]) comme excentriques inadaptés, et qui permet de brandir ce mot pour couper court à toute contestation. Parce qu'elle renvoie toujours le sujet à l'actualité la plus immédiate, l'évocation de la « réalité » engendre un sentiment de fatalisme et d'impuissance. Selon Nicole Aubert, psychologue, la « réalité » dont parle Mona Chollet est aussi bien le culte du travail, de la consommation, la loi du profit et la dureté inhérente à l'entreprise, que la croyance qu'il n'y a pas d'alternative à la société de consommation[11].

Mona Chollet retrace le parcours de la notion de « réalité » depuis l'émergence du rationalisme cartésien et montre les conséquences néfastes de cette vision partielle dans les domaines politique, littéraire ou encore environnemental et médiatico-journalistique. L’autrice en appelle à une prise de recul et à un ressourcement qui rappellent les théories du philosophe canadien Charles Taylor, théories réaffirmant l'idéal d'authenticité dévoyé par la modernité hyper-rationaliste.

Son essai, marqué à gauche, s'inscrit dans la tradition de critique de la modernité politique et de la société de consommation, lancée par des philosophes comme Jean Baudrillard. Sa critique du réalisme rejoint également celle prononcée par le courant constructiviste en épistémologie.

Beauté fatale, les nouveaux visages d'une aliénation féminineModifier

Beauté Fatale, publié en février 2012 aux éditions de la Découverte, analyse les industries de la mode et de la beauté et les injonctions que ces industries produisent concernant le corps des femmes. L'ouvrage dépeint les conditions de travail des mannequins dans le monde de la mode et de la haute-couture, ainsi que les modes de fonctionnement des entreprises qui produisent les représentations de ce qui est considéré comme socialement désirable en matière d'apparence et de comportement des femmes (entreprises du cosmétique, du luxe). Beauté fatale s'intéresse aussi aux conséquences que ce modèle a pour certaines femmes, par exemple pour celles qui se trouvent en défaut de paiement après des emprunts élevés pour des opérations de chirurgie esthétique[12].

Chez soi, une odyssée de l'espace domestiqueModifier

Dans Chez soi, Mona Chollet explore le lieu d'habitation sous toutes ses facettes. Elle analyse la problématique du mal-logement et de la gentrification, les diverses injonctions sociales qui incitent à sortir plutôt qu'à rester tranquillement à la maison, mais aussi, et surtout pour les femmes, l'incitation à entretenir et à décorer impeccablement leur intérieur[4].

Sorcières, la puissance invaincue des femmesModifier

 
Martin Van Maele, illustration de La sorcière de Jules Michelet, 1911.

En septembre 2018 parait le livre Sorcières aux éditions de la Découverte, qui établit un lien entre les sorcières de la Renaissance et de l'Époque moderne, et les femmes qui aujourd'hui refusent la maternité[13],[14],[15]. Mona Chollet développe l'idée que les chasses aux sorcières du XVIe siècle et du XVIIe siècle[16] sont un phénomène de misogynie qui se développe à la suite de la Querelle des femmes. Elle consacre une partie de son ouvrage à l'analyse de l'historiographie moderne et contemporaine, trouvant que cette dernière, qui n'établit jamais de lien entre chasse aux sorcières et misogynie, peine du coup à expliquer ce fait historique de façon convaincante. Elle trouve dans la misogynie actuelle des parallèles entre le traitement réservé aux sorcières du XVIe siècle et du XVIIe siècle et l'époque contemporaine, en particulier en ce qui concerne les volontés d'indépendance et/ou de non-maternité[17] qui suscitent, selon elle, encore une forme d'opprobre sociale. Elle parle aussi de cette « mode des sorcières », devenues un symbole du féminisme. Dans une interview pour France Culture, elle dit à ce propos : « C’est assez étonnant de penser qu’aujourd’hui la sorcière devient presque une super-héroïne. Traiter une femme de sorcière pendant des siècles, ça voulait dire la condamner à mort. Il y a une espèce de légèreté dans la manière dont on traite cet héritage qui est vraiment frappante et qui, je pense, est liée au fait que ce sont des femmes qui ont été exécutées, et que la mort des femmes c’est jamais très réel ni très grave[18]. »

Cette enquête journalistique a beaucoup fait parler d'elle dans les médias[précision nécessaire], l'autrice étant invitée par de nombreux journaux et chaînes de radios pour présenter son ouvrage[19]. Certaines personnalités ont manifesté leur enthousiasme quant à cette œuvre, par exemple la chanteuse Pomme dans le podcast Le book club, qui parle de l'importance que ce livre a eue pour elle : « C'est un livre qui est intense. […] Avant de lire le livre j'étais obsédée par la maternité, je voulais absolument avoir un enfant, je projetais beaucoup de choses là-dessus. […] Moi je n'avais jamais vu ça comme ça [la maternité comme l'analyse Mona Chollet], et du coup je me suis dit : “Avant de faire un enfant, pose-toi deux minutes”[20]. »

Ce livre a rencontré un fort succès en librairie ; jugé « succès de la rentrée » à l'[21], il s'est vendu à 115 000 exemplaires en , huit mois après sa parution[22].

PublicationsModifier

  • Mona Chollet (ill. Gébé), Marchands et citoyens, la guerre de l'internet, Nantes, L'Atalante, , 153 p. (ISBN 978-2-84172-154-2)
  • Mona Chollet, La Tyrannie de la réalité, Paris, Calmann-Lévy, , 362 p. (ISBN 2-7021-3494-7)
  • Mona Chollet, Rêves de droite : Défaire l'imaginaire sarkozyste, Paris, La Découverte , coll. « Zones », , 151 p. (ISBN 978-2-35522-011-1, lire en ligne)
  • Mona Chollet, Olivier Cyran et Sébastien Fontenelle, Les éditocrates ou Comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n'importe quoi, Paris, La Découverte , coll. « Cahiers libres », , 196 p. (ISBN 978-2-7071-5869-7)
  • Mona Chollet (dir.) et Evelyne Pieiller (dir.), Mauvais genres, Paris, Le Monde diplomatique, coll. « Manière de voir » (no 111), , 98 p. (ISSN 1241-6290)
  • Mona Chollet (dir.), L'urbanisation du monde, Paris, Le Monde diplomatique, coll. « Manière de voir » (no 114), , 98 p. (ISSN 1241-6290)
  • Mona Chollet (dir.), Changer la vie : Mode d'emploi, Paris, Le Monde diplomatique, coll. « Manière de voir » (no 136), , 98 p. (ISSN 1241-6290)
  • Mona Chollet, Beauté fatale : Les nouveaux visages d'une aliénation féminine, Paris, La Découverte , coll. « Zones », , 325 p. (ISBN 978-2-35522-077-7)
  • Mona Chollet, Chez soi : Une odyssée de l'espace domestique, Paris, La Découverte , coll. « Zones », , 359 p. (ISBN 978-2-7071-9219-6)
  • Mona Chollet (dir.), Écrans et imaginaires : Séries, divertissements, télé-réalité, Paris, Le Monde diplomatique, coll. « Manière de voir » (no 154), , 98 p. (ISSN 1241-6290)
  • Mona Chollet, Laurence de Cock, Olivier Cyran et Sébastien Fontenelle, Les éditocrates : 2, Le cauchemar continue, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », , 158 p. (ISBN 978-2-7071-9613-2)
  • Mona Chollet, Sorcières : La puissance invaincue des femmes, Paris, La Découverte, coll. « Zones », , 231 p. (ISBN 978-2-35522-122-4)
  • Mona Chollet, Réinventer l'amour : Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles, Paris, La Découverte, coll. « Zones », , 276 p. (ISBN 978-2355221743)

Notes et référencesModifier

  1. Olivier Cyran, « L'opinion du patron », sur Les Mots sont importants, (consulté le ).
  2. « L'Ours du "Monde diplomatique" », sur Le Monde Diplomatique (consulté le )
  3. « Périphéries, escales en marge » (consulté le )
  4. a et b « Mona Chollet, pour une révolution domestique », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. Mona Chollet, « Femen partout, féministe nulle part », sur Les blogs du « Diplo », (consulté le )
  6. « Qui veut la peau du féminisme? », sur Femina, (consulté le )
  7. « Mais qu’ont-ils donc tous (et toutes) contre les Femen ? », sur L'Obs, (consulté le )
  8. BFMTV, « Femen: l'heure d'un premier bilan », sur BFMTV, (consulté le ).
  9. Mona Chollet, « L'utopie libérale du service sexuel », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le )
  10. Mona Chollet, Réinventer l'amour, Paris, La Découverte, coll. « Zones », , 276 p. (ISBN 978-2355221743), p. 235, note 40.
  11. a et b Nicole Aubert, La tyrannie de la réalité - Mona Chollet, (lire en ligne)
  12. « Comment la beauté devient une tyrannie pour les femmes », sur TV5 Monde, (consulté le )
  13. « Ce livre explique pourquoi les femmes qui ne veulent pas d'enfant sont vues comme les sorcières d'aujourd'hui », Le Huffington Post,‎ (lire en ligne, consulté le )
  14. « [LIVE] Viens parler des sorcières avec Mona Chollet à la rédac ! », madmoiZelle.com,‎ (lire en ligne, consulté le )
  15. Amandine Schmitt, « Mona Chollet : la sorcière est l'avenir de la femme », Bibliobs,‎ (lire en ligne, consulté le )
  16. « Mona Chollet : “L’élection de Trump, prédateur sexuel avéré, a aussi été un élément déclencheur de MeToo” », Les Inrocks,‎ (lire en ligne, consulté le )
  17. « Mona Chollet : “La sorcière est un condensé de tout ce qui dérange chez les femmes” », Télérama.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  18. Yann Lagarde, « La sorcière, icône féministe par Mona Chollet », sur France Culture, (consulté le )
  19. Marie Constant, « « Sorcières » de Mona Chollet, vu par les médias & les lectrices », sur Les éditions du Faune, (consulté le )
  20. Maud Ventura, « Pomme : “Je ne pensais pas qu’une BD aurait un tel impact dans ma vie” » [audio], Le book club, sur Louie Media, (consulté le ).
  21. « « Sorcières, La puissance invaincue des femmes », de Mona Chollet : les recettes d’un succès », sur Toutelaculture, (consulté le ).
  22. « Palmarès des livres : des best-sellers de gauche », sur L'Express, (consulté le ).

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