Modèle de Kübler-Ross

Schéma inspiré des étapes du deuil selon le modèle de Kübler-Ross

Le modèle de Kübler-Ross, ou les cinq étapes du deuil, postule une série d'émotions ressenties par des malades en phase terminale avant leur mort. Ces cinq étapes sont le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l'acceptation.

Modèle de Kübler-Ross en 5 étapesModifier

Le modèle est proposé pour la première fois par la psychiatre suisse Élisabeth Kübler-Ross dans son livre de 1969 Les derniers instants de la vie, et est inspiré par ses travaux sur les patients en phase terminale d'une maladie[1]. Motivée par le manque de données dans les études médicales sur la fin de vie, Kübler-Ross étudie la mort et ceux qui y font face à la faculté de médecine de l'université de Chicago. Le projet de Kübler-Ross évolue en une série de séminaires qui, avec les entretiens avec des patients et des recherches précédentes, sont la base de son livre. Kübler-Ross fait également valoir que ces étapes ne sont pas nécessairement dans l'ordre indiqué ci-dessus, toutes les étapes ne sont pas non plus vécues par tous les patients, mais chaque victime en vit toujours au moins deux. Elle déclare être passée elle-même par les deux premières phases lors des huit dernières années de sa vie.

Kübler-Ross n'est pas la première à construire des modèles par stade, puisque des théoriciens et cliniciens du deuil tels que Erich Lindemann, Collin Murray Parkes et John Bowlby ont utilisé des modèles similaires de phases dès les années 1940[2].

Depuis la publication de On Death and Dying, le modèle de Kübler-Ross est connu du public (souvent sous l'acronyme DABDA, tiré de son nom anglais): il est ainsi le cœur d'un épisode de la série Dr House[3]. Cependant, il ne fait pas l'unanimité parmi les chercheurs[4].

Les cinq étapes du modèle sont:

  1. Déni (Denial). Exemple : « Ce n'est pas possible, ils ont dû se tromper. »
  2. Colère (Anger). Exemple : « Pourquoi moi et pas un autre ? Ce n'est pas juste ! »
  3. Marchandage (Bargaining). Exemple : « Laissez-moi vivre pour voir mes enfants être diplômés, se marier… », « Je ferai ce que vous voudrez, faites-moi vivre quelques années de plus. »
  4. Dépression (Depression). Exemple : « Je suis si triste, pourquoi se préoccuper de quoi que ce soit ? », « Je vais mourir… Et alors ? », « Je vais bientôt mourir, alors à quoi tout cela sert-il ? »
  5. Acceptation (Acceptance). Exemple : « Maintenant, je suis prêt, j'attends mon dernier souffle avec sérénité. », « Ça va aller. », « Je ne peux pas le combattre; je fais aussi bien de me préparer. »

CritiquesModifier

Les critiques de ce modèle en cinq étapes reposent principalement sur le manque de recherche empirique et l'absence de preuves. Parmi d'autres critiques, le modèle de Kübler-Ross se voit reprocher le fait qu'il est le produit d'une culture particulière à un moment donné, et qu'il n'est donc pas applicable aux personnes d'autres cultures. Ces arguments ont été avancés par de nombreux experts[5], tels que Robert J. Kastenbaum (1932-2013), gérontologue reconnu, qui a soulevé les points suivants[6],[7]:

  • L'existence de ces étapes n'a pas été démontrée de manière empirique.
  • Aucune preuve n'existe que les gens passent effectivement du stade 1 au stade 5.
  • Les ressources, les contraintes et les caractéristiques de l'environnement immédiat font une énorme différence et ne sont pas prises en compte.

Une étude réalisée en 2003 sur des personnes endeuillées par Maciejewski et ses collègues de l'Université Yale montre des résultats mitigés, les uns compatibles avec l'hypothèse d'un modèle en cinq étapes, les autres incompatibles[8].

George Bonanno, professeur de psychologie clinique à l'Université Columbia, dans son livre The Other Side of Sadness: What the New Science of Bereavement Tells Us About Life After a Loss[9], cite une recherche sur des milliers de sujets pendant deux décennies qui conclut que la résilience psychologique naturelle est la composante principale du deuil[10] et qu'il n'y a pas d'étapes à passer. Le travail de Bonanno démontre également que l'absence de symptômes de deuil ou de traumatisme est un résultat sain[11],[12].

Le manque de soutien dans la communauté scientifique ou l'absence d'observation clinique objective a porté certains à considérer le modèle de Kübler-Ross comme un mythe ou un sophisme[12],[13],[14]. Ce qui n'empêche pas la glose pseudo-scientifique de s'en servir.

Échos dans la culture populaireModifier

  • « Acceptation », Dr House (épisode 1, saison 2)[3]. Première diffusion: . Direction: Daniel Attias. Scénario: Russel Friend & Garrett Lerner
  • D'après une théorie populaire, le jeu vidéo The Legend of Zelda: Majora's Mask prendrait les cinq phases du deuil comme inspiration pour les cinq environnements : "La ville de Bourg Clocher" (le déni : personne ne croit que la lune va tomber), "le palais Mojo" (la colère : ils sont tous violents et méchants, ivres de rage), "Le pic des neiges ou la vallée Goron" (le marchandage : le fantôme de Darmani, un héros Goron, négocie sa résurrection ), "la grande baie, peuple Zora" (la dépression de Lulu qui a perdu sa voix), enfin "le canyon Ikana ou la vallée des morts" (l'acceptation : aucun être vivant ne peuple cette vallée, tous acceptent que la vie est finie, le temple figure le paradis, la tour inversée renvoie en enfer).

Notes et référencesModifier

  1. Broom 2004
  2. William G. Hoy, Bereavement groups and the role of social support : integrating theory, research, and practice, New York, Routledge & Taylor and Francis, (ISBN 9781317416357, OCLC 942843686)
  3. a et b « House, M.D./Acceptance - The TV IV », sur tviv.org (consulté le 23 décembre 2019)
  4. Perring 2016
  5. « Cautioning Health-Care Professionals », Omega, vol. 74, no 4,‎ , p. 455–473 (PMID 28355991, PMCID 5375020, DOI 10.1177/0030222817691870)
  6. Robert Kastenbaum, Death, Society, and Human Experience, Boston, Allyn & Bacon,
  7. Charles A. Corr, Kenneth J. Doka et Robert Kastenbaum, « Dying and Its Interpreters: A Review of Selected Literature and Some Comments on the State of the Field. », OMEGA: Journal of Death and Dying, vol. 39, no 4,‎ , p. 239–259 (DOI 10.2190/3KGF-52BV-QTNT-UBMX)
  8. Maciejewski PK, Zhang B, Block SD, Prigerson HG, « An empirical examination of the stage theory of grief », JAMA, vol. 297, no 7,‎ , p. 716–23 (PMID 17312291, DOI 10.1001/jama.297.7.716)
  9. George Bonanno, The Other Side of Sadness: What the New Science of Bereavement Tells Us about Life After Loss, Basic Books, (ISBN 978-0-465-01360-9, lire en ligne)
  10. « Loss, trauma, and human resilience: have we underestimated the human capacity to thrive after extremely aversive events? », The American Psychologist, vol. 59, no 1,‎ , p. 20–8 (PMID 14736317, DOI 10.1037/0003-066X.59.1.20, lire en ligne)
  11. « The neuroscience of true grit », Scientific American, vol. 304, no 3,‎ , p. 28–33 (PMID 21438486, DOI 10.1038/scientificamerican0311-28, Bibcode 2011SciAm.304c..28S)
  12. a et b (en-US) Ruth Davis Konigsberg, « New Ways to Think About Grief », Time,‎ (ISSN 0040-781X, lire en ligne, consulté le 23 décembre 2019)
  13. « Five Fallacies of Grief: Debunking Psychological Stages », Scientific American, (consulté le 29 décembre 2016)
  14. « The 'five stages' in coping with dying and bereavement: strengths, weaknesses and some alternatives », Mortality, vol. EPub ahead of print, no 4,‎ , p. 405–417 (DOI 10.1080/13576275.2018.1527826)

BibliographieModifier

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