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Mississippi State Sovereignty Commission

Mississippi State Sovereignty Commission
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Informations
Nom Mississippi State Sovereignty Commission
Nom à la création Mississippi State Sovereignty Commission
Création
Dissolution
Ministre de tutelle Cliff Finch
Cliff Finch (ex officio)
W. Webb Burke
Budget 200 000 US$
Juridiction
Juridiction Mississippi
Moyens

La Mississippi State Sovereignty Commission (Commission pour la souveraineté de l'État du Mississippi) était, entre 1956 et 1977, une agence de l'État dirigée par le gouverneur du Mississippi afin de lutter contre le mouvement des droits civiques et pour maintenir la ségrégation. Elle avait été initialement créée pour coordonner les activités de relations publiques de l'État et présenter les lois sur la ségrégation raciale qui y étaient en vigueur sous un jour plus favorable[1],[2],[3].

Sommaire

DescriptionModifier

ObjectifsModifier

Le but de la commission était de « protéger la souveraineté du Mississippi et de ses États frères » contre « l'empiétement du gouvernement fédéral » en matière de droits civiques et de ségrégation[4].

CompositionModifier

La commission était composée de douze membres nommés, dont parmi eux trois membres de la Chambre des Représentants et deux sénateurs, chacun nommés par le président de la chambre dont ils étaient membres, et d'autres nommés par le gouverneur à raison de trois par district de Cour suprême[1],[5].

Le président de la Chambre des représentants de l'État, l'Attorney general du Mississippi, le Lieutenant-gouverneur et le gouverneur en étaient également membres ex officio, ce dernier en étant également le président, bien qu'un directeur exécutif ait été nommé pour les opérations courantes[4],[5].

Elle disposait aussi d'une chancellerie pour ses taches administratives, d'agents à elle et d'un réseau d'espions et d'indicateurs, rémunérés ou non[6]. En plus de tout ceci, cette commission pouvait payer les services d'agences de détectives[1]. Il a été envisagé de lui affecter les services d'avocats pour défendre la ségrégation devant les tribunaux fédéraux mais cette proposition fut refusée[7].

Son budget annuel initial était de 250 000 US$[8][Note 1].

PouvoirsModifier

Cette commission avait le droit de convoquer des témoins, bien que cette disposition ne semble pas avoir été utilisée[5].

MéthodesModifier

Pour accomplir sa mission, la Commission utilisait diverses méthodes telles que la propagande: production de films, tournées de conférences ou bien pamphlets défendant la ségrégation. Elle envoyait également des documents aux forces de l'ordre du Mississippi afin de les aider à combattre le mouvement des droits civiques.

La récolte d'informations était aussi une des méthodes utilisées par la Commission: elle disposait d'un "pipeline" composé de divers notables tels que shériffs, députés, ministres du culte ou avocats. Elle réussit également et plus difficilement à infiltrer les milieux noirs, retournant certains leaders trouvant que la jeune génération manquait de modération, ou tout simplement poussés par des besoins d'argent et voulant toucher une prime comprise entre 10 US$ et 500 US$[9][10].

Bien que l'usage de la violence, voire l'homicide volontaire ait été plusieurs fois envisagé et discuté par certains agents, par exemple dans le cas de Clyde Kennard, il n'y a pas de preuve que ces projets aient réellement été mis à exécution[11].

HistoireModifier

CréationModifier

Sa création avait été décidée par le corps législatif du Mississippi en 1956 en réaction à l'arrêt de la Cour suprême des États-Unis dans l'affaire Brown v. Board of Education, par laquelle la Cour déclare la ségrégation raciale inconstitutionnelle dans les écoles publiques[1].

Le , le président de la chambre basse Walter Sillers soumit une proposition de loi portant création de cet organisme. Le vote eut lieu le lendemain et vit l'opposition, menée par deux députés, contre cet organisme qu'ils voyaient comme liberticide et lié aux Conseils de citoyens, aboutissant à un vote de 91 pour, 23 contre et 26 abstentions. Il y eut moins d'opposition au Sénat, où cette proposition fut votée à l'unanimité des 48 sénateurs[8].

Le , le gouverneur Coleman créa cet organisme, qui reçut ses premiers dirigeants à la mi-Avril. Une semaine après sa création, cet organisme reçut 250 000 US$ pour les deux prochaines années[8].

ApogéeModifier

Relations publiques sous James ColemanModifier

 
Premier prospectus publié par la Commission, décrivant l'état du Mississippi comme un femme attaquée par des opposants à la ségrégation.

Le gouverneur James Coleman voulait donner du Mississippi l'image d'un territoire où les relations raciales étaient positives et concentra l'attention de la Commission sur des taches de relations publiques; elle reçut l'interdiction de transférer des fonds à des organisations ségrégationnistes telles que les Citizens' Councils[1].

La découverte du fait que le pasteur H.H. Humes[Note 2] et le journaliste Percy Greene aient été des informateurs de la Commission fut une grande atteinte à leur crédibilité.

Répression sous Ross BarnettModifier

Ross Barnett, qui fut élu en 1959 sur une plate-forme radicalement ségrégationniste, réorienta la Commission sur l'investigation des militants des droits civiques, ou "agitateurs raciaux", mettant sous surveillance tous ceux soupçonnés d'opinions libérales[6]. Des fonds à hauteur de plus de 190 000 US$ furent également transférés aux Conseils de citoyens ségrégationnistes durant le mandat de Barnett, qui en était membre[1],[5]. L'agence apporta son aide aux autorités locales confrontées à des militants des droits civiques et des pressions fédérales[4], par exemple lors des promenades de Biloxi[12].

La répression prenait plusieurs formes, telles que l'intimidation, les séquestrations et l'exercice de pressions sur des jurés. Par exemple, Clyde Kennard fut victime d'un coup monté de la Commission, qui entraina son arrestation pour contrebande d'alcool[Note 3] et sa condamnation pour vol de nourriture pour volailles[11].

Cette Commission finança également un film pro-ségrégation, Message from Mississippi, initia un Speakers Bureau pour défendre la ségrégation dans la nation entière et publia des rapports pour présenter sa version des émeutes de 1962 à l'Université du Mississippi pour protester contre l'entrée de James Meredith[4].

Certains auteurs et journalistes tels que Hazel Brannon Smith (en) se montrèrent critiques par rapport à cet organisme, le comparant à une Gestapo[13],[14],[15],[16],[17].

L’espionnage toucha aussi certaine célébrités telles qu'Elvis Presley et les Rolling Stones[18].

Après la signature du Civil Rights Act of 1964Modifier

Le passage des lois de Civil Rights Act de 1964 et du Voting Rights Act de 1965 n’empêchèrent nullement la Commission de continuer de fonctionner.

Modération apparente sous Paul JohnsonModifier

Paul B. Johnson, Jr., gouverneur de 1963 à 1967, réduisit le budget de la Commission à 200,000 US$ en 1966 après un débat sur la suppression de cet organisme et n'activa la Commission que deux ans après son intronisation en 1963, afin de remplir la condition que la législature avait posé pour activer le financement de l'agence, pour un meeting le , auquel il n'assista pas; durant ce meeting, les membres approuvèrent un nouvel ordre de mission de surveillance des "subversifs", de relations publiques ainsi que de conseil aux collectivités confrontés à des ordres fédéraux de déségrégation[1].

Afin de tenter de changer son image, un changement de nom fut proposé par un député, les propositions étant Mississippi Information Agency ou Mississippi Public Relations Commission[4].

Pour empêcher le passage du Civil Rights Act de 1964, la Commission paya des lobbyistes à Washington ainsi qu'une campagne de communication au sein du Comité de coordination pour les libertés américaines fondamentales, ou Coordinating Committee for Fundamental American Freedoms[4],[19],[20]. Elle reçut pour cela une subvention extraordinaire de 50 000 US$[21].

Dans la réalité, les actions entreprises sous Barnett continuèrent et l'agence recommanda des tactiques pour contourner le Civil Rights Act[1]; cependant, dans l'optique de Johnson d'améliorer son image auprès des communautés afro-américaines de l’état, la Commission mit en place le Mississippi Negro Citizenship Association, dirigé par Percy Greene[22], pour faire concurrence au COFO sur le terrain des inscriptions électorales[23], et essaya de supprimer les preuves de l'implication de l'agence dans l'aide qu'elle a apporté à la privation des Noirs de leur droit de vote[4],[24].

Sous le gouverneur Johnson, l'agence fut impliquée dans l'affaire des meurtres de la Freedom Summer d'abord par l'envoi à la police de Meridian du numéro de la plaque minéralogique de James Chaney[2] puis par l'un de ses agents, Andy L. Hopkins, qui menait son enquête sur les meurtres tout en se plaignant d’être laissé dans le noir par le FBI[11],[25]. La Commission avait préalablement envoyé un agent infiltré, l'"Agent Y", au sein du Council of Federated Organizations et récupéré des dossiers de volontaires pour le Freedom Summer, et un autre agent avait espionné Michael Schwerner et son épouse Rita[26],[27].

La Commission fut également impliquée dans la défense de Byron De La Beckwith, assassin de Medgar Evers, l'aidant à sélectionner les jurés qui pourraient l'acquitter en faisant récuser les Juifs et les libéraux[11],[26],[28],[29],[30].

Craignant les troubles que certains ségrégationnistes extrémistes pourraient causer, et l'impact sur l'image de l'état, certaines organisations telles que celles des Américains pour la préservation de la race blanche (Americans for the Preservation of the White Race) furent mises sous surveillance[31],[32].

Renforcement sous John Bell WilliamsModifier

John Bell Williams, gouverneur de 1967 à 1971, se montra plus attentif à la Commission, autorisant de nouvelles réunions et y assistant[1].

Son rôle fut exclusivement orienté sur la collecte d'informations, Williams nommant comme directeur exécutif W. Webb Burke, qui déclara dans une interview au Times Picayune que la Commission pouvait être comparée au FBI, dont il était un ancien agent, ou au House Un-American Activities Committee[4],[1].

L'agence élargit son cercle d'activités aux troubles sur les campus ainsi qu'à la vente de drogue sur ces sites[1].

La finModifier

En 1972, William Waller fut élu gouverneur au terme d'une campagne exempte de la démagogie ségrégationniste habituelle au Mississippi, et montra moins d’intérêt que Williams à l'agence et bien qu'il nomma de nouveaux membres, il ne vint pas aux réunions[4],[1].

En 1973, il mit son véto au financement de la Commission, déclarant qu'elle ne servait « aucun service indispensable à la population de cet État. »[4] Le , la dernière réunion fut consacrée au destin des archives, qu'il fut décidé de transférer, sous scellés, au secrétaire d’État; huit jours après, bien que de futures réunions furent prévues, la Commission tomba dans les limbes.

Dissolution définitiveModifier

En , la législature vota la suppression définitive de la Commission, que le gouverneur Cliff Finch confirma le [4],[1].

Après un débat par moments enflammé, il fut décidé de placer les archives sous scellés jusqu'au [4].

Destin des archivesModifier

Des 1977, un mois après que la proposition de loi sur la suppression de l'agence fut votée, d'anciens militants des droits civiques ainsi que l'Union américaine pour les libertés civiles lancèrent des procédures devant les tribunaux fédéraux pour accéder à leurs fichiers[33].

Ces procédures aboutirent le lorsque le juge William H. Barbour, Jr. ordonna l'ouverture de la majeure partie des archives au public, décision mise en application le [25],[33],[11].

Après que furent traités les problèmes de confidentialité et de respect de la vie privée, l’accès complet aux archives fut accordé le , et la mise en ligne l'année suivante[33].

Équivalents dans d'autres étatsModifier

D'autres états fédérés du Sud se dotèrent d'organismes chargés de maintenir et de défendre la ségrégation, réunis dans un Comité de coordination (Coordinating Committee) dans lequel le Mississippi s'est montré le plus actif financièrement et en terme d'actions[34].

AlabamaModifier

Durant la fin de l'été 1963, George Wallace créa la Commission pour la souveraineté de l'état de l'Alabama (Alabama State Sovereignty Commission), à coté de la Commission de l'Alabama pour la défense de la paix publique (Alabama Peace Commission) et d'autres organisations constituant ce que The Birmingham News a décrit comme "un réseau d'espionnage politique" et le New York Times compara à une "Gestapo de seconde division" (minor league Gestapo). Elle disposait de fichiers sur tous les "subversifs" favorables aux droits civiques ainsi que sur les fonctionnaires fédéraux en poste en Alabama[35],[36],[37].

Ils firent un film, State of Alabama, au sujet des marches de Selma à Montgomery[38],[39],[40].

La Commission fut dissoute en 1975[40].

ArkansasModifier

En , la Commission pour la souveraineté de l'État de l'Arkansas (Arkansas State Sovereignty Commission) fut créée, mais ne s'est réunie que deux fois. Winthrop Rockefeller, futur gouverneur de l'Arkansas, critiqua sa fondation, la comparant à la Gestapo[41].

En la Cour suprême de l'Arkansas décida qu'elle ne pouvait ni saisir sans compensation des dossiers privés, cela étant une violation du droit de propriété, ni comporter de membres de la législature, mais valida le reste de la loi créant cet organisme[41].

FlorideModifier

Une Commission constitutionnelle de Floride (Florida Constitutional Commission) fut établie[34].

LouisianeModifier

À partir de , la Louisiane s'est dotée de la Louisiana State Sovereignty Commission (Commission pour la souveraineté de l'État de Louisiane), qui sera supprimée en [42],[43].

Cette organisation fut notamment utilisée par le gouverneur John McKeithen pour envoyer des fonds au Ku Klux Klan en échange d'une baisse des tensions raciales à Bogalusa[44].

VirginieModifier

A la suite de l’arrêt Brown v. Board of Education, la Virginie s'est dotée en 1956 d'une Commission de la Virginie sur le gouvernement constitutionnel (Virginia Commission on Constitutional Government). Elle fut supprimée en 1967[34].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. 2250306 dollars actuels
  2. Il emmenait des sténographes avec lui aux réunions de la NAACP afin de fournir de meilleurs rapports.
  3. Jusqu'en 1966, la prohibition était en vigueur au Mississippi.

RéférencesModifier

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Voir aussiModifier

Liens internesModifier

Liens externesModifier

BibliographieModifier