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Miracles de Jésus

ensemble des événements surnaturels attribués à Jésus ou à ses disciples
Jésus guérit l'aveugle de naissance, par Nicolas Colombel.

Les miracles de Jésus sont l'ensemble des événements surnaturels attribués à Jésus dans le Nouveau Testament.

Sommaire

Contexte généralModifier

Les miracles sont nombreux dans la littérature antique juive et gréco-latine : les inscriptions rapportent des guérisons miraculeuses à Épidaure, le sanctuaire grec du dieu de la médecine Asclépios ; les Romains ont leurs guérisseurs comme Apollonius de Tyane, les juifs leurs rabbis thaumaturges comme Honi HaMe'aguel ou Hanina ben Dossa[1].

Les miracles de Jésus sont, selon les exégètes et biblistes, classés en plusieurs catégories. Le bibliste protestant Gerd Theissen[2] et le théologien jésuite Xavier Léon-Dufour[3] relèvent trente-trois motifs qui affleureraient dans les récits évangéliques de miracles[4]. Selon le théologien protestant Daniel Marguerat, « il s'est avéré que dans la variété de leurs motifs et de leurs personnages, ces récits se présentaient comme les variations infinies d'un même genre, stéréotypé, que l'on retrouve en abondance dans la culture gréco-romaine[5] ».

Les exégètes comme John P. Meier[6] ou Craig S. Keener (en)[7] se basent ainsi sur le rôle des thaumaturges dans l'antiquité juive et le critère d'attestation multiple pour affirmer l'historicité de certains miracles tels que des guérisons ou des exorcismes, en prenant en compte les textes évangéliques qui les évoquent (sommaires évangéliques[8], récits de miracles, sentences de Jésus) et leur stratification (aspects théologiques, légendaires et faits bruts)[9].

Les miracles dans les ÉvangilesModifier

Interprétation rationalisteModifier

Dans sa Vie de Jésus, premier volume de l'Histoire des origines du christianisme, Ernest Renan situe Jésus auteur de miracles dans le contexte culturel d'une société crédule du Ier siècle : "Jésus subissait les miracles que l'opinion exigeait de lui bien plus qu'il ne les faisait[10]". "Jésus se fût obstinément refusé à faire des prodiges que la foule en eût créé pour lui ; le plus grand miracle eût été qu'il n'en fît pas. Jamais les lois de l'histoire et de la psychologie populaire n'eussent subi une plus forte dérogation" ; en effet, selon la perspective d'E. Renan, que l'on peut dire sociologique, "le miracle est d'ordinaire l'œuvre du public bien plus que de celui à qui on l'attribue[11]".

Analysant, à titre d'exemple, l'épisode de la résurrection de Lazare, Renan propose deux hypothèses : la joie de revoir Jésus a pu ramener à la vie Lazare qui était alors malade ; "peut-être aussi l'ardent désir de fermer la bouche à ceux qui niaient outrageusement la mission divine de leur ami entraîna-t-elle ces personnes passionnées [la famille de Lazare] au-delà de toutes les bornes. Peut-être Lazare, pâle encore de sa maladie, se fit-il entourer de bandelettes comme un mort et enfermer dans son tombeau de famille". Jésus "désira voir encore une fois celui qu'il avait aimé, et, la pierre ayant été écartée, Lazare sortit avec ses bandelettes, et la tête entourée d'un suaire [...] Intimement persuadés que Jésus était thaumaturge, Lazare et ses deux sœurs purent aider un de ses miracles à s'exécuter [...]. Quant à Jésus, il n'était pas plus maître que saint Bernard, que saint François d'Assise, de modérer l'avidité de la foule et de ses propres disciples pour le merveilleux[12]". "Fatigués du mauvais accueil que le royaume de Dieu trouvait dans la capitale, les amis de Jésus désiraient un grand miracle qui frappât vivement l'incrédulité hiérosolymite [de Jérusalem]. La résurrection d'un homme connu à Jérusalem dut paraître ce qu'il y avait de plus convaincant[13]".

Miracle et signeModifier

Pour désigner ce qui est habituellement traduit par « miracle », le mot le plus employé dans les textes néotestamentaires est σεμειον, séméion, signe ; on trouve aussi εργον, ergon, œuvre, et δυναμις, dunamis, puissance. Les miracles sont, pour les rédacteurs des Évangiles, des signes de l'action divine que tout le monde ne percevait pas.

La valeur des miracles comme « signes », affirmée dans le Nouveau Testament, rejoint d'une certaine manière l'analyse des historiens rationalistes pour qui ils ne sont pas une description objective des faits mais une façon d'exprimer une vérité religieuse. Daniel Marguerat résume en ces mots que le « récit de miracle est un langage religieux connu de l'Antiquité, et qu'il est porteur d'une ambition bien plus forte que de rappeler un fait merveilleux du passé ; ce langage vit de protester contre le mal[14]. »

Approche historiqueModifier

Le contexte du judaïsme antiqueModifier

"Les signes et les miracles étaient le "fonds de commerce" des charismatiques [ou faiseurs de miracles], la preuve de l'intimité de leur relation avec Dieu qui leur accordait ces pouvoirs, écrit Paula Fredriksen.

Flavius Josèphe, tout comme certaines sources rabbiniques plus proches et le Nouveau Testament, conserve le souvenir de ces individus. Un certain Eléazar chassait les démons des possédés ; Hanina ben Dosa de Galilée guérissait à distance[15]" ; l'historien Geza Vermes voit un "parallèle frappant" entre ce pouvoir thaumaturgique et celui attribué à Jésus dans l'épisode de la guérison du fils d'un officier, où Jésus est également censé agir à distance[16]. "D'autres charismatiques commandaient à la nature : Honi, le traceur de cercles ("Onias" dans Josèphe), et son petit-fils Hanan étaient réputés pour faire venir la pluie. [...] Ces faiseurs de pluie étaient conscients de leur relation privilégiée avec Dieu : Hanan le faiseur de pluie allait même jusqu'à prier pour que son auditoire fît la distinction entre lui et celui qui accordait véritablement la pluie, le Abba [le Père] au ciel[17]".

Jésus thérapeute : histoire et anthropologieModifier

Analysant des récits d'exorcisme dans l'évangile selon Luc, comme la guérison du possédé de Capharnaüm (Lc 4. 31-37), ou celle du démoniaque gadarénien (Lc 8. 26-39), Christine Prieto repère un même modèle rituel, celui du "duel magique" : "Il s'agit d'une bataille entre un exorciste et un démon, où l'on trouve l'usage des noms respectifs, les ordres, la violence, l'attaque et la défense des deux côtés[18]". Elle souligne le fait que le démon nomme Jésus, lui disant par exemple, dans le cas du possédé de Capharnaüm, "Je sais qui tu es : le Saint de Dieu" (Lc 4. 34). Se fondant sur l'"Esquisse d'une théorie générale de la magie" de Marcel Mauss, elle explique que "dans la structure du duel magique, connaître et dire le nom de l'adversaire donnent un pouvoir sur lui[19]". "Nommer l'esprit l'oblige à obéir". "Mais malgré l'utilisation de cette arme classique du système magique, et traditionnellement efficace, le démon [du possédé de Capharnaüm] échoue", Jésus le menace, et le fait taire[20].

Pour le récit de l'exorcisme d'un démoniaque gadarénien, où l'on voit le démon nommé "Légion" sortir du corps du possédé puis entrer dans un troupeau de porcs,"Luc récupère un récit marcien [Marc 5, 1-20] profondément enraciné dans les mentalités du monde juif et non du monde grec. Le rite d'exorcisme qui consiste à chasser un démon hors d'un homme vers un animal est bien connu dans le monde assyro-babylonien[21]". "Que les démons puissent être nombreux au point d'être comparés à une légion, apparaît dans une boule d'incantation en syriaque [provenant de Nippur en Irak] qui protège son client "contre toutes les légions"[22]".

Quand Jésus guérit un aveugle, il met "de la salive sur ses yeux" (Mc 8. 22 ; la salive est omise dans Matthieu et Luc). Ch. Prieto remarque à ce sujet que Luc évite une telle mention car "la vertu "sympathique" de la salive" peut "évoquer la magie". Elle note également que lors de la guérison du sourd à Décapole, Jésus s'exprime en araméen, et que Luc, une fois de plus, évite l'évocation d'une "parole étrangère à vertu supérieure", car "Luc s'adresse à des communantés de culture grecque[23]" peu réceptives à l'égard de ce genre de pratiques.

Réception des miracles au Ier siècleModifier

"De manière générale, les historiens admettent que Jésus s'est présenté lui-même comme un guérisseur et un exorciste dans une action de salut en accord avec sa parole de libération - du moins, que son entourage l'a perçu comme tel. [...] Le miracle joue un rôle important dans la conversion au christianisme. Dès le déclenchement du processus de séparation entre les Judéens pharisiens et les Judéens chrétiens, les premiers se sont méfiés des derniers à cause de leurs pratiques magiques - la littérature rabbinique a conservé des témoignages de cette défiance[24]".

Liste des miraclesModifier

Numéroté Evénement Matthieu Marc Luc Jean
1 Noces de Cana Jn 2. 1-11
2 Guérison d'un démoniaque à Capharnaüm Mc 1. 21-28 Lc 4. 31-37
3 La pêche miraculeuse Lc 5. 1-11
4 Résurrection à Naïn Lc 7. 11-17
5 Guérison d'un lépreux Mt 8. 1-4 Mc 1. 40-45 Lc 5. 12-16
6 Guérison d'un serviteur d'un centurion Mt 8. 5-13 Lc 7. 1-10
6 Guérison du fils d'un officier Jn 4. 46-54
7 Guérison de la belle-mère de Pierre Mt 8. 14-15 Mc 1. 29-34 Lc 4. 38-41
8 Autres exorcismes à Capharnaüm Mt 8. 16-17 Mc 1. 32-34 Lc 4. 40-41
9 La Tempête apaisée Mt 8. 23-27 Mc 4. 35-41 Lc 8. 22-25
10 Chasse les démons chez les Gadaréniens Mt 8. 28-34 Mc 5. 1-20 Lc 8. 26-39
11 Guérison d'un paralytique Mt 9. 1-8 Mc 2. 1-12 Lc 5. 17-26
12 Résurrection de la fille de Jaïrus Mt 9. 18-26 Mc 5. 21-43 Lc 8. 40-56
13 La Femme hémorragique Mt 9. 20-22 Mc 5. 24-34 Lc 8. 43-48
14 Guérison de deux aveugles Mt 9. 27-31
15 Guérison d'un démoniaque muet Mt 9. 32-34
16 Guérison à la piscine de Béthesda Jn 5. 1-18
17 Guérison de l'homme à la main paralysée Mt 12. 9-13 Mc 3. 1-6 Lc 6. 6-11
18 Exorcisme sur un aveugle muet Mt 12. 22-28 Mc 8. 20-30 Lc 11. 14-23
19 Guérison de la femme courbée Lc 13. 10-17
20 Multiplication des pains pour 5000 hommes Mt 14. 13-21 Mc 6. 31-34 Lc 9. 10-17 Jn 6. 5-15
21 Jésus marche sur l'eau Mt 14. 22-33 Mc 6. 45-52 Jn 6. 16-21
22 Guérisons en nombre à Génésareth Mt 14. 34-36 Mc 6. 53-56
23 Guérison de la fille d'une Cananéenne Mt 15. 21-28 Mc 7. 24-30
24 Guérison du sourd à Décapole Mc 7. 31-37
25 Multiplication des pains pour 4000 hommes Mt 15. 32-39 Mc 8. 1-9
26 Guérison de l'aveugle de Bethsaïda Mc 8. 22-26
27 Transfiguration de Jesus Mt 17. 1-13 Mc 9. 2-13 Lc 9. 28-36
28 Guérison d'un épileptique Mt 17. 14-21 Mc 9. 14-29 Lc 9. 37-49
29 Pièce dans la bouche d'un poisson Mt 17. 24-27
30 Guérison d'un homme rempli d'oedèmes Lc 14. 1-6
31 La Guérison des Dix Lépreux Lc 17. 11-19
32 Guérison d'un aveugle-né Jn 9. 1-12
33 Guérison de l'aveugle (des deeux aveugles) près de Jéricho Mt 20. 29-34 Mc 10. 46-52 Lc 18. 35-43
34 Résurrection de Lazare Jn 11. 1-44
35 Le figuier stérile Mt 21. 18-22 Mc 11. 12-14
36 Guérison de l'oreille d'un serviteur Lc 22. 49-51
37 La pêche miraculeuse de l'évangile attribué à Jean Jn 21. 1-24

D'après la Bible Louis Segond et Miracles of Jesus(en) dans wikipédia en anglais.

Les miracles de Jésus dans la peintureModifier

RéférencesModifier

  1. Jean-Marie Mayeur, Luce Pietri, André Vauchez, Marc Venard, Histoire du Christianisme. Le nouveau peuple (des origines à 250), Desclée, , p. 32.
  2. (de) Gerd Theissen, Urchristliche Wundergeschichten, Gütersloher Verlaghaus, , p. 57-83.
  3. Xavier Léon-Dufour, Les miracles de Jésus, Le Seuil, , p. 295-300.
  4. Charles Perrot, Jean-Louis Souletie, Xavier Thévenot, Les miracles, Editions de l'Atelier, (lire en ligne), p. 108.
  5. Daniel Marguerat, Le Dieu des premiers chrétiens, Labor et Fides, , p. 38.
  6. (en) John P. Meier, A Marginal Jew. Mentor, message, and miracles, Doubleday, , 1118 p..
  7. (en) Craig S. Keener, Miracles. The Credibility of the New Testament Accounts, Baker Books, , 1248 p. (lire en ligne).
  8. Adjonction de sommaires narratifs et thématiques dans la rédaction des évangiles, ces résumés ponctuant le récit évangélique, évoquent beaucoup d'autres guérisons dont le détail n'a pas été retenu. Cf Charles Perrot, op. cit., p. 107
  9. De Jésus à Jésus-Christ, I. Le Jésus de l’Histoire : Actes du colloque de Strasbourg, 18-19 novembre 2010, Mame–Desclée, , p. 87.
  10. Ernest Renan, La Vie de Jésus, Michel-Lévy frères, 1863, p.360.
  11. Ernest Renan, La Vie de Jésus, Michel-Lévy frères, 1863,p.268.
  12. Ernest Renan, La Vie de Jésus, Michel-Lévy frères, 1863,p.361-363.
  13. Ernest Renan, La Vie de Jésus, Michel-Lévy frères, 1863, p.359.
  14. Daniel Marguerat, Le Dieu des premiers chrétiens, Labor et Fides, 1990, p. 35.
  15. Paula Fredriksen, De Jésus aux Christs, éd. du Cerf, 1992, p.143.
  16. Geza Vermes, Dictionnaire des contemporains de Jésus, Bayard, 2008, 197.
  17. Paula Fredriksen, De Jésus aux Christs, éd. du Cerf, 1992, p.143
  18. Christine Prieto, Jésus thérapeute. Quels rapports entre ses miracles et la médecine antique ?, Labor et Fides, 2015, p.289.
  19. Christine Prieto, Jésus thérapeute. Quels rapports entre ses miracles et la médecine antique ?, Labor et Fides, 2015, p.140. L'étude de Marcel Mauss, "Esquisse d'unee théorie générale de la magie" est dans Sociologie et anthropologie (1950), PUF 1973, p.47-49.
  20. Christine Prieto, Jésus thérapeute. Quels rapports entre ses miracles et la médecine antique ?, Labor et Fides, 2015,p.141
  21. Christine Prieto, Jésus thérapeute. Quels rapports entre ses miracles et la médecine antique ?, Labor et Fides, 2015,p.292-293.
  22. Christine Prieto, Jésus thérapeute. Quels rapports entre ses miracles et la médecine antique ?, Labor et Fides, 2015, p.144-145. Ces boules sont des sphères creuses de terre cuite sur lesquelles sont écrites des phrases d'incantation magiques destinées à chasser des esprits maléfiques, ou à les capturer dans la boule, ibid., p.145
  23. Christine Prieto, Jésus thérapeute. Quels rapports entre ses miracles et la médecine antique ?, Labor et Fides, 2015, p.11
  24. Simon Claude Mimouni et Pierre Marval, Le Christianisme des origines à Constantin, PUF, 2006, p.100.

BibliographieModifier

  • Christine Prieto, Jésus thérapeute. Quels rapports entre ses miracles et la médecine antique ?, Labor et Fides, 2015.
  • Thierry Murcia, Jésus, les miracles en question, Paris, 1999 / Jésus, les miracles élucidés par la médecine, Paris, 2003.
  • Thierry Murcia, Les miracles de Jésus ont-ils une réalité historique ?, 2000 [1].
  • Thierry Murcia, « Le statère trouvé dans la bouche d'un poisson (Matthieu 17, 24-27) », dans la Revue biblique 117, 3, 2010, p. 361-388 ; « La question du fond historique des récits évangéliques. Deux guérisons un jour de Kippour : l'Hémorroïsse et la résurrection de la fille de Jaïre et le possédé de Gérasa/Gadara », dans Judaïsme ancien / Ancient Judaism 4, 2016, p. 123-164.
  • Claude Tresmontant, La question du miracle à propos des Évangiles, analyse philosophique, 1992, édition numérique.
  • Daniel Marguerat, Le Dieu des premiers chrétiens, Labor et Fides, 2e éd. 1990.
  • (en) Michael Levine, Miracles, The Stanford Encyclopedia of Philosophy (Fall 2005 Edition).
  • Geza Vermes, Jésus le juif, Desclée, 1977, p.77-108 (Jésus situé dans la tradition des charismatiques).

Articles connexesModifier