Écologisme

mouvement philosophique, idéologique et social
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L'écologisme, ou environnementalisme, est à la fois un courant de pensée (idéologie ou philosophie) et un corpus de valeurs et de propositions, dont l'orientation de l'activité politique ou parapolitique vise au respect, à la protection, à la préservation ou à la restauration de l'environnement.

Ce mouvement éco-centrique a comme projet la conservation de la nature et le « respect » des équilibres naturels. L'environnementalisme et le mouvement écologiste ont parmi leurs priorités la conservation des ressources naturelles, la préservation de la « vie sauvage » (wilderness), la lutte contre la dégradation, la fragmentation et la destruction des habitats et des écosystèmes au sens le plus large. Ils définissent de nouveaux rapports territoriaux dans les milieux habités par l'humain, dont les milieux urbains, considérés comme les habitats potentiels de substitution et comme cadre de vie d'une part grandissante de l'humanité.

Ces différentes demandes sociales et politiques, ou même protestations, s'expriment dès le début du XXe siècle : en 1902, une Convention internationale pour la protection des oiseaux utiles est signée entre 11 pays d'Europe et, en 1913, le congrès de Berne réclame une « Protection mondiale de la nature »[1], principalement du constat de la dégradation de la nature par l'homme, notamment par la surchasse et la surexploitation de la nature, puis par la pollution et la destruction à grande échelle de milieux naturels notamment.

Écologie et écologismeModifier

L'écologisme est étroitement lié à l'écologie, à l'écologie politique et à l'histoire de l'écologie. Les informations tirées des études scientifiques sont utilisées par les partisans ou militants de l'écologisme, les écologistes ou environnementalistes, pour orienter leurs actions : faire stopper ou réguler l'exploitation des ressources, faire pression pour parvenir à des décisions politiques qui intègrent les enjeux écologiques, etc.

Certains auteurs tels Murray Bookchin distinguent « écologisme » et « environnementalisme ». Pour eux, l'environnementaliste est un militant ou professionnel qui défend l'environnement sans faire de politique, tandis que l'écologiste serait censé essayer de faire passer prioritairement les idées écologiques de l'écologisme dans la vie de la cité et donc dans la politique[2],[3],[4].

ActeursModifier

L'écologisme est aussi bien le fait de penseurs isolés que de groupements de tous ordres : cercles d'experts faisant appel à des chercheurs (club de Rome), associations militantes, mouvements écologistes. À partir des années 1970 se développent les premiers véritables partis politiques écologistes, tel en France le Mouvement d'écologie politique. En 1980, le parti des Verts est fondé en Allemagne de l'Ouest, puis en 1984 son équivalent apparaît en France.

HistoireModifier

Les courants de pensée inspirant l'environnementalisme moderne proviennent de l'Europe et des États-Unis du XIXe siècle.

Avant le XIXe siècle : en Europe, émancipation et domination de la « nature »Modifier

Les préoccupations « écologistes », de protection de la nature et de ses ressources sur des bases éthiques, philosophiques, économiques ou religieuses ont toujours existé dans l'histoire humaine. Dès l'Antiquité et le début du Moyen-âge, beaucoup de lois ont été promulguées qui peuvent être qualifiées d'écologistes : de la protection des forêts à Ur vers , aux édits de protection des animaux de l'empereur Ashoka en Inde (), de la première « réserve naturelle » du monde (un sanctuaire de la vie sauvage) au Sri Lanka quelques décennies plus tard jusqu'à la première loi de protection des oiseaux sur les îles Farne en 676[5]. Les idées « écologistes » ont progressé dans l'histoire parallèlement aux considérations des penseurs sur le sujet. Aristote serait le premier penseur européen à distinguer l'Homme et les autres êtres naturels : la phusis (« tout ce qui est et advient ») s'oppose au technè, qui désigne tout ce que l'Homme fabrique[6].

Au Moyen Âge et pendant la Renaissance en Europe, l’Église a une très forte influence sur la pensée. Le christianisme peut être considérée comme la religion la plus anthropocentrée que l'humanité ait connue[7]. La conception de la relation entre l'Homme et la nature qu'elle a promue est en corrélation avec le rapport destructeur que les Occidentaux ont pu avoir avec cette dernière. Dans le livre de la Genèse de la Bible, Dieu dit ainsi : « Soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la terre, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre ». Des voix alternatives se sont fait entendre au sein de l’Église. François d'Assise, choisi comme saint patron de l'écologie, est parfois considéré comme le précurseur de la vision chrétienne de l'homme dans sa relation avec la nature[8]. Mais cette dernière vision reste très longtemps minoritaire. Ainsi en 1637, Descartes, sur ce point, inscrit sa pensée dans la doctrine majoritaire de l’Église : il distingue fortement l'Homme de la nature, l'Homme de l'animal qui n'a pas d'âme, qui est un animal-machine. Il invite ses lecteurs à comprendre les rouages de la nature pour ne plus la subir et s'en émanciper, pour que « connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent [...] nous les pourrions employer [...] et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature »[9].

Le concept de l'animal-machine et cette dichotomie entre l'Homme et le reste de la « nature » est discuté et reconsidéré un siècle plus tard, notamment par Diderot en 1769, qui écrit au contraire que « Tout tient dans la nature. Il n’y a qu’une substance dans l’univers, dans l’homme, dans l’animal [...] c’est le point clef, que chaque élément de la matière, atome ou molécule, est doté de sensibilité »[10].

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, des colons des États-Unis d'Amérique prennent des mesures pour éviter l'épuisement des ressources, par la réglementation de l'abattage du bois, la jachère ou l'interdiction de la chasse par période[Note 1], et à l'île Maurice (à l'époque nommée Île-de-France), gouverneur prend des mesures législatives en 1710 en protégeant les forêts afin de lutter contre l'érosion des sols et de garantir des microclimats favorables.

Une des premières actions collectives contre la déforestation date de 1720, en Inde, avec des centaines de villageois de confession bishnoïe qui ont empêché les soldats du maharaja de Jodhpur de détruire des arbres[Note 2].

Au XIXème siècle, l'émergence de la pensée écologisteModifier

Tandis qu'Henry David Thoreau (1817-1862) est considéré comme le premier environnementaliste, un des premiers penseurs ayant associé et théorisé la lutte sociale et la préoccupation écologiste est Élisée Reclus (1830-1905), scientifique et militant anarchiste[11].

En 1864, George Perkins Marsh publie L'Homme et la Nature (Man and nature)[12], la première analyse systématique de l'impact destructif de l'humanité sur l'environnement, qui devient un travail de référence pour le mouvement environnementaliste. Deux ans plus tard, le terme écologie est créé par le zoologiste allemand Ernst Haeckel.

Les premières créations d'organisations que l'on qualifierait de conservationnistes, écologistes remontent à 1815 avec la Commons Open Spaces & Footpaths preservation society au Royaume-Uni, à 1854 en France avec la Société nationale de protection de la nature. Aux États-Unis, la création du premier grand parc naturel, le parc national de Yellowstone, remonte à 1872[13] tandis que la naissance de la première grande ONG de défense de la nature, le Sierra Club remonte à 1892.

Concernant le « contrôle » de l'industrialisation, Benjamin Franklin et des habitants déposent en 1739 une pétition à l'assemblée de Pennsylvanie pour faire stopper les décharges des déchets des tanneries (du district commercial de Philadelphie) : les entreprises parlent de violation de leurs droits tandis que Franklin fait mention de « public rights » (« droit public, des citoyens »). Par la suite, de 1762 à 69, un comité essaie de réguler et contrôler la pollution des eaux et les déchets[14].

Pour l'Angleterre moderne, une des premières lois de contrôle de la pollution est le British River Pollution Control Act de 1876 qui rend illégal tout déversement d'égouts dans les rivières ou autres courants, qui fait pendant à une loi de 1388 interdisant de jeter les ordures dans les fossés, rivières…

Les premières dénonciations virulentes du gaspillage des ressources naturelles de notre société industrielle sont dues à un biologiste et urbaniste écossais Patrick Geddes vers 1915[15].

La première organisation internationale de conservation de la nature est fondée en 1948, l'Union internationale pour la conservation de la nature[16], dont le siège se trouve en Suisse.

A partir de 1960, le temps de l'alerteModifier

Dès les années 1960, aux États-Unis les préoccupations écologistes resurgissent avec les problèmes de pollution, sous la forme par exemple de l'opposition au DDT[17] et des mouvements antinucléaires[18]. La plus importante manifestation au monde a lieu le , décrété Jour de la Terre pour demander la protection de l'environnement.

En décembre 1966, l'historien américain Lynn White Jr donne une conférence sur les racines historiques de la crise écologique, avant de publier en 1967 son livre The historical roots of our ecological crisis. Le judéo-christianisme y est accusé d'être une cause de la crise écologique. Ce livre a servi de référence mais a été critiqué notamment par Jean Bastaire[19].

Dans les années 1970 apparaît un nouveau type de mobilisation : les interventions d'urgence. Par exemple, face au non-respect de l'embargo sur la chasse à la baleine, l'organisation Greenpeace, récemment fondée, place ses militants devant les baleiniers. James Lovelock, père de la théorie Gaïa, formule sa théorie à cette période.

Parmi les mouvements écologistes actuels, apparus dans les années 1960 et 1970, la plupart ont plutôt des préoccupations sociales associées aux préoccupations environnementalistes et prônent des valeurs de tolérance et d'ouverture.

Mouvement en FranceModifier

 
Marche pour le climat à Paris, en septembre 2018.

Le mouvement écologiste connaît une impulsion particulière après mai 68, tout d'abord en tant que mouvement contestataire. Il s'est d'abord caractérisé par des actions ponctuelles et des manifestations, aussi bien sur le terrain qu'à Paris. On note ainsi la lutte contre la création d'une station de ski dans le parc national de la Vanoise en 1970, les manifestations de 1971 contre les centrales nucléaires de Fessenheim (quelques centaines de personnes) et de Bugey (15 000 personnes). De même, la manifestation contre l'extension du camp militaire du Larzac regroupe quelques centaines de manifestants le , puis près de 20 000 le . Le principal animateur de ces manifestations est Pierre Fournier, journaliste à Charlie Hebdo, militant antinucléaire et antimilitariste.

Cependant, le programme nucléaire ne démarre en France qu'en 1974, à la suite du premier choc pétrolier de 1973. Très rapidement, le nucléaire est alors rejeté par les associations de défense de la nature, par des scientifiques rejetant des avis d'experts de l'époque, par des citoyens inquiets des risques potentiels et par une presse militante : Le Courrier de la Baleine, revue des Amis de la Terre en 1971 et surtout en 1972 La Gueule ouverte[20], qui a un public plus large. Le mouvement antinucléaire servira de focalisateur à la cause écologiste.

Une des plus importantes manifestations contre le nucléaire, la manifestation à Creys-Malville en 1977 est sévèrement réprimée (un mort et des dizaines de blessés) .

C'est à la même période qu'est créée en 1969, par Jean Carlier, l'association des journalistes-écrivains pour la nature et l'écologie (JNE).

Si quelques candidatures écologistes avaient déjà été lancées en Alsace[21], c'est la première candidature à l'élection présidentielle d'un candidat se réclamant de l'écologie, en 1974, qui la propulse vraiment sur le terrain politique. L'agronome tiers-mondiste René Dumont, si son score électoral est médiocre, utilise l'exposition médiatique dont il bénéficie pour faire prendre conscience des problèmes environnementaux.

L'expression péjorative « écologie punitive », apparue vers 2007, permet aux femmes et hommes politiques de déplacer le débat sur le terrain social, se drapant dans la défense des petites gens « qui n’ont pas les moyens d’être vertueux », au risque de rendre impossible une transition pourtant nécessaire[22].

Mouvement internationalModifier

Le mouvement environnemental est un mouvement international, représenté par de nombreuses organisations, s'appuyant sur une base importante et variant d'un pays à l'autre. En raison du grand nombre de ses membres, de ses croyances variées et prononcé et parfois de sa nature spéculative, le mouvement environnemental n'est pas toujours uni dans ses objectifs. Le mouvement englobe également d'autres mouvements ayant une orientation plus spécifique, comme le mouvement climatique. Au sens large, le mouvement comprend des particuliers, des professionnels, des dévots religieux, des politiciens, des scientifiques, des organisations à but non lucratif et des défenseurs individuels.

Pour Dennis Meadows, les mouvements écologistes doivent rechercher la résilience à l'échelle locale : il « ne [voit] pas la possibilité de créer un mouvement écologique global[23]. »

Courants de penséeModifier

Le philosophe Luc Ferry distingue quatre types d'écologie, représentés par les adeptes de la collapsologie, les partisans de la décroissance, les « réformistes […] favorables à l’économie de marché et à la croissance » et les « écomodernistes ». Le philosophe ne cache pas sa préférence pour ces derniers, et son rejet de la collapsologie et de la décroissance[24].

Un article de Nature, publié en 2020, distingue d'un côté les « éco-socialistes » et les « éco-anarchistes », proches de la décroissance, les réformistes et les adeptes de la « croissance verte »[25] (écomodernistes).

Selon le philosophe de l'esprit Philip Goff (en), bien que le paradigme scientifique dominant soit le matérialisme, les êtres humains ne peuvent s'empêcher de penser de façon dualiste. Or pour les dualistes, le monde naturel, dépourvu de conscience[Note 3], est à exploiter plutôt qu'à révérer. Il voit dans une troisième voie qu'il promeut, le panpsychisme, un espoir de résoudre l'indifférence humaine face à la crise climatique[26].

Écologie profondeModifier

Cet autre courant de pensée, intitulé deep ecology en anglais, est d'origine anglo-saxonne, bien que son fondateur soit le philosophe norvégien Arne Næss (1912-2009). Il affirme que la nature a une valeur intrinsèque et des droits qu'il faut respecter et que l'homme et ses droits sont à repenser dans ce contexte étendu. Un des précurseurs de l'écologie profonde, Aldo Leopold (1887-1948) a proposé le développement et la défense d'une « éthique de la terre »[27]. John Baird Callicott (né en 1941) est la personnalité la plus impliquée actuellement.

Parmi les partisans du courant de l'écologie profonde, on peut citer Dave Foreman, fondateur de Earth First!, ou l'essayiste et sociologue Laurent Ozon. L'ouvrage fondamental de ce courant affirme, en reprenant les enseignements d'un autre écologiste, Gary Snyder : « les êtres humains sont trop nombreux aujourd'hui et le problème s'aggrave rapidement […]. L'objectif doit être la moitié de la population actuelle du monde, ou encore moins[28]. »

ThèmesModifier

Le développement de l'environnementalisme se fait à la faveur de la prise de conscience de la dégradation de l'environnement d'origine humaine (risques nucléaires, couche d'ozone, pollutions, pesticides, réchauffement de la planète, effet de serre, épuisement des ressources naturelles). L'environnementalisme brasse des thèmes très divers et se répartit en plusieurs mouvements de pensée.

Certaines de ces préoccupations sont partagées par la communauté scientifique au sujet de l'empreinte écologique excessive de notre modèle de développement, ainsi que les enseignements du Club de Rome dont la modélisation du système planétaire a mis en relation le caractère limité des ressources naturelles et le modèle de croissance économique illimitée.

Protection de la natureModifier

 
Le Chef Raoni, figure emblématique du combat contre la déforestation en Amazonie, au milieu d'autres chefs indiens brésiliens.

Certains scientifiques, en particulier des biologistes et des naturalistes, sont à l'origine de nombreuses sociétés de protection de la nature. Ainsi dès 1854, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, professeur au Muséum national d'histoire naturelle, fondait la Société impériale zoologique d’acclimatation, aujourd'hui Société nationale de protection de la nature.

On peut distinguer deux types d'objectifs poursuivis par l'environnementalisme. Certains, à la suite des naturalistes, visent à protéger la nature vierge : espèces menacées, sites naturels. C'est le cas de nombreuses associations telles que celles regroupées dans la fédération France nature environnement. Des actions ponctuelles, depuis la lutte contre l'implantation d'une station de ski dans le parc national de la Vanoise en 1970 jusqu'à la lutte en faveur de la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées françaises, entrent dans ce cadre.

Limites planétairesModifier

D'autres objectifs concernent les risques liés au dépassement des limites planétaires et à l'avènement de l'Anthropocène. Les environnementalistes se fondent sur les résultats de l'écologie scientifique. Ils dénoncent par exemple les risques que présentent le réchauffement climatique, le gaspillage des ressources en eau, la destruction des forêts, les risques liés à l'industrie nucléaire. Ces luttes sont celles qui font l'objet du plus grand écho au niveau international au travers de réunions d'experts et de chefs d'État, depuis la Conférence des Nations unies sur l'environnement de Stockholm en 1972 jusqu'à la signature du protocole de Kyoto en 1998.

Pour le sociologue Harald Welzer, les promesses écologiques ne constituent pas une contrainte. Ceux qui en formulent aujourd'hui n'exerceront plus de responsabilité dans quelques années, s'ils ne sont déjà morts. La justice climatique, par ailleurs souhaitable, ne peut pas tout : « même les décisions de la Cour européenne de justice sont ignorées par le gouvernement polonais ». Les changements de société ont leur propre logique. Cela peut prendre beaucoup de temps, ou aller très vite, sans qu'il y ait une intention. Welzer poursuit : « le changement climatique induit par l'être humain est historiquement nouveau, et nous ne savons donc pas quelles sont les voies qui mèneront au succès. Nous devons expérimenter cela ensemble ». Il constate enfin que la cheffe des Verts allemands, Annalena Baerbock, encore enfermée dans la vieille pensée selon lui, veut fixer des objectifs, au lieu d'expérimenter un nouveau chemin climatique, forcement ardu[29].

Écologisme, science et technologieModifier

Les rapports entre l'environnementalisme et de la technologie sont ambivalents.

Les scientifiques sont nombreux à dénoncer les méfaits de la technologie. Barry Commoner, dès les années 1950, tente de faire le point sur l'effet des essais nucléaires sur l'environnement. Il analyse l'effet pervers de certaines technologies telles que les insecticides ou les détergents qui, utiles à court terme, produisent des effets mal calculés et parfois très dangereux à long terme[réf. nécessaire]. La biologiste Rachel Carson dénonce les effets du DDT. Un thème essentiel de l'environnementalisme apparaît : la complexité des mécanismes naturels, dont la technologie humaine n'a pas toujours pris la mesure. Les scientifiques apportent une caution scientifique aux militants, par exemple par des rapports au Club de Rome, qui présentent un modèle étudiant l'impact à long terme des activités humaines sur l’environnement[réf. nécessaire].

Dans le même temps, les scientifiques eux-mêmes bénéficient parfois des connaissances accumulées par les écologistes, par exemple en matière de disparition d'espèces. L'explorateur et cinéaste Jacques-Yves Cousteau, grâce au succès de ses films, a pu aider des scientifiques à mener des campagnes d'étude. De plus, la technique peut apporter des réponses à certains problèmes soulevés par l'environnementalisme : écologie industrielle, biocarburants, constructions à « haute qualité environnementale » (HQE), techniques de captation et séquestration du CO2[30].

Pour Ozzie Zehner (en), ce n'est pas le rôle des écologistes que d'assurer la promotion des technologies vertes : « Il est tout à fait raisonnable que les environnementalistes critiquent les industries des combustibles fossiles pour les dommages qu'elles provoquent. Il est cependant tout à fait déraisonnable que les environnementalistes deviennent les porte-parole de la prochaine série de machines à désastre écologique telles que les cellules solaires, l'éthanol et les véhicules à batterie[31]. » Par contre, selon l'auteur, les écologistes sont fondés à contrôler les installations de production d'énergie, quelque forme qu'elle revête. Mais c'est quand ils s'attaquent aux problèmes de société tels que le soutien des droits de l'homme, la définition de nouvelles structures économiques, le renforcement des communautés ou la consolidation de la démocratie qu'ils assument pleinement leur mission[31].

À l'inverse, le technosolutionnisme est la croyance au caractère salvateur du progrès. Celui-ci fait l'objet de critiques de la part d'associations[32],[33], comme de la part des Nations unies, dont le Bureau pour la réduction des risques de catastrophe (en) estime que l’humanité entre dans « une spirale d’autodestruction », en raison d’une « perception erronée des risques guidée par l'optimisme, la sous-estimation et l'invincibilité, conduisant à des décisions politiques, financières et de développement qui exacerbent les vulnérabilités et mettent des vies en danger »[34].

Pour le scientifique Vaclav Smil, l'humanité oscille entre « techno-optimisme » et catastrophisme. Smil ne saurait prédire le futur, mais affirme que l'« issue dépend de nos actions »[35].

DécroissanceModifier

Dès les années 1960 des spécialistes mettent en garde contre les risques d'une croissance économique illimitée. Du risque de la surpopulation, la mise en garde passe progressivement à une volonté de maîtrise de la croissance économique.

En 1972, le premier rapport au club de Rome, élaboré par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT), met en avant, outre le problème de la surpopulation, une contradiction entre le développement exponentiel de l'économie mondiale et le caractère limité des ressources naturelles. Il propose de rechercher un « équilibre » dans lequel le progrès porterait sur les conditions de vie et non sur la croissance économique. Si le rapport a été critiqué par d'autres scientifiques pour les faiblesses du modèle économique utilisé, il a contribué à diffuser les thèses écologistes sur les risques de la productivité à outrance.

Selon le rapport Brundtland, publié en 1987, la satisfaction des besoins d'aujourd'hui ne doit pas compromettre la capacité des générations futures de satisfaire ses propres besoins. Il ouvre la voie au « développement durable » ou « soutenable ».

Hervé Kempf estime que le mouvement écologiste, à l'échelle mondiale doit se remettre en question. Il doit amener « la très grande partie de la population » à comprendre que la réponse à la crise écologique « [passe] par la sobriété, et par une réduction du niveau de vie moyen »[36]. Dès lors, il conviendrait de rompre avec la notion de « pouvoir d'achat », perçue comme « outil pour neutraliser la colère sociale »[37].

Selon Dennis Meadows, l'être humain accède au bonheur au travers de la pléonexie (« avoir plus ») ou du « vouloir moins ». Meadows plaide pour la sobriété, mais met en garde contre l'emploi du terme décroissance connoté négativement[23].

Pour Jean-Marc Jancovici, la diminution des combustibles fossiles est inéluctable, cependant que leur utilisation aggrave le réchauffement climatique : il parle ainsi de « double limite physique : celle des ressources à l’amont, et de la taille de la poubelle atmosphérique à l’aval ». Il ne sait si la pléonexie va s'imposer, ou une coopération à l'échelle mondiale en vue d'une modération volontaire (« sobriété ») qu'il appelle de ses vœux[38].

Les associations ou organismes liés à l'environnement s'intéressent aux importantes conséquences sociales provoquées par les changements de société en matière de sobriété qu'eux-mêmes appellent de leurs vœux[39],[40],[41].

Critiques de l'écologismeModifier

Les enjeux écologistes peuvent être antagonistes. Ainsi, les feux de forêt de 2022 en Gironde seraient dus notamment (en plus de la sévère sécheresse et de l'allumage du feu) à l'abandon d'un projet de débroussaillement en raison de l'opposition de militants écologistes[42].

RevuesModifier

FilmographieModifier

Les premiers films ou documentaires consacrés à l'environnement ou à des thématiques écologistes semblent dater des années 1930, mais ils ne deviennent vraiment nombreux (du moins pour ceux qui atteignent une certaine notoriété) qu'à partir des années 1990.

Le premier Festival international du film sur l'environnement (FICA) est créé en 1999 au Brésil[51], dans l'État de Goiás dont la capitale Goiânia a connu un accident nucléaire en 1987.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. En 1626 dans la colonie de Plymouth, une ordonnance réglemente l’abattage et la vente de bois d’œuvre. En 1681 en Pennsylvanie, William Penn décrète que pour cinq acres défrichés, un acre doit rester en forêt. En 1718 au Massachusetts, la chasse au cerf est interdite pour une durée de quatre ans.[réf. nécessaire].
  2. Filiation historique du mouvement Chipko ; voir aussi la chronologie de l'écologisme.
  3. Au sens de consciousness en anglais, Bewusstsein en allemand, et non conscience en anglais, Gewissen en allemand.
  4. a et b Liste non exhaustive.

RéférencesModifier

  1. Aimé Loiseau, « Les réfections françaises. Les jardins-volières. », Études, juillet-août-septembre , sur Gallica, p. 54-76, page 74.
  2. Jacques Dufresne, « Murray Bookchin », sur Encyclopédie de l'Agora, (consulté le ).
  3. Fabrice Flipo, « Qu'est-ce que l'écologisme ? », Socio-logos, Association française de sociologie, nos 12-2017,‎ (ISSN 1950-6724, DOI 10.4000/socio-logos.3143, lire en ligne, consulté le ).
  4. Guillaume Carbou, « En finir avec la confusion entre écologie et environnementalisme », sur Libération, (consulté le ).
  5. (en) historique de l'environnementalisme et Cuthbert de Lindisfarne pour la protection des oiseaux
  6. Eric Aeschimann, « De Dieu à Darwin », L'Obs, no 111,‎ (lire en ligne  ).
  7. (en) Lynn White, « The historical roots of our ecological crisis », Science,‎ (lire en ligne [PDF]).
  8. C. Michel, « Saint François et l'environnement », Courrier Communautaire International, vol. 7, no 1,‎ , p. 17-19.
  9. Gérard Courtois, « Descartes, l’ingénieur », Ils ont pensé ..., sur France Culture, (consulté le ).
  10. « Diderot, le précurseur : épisode 3/6 du podcast Ils ont pensé... la nature », sur France Culture, (consulté le ).
  11. Jean-Didier Vincent, Elisée Reclus. Géographe, anarchiste, écologiste, éditions Robert Laffont, , p. 19.
  12. Titre complet :Man and nature ; or, Physical Geography as Modified by Human Action, révisé en 1874 sous le titre The Earth as Modified by Human Action ; voir George Perkins Marsh.
  13. Pour le parc de Yellowstone, il faut relativiser l'intérêt de la conservation de la nature pour elle-même : l'acte du Congrès stipule en effet le site approprié « pour le bénéfice et le plaisir des gens » ; voir l'analyse chronologique de René Dubos.
  14. Chronologie de l'écologisme.
  15. Dominique Bourg, « De l'écologie à l'écologie politique ».
  16. en anglais : World Conservation Union ou International Union for Conservation of Nature and Natural Resources (IUCN).
  17. Voir Rachel Carson, Silent spring.
  18. Le biologiste Barry Commoner en est un des précurseurs de la fin des années 1950.
  19. Jean Bastaire, « L'exigence écologique chrétienne », Études 2005/9, tome 403, p. 203 à 211, lire en ligne.
  20. Créé par Pierre Fournier.
  21. Mouvement Écologie et Survie avec Antoine Waechter et Solange Fernex.
  22. « Les mots et les maux de l’écologie » [PDF], sur Terra Nova, .
  23. a et b « Dennis Meadows : "Le déclin de notre civilisation est inévitable" », sur Reporterre, .
  24. « Les quatre écologies », sur infoimmo.ch.
  25. (en) « Scientists’warning on affluence » [« L'avertissement des scientifiques sur la prospérité (économique) »], Nature,‎ (lire en ligne).
    Voir tableau Meta approaches for sustainable prosperity (« Méta approches pour une prospérité durable »).
  26. (en) Galileo's error : Foundations for a new science of consciousness, First Vintage Books Edition, (ISBN 978-0-525-56477-5), p. 189.
  27. Dominique Bourg, Les Scénarios de l'écologie, p. 35.
  28. Devall et Sessions 1985, p. 166.
  29. (de) « Einer der letzten Intellektuellen – und ich » [« L'un des derniers intellectuels - et moi »], sur Société allemande pour l'énergie solaire (de), .
  30. Pierre Laffitte et Claude Saunier (au nom de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques), Les apports de la science et de la technologie au développement durable, t. I : Changement climatique et transition énergétique : dépasser la crise, Sénat (no 426), , 204 p. (lire en ligne).
  31. a et b Ozzie Zehner (en), Green Illusions (en), (ISBN 978-0-8032-3775-9), p. 340-341.
  32. La résilience des territoires : pour tenir le cap de la transition écologique, t. I : Comprendre, (résumé, lire en ligne [PDF]), p. 24-25.
  33. La résilience des territoires : pour tenir le cap de la transition écologique, t. III : Organiser, (résumé, lire en ligne [PDF]), p. 66.
  34. « La perception erronée des risques par l'humanité renverse les progrès mondiaux dans une « spirale d'autodestruction », selon un nouveau rapport de l'ONU », sur United Nations Office for Disaster Risk Reduction (en), .
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  36. « Climat : c’est notre mode de vie qu’il faut négocier », sur Reporterre, .
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  38. « Jean-Marc Jancovici : "Qu’on le veuille ou non, nous n’échapperons pas à la décroissance" », sur La Croix, .
  39. « Plan de relance pour l’industrie automobile » [PDF], Association négaWatt, . « Du fait de la simplicité du moteur électrique qui entraîne moins de besoin de main d’œuvre dans les chaînes de fabrication et moins d’entretien des véhicules, des dizaines de milliers d’emplois sont menacés. »
  40. L’Emploi : moteur de la transformation bas carbone : dans le cadre du plan de transformation de l’économie française, (présentation en ligne).
  41. « Reconvertir les salariés du secteur de l’aviation : la réflexion commence », sur Reporterre, .
  42. « Incendies en Gironde : entretien de la forêt, coordination des secours, disponibilité des Canadair... les raisons d'un désastre », La Dépêche du Midi, (consulté le ).
  43. L'Imposture écologiste.
  44. Le Progrès et ses ennemis.
  45. « L'Écologie politique : une idéologie de classe moyenne ».
  46. Pourquoi nous, les verts, sommes-nous toujours dans l'erreur.
  47. L'apocalypse n'est pas pour demain. Pour en finir avec le catastrophisme.
  48. Le Catastrophisme écologique contre la démocratie.
  49. Contre l'écologie. Opportunités d’investissement et aggravation de l’exploitation [PDF].
  50. (en) Environmentalism as religion, The New Atlantis, été 2010.
  51. Festival international du film sur l'environnement FICA (en brésilien Festival internacional de cinema e video ambiental), créé dans l'État de Goiás (Brésil) en 1999, voir le site du FICA.

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article. (Par ordre chronologique.)

En françaisModifier

  • Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois, 1854
  • George Marsh, L'Homme et la nature, 1864
  • Élisée Reclus, L'Homme et la terre, 1906
  • Aldo Leopold, Almanach d'un comté des sables, 1949
  • Rachel Carson, Printemps silencieux, 1962
  • Jean Dorst, Avant que nature ne meure, 1964
  • Barry Commoner, L'Encerclement, 1973 (traduit de (en) The Closing Circle, 1971)
  • Halte à la croissance (ou « rapport Meadows »), 1972 — étude soulignant les dangers écologiques de la croissance économique telle qu'elle est envisagée
  • Serge Moscovici, La Société contre nature, 1972
  • René Dumont, L'Utopie ou la Mort, 1973
  • Murray Bookchin, Pour une société écologique, 1976
  • André Gorz, Écologie et liberté, 1977
  • Jacques Ellul, Le Système technicien, 1977
  • André Gorz, Écologie et politique, 1978
  • Hans Jonas, Le Principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique, 1979 ; traduction française éd. du Cerf, 1990
  • René Dumont, Les Raisons de la colère ou l'Utopie des verts, 1986
  • Michel Jurdant, Le Défi écologiste, 1988
  • Pierre Lascoumes, L’Éco-pouvoir, environnements et politiques, Paris, La Découverte, 1994
  • Boy Jacques Le Seigneur, L'Écologie au pouvoir, Roche, 1995
  • Yves Cochet et Agnès Sinaï, Sauver la Terre, éd. Fayard, Paris, 2003
  • Hélène Bastaire et Jean Bastaire, Pour une écologie chrétienne, Paris, éditions du Cerf, 2004, 88 p.
  • Jean-Paul II, Les Gémissements de la Création - Vingt textes sur l'écologie, Parole et Silence, 2006, 126 p.
  • Jean-Marc Lorach, Comment faire des économies avec l'écologie : crédits d'impôts, bonus, subventions, aides et conseils gratuits, Héricy, éd. du Puits fleuri, , 296 p. (ISBN 978-2-86739-375-4)
  • Yves Cochet, Antimanuel d'écologie, éd. Bréal, Rosny-sous-Bois, 2009
  • Jean-Christophe Mathias, Politique de Cassandre - Manifeste républicain pour une écologie radicale, Sang de la Terre, 2009
  • F. Rudolf, « De la modernisation écologique à la résilience : un réformisme de plus ? », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, 13(3), DOI : 10.4000/vertigo.14558, 2013
  • J.-F. Morin et A. Orsini, Politique internationale de l’environnement, Paris, Presses de Sciences Po, 2015
  • Vincent Béal, Guide des Humanités environnementales, DOI : 10.4000/books.septentrion.19324, 2016
  • Fabien Revol (dir.), La Réception de l’encyclique Laudato si’ dans la militance écologiste, éditions du Cerf, 2017, 153 p.
  • Fabrice Flipo, « Qu'est-ce que l'écologisme », Socio-Logos, no 12,‎ (lire en ligne)
  • A. Grisoni et S. Némoz, « Les mouvements socio-écologistes, un objet pour la sociologie », Socio-Logos, no 12, 2017 (lire en ligne sur journals.openedition.org)
  • Jean-Hugues Barthélémy, La Société de l'invention. Pour une architectonique philosophique de l'âge écologique, éditions Matériologiques, 2018
  • Aurélien Barrau, Le Plus Grand Défi de l'histoire de l'humanité, éditions Michel Lafon, édition revue et augmentée, 2020

En anglaisModifier

  • (en) Devall et Session, Deep ecology, .  
  • (en) Belsey, Andrew (eds.), Philosophy and the Natural Environment, Cambridge University Press, Cambridge, 1994
  • (en) Almond, Brenda, ‘Rights and Justice in the Environmental Debate’, in Cooper and Palmer, 1995
  • (en) Taylor P.W. Respect for Nature: A Theory of Environmental Ethics. Princeton University Press, Princeton, NJ, 2011

Articles connexesModifier

Liens externesModifier