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Miette (roman)

livre de Pierre Bergounioux

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Miette
Auteur Pierre Bergounioux
Pays France
Genre Roman
Éditeur Gallimard
Collection Blanche
Date de parution
Nombre de pages 166
ISBN 2070740242

Miette est un Roman de Pierre Bergounioux paru le aux éditions Gallimard, qui a reçu la même année le Prix France Culture. Livre de la terre, réinventant deux générations corréziennes, il montre la fin d'une époque, d'un monde et d'une ruralité appelés à disparaître même des mémoires.

RésuméModifier

Le fond de cette section est à vérifier (mars 2019).

En septembre 1978, à l'enterrement de Berthe, morte après son mari), la famille (Adrien, Lucie ou Coralie) sort une boîte en carton de photos de famille. Le narrateur aperçoit pour la première fois Miette, dont la photo (ou une photo) orne la couverture de la réédition en Folio, et entreprend de rappeler le souvenir de ces quelques vies minuscules, que personne n'évoque.

Adrien, l'artisan en métaux, « résistant aux choses et aux maux », « les traits creusés », est désormais plus proche du narrateur (aux chapitres I et V). Dans sa jeunesse, benjamin, il cède la place à Baptiste, s'absente, circule, va à Paris, se marie, revient seul à la retraite dans la maison natale, sans jamais évoquer cette période.

« Son corps, pendant quarante années, s'activa là-haut. »

— p. 141

Lucie (1904) épouse Pierre un paysan des environs, travaille, élève ses enfants, et finit « cassée en deux par les travaux de la ferme ».

Octavie (1907), « fagot d'épines », « le brin d'ajonc de 1910 », « la chipie de 1925 », « la raisonneuse », « l'audacieuse », « l'échappée », fait des études à l'école normale de Tulle, classe préparatoire de Toulouse, École normale supérieure de Paris, proposition de poursuite à Berkeley en 1929, puis retour à Limoges, à la demande du père. Elle provoque en 1939 la rencontre de son amie d'école de Tulle, Berthe, avec Baptiste, et leur mariage. Elle reste célibataire, s'occupe à (dé)former les enfants de Baptiste en les conduisant à leur internat.

Baptiste, l'aîné, le terrien, l'emporté, « le furieux », « l'esclave et le maître des choses », pendant la longue absence du père (1914-1919), se forme à tenir la ferme, avec sa mère. Au retour du père, en 1919, il accompagne le père, qui, quatre mois par an, se transforme en représentant en vins du Bordelais, itinérant dans le nord de la France. Lecteur de Mise en valeur du plateau de Millevaches de Marius Vazeilles, il entreprend de passer le reste de son temps à planter des épineux pour rentabiliser les cent hectares (de mauvaise terre) de la ferme. Après la mort du père, l'arrestation éphémère par les Allemands, et le travail clandestin pendant près de trois ans, il reprend en 1945 la plantation de pins Douglas (ensauvagée) et la vente de vins itinérante.

« Les hauteurs, couvertes du grand manteau toujours vert qu'il avait ourdi, point par point, pendant un demi-siècle, le laissèrent enfin à lui-même, c'est-à-dire à rien puisqu'il ne s'était jamais considéré comme un être distinct. »

— p. 143

Jeanne, amie d'école d'Octavie, est institutrice de village. Parisienne par hasard, sans dot, elle n'est pas la bienvenue dans la famille, avec ses quatre tableaux de Cottin (Eugène Cottin (1842-1902) ?), ses livres (français et anglais), son indépendance (travail, salaire, logement de fonction), « son absence de de hauteur ou de mépris » : bonté, tendresse. Et le repas du dimanche midi à la ferme. Elle meurt quelques saisons après Baptiste.

Le père, Pierre, déjà soldat en 1895, rappelé en 1914, revenu en 1919, à la quarantaine, très tôt en retrait, disparu en 1936, quasiment absent des photographies de famille, « entré de son vivant dans l'absence et l'oubli ». (p. 91)

Il disparaît quand Miette se met à exister (chapitre III). Mariée contre son gré (p. 56), contre de l'argent, comme pour répéter une malédiction, le même déni de justice (p. 60 subi par sa mère, fille unique. Elle est la régente et l'âme cachée de l'exploitation, impérieuse, belle (p. 54). Elle dispose de la maîtrise de soi (p. 58) : le silence, des mots amers qu'on a tus, les larmes ravalées (p. 59).

« Vivre de rien, prendre debout, dans un coin, de furtifs repas. »

— p. 45

« Cet homme de trente siècles qui eut nom Baptiste. Cette femme de trente siècles qu'on appela Miette. »

— p. 119

AnalyseModifier

Cadre romanesqueModifier

Tout tourne autour d'une maison, datée de 1610, au hameau des Bordes (trois habitants sédentaires à l'année, vers 1990), dépendant d'un village non nommé, proche d'Égletons, pas loin de la Luzège, dans le Canton d'Égletons, Communauté de communes de Ventadour - Égletons - Monédières, accessible par des routes étroites et en train par la gare de Jassonneix (commune de Meymac), dans le département de la Corrèze en région Nouvelle-Aquitaine.

Les personnes qui y sont nées connaissent aussi un peu les environs, dont Ambrugeat, Rouffiat, la Xaintrie, le Plateau de Millevaches, le Plateau du Limousin, et loin (100 km) au nord les Monts du Cantal. Certains personnages sont allés à Tulle, à Toulouse, à Limoges, à Paris, et ailleurs, par temps de paix ou de guerre, mais tous sont revenus dans ce hameau, dans ce terroir, où le reste du monde n'a guère d'importance.

Tout se passe sur trois générations d'une même famille (non nommée), globalement entre 1880 et 1990. Ou plutôt rien ne se passe. Le narrateur, un avatar (anonyme) de l'auteur, Pierre Bergounioux, sculpteur sur métal de récupération, établi depuis une vingtaine d'années (vers 1974) dans un atelier de forgeron-ferronnier, reconstruit la vie de ces gens qu'il a croisés et un peu fréquentés, une fois sorti de sa sous-préfecture de Brive-la-Gaillarde.

« J'avais parcouru les derniers kilomètres dans l'éblouissement des hêtres et des mélèzes avec tout ce bleu sur la tête, comme un don fastueux qu'on recevrait au seuil de l'hiver, au pied des grandes nuits. »

— (p. 32)

PersonnagesModifier

  • Pierre (né vers 1875, mort en 1936), et Miette (née vers 1880 à Rouffiat, mariée en 1901, morte vers 1965-1970) :
    • Lucie (1903-1980 ?) et Pierre (1901 ?-1991 ?) : quelques enfants
    • Baptiste (1904-1977) et Jeanne (?-1966 ?) : quelques enfants
    • Octavie (1907), célibataire
    • Adrien (1910-1991 ?) et X : progéniture indécise

Accueil de la critiqueModifier

La réception, en domaine francophone, est bonne[1],[2],[3],[4], pour les thématiques, et pour la langue ou le style : phrasé souverain, touches successives, clair-obscur.

De tels accents, rappelant William Faulkner ou Pierre Michon, se retrouvent dans le meilleur Richard Millet, celui des romans corrèziens de La Gloire des Pythre (1995) et L'Amour des trois sœurs Piale (1997), moins dans L'Homme qui plantait des arbres (1954) de Jean Giono.

ÉditionsModifier

Notes et référencesModifier