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Maurice d'Elbée

général français

Maurice Gigost d'Elbée
Maurice d'Elbée
Maurice Joseph Louis Gigost d'Elbée, par Paulin Guérin.

Surnom Général la Providence
Naissance 21 mars 1752
Dresde, Allemagne
Décès 9 janvier 1794 (à 42 ans)
Noirmoutier, France
Fusillé
Origine Allemand, Français
Allégeance Drapeau du royaume de France Royaume de France
Drapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Arme cavalerie
Grade Généralissime
Années de service 1777-1783 ; 1793-1794
Commandement Armée catholique et royale
Conflits Guerre de Vendée
Faits d'armes Première bataille de Fontenay-le-Comte
Bataille de Saumur
Bataille de Nantes
Bataille de Luçon
Bataille de Tiffauges
Bataille de Cholet

Maurice Joseph Louis Gigost d'Elbée[1], général des armées vendéennes, né le 21 mars 1752, à Dresde (Allemagne), d'une famille française établie en Saxe. Il meurt le 9 janvier 1794, fusillé à Noirmoutier (France).

Il reste célèbre pour avoir demandé à ses soldats, après la récitation du Pater Noster, d'épargner la vie de 400 Républicains faits prisonniers au soir du choc de Chemillé le 11 avril 1793. Cet épisode est connu sous le nom de Pater de D'Elbée.

BiographieModifier

 
D'Elbée protégeant les prisonniers républicains après la bataille de Chemillé, peinture de Marie Félix Edmond de Boislecomte.

Fils de Maurice Gigost d'Elbée, seigneur de la Gobinière et de La Loge-Vaugirault (1695-1763), alors conseilleur privé du Roi de Pologne établi à Dresde, en Saxe, et de Marie Thérèse de Mussant (décédée en 1790), Maurice d'Elbée naquit dans une famille de tradition militaire.

Après plusieurs années au service des armées de Saxe, il vint en France en 1777 et y fut naturalisé. Entré dans un régiment de cavalerie, il parvint au grade de lieutenant, donna sa démission en 1783[réf. nécessaire]. Il se maria le 17 novembre 1788 en l’église de La Gaubretière, avec Marguerite-Charlotte du Houx d’Hauterive, pupille de son ami le marquis de Boisy. Dès lors il vécut retiré dans un bien de campagne près de Beaupréau en Anjou (aujourd'hui Maine-et-Loire). Son fils Louis-Joseph Maurice d’Elbée, né le 12 mars 1793, lui survivra.

Maurice d'Elbée suivit brièvement les princes à Coblentz mais il revint pour obéir à la loi qui ordonnait aux émigrés de rentrer.

En 1793, les paysans de Beaupréau le décidèrent à se mettre à leur tête. Sa troupe se grossit de celles de Bonchamps, Cathelineau et Stofflet. Il servit d'abord sous Cathelineau, fut reconnu pour généralissime après la mort de ce chef (14 juillet 1793)[2], battit les Républicains à Coron et à Beaulieu, mais ne subit plus ensuite que des revers.

L'histoire retient le geste de Maurice d'Elbée au soir du choc de Chemillé le 11 avril 1793. Malgré leur victoire, les Vendéens avaient subi des pertes bien plus lourdes que les Républicains, 400 de ceux-ci ayant également été capturés. Les Vendéens, éprouvés par leurs nombreux morts et voulant venger les habitants massacrés au village de Pont-Barré, voulurent exécuter leurs prisonniers. Ils se heurtèrent toutefois à leur chef D'Elbée qui, devant l'insistance de ses hommes, leur fit réciter le Pater Noster. Lorsque ceux-ci arrivèrent au « pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés », D'Elbée les arrêta : « Ne mentez pas à Dieu ». Pour les paysans, très catholiques, ces paroles ne provoquèrent plus la moindre contestation. Les prisonniers furent sauvés et ce geste resta par la suite connu sous le nom de Pater de D'Elbée. Un vitrail témoigne de cet épisode dans l'église St Pierre de Chemillé et un spectacle théâtral joué à Chemillé pour la dernière fois en 1993 conserve la mémoire de ce fait.

C'est en qualité de généralissime qu'il se trouva, le 30 juillet 1793, à la deuxième bataille de Luçon gagnée par les Républicains, et dans laquelle il s'exposa aux plus grands dangers et contribua à sauver l'armée vendéenne d'une complète déroute. La troisième bataille de Luçon, le 14 août, fut plus meurtrière et une nouvelle défaite pour les Vendéens.

 
Mort du général d'Elbée, peinture de Julien Le Blant.

L'armée royale fut complètement défaite à la bataille de Cholet (17 octobre 1793) par le général Kléber. D'Elbée, grièvement blessé lors des combats[2], fut d'abord transporté à Beaupréau, puis à Noirmoutier. Trois mois plus tard, les troupes républicaines s'emparent de cette île après une reddition des insurgés, sous promesse de vie sauve de la part du général Haxo, considéré comme un officier loyal : « Je commande des Français contre des Français insurgés et puisque je peux épargner le sang des uns et des autres, je vous déclare que je promets la vie sauve aux Royalistes qui se rendront »[3]. Sans souci de la parole donnée, les représentants du gouvernement Pierre-Louis Prieur, Louis Turreau et Pierre Bourbotte firent exécuter les 1 800 défenseurs de la garnison. Haxo protesta en vain. D'Elbée fut ainsi fusillé le 9 janvier 1794 sur la place publique du bourg de Noirmoutier, où on l'avait amené dans un fauteuil en raison de ses quatorze blessures qui ne lui permettaient pas de se tenir debout[4]. Avec lui furent également fusillés son beau-frère Duhoux d'Hauterive et son ami Boisy, qui l'avaient accompagné dans sa retraite.

Madame d’Elbée fut fusillée à son tour, vingt jours après son mari, en janvier 1794, et enterrée sans sépulture dans un chemin creux en compagnie de madame Mourain de l'Herbaudière, une amie d'enfance, qui avait renseigné Charette sur l'intérêt de la prise de Noirmoutier[5],[6]. Les restes de son corps furent découverts par hasard longtemps après.[réf. nécessaire]

DescendanceModifier

Son fils Louis-Joseph Maurice d’Elbée fut élevé à Beaupréau. Il servit dans les armées de Napoléon où il s’illustra à Leipzig, et à la bataille de Hanau. Blessé à Hanau, il fut fait prisonnier et transporté à l'hôpital de Potsdam où il décéda l’année suivante[7].

La famille d'Elbée, actuellement subsistante, conserve le souvenir du général d'Elbée mais ne lui est pas apparentée[8].

Regards contemporains et postéritéModifier

« Dans la grande armée, le principal chef était, en ce moment, M. d'Elbée ; il commandait plus particulièrement les gens des environs de Cholet et de Beaupréau. C'était un ancien sous-lieutenant d'infanterie, retiré depuis quelques années ; il avait alors quarante ans ; il était de petite taille, n'avait jamais vécu à Paris ni dans le monde ; il était extrêmement dévot, enthousiaste, d'un courage extraordinaire et calme : c'était son principal mérite. Son amour-propre se blessait facilement : il s'emportait sans propos, quoiqu'il fût d'une politesse cérémonieuse, il avait un peu d'ambition, mais bornée comme toutes ses vues. Dans les combats il ne savait qu'aller en avant, en disant : « Mes enfants, la Providence nous donnera la victoire. » Sa dévotion était très-réelle ; mais comme il voyait que c'était un moyen de s'attacher les paysans et de les animer, il y mettait beaucoup d'affectation et un ton de charlatanisme que l'on trouvait souvent ridicule ; il portait sous son habit de pieuses images ; il faisait des sermons et des exhortations aux soldats, et surtout il parlait toujours de la Providence ; au point que les paysans, bien qu'ils l'aimassent beaucoup et qu'ils respectassent tout ce qui tenait à la religion, l'avaient, sans y entendre malice, surnommé le général la Providence. Malgré ces petits ridicules, M. d'Elbée était au fond un homme si estimable et vertueux, que tout le monde avait pour lui de l'attachement et de la déférence[9]. »

— Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires.

Au jugement de plusieurs biographes[Lesquels ?], d'Elbée fut un homme pieux, d'un courage constant. Ses soldats l'avaient surnommé le général la Providence. En raison de son caractère effacé, ce général n'aimait pas se mettre sur le devant de la scène, de sorte que les historiens oublièrent assez longtemps de reconnaître le rôle important qu'il joua dans les guerres de Vendée. Fin stratège, il était très aimé de ses soldats : Turreau, dans ses mémoires, dira qu'il avait vu des soldats pleurer en entendant le seul nom de d'Elbée.

« A un physique agréable et distingué, d'Elbée joignait les talents nécessaires à un chef de parti. Militaire consommé, il avait formé les vendéens à la manière de combattre la plus convenable à la localité et au génie de ce peuple. Ce chef de parti avait toutes les qualités pour jouer un grand rôle. [...] D'Elbée a donné la preuve de ses talents dans l'exécution des plans. Ses lieutenants ont été battus à chaque fois qu'ils se sont écartés de ses principes. D'Elbée avait le don de la parole. Il s'exprimait avec grâce et facilité. Son éloquence était douce et persuasive. Il savait varier ses formes et ses tons. Il prenait souvent vis-à-vis des rebelles celui d'un inspiré, et il avait tellement acquis leur confiance et leur attachement, qu'après sa mort, j'ai vu des prisonniers vendéens verser des larmes, lorsqu'ils entendaient prononcer son nom[10]. »

— Louis Marie Turreau

Notes et référencesModifier

  1. Bien que son extrait de naissance ne mentionne pas le nom de Gigost, on l'appellera souvent ainsi. C'est vraisemblablement au XVIIe siècle que la famille Gigost s'adjoint le nom de d'Elbée.
  2. a et b La Contre-Révolution : Origines, histoire, postérité, Perrin, coll. « Biblis », (ISBN 978-2-271-07595-6), p. 463
  3. Jean Tabeur 2008, p. 182.
  4. Le siège fut conservé par la famille d'Elbée jusque dans les années 1975. Lorsque Charles-Maurice, marquis d'Elbée, apprit qu'un musée vendéen était en construction à Noirmoutier, il fit don de ce fauteuil, désormais conservé au château de Noirmoutier
  5. Jacques Crétineau-Joly, Histoire de la Vendée militaire, vol. 2, H. Plon, (lire en ligne), p. 105
  6. Lionel Dumarcet, François-Athanase Charette de la Contrie, Univers poche, , 595 p. (ISBN 9782823807820, lire en ligne)
  7. [1] Jacques Dupire - Le général d'Elbée. - En "La lettre du génie"
  8. Bien que certains le prétendent et que des généalogies fautives existent, il n'y a aucun lien entre la famille d'Elbée et la famille Gigost d'Elbée (travaux de J-C de Vaugiraud).
  9. Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires de Madame la marquise de la Rochejaquelein, sixième édition, 1848. p.149-150.
  10. Louis Marie Turreau Mémoires pour servir à l'histoire de la guerre de Vendée, Volume 35, Partie 1, p.63-64.

Voir aussiModifier