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Maurice Cusson
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Maurice Cusson est criminologue, professeur et écrivain. Il est né à Montréal en 1942 et il a fait carrière à l'École de criminologie de l'Université de Montréal tout en étant chercheur au Centre international de criminologie comparée. Il a été le directeur de l'École de criminologie de 1991 à 1995 et de 2001 à 2003. Ses livres et articles couvrent la plupart des grandes questions qui se posent à propos du crime, de sa prévention, de sa répression. Il s'est cependant attardé plus spécialement sur cinq sujets : la délinquance au sens large, les contrôles sociaux et la criminalité, les évolutions à moyen terme et à long terme de la criminalité, la police et la sécurité privée et l'homicide.

Sommaire

Objets d'étudeModifier

La délinquance au sens largeModifier

M. Cusson s'est intéressé à la délinquance au sens large, violente et non violente, celle des jeunes comme celles des adultes. « Délinquants pourquoi ? » (1981) présente ainsi une analyse stratégique de l'acte délinquant considéré comme moyen en vue d'une fin. Cette analyse le conduit à distinguer quatre finalités du délit : l'action, l'appropriation, la domination et l'agression. Un autre livre, Youla Doumbia, N. et Yebouet, H« CriminR    Cusson, M., Youla Doumbia, N. et Yebouet, H. (2017). Mille homicides au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Niger et au Sénégal. Montréal : Presses de l'Université de Montréal.ologie actuelle » (1998) contient des analyses de la violence interpersonnelle, du trafic de drogues et de différentes manifestations du vol. Plusieurs chapitres reprennent également la question de la réaction sociale. Dans « La Délinquance, une vie choisie » (2005), il se propose de rendre compte de la carrière criminelle des délinquants polymorphes dont les délits et crimes sont à la fois variés, fréquents et persistants. L’auteur articule son explication autour du style de vie délinquant : une vie intense, festive, dépensière, au cours de laquelle le crime prend son sens, la délinquance acquisitive permettant de financer ce mode de vie alors que les crimes violents s’expliquent par les conflits qui surgissent quand des malfaiteurs se côtoient régulièrement.

Les contrôles sociaux et la criminalitéModifier

L’hypothèse de départ de M. Cusson stipule que les variations de la criminalité s'expliquent en partie par les variations dans les contrôles sociaux, entendus comme l'ensemble des moyens par lesquels les membres des groupes s'efforcent de tenir les transgressions en échec. Ces moyens sont institutionnalisés (tribunaux, police, prisons, etc.) ou non (famille, école, communauté, etc.). Ces contrôles sociaux sont-ils efficaces ? Jusqu'à quel point ? Sur qui ? À quelles conditions ? M. Cusson a consacré sa thèse de doctorat et ses premiers travaux de recherche à la rééducation des jeunes délinquants telle qu'elle se pratiquait dans les institutions pour jeunes délinquants du Québec. En 1975, il a participé activement aux travaux du « Comité Batshaw » sur la réadaptation et il a été le principal rédacteur d’un rapport qui fit date au Québec intitulé : « Rapport du comité d'études sur la réadaptation des enfants et adolescents placés en centre d'accueil » (1976).

« Le Contrôle social du crime » (1983), propose une typologie dans laquelle sont distingués les contrôles sociaux thérapeutiques, moraux, dissuasifs, ainsi que ceux qui sont fondés sur la justice et les rapports de réciprocité. Dans « Prévenir la délinquance, les méthodes efficaces » (1994), il fait un bilan de l'état des connaissances, qui le conduit à critiquer la prévention communautaire dont les résultats sont loin d'être probants. Deux grandes catégories d'intervention résistent mieux, à ses yeux, à l'épreuve de l'examen scientifique : la prévention situationnelle et la prévention développementale. En réaction à la tendance des criminologues à sous-estimer l'effet intimidant de la peine, il a construit une théorie de la dissuasion qu'il a affinée au fil de ses livres et articles. Il dégage de ses analyses l’idée générale selon laquelle les contrôles sociaux exercent un effet structurant sur la criminalité. Cette dernière devrait être basse là où les contrôles sociaux de toutes natures sont pleinement opérationnels et elle devrait être élevée là où ils sont défectueux ou en panne.

Les évolutions à moyen terme et à long terme de la criminalitéModifier

Frappé par le fait que, entre 1960 et 1975, la criminalité de la plupart des pays occidentaux a augmenté fortement et de manière concomitante, malgré une croissance économique soutenue, M. Cusson y consacre un livre : « Croissance et décroissance du crime » (1990). Son explication met en rapport la multiplication des délits et crimes avec la croissance des occasions de vol, l'affaiblissement des contrôles sociaux informels et l'engorgement des appareils répressifs, notamment des organisations policières et correctionnelles. En 2011, constatant que, au Canada et aux États-Unis, l'évolution des taux d'homicide, tout au long du XXe siècle, présente une allure cyclique, il propose une théorie des cycles de la criminalité dans un article intitulé : « Les cycles de la criminalité et de la sécurité ».

Le dernier chapitre de ce livre aborde la question de la décroissance de la criminalité et la met en rapport avec les développements des mesures de sécurité et de protection. Il écrivait alors ce qui suit : « Une croissance sensible de l'autoprotection fera baisser le nombre et l'intérêt des occasions offertes aux délinquants potentiels. Il en résultera une baisse de la criminalité. » Au moment d'écrire ces lignes, personne n'avait envisagé que la criminalité entreprendrait bientôt une longue descente qui devait se poursuivre pendant plus de 20 ans. L'idée de l'alternance de périodes de croissance et de décroissance de la criminalité conduira plus tard (en 2012) Cusson à élaborer une théorie cyclique des fluctuations de la criminalité.

La police et la sécurité privéeModifier

L'évidence de l’implication des organisations policières et de sécurité privée dans la lutte contre le crime, l’a conduit à œuvrer à la création d'un baccalauréat en police et sécurité au sein de l'école de criminologie de Montréal. Il a aussi été à l’origine d’un certificat sur le même sujet à la Faculté de l'éducation permanente de son institution. Il a dirigé, avec Benoit Dupont et Frédéric Lemieux, un ouvrage collectif intitulé « Traité de sécurité intérieure » (2008) dont les 45 chapitres couvrent presque tous les aspects du phénomène. En 2010, il a publié « L'Art de la sécurité, les enseignements de l'histoire et de la criminologie » livre dans lequel il répond à la question : comment les professionnels de la sécurité publique et privée parviennent-ils à produire de la sécurité ? L'ouvrage se termine par une théorie générale de l'action de sécurité fondée sur les recherches historiques et évaluatives.

L'homicideModifier

Depuis 1990, M. Cusson mène des recherches sur l'homicide tel que ce phénomène se présente, d'abord à Montréal, puis à l'échelle du Québec et, plus récemment, dans le monde. Il propose une typologie des homicides. Il analyse l'homicide conjugal dans son déroulement. Il écrit sur le meurtre sexuel avec son collègue Jean Proulx. Devant l’ampleur des variations des taux de ce crime d'un pays à l'autre et devant le constat que, dans certains pays, il existe des catégories d'homicides inconnus ailleurs, il lance, avec Marc Ouimet et Paul-Philippe Paré, en 2012, « l'Enquête mondiale sur l'homicide ».

MéthodeModifier

Maurice Cusson puise ses informations et son inspiration, d'abord, dans la criminologie empirique, mais aussi dans les travaux des historiens, anthropologues, psychologues, sociologues, sans oublier les biographies et autobiographies de délinquants. Pour répondre aux questions qu'il se pose sur l'efficacité de la panoplie des contrôles sociaux, il réalise des bilans des recherches mesurant l'impact des interventions préventives ou répressives sur la criminalité. À l'échelle macroscopique, il a recours à la méthode des variations concomitantes, étudiant les rapports entre une évolution de la criminalité et des modifications des politiques criminelles.

Maurice Cusson qualifie son approche de « stratégique ». Voici ce qu'il en disait, en 2010, dans son discours de réception du prix Beaumont-Tocqueville :

« Il m’apparaît fécond d'aborder le phénomène criminel avec une pensée stratégique parce que le crime est essentiellement conflictuel. En effet, le délinquant part en guerre contre ses victimes et contre les agents du contrôle social qui veulent le faire rentrer dans le rang de gré ou de force. Comme le chef de guerre sur le champ de bataille, le délinquant en action est plongé dans une situation où il lui est difficile de calculer, de prévoir, de raisonner. Il doit composer avec l'incertitude et l'imprévu. Il fait de son mieux pour s'adapter aux situations et pour arriver à ses fins, mais il ne le fait jamais de manière tout à fait rationnelle. Qui dit stratégie dit dialectique : action réciproque des adversaires l’un sur l’autre, adaptation mutuelle. Mais, à la différence de l'action de guerre qui est binaire, le crime et l'action de sécurité sont structurés par une relation triangulaire entre le délinquant, la victime et ce que j'aime appeler le « gendarme » pour désigner l'ensemble des agents du contrôle social. Le délinquant, la victime et le gendarme s'adaptent les uns aux autres dans un jeu imprévisible d'actions et de réactions, d’attaque et de défense, de mesures et de contre-mesures, de dissuasion et de contre dissuasion. Chacun essaie d'anticiper le prochain mouvement de l'autre, de le déjouer, de s'y adapter, de le contrer. Les délinquants cherchent les points faibles des dispositifs de sécurité ; ils les déjouent ; ils les neutralisent ; ils inventent de nouvelles tactiques criminelles que les acteurs de la sécurité devront apprendre à prévenir et à déjouer. »

ŒuvresModifier

Ouvrages individuelsModifier

Participation à des ouvrages collectifsModifier

  • La prévention du crime. Guide de planification et d’évaluation, 1994 (Avec P. Tremblay, L. L. Biron, M. Ouimet et R. Grandmaison)
  • Les violences criminelles, 1999 (Avec J. Proulx et M. Ouimet)
  • Les meurtriers sexuels, 2005 (Avec J. Proulx, É. Beauregard et A. Nicole)
  • Sexual Murderers : A Comparative Analysis and New Perspectives, 2007 (Avec J. Proulx, E. Beauregard et A. Nicole)
  • Traité de sécurité intérieure, 2007 (Avec B. Dupont et F. Lemieux, Dir.)
  • Traité de criminologie empirique (4e édition), 2010 (Avec M. Le Blanc, Dir.)
  • Traité des violences criminelles, 2013 (Avec S. Guay, J. Proulx et F. Cortoni, Dir.)
  • Mille homicides au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Niger et au Sénégal, 2017 (Avec Youla Doumbia, N. et Yebouet, H.)

Distinctions et récompensesModifier

Maurice Cusson est professeur émérite à l'Université de Montréal.

Notes et référencesModifier

BibliographieModifier

  • CUSSON, M.; TREMBLAY, P.; BIRON, L.-L.; OUIMET, M.; GRANDMAISON, R. (1994). La prévention du crime. Guide de planification et d'évaluation. Québec : Ministère de la Sécurité publique, 106 p.
  • PROULX, J., CUSSON, M., OUIMET, M., (dirs), (1999) Les violences criminelles, Québec : Presses de l’Université Laval.
  • PROULX, J., CUSSON, M., BEAUREGARD, E., NICOLE, A. (dirs.), (2005), Les meurtriers sexuels, Montréal, Les presses de l’Université de Montréal.
  • CUSSON, M., DUPONT, B., LEMIEUX, F. (dirs). (2007), Traité de sécurité intérieure. Montréal : Hurtubise HMH (réédition aux Presses de polytechniques et universitaires romandes, 2008) a.
  • PROULX, J.; BEAUREGARD E., CUSSON, M. ET NICOLE, A. (2007). Sexual Murderers : A Comparative Analysis and New Perspectives. Chichester, Angleterre : Wiley, 274 p.
  • LE BLANC, M. ; CUSSON, M. (2010) (dirs). Traité de criminologie empirique (4e édition). Montréal : Les Presses de l'université de Montréal.
  • OUIMET, M. ET CUSSON, M. (2012). L'homicide. Numéro thématique, Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique, LXV (2).
  • CUSSON, M., GUAY, S., PROULX, J. ET CORTONI, F. (2013) (dirs). Traité des violences criminelles. Les questions posées par la violence, les réponses de la science. Montréal : Hurtubise (936 pages).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier