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Match de football France – Bulgarie (1993)

match de qualification à la Coupe du monde de 1994

Le match de football France – Bulgarie est une rencontre qui s'est disputée le au Parc des Princes à Paris, comptant dans les éliminatoires du groupe 6 de la Coupe du monde 1994. Elle reste comme l'un des plus gros échecs sportifs de l'histoire du football français.

ContexteModifier

Les Bleus, entraînés par Gérard Houllier, sont à la lutte pour la qualification au prochain mondial se déroulant aux États-Unis. Malgré un fond de jeu faible, reposant surtout sur ses deux attaquants vedettes Éric Cantona et Jean-Pierre Papin, la France réalise de bons éliminatoires avec un bilan de six victoires pour un nul et une défaite après les huit premières journées (justement contre la Bulgarie, à Sofia, le ).

Classement au matin du 13 octobre 1993, juste avant France – Israël :

Classement
Rang Équipe Pts J G N P Bp Bc Diff Résultats (▼ dom., ► ext.)            
1   France 13 8 6 1 1 14 5 +9   Suède 2-0 1-1 1-0 - 5-0
2   Suède 12 8 5 2 1 15 5 +10   Bulgarie 1-1 2-0 - 2-0 2-2
3   Bulgarie 10 8 4 2 2 13 8 +5   France 2-1 - 2-0 2-1 -
4   Autriche 6 7 3 0 4 12 10 +2   Autriche - 3-1 0-1 3-0 5-2
5   Finlande 3 8 1 1 6 4 14 -10   Finlande 0-1 0-3 0-2 3-1 0-0
6   Israël 2 7 0 2 5 5 21 -16   Israël 1-3 0-2 0-4 - -

Après ce bon début de parcours, la France est en tête du groupe. Elle n'a besoin que d'une victoire contre Israël ou d'un match nul contre la Bulgarie pour se qualifier au cours des deux dernières journées. La qualification s'annonce donc a priori aisée puisque ces deux rencontres doivent avoir lieu à domicile et de plus le premier adversaire est Israël. Cette équipe est alors considérée comme une des plus faibles d'Europe. Les Bleus les avaient d'ailleurs étrillés chez eux 4 à 0 quelques mois plus tôt, le . La confiance avant le match est tellement présente dans le camp français que la chanson L'Amérique de Joe Dassin est diffusée dans le Parc des Princes avant le match. Durant celui-ci, la France mène 2 buts à 1 mais contre toute attente, en encaisse deux aux 83e et 93e minutes. Cette défaite avec ces deux buts au cours des dix dernières minutes est donc une énorme contre-performance car Israël n'avait gagné aucun match lors de ces éliminatoires.

France   2 - 3   Israël Parc des Princes, Paris
  Historique des rencontres Sauzée   29e
Ginola   39e
(2 - 1)   21e Harazi
  83e Berkovic
  90+3e Atar
Spectateurs : 32 700
Arbitrage :   Alan Snoddy
Rapport

Il reste néanmoins encore un match à jouer contre la Bulgarie, pour la clôture du groupe 6.

Classement du groupe au matin du 17 novembre 1993. Tous les matchs ont été joués, à l'exception de France – Bulgarie

Classement
Rang Équipe Pts J G N P Bp Bc Diff Résultats (▼ dom., ► ext.)            
1   Suède 15 10 6 3 1 19 8 +11   Suède 2-0 1-1 1-0 3-2 5-0
2   France 13 9 6 1 2 16 8 +8   Bulgarie 1-1 2-0 4-1 2-0 2-2
3   Bulgarie 12 9 5 2 2 17 9 +8   France 2-1 - 2-0 2-1 2-3
4   Autriche 8 10 3 2 5 15 16 -1   Autriche 1-1 3-1 0-1 3-0 5-2
5   Finlande 5 10 2 1 7 9 18 -9   Finlande 0-1 0-3 0-2 3-1 0-0
6   Israël 5 10 1 3 6 10 27 -17   Israël 1-3 0-2 0-4 1-1 1-3

Pour se qualifier, l'équation reste la même : le point du match nul suffirait aux Tricolores pour se qualifier, ils ne doivent donc simplement pas perdre face à la Bulgarie. Cette dernière s'était imposée à l'aller 2-0 lors d'un match houleux, ponctué de mauvais coups en tous genres.

Le football français, mal loti depuis plusieurs mois (affaire VA-OM, rivalités chez les Bleus entre joueurs du Paris Saint-Germain et de l'Olympique de Marseille, fond de jeu et tactique de Houiller très décriés, etc.), espère une qualification, qui ferait le plus grand bien. L'équipe de France, ayant raté l'Euro 88, puis mondial précédent en 1990, et ayant été éliminée dès le premier tour de l'Euro 1992, est à la recherche de son football depuis les années Platini et a perdu sa place parmi les meilleures nations européennes. Mais l'avant-match est caractérisé par un contexte tendu au sein de l'équipe[1].

Le matchModifier

France   1 - 2   Bulgarie Parc des Princes, Paris
  Historique des rencontres Cantona   32e (1 - 1)   37e   90e Kostadinov Spectateurs : 48 402
Arbitrage :   Leslie Mottram
Roche   Rapport   Penev
France
Bulgarie
 
FRANCE :
  01 Bernard Lama
02 Marcel Desailly
04 Alain Roche  
05 Laurent Blanc
03 Emmanuel Petit
06 Paul Le Guen
07 Didier Deschamps
08 Franck Sauzée   81e
10 Reynald Pedros
09 Jean-Pierre Papin     69e
11 Éric Cantona
Remplaçants :
15 David Ginola   69e 
13 Vincent Guérin   81e 
Sélectionneur :
  Gérard Houllier
 
BULGARIE :
  01 Borislav Mikhailov  
02 Emil Kremenliev
03 Trifon Ivanov
05 Petar Houbtchev
04 Tsanko Tsvetanov   82e
06 Zlatko Yankov
11 Yordan Letchkov   82e
10 Krasimir Balakov
07 Emil Kostadinov
09 Liouboslav Penev  
08 Hristo Stoitchkov
Remplaçants :
15 Petar Aleksandrov   82e 
14 Daniel Borimirov   82e 
Sélectionneur :
  Dimitar Penev

Comme l'avait prévu le sélectionneur français, le match est fermé, tendu, haché. La France hésite à prendre le jeu à son compte et ne joue pas vraiment pour gagner, mais plutôt pour ne pas perdre. Les Bulgares, quant à eux, tentent vainement d'ouvrir le score, sans toutefois y parvenir.

À la 32e minute, c'est la délivrance pour le public français : Deschamps récupère le ballon dans les pieds de Tsvetanov sur le côté droit et effectue une transversale vers Papin, qui remet de la tête pour Cantona qui marque en force du droit à bout portant.

Le plus dur semble fait, mais l'avantage ne dure que cinq minutes. À la 37e minute de jeu, Blanc rate sa relance, se fait prendre le ballon par Tsvetanov et concède un corner. Sur ce dernier, tiré par Balakov, Kostadinov, au premier poteau, place une tête croisée qui finit sa course dans les buts, malgré Pedros.

Étrangement, la France, au lieu d'essayer de marquer à nouveau, se crispe complètement et retombe dans ses travers en essayant avant tout de défendre, proposant un jeu médiocre techniquement. Papin est totalement mis sous silence par la défense adverse, notamment par Ivanov et, prétextant des crampes, est remplacé à la 68e minute par Ginola. La Bulgarie, quant à elle, tente le tout pour le tout.

Les minutes passent et malgré un match plus que laborieux, les Bleus semblent se diriger vers une qualification. Mais tout bascule à la 90e minute : coup franc à droite presque au poteau de corner tiré par Vincent Guérin qui joue avec Ginola. Celui-ci prend l'initiative de centrer, mais ne trouve personne à la réception. La défense bulgare intercepte et amorce un contre, Penev lance Kostadinov sur l'aile droite, qui résiste à Roche et vient battre Lama d'un tir puissant sous la barre, malgré un tacle désespéré de Laurent Blanc. Houllier en voudra très longtemps à Ginola d'avoir joué le coup franc rapidement alors qu'il ne restait que quelques secondes à jouer. Il aura des mots très durs à son encontre, qualifiant son entrevue la veille du match dans le journal L'Équipe de « crime contre l'équipe de France ».

Sur l'engagement, les Bleus tentent de forcer le destin mais moins d'une minute après ce but assassin, M. Mottram siffle la fin du match.

C'est une énorme désillusion pour la France qui, à une minute près, était qualifiée pour la coupe du monde aux États-Unis.

Après le matchModifier

Au lendemain de cette défaite, le quotidien sportif L'Équipe fit la une de son journal avec une photo d'un tir d'Éric Cantona stoppé par le gardien bulgare, barré du titre en gras Inqualifiable !, qui deviendra l'une des plus célèbres unes de ce journal. Une autre une célèbre est celle de Libération qui titrait Foot : La France qualifiée pour 1998[2].

L'élimination des Bleus pointa du doigt les insuffisances du jeu prôné par Houllier, s'appuyant essentiellement sur un jeu physique, rugueux, défensif mais peu inventif et peu porté vers l'attaque. Ce type de jeu marchait bien contre les petites équipes mais n'était plus très utile dès lors qu'il y avait en face un adversaire supérieur techniquement. Ses choix tactiques étranges comme le fait d'avoir joué de façon si défensive contre Israël et la Bulgarie, la mise au banc de joueurs techniques comme Ginola, Martins, ou Zidane (qui connaîtra sa 1re sélection quelques mois plus tard, en août 1994), le fait de reposer tout le jeu de l'équipe sur ces deux attaquants, furent présentés comme ce qui avait coûté la qualification. Tous ces défauts étaient masqués pendant les éliminatoires grâce aux bons résultats obtenus.

Montré du doigt aussi le manque de concentration fatal aux Bleus, avec trois buts encaissés sur les deux derniers matchs dans les dix dernières minutes.

Les rivalités internes, dues en grande partie aux oppositions entre parisiens et marseillais explosèrent au grand jour, tout comme Ginola fut pointé au début comme l'unique responsable de l'élimination.

Houllier fut démis de ses fonctions et remplacé par Aimé Jacquet, quelques jours après ce match. L'équipe bâtie par Aimé Jacquet remportera la Coupe du monde en France cinq ans plus tard et l'Euro en 2000, et entra ainsi dans l'histoire.

À noter que la Suède et la Bulgarie, qui sortent donc de ce groupe de qualification où la France échoue à la troisième place, atteindront toutes les deux le stade des demi-finales de la Coupe du monde 1994.

Le match dans la culture populaireModifier

  • En novembre 2015, une pièce de théâtre est écrite à l'occasion de l'anniversaire de ce match tragique : Cantona, ou Naufrage au bout de la nuit[3].

Article connexeModifier

Lien externeModifier

RéférencesModifier

SourcesModifier