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Massacre de Penguerec

crime de guerre s'étant déroulé le 7 août 1944

Massacre de Penguerec
Image illustrative de l’article Massacre de Penguerec
Monument commémoratif du massacre de Penguerec

Date
Lieu Gouesnou, Drapeau de la France France
Victimes Civils français
Morts 44
Auteurs Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Participants 3e brigade antiaérienne de la Kriegsmarine
Guerre Seconde Guerre mondiale
Coordonnées 48° 26′ 33″ nord, 4° 28′ 22″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Brest

(Voir situation sur carte : Brest)
Massacre de Penguerec

Géolocalisation sur la carte : Finistère

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Massacre de Penguerec

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Massacre de Penguerec

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Massacre de Penguerec

Le massacre de Penguerec est un crime de guerre de la Seconde Guerre mondiale. Il a eu lieu le à Gouesnou, près de Brest dans le Finistère en France.

C’est un cas relativement spécifique dans le pays, par son ampleur (44 victimes), et parce qu'il a été commis par la Wehrmacht et non la SS, sans préparation majeure contrairement au massacre d’Oradour-sur-Glane.

Sommaire

ContexteModifier

Depuis le succès confirmé du débarquement du 6 juin 1944, notamment la percée d'Avranches le 30 juillet 1944, les Alliés progressent dans le nord-ouest de la France. Rennes a été reprise le 4 août 1944 et les troupes avancent pour libérer le reste de la Bretagne. Celle-ci étant une presqu’île et les mers étant sous contrôle allié, les troupes allemandes ne pourront s’échapper. Brest et son port militaire (bâtiments de surface et sous-marins) ont été bombardés mais restent une cible des troupes de Patton, notamment pour le ravitaillement.

L'arrivée des Américains à PlabennecModifier

Le 6 août 1944 au matin, les Américains sont annoncés à Plabennec, à moins de 10 km de Gouesnou. Les Allemands, constitués d'éléments de la 3e Brigade Marine Antiaérienne, installent des guetteurs dans le point de vue le plus large de la région, sur le clocher de l’église de Gouesnou. Ils confirment la présence des chars américains à Plabennec.

Le clocher de GouesnouModifier

Les résistants locaux, rassurés par l’arrivée prochaine des Alliés, décident alors vers midi d’attaquer le clocher. Ils tuent un soldat et en blessent deux mais sont mis en échec par les Allemands qu’ils ne parviennent pas à déloger de l’église. Les Allemands sont très choqués par cette attaque de « terroristes » et décident alors de réagir.

DéroulementModifier

Les débutsModifier

Des renforts appelés par les troupes situées à Gouesnou arrivent et passent par le lieu-dit de 'Penguerec', sur la route de Brest à Gouesnou. Arrivés à la ferme Phelep, à Penguerec, ils fouillent la ferme à la recherche de partisans et tuent 4 de leurs occupants. Seuls 3 enfants parviennent à s'enfuir. Les soldats arrivent ensuite au centre de Gouesnou - où se situe l'église - qui est sécurisée. Il est interdit à quiconque de s'approcher ou de mettre la tête à la fenêtre. Sébastien Le Ven (père) sera ainsi tué alors qu'il tentait de voir ce qui se déroulait.

La rafleModifier

Les Allemands décident alors de capturer toutes les personnes qu'ils découvrent dans le bourg ainsi que les voyageurs de passage. Ils emmènent ensuite leurs 40 prisonniers, âgés de 16 à 71 ans dont 4 femmes, à Penguerec, à une quinzaine de minutes du centre du bourg, où ils fusillent tous leurs prisonniers et mettent le feu à leurs corps. Il n'y a aucun survivant.

Découverte du massacreModifier

La tension est forte jusqu'au soir et le couvre-feu exigé par les Allemands est respecté par tous. Sœur Paul, sœur infirmière, sort pour en savoir plus vers 19 h 30. C'est elle qui découvrira le charnier. Les corps sont difficiles à reconnaître et les victimes seront identifiées grâce à la liste des personnes manquant à Gouesnou. Neuf cadavres resteront non identifiés, il s'agit probablement de personnes en déplacement pour ou depuis Brest.

AnalyseModifier

Le massacre de Penguerec est un crime de guerre puisqu'il s'agit d'un assassinat de populations civiles que ne justifient pas les exigences militaires.

Par ailleurs, la 3e brigade antiaérienne de la Kriegsmarine ne correspond pas aux quatre critères déterminants pour les unités responsables de massacres de masse en France, tels que définis par Peter Lieb : leurs membres sont imprégnés par l'idéologie nationale-socialiste, elles ont combattu sur le front de l'Est, se perçoivent comme une unité militaire d'élite et ont déjà participé à des opérations de lutte contre les partisans[1].

Le cas de Penguerec n'est toutefois pas unique ; deux jours auparavant, également en Bretagne, des unités de la Wehrmacht assassinent 25 civils à Saint-Pol-de Léon[2] ; le 29 août, dans le département de la Meuse, des soldats de la 3edivision de Panzergrenadiers fusillent 86 hommes à Couvonges, Robert-Espagne, Beurey-sur-Saux et Magnéville[3]. Comme les massacres commis par la Waffen-SS, notamment à Oradour-sur-Glane et à Tulle, et même si le contexte est différent, la tuerie de Penguerec suit les principes de l'ordonnance de Sperrle et les ordres du haut commandement de la Wehrmacht[4] .

Dans une perspective historique couvrant l'ensemble de la Seconde Guerre mondiale, il faut aussi mentionner le massacre de Vinkt, perpétré fin mai 1940 par des hommes de la 225e division d'infanterie, avec quelque 140 victimes, ou celui de massacre de Kragujevac, commis par des membres de la 717e division d'infanterie fin octobre 1941. Dans ces deux cas, les critères établis par Peter Lieb, portant sur une période plus tardive, ne sont pas également pas rencontrés et le processus de brutalisation de la Wehrmacht décrit par Omer Bartov, n'en est qu'à ses prémisses[5]. Chronologiquement plus proche du massacre de Penguerec et dans un contexte assez conforme aux analyses de Lieb et Bartov, on peut également citer le massacre de Kalavryta de décembre 1943.

Penguerec aujourd'huiModifier

Un monument comportant la liste des victimes connues a été érigé sur le lieu du massacre que, tous les ans, la commune commémore.

Notes et référencesModifier

  1. Peter Lieb, « Répression et massacres. L’occupant allemand face à la résistance française, 1943-1944 », in Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, éd. Autrement, coll. « Mémoires/Histoire », Paris, 2006, p.  181
  2. P. Lieb, op. cit., p. 184
  3. P. Lieb, op. cit., p. 179
  4. P. Lieb, op. cit., p. 176-177
  5. Omer Bartov, L'Armée d'Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Hachette, Paris, 1999. (ISBN 2012354491)

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Albert Bossard, Gouesnou, d'hier à aujourd'hui
  • Peter Lieb, Wehrmacht, Waffen-SS et Sipo/SD : La répression allemande en France 1943-1944, in Actes du colloque organisé par la Fondation de la résistance et la ville de Saint-Amand-Montrond, le 8 juin 2005, disponible en ligne [1]
  • Peter Lieb, Répression et massacres. L’occupant allemand face à la résistance française, 1943-1944, in Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, éd. Autrement, coll. Mémoires/Histoire, Paris, 2006

Article connexeModifier

Lien externeModifier