Marinus van der Lubbe

communiste hollandais
Marinus van der Lubbe
MarinusvanderLubbe1.jpg
Photographie prise durant sa captivité, en 1933.
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
Marinus (Rinus) van der LubbeVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Militant politique, syndicalisteVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Parti politique
Condamné pour
Denkmal Marinus van der Lubbe.jpg
Plaque commémorative

Marinus van der Lubbe, né le à Leyde[1] (Pays-Bas) et mort le à Leipzig (Allemagne), est un syndicaliste néerlandais, auteur présumé de l'incendie du Reichstag à Berlin dans la nuit du 27 au , quelques semaines après la nomination d'Adolf Hitler à la chancellerie. Condamné à la peine de mort pour haute trahison, il est exécuté le par décapitation. L'incendie du Reichstag servit de prétexte à Hitler pour établir sa dictature.

BiographieModifier

Les parents de Van der Lubbe étaient séparés et sa mère est morte lorsqu'il avait douze ans. Il a grandi dans la famille de sa demi-sœur.

Marinus van der Lubbe a commencé à l'âge de 20 ans une formation de maçon. En raison de sa force physique, il était surnommé « Dempsey » par ses amis. À la suite d'un accident de travail en 1925 et à cause du handicap oculaire qui en a résulté, il n'a pas pu continuer à exercer cette profession. Au cours des années suivantes il adhère à un petit groupe d'ultra-gauche : l'Opposition ouvrière de gauche (LAO). Cette dernière est favorable aux actions minoritaires.

Après une altercation avec sa sœur, il déménage à Leyde en 1927 et y fonde la maison Lénine, un lieu de rencontres et de conférences politiques. À Leyde, Van der Lubbe a des démêlés avec la police : ainsi en 1930 il doit faire deux semaines de prison pour avoir cassé des vitres des bureaux de l'aide sociale.

Van der Lubbe s'éloigne toujours plus des communistes parlementaristes qu'il considère trop peu radicaux et trop peu combatifs. Il privilégie l'action directe.

Entre 1928 et 1932, Van der Lubbe voyage à travers l'Europe. Il ne peut réaliser son souhait de se rendre en Union soviétique, car l'entrée lui est refusée.

Il se radicalise ensuite et devient conseilliste. Malade, Marinus van der Lubbe est condamné à devenir aveugle d'après les médecins. En , il se rend à Berlin et tente d'incendier plusieurs bâtiments[2].

Immédiatement arrêté par la police au cours de l'incendie du Reichstag, Marinus van der Lubbe est de plus accusé par le Parti communiste d'Allemagne (KPD) d'avoir été manipulé par les nazis : cette propagande stalinienne le décrit comme un déséquilibré. Les conseillistes organisent sa défense et créent un Comité international Van der Lubbe qui est également soutenu par le mouvement anarchiste.

Le , le juge Wilhelm Bünger (en) représentant le tribunal du Reich condamne Marinus van der Lubbe à la peine de mort pour « incendie criminel couplé à une tentative de renverser le gouvernement ». Ses co-accusés communistes (Torgler (en), Dimitrov, Popov (en) et Tanev) sont relaxés faute de preuve, ce qui n'empêche pas le juge Bürger d'affirmer que c'est bien le KPD qui est derrière l'incendie du Reichstag[3].

Le , le procureur Karl August Werner (en) vient annoncer à van der Lubbe que le président Hindenburg a rejeté son recours en grâce. Le lendemain matin, à h 30, il est guillotiné par le bourreau Alwin Engelhardt (de) dans la cour du tribunal de district de Leipzig[4],[5].

Jugements a posterioriModifier

Ce jugement est cassé le par un tribunal de Berlin qui, à titre posthume, condamne van der Lubbe à huit ans de prison pour « tentative d'incendie avec effraction ». Treize ans plus tard, Robert Kempner (un des procureurs américains des procès de Nuremberg) en obtient l'acquittement. Ce verdict est cassé un an plus tard en appel.

La condamnation est officiellement jugée « illégale » par les services du procureur fédéral allemand le [6], en application d'une loi de 1998[7]. Cette décision ne se prononce pas sur la culpabilité ou l'innocence de van der Lubbe, mais se fonde sur le fait que le verdict avait des motifs politiques[8] et reposait sur des « prescriptions injustes spécifiquement national-socialistes ».

Rumeurs concernant l'homosexualité de LubbeModifier

Jean Le Bitoux, journaliste et militant, évoquait dans un article du journal français Libération paru en 1999 l'accusation d'homosexualité qui aurait été portée par les nazis contre van der Lubbe[9].

Depuis la fin de la période nazie, la thèse de l'homosexualité de van der Lubbe a été remise en question par plusieurs chercheurs et historiens. L'historien Anson Rabinbach a en fait montré que ces allégations ont été inventées par la propagande communiste : les communistes allemands se sont rapidement distanciés de van der Lubbe. Deux mois après l'incendie du Reichstag, le propagandiste Willi Münzenberg et les principaux membres du Parti communiste d'Allemagne publient le Livre brun traduit en 17 langues. Il traite des atrocités des nazis, mais contient également une campagne diffamatoire contre les communistes du Conseil néerlandais. Ainsi, il est mensongèrement affirmé que van der Lubbe a agi sur commande ou, tout au moins, après avoir consulté les nazis. De plus, ils l'accusent d'avoir été un « garçon de plaisir » (« Lustknabe »)[10].

Références dans l'artModifier

Willem Elsschot, écrivain belge de langue néerlandaise, a écrit en 1934 un poème sur Marinus van der Lubbe, dans lequel il se montre peu optimiste quant à son sort et où il critique la barbarie de la peine capitale[11].

Dans La Résistible Ascension d'Arturo Ui, pièce allégorique de Bertolt Brecht sur l'ascension d'Hitler au pouvoir, Marinus van der Lubbe apparaît sous le nom de Fish. Brecht y défend la thèse selon laquelle Marinus van der Lubbe a été manipulé par les nazis, à qui l'incendie devait servir de prétexte pour prendre des mesures anti-communistes[12].

Stephen Spender, poète anglais, a écrit un poème Van der Lubbe.

Pour plus de détails quant aux différentes interprétations, voir : Incendie du Reichstag.

NotesModifier

  1. Également selon d'autres sources à Oegstgeest.
  2. Ian Kershaw, Hitler, tome 1, page 649.
  3. (en) Richard J. Evans, The Third Reich in Power, 1933 - 1939 : How the Nazis Won Over the Hearts and Minds of a Nation, New York, Penguin Press, , 941 p. (ISBN 9781594200748, OCLC 61451667), chap. 1 (« The police state »), p. 68
  4. Otto D. Tolischus, VAN DER LUBBE DIES ON NAZI GUILLOTINE; Germany Beheads Reichstag Incendiary in Leipzig, Taking the World by Surprise., The New York Times, 11 janvier 1934.
  5. (de) « »STEHEN SIE AUF, VAN DER LUBBE!« », Der Spiegel, (consulté le )
  6. (en)« German prosecutor annuls 1933 Reichstag fire ruling », Agence Reuters, dépêche du 10 janvier 2008.
  7. « Marinus van der Lubbe gerehabiliteerd » (en néerlandais), dans De Telegraaf, 10 janvier 2008, en ligne.
  8. « Marinus van der Lubbe gerehabiliteerd » (en néerlandais), en ligne, De Telegraaf, 10 janvier 2008
  9. « Les nazis utilisèrent pour la première fois l'homophobie populaire lors de l'incendie du Reichstag en accusant van der Lubbe, un fragile jeune homme manipulable, d'être un sympathisant communiste, mais aussi, on l'a moins lu à l'heure de la récente ouverture du Reichstag, d'être homosexuel. Lequel Reichstag, s'il n'eût été incendié, aurait, comme l'indiquait son calendrier parlementaire, eu à débattre quelques mois plus tard de l'abrogation de cette loi homophobe, le paragraphe 175, héritée du code prussien, elle qui avait été effacée au milieu du XIXe siècle par le code Napoléon qui avait aboli toute condamnation pénale pour sodomie. Cette double accusation de la chancellerie nazie — imaginez : un incendiaire du parlement à la fois communiste et homosexuel — permit, par une sorte de « tétanisation » de l'indignation populaire ainsi interloquée, rumeurs comprises, de faciliter la suspension des libertés publiques, des syndicats, des associations et des partis politiques. »[réf. nécessaire]
  10. (de) Anson Rabinbach: Van der Lubbe – ein Lustknabe Röhms? Die politische Dramaturgie der Exilkampagne zum Reichstagsbrand. In: Susanne zur Nieden (Hrsg.): Homosexualität und Staatsräson. Männlichkeit, Homophobie und Politik ind Deutschland 1900–1945. Campus, Frankfurt am Main/New York 2005, (ISBN 3-593-37749-7), p. 193–213.
  11. . Voir: Version originale accompagnée d'une traduction anglaise.
  12. Bertolt Brecht, La Résistible Ascension d'Arturo Ui, L'Arche éditeur, 1976, p. 80.

SourcesModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier

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