Marie-Anne Pierrette Paulze

femme de science, artiste-peintre et illustratrice française

Marie-Anne Pierrette Paulze, épouse Lavoisier, puis Rumford, née à Montbrison le et morte à Paris le , est une scientifique, une artiste peintre et une illustratrice française.

Marie-Anne Pierrette Paulze
Titre de noblesse
Comtesse
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 78 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
Marie-Anne Pierette Paulze LavoisierVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Père
Conjoints
Père-Lachaise - Division 13 - Lavoisier 09.jpg
Vue de la sépulture.

Elle fut l'épouse et la collaboratrice du chimiste Antoine Lavoisier (1743-1794).

BiographieModifier

Marie-Anne Pierrette Paulze est la fille du fermier général Jacques-Alexis Paulze, et la petite-nièce, par sa mère Claudine Thoynet, de l'abbé Joseph Marie Terray. Elle perd sa mère à l'âge de trois ans. Son père, qui a déjà trois fils, l’envoie au couvent de la Visitation de Montbrison, afin qu’elle y reçoive l’éducation classique d’une jeune fille de la haute bourgeoisie. Elle y forge son caractère, s’intéressant particulièrement aux sciences et au dessin.

Ascension du couple LavoisierModifier

En 1771, elle épouse Antoine-Laurent de Lavoisier (1743-1794), fermier général, connu pour être le fondateur de la chimie moderne et de la physiologie respiratoire. Elle échappe ainsi à un mariage arrangé par son grand-oncle avec un homme de 50 ans[1] : l’abbé Terray, devenu contrôleur-général, cédant aux instances de la baronne de La Garde, qui a une grande influence sur lui, s'était mis en tête de la marier au comte d’Amerval, gentilhomme sans état, frère de Mme de La Garde. Jacques Paulze ne craint pas, au risque de compromettre sa fortune, de résister aux volontés de son oncle, le tout-puissant contrôleur des finances, dont il dépend comme fermier-général. Après une première réponse dilatoire, il lui écrit une lettre soulignant l’« aversion décidée » de sa fille pour d’Amerval « fol d’ailleurs, agreste et dur, une espèce d’ogre », selon les mémoires.

L’abbé Terray menace Paulze de lui retirer la direction du département du tabac, avant de se raviser, sur les instances de Michel Bouret, alors fermier-général, qui prend la défense d’un collègue dont l’activité et l’intelligence sont nécessaires à la compagnie. Comme l’abbé persiste dans ses projets de mariage, Paulze, redoutant de nouvelles sollicitations, se résout à marier sa fille le plus tôt possible, pour la soustraire aux poursuites d’Amerval.

Au mois de , son mariage avec Antoine Lavoisier est décidé. L’abbé Terray accepte la situation sans récriminer et rend ses bonnes grâces à son neveu, promettant non seulement d’assister à la signature du contrat, mais voulant que le mariage soit célébré à la chapelle du contrôle-général. Paulze n’a pas à ce moment une grande fortune : les premières années de sa gestion comme fermier-général lui ont laissé un déficit plutôt qu’un bénéfice ; aussi ne donne-t-il à sa fille qu’une dot de 80 000 livres, sur lesquelles 21 000 sont payées comptant. Le mariage est célébré le , rue Neuve-des-Petits-Champs à Paris, par le curé de la paroisse de Saint-Roch. Les jeunes époux vont habiter une maison de la rue Neuve-des-Bons-Enfants avec Lavoisier père et Mme Punctis.

En 1776, Antoine Lavoisier prend la direction de la Régie des poudres et du salpêtre. Le couple s'installe dans le logement de fonction à l'Arsenal[2]. Lavoisier installe un laboratoire sous les combles. Malgré ses fonctions à la ferme générale et à la Régie, il s'adonne à ses recherches personnelles. Marie-Anne Paulze l'assiste, note les expériences et les résultats. Avec Samuel Dupont[3], ami du couple, Lavoisier constate le retard de l'agriculture française. Il lance une expérience pour améliorer le rendement agricole sur un territoire de 1 000 hectares qu'il confie à sa femme. La production de blé augmente mais l'exploitation n'est pas rentable[2].

Le couple n’a pas d'enfant. En 1781, Marie-Anne Paulze devient l'amante de Samuel Dupont. Né en 1739, il est de 20 ans son aîné et plus âgé que son mari. Ils mettront fin à cette relation en 1798[4]. Elle continue à collaborer à l'œuvre scientifique de son mari, en traduisant en français diverses publications, et en dessinant toutes les planches illustrant son Traité élémentaire de chimie (1789)[5].

En 1787, elle accompagne Antoine Lavoisier pour la session de l'assemblée provinciale d'Orléans. Elle rédige deux enquêtes économiques et fiscales. En 1788, la réussite du couple Lavoisier est à son apogée. Marie-Anne Paulze demande à Jacques-Louis David un grand portrait du couple, qu'elle paie la somme considérable de 7 000 livres. Ce portrait, un chef-d’œuvre de la peinture néo-classique[2], est conservé à New York au Metropolitan Museum of Art.

La Révolution françaiseModifier

Les Aides et Traites intérieures sont abolies en et la gabelle le [6], de facto la Régie des Aides et la Ferme générale n'existent plus.

Antoine Lavoisier renonce à la direction à la régie des poudres et salpêtres. Le couple est contraint de quitter l'Arsenal. Trois ans plus tard, s'ensuivit une série de procès et d'exécutions. Le , 19 fermiers généraux sont arrêtés. Antoine Lavoisier et son beau-père, Jacques Paulze, se livrent quatre jours plus tard, le , pensant être à même de justifier de leur gestion. Leurs biens sont saisis et inventoriés. Ils sont jugés et exécutés le avec 25 autres fermiers.

La condamnation et l’exécution de son père et de son mari le même jour sont pour Marie-Anne Paulze un choc extraordinaire qui la marque à jamais. Arrêtée le , elle est incarcérée. À la suite des lettres de protestation qu’elle envoie en août au comité de surveillance de la Section des Piques, au Comité de salut public et au Comité de sûreté générale, elle est relâchée le , après 65 jours de détention. Elle est démunie par le séquestre de tous ses avoirs. En , elle peut finalement récupérer le domaine de Freschines, commune de Villefrancœur, dans le Loir-et-Cher. Ses biens, les instruments et les notes scientifiques de son mari ne lui reviendront qu'en . Dans un virulent mémoire, signé par plusieurs veuves et enfants de condamnés, elle dénonce André Dupin de Beaumont (1744-1833), le député de l'Aisne responsable des exécutions, ancien employé des fermiers généraux[7].

Lesage, député d'Eure-et-Loir, s'en prend violemment à Dupin lors de la séance de la Convention du 22 thermidor suivant, il le traita d' « ancien valet des fermiers généraux qui avait voulu se venger de ses maîtres », l'accusant d'avoir volé les condamnés et notamment d'avoir dérobé à Lépinay un portefeuille contenant 100 000 livres en assignats et 95 louis d'or, il réclame son arrestation et la mise sous scellés de ses biens et de ceux de sa belle-mère à Saint-Cloud, quand bien même il était divorcé depuis 2 ans. Le décret est rendu immédiatement, Dupin est emprisonné, mais il bénéficiera, 2 mois plus tard, de la loi d’amnistie du 4 brumaire an IV.

Malgré les obstacles financiers, Marie-Anne Paulze organise la publication des derniers mémoires de Lavoisier, Mémoires de chimie, une compilation de ses papiers et ceux de ses collègues démontrant les principes de la nouvelle chimie. Le premier volume contient les travaux sur la chaleur et la formation de liquides, tandis que le second traite des notions de combustion, de l'air, de la calcination des métaux, de l'action des acides et la composition de l'eau. Dans la copie originale, elle écrit la préface et attaque les révolutionnaires et les contemporains de Lavoisier, qu'elle croit être responsables de sa mort.

Les ayants droit des fermiers obtinrent satisfaction et furent réintégrés dans leurs droits sous la seconde Restauration

En 1804, Marie-Anne Paulze épouse le savant américain Benjamin Thompson, comte de Rumford. Ils se séparent en 1809[2]. Son salon reste très fréquenté. Elle meurt en 1836 et est inhumée à Paris au cimetière du Père-Lachaise (13e division).

Contributions à la chimieModifier

Lorsque Lavoisier publie en 1774 un premier ouvrage scientifique, Opuscules physiques et chimiques, celui-ci déclenche des polémiques et Marie-Anne Paulze demande à son époux de lui enseigner la chimie. Elle assimile vite les idées de son mari[8] et devient rapidement une collaboratrice indispensable, son rôle dépassant largement celui d’une épouse dévouée. Le couple se lève à 5 heures et travaille dans le laboratoire de 6 à 9 heures et de 19 à 21 heures[9]. Son écriture apparaît fréquemment dans les registres de laboratoire, mêlée à celle d’Antoine Lavoisier et de ses collaborateurs.

Traduction d'ouvrages scientifiquesModifier

Marie-Anne Paulze prend des leçons de latin ; elle apprend, également, l'anglais et l'italien et peut ainsi traduire les œuvres de Priestley, de Cavendish, d’Henry et des autres chimistes européens[10],[11].

En 1788, sa traduction de l’Essai sur le phlogistique du chimiste irlandais Richard Kirwan permet à Lavoisier, aidé par Guyton de Morveau, Laplace, Monge, Berthollet et Fourcroy, de réfuter chacun des arguments de l'Essai et de publier son Traité élémentaire de chimie en 1789. L'ouvrage comprend également trois notes du traducteur, c'est-à-dire de Marie-Anne Paulze. Elle traduit aussi, en 1790, De la force des acides et de la proportion des substances qui composent les sels neutres[12], de Kirwan, et publie sa traduction dans les Annales de chimie[13].

Illustrations scientifiquesModifier

 
Illustration réalisée par Marie-Anne Paulze dans le laboratoire de son mari.

Habile dessinatrice[14], elle perfectionne son art auprès du peintre Jacques-Louis David (1748-1825)[15]. L’œuvre picturale de Marie-Anne Paulze démontre définitivement que les arts et les sciences sont inextricablement liés et qu’il est avantageux de le reconnaître.

Les treize gravures sur cuivre, signées « Paulze Lavoisier Sculpsit », qui ornent le Traité élémentaire de chimie sont de sa main, ainsi que toutes les esquisses qui ont précédé l’épreuve finale. En plus de ces illustrations, elle grave au moins deux scènes prises sur le vif dans le laboratoire, illustrant les expériences que Lavoisier fait sur la respiration en compagnie de Pierre-Simon de Laplace et Armand Séguin. Dans ces deux scènes, L’Homme au travail et L’Homme au repos, Marie-Anne Paulze se dépeint elle-même, à l’arrière-plan, en secrétaire consignant des notes dans les registres du laboratoire[16].

Notes et référencesModifier

  1. « Lavoisier, le parcours d'un scientifique révolutionnaire - Le mariage », sur CNRS-SagaScience
  2. a b c et d Jean-Pierre Poirier, Histoire des femmes de sciences en France, Paris, Pygmalion, , 410 p. (ISBN 2-85704-789-4), p. 281-325.
  3. Il sera anobli par le roi en 1783 et deviendra Pierre Samuel du Pont de Nemours.
  4. J.J. Peumery, « M.-A. Paulze, épouse et collaboratrice de Lavoisier », Vesalius VI 2 2000,‎ , p. 105 - 113 et Note 11 (lire en ligne)
  5. « Lavoisier, le parcours d'un scientifique révolutionnaire », sur cnrs.fr.
  6. Collection Générale des décrets rendus par l’Assemblée Nationale, vol. 2, Baudoin, imprimeur de l'Assemblée nationale (lire en ligne)
  7. Dénonciation présentée au Comité de législation de la Convention nationale contre le représentant du peuple Dupin ; par les veuves et enfans des ci-devant fermiers généraux, Paris, Dupont, (lire en ligne)
  8. J.-P. Poirier, La Science et l'Amour - Madame Lavoisier, Éd. Pygmalion, 2004.
  9. (en) Marelene Rayner-Canham et Geoffrey Rayner-Canham, Women in Chemistry: Their Changing Roles from Alchemical Times to the Mid-Twentieth Century, 1998, p. 18 ; R. Dujarric de la Rivière, Lavoisier économiste, Paris, Masson/Plon, 1949, p. 13, et (en) Douglas McKie, Antoine Lavoisier, the Father of Modern Chemistry, Philadelphie, Lippincott, 1935, p. 40, indiquent « de 19 à 22 heures ».
  10. Charles Clerc, op. cit., p. 189.
  11. Michelle Goupil, dir., Œuvres de Lavoisier. Correspondance, Paris, Académie des sciences, 1993, vol. 5, p. 373.
  12. (en) « Strength of Acids and the Proportion of Ingredients in Neutral Salts », in Proceedings of the Royal Irish Academy, vol. 4, 1790, p. 3-89.
  13. Vol. 14, 1792, p. 152, 211, 238-286.
  14. R. Dujarric de la Rivière, op. cit., p. 13.
  15. Madeleine Pinault-Sorensen a pu établir que Marie-Anne Paulze fut, à titre privé, élève de David grâce à deux dessins annotés par celui-ci et conservés au musée des arts et métiers de Paris.
  16. Bernadette Bensaude-Vincent, Lavoisier. Mémoires d’une révolution, Paris, Flammarion, 1993, p. 90.

Articles connexesModifier


AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  • Lavoisier, Antoine, Laurent, Calculs des produits de différents baux de la Ferme générale,manuscrit autographe, 1774, Paris, Edouard Grimaud, 1892 -1893 (lire en ligne), pages 125 à 185
  • Lavoisier, Antoine, Laurent, Réponses aux inculpations faites contre les ci-devant fermiers généraux, avec les pièces justificatives, 1794, brochure imprimée, Paris, Edouard Grimaud, 1892 -1893 (lire en ligne), pages 570 à 659
  • Lavoisier Marie-Anne (1758-1836) et autres, Dénonciation présentée au Comité de législation de la Convention nationale contre le représentant du peuple Dupin ; par les veuves et enfans des ci-devant fermiers généraux, Paris, Dupont, 1794-1795 (lire en ligne)
  • Bernadette Bensaude-Vincent, Lavoisier. Mémoires d’une révolution, Paris, Flammarion, 1993.
  • Madeleine Pinault-Sorensen, « Madame Lavoisier, dessinatrice et peintre », La Revue du musée des arts et métiers, Conservatoire national des arts et métiers, musée national des techniques, , p. 23-25.
    Article écrit à la mémoire de Michelle Goupil, secrétaire général du Comité Lavoisier.
  • Jacques Ruelland,, « Marie-Anne Pierrette Paulze-Lavoisier, comtesse de Rumford (1758-1836) : Lumière surgie de l'ombre », Dix-huitième Siècle, Volume 36, n° 1, 2004, p. 99-112 (en ligne
  • Jean Pierre Poirier, Lavoisier, Paris, Pygmalion,

Liens externesModifier