Marcianopolis

ville bulgare
Marcianopolis
Dioecesis Thraciae 400 AD.png
Marcianopolis, chef-lieu de la Mésie II (400).
Géographie
Pays
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Statut
Cité antique (d), site archéologiqueVoir et modifier les données sur Wikidata
Identifiants
TGN

Marcianopolis (en grec: Μαρκιανούπολις) était une cité romaine située dans la province romaine de Mésie. Ses ruines se trouvent, aujourd'hui, sous le quartier de Réka Dévnya, situé à 2,55 km au nord-est du centre de la ville de Devnya (Bulgarie).

HistoireModifier

 
Menaces des Goths sur la Mésie inférieure et Marcianopolis à partir de 251.

La localité s'appelait, initialement, Parthenopolis. Elle a été transformée en colonie romaine par l'empereur Trajan en 106 - après la Seconde guerre dacique - qui y implanta de nombreux vétérans[1] et la nomma en l'honneur de sa sœur aînéeUlpia Marciana[2]. Il dota la cité des monuments emblématiques de la romanité, dont un amphithéâtre qui a été retrouvé[3]. Grâce à cette implantation Marcianopolis marque la limite orientale de diffusion de la langue latine, tandis que s'échelonnent les colonies grecques sur la côte de la mer Noire[4].

Au IIIe siècle, la province de Mésie est sous la menace des incursions des Sarmates et des Goths. Marcianopolis est prise par les Goths durant l'hiver 250/251[5], puis attaqué à nouveau en 267. Claude les affronte au service de Gallien puis les anéantit comme empereur au prix de nombreux combats au voisinage de Marcianopolis[6]. Lors de la réorganisation des provinces opérée par Dioclétien, la Mésie inférieure est divisée en Mésie seconde, dont Marcianopolis est le chef-lieu, et Scythie Mineure. En 328, l'empereur Constantin Ier s'y établit comme base pour ses contre-offensives au-delà du Danube[7].

De 367 à 370, l'empereur Valens l'utilise comme base pour sa campagne contre les Goths. Il parvient à imposer un traité de paix à leur chef Athanaric et revient à Constantinople[8],[9]. En 376, les Goths franchissent en masse le Danube, mais ils sont mal ravitaillés par les Romains. La rencontre à Marcianopolis de leur chef Fritigern et du comte de Thrace Lupicinus dégénère en un affrontement à neuf milles de la ville et une défaite des troupes romaines[10]. Les Romains ne peuvent empêcher le pillage par les bandes barbares des provinces de Mésie de de Scythie mineure, jusqu'à la conclusion d'un traité en 282 (foedus) qui concède leur implantation et leur ravitaillement dans ces provinces[11].

La ville fut détruite par les Huns, dirigés par Attila, en 447, juste après la Bataille de l'Utus[12]. L'empereur Justinien Ier reconstruisit et fortifia la ville. Ceci n'empêcha pas qu'elle soit mise à sac, en 587, par les Avars, avant d'être reprise par les byzantins[13]. En 596, les armées de l'Empire romain d'Orient s'y concentrent avant une expédition militaire importante contre les Avars installés au nord du Danube[14]. Malgré les attaques fréquentes des barbares venus de la rive nord du danube, Marcianopolis demeura une ville importante jusqu'à sa destruction par les Avars, lors d'un raid en 614–615.

Les Slaves s'installèrent dans la région au dans la première moitié du VIIe siècle et appelèrent Dévina les ruines de l'ancienne ville.

La ville est mentionnée dans des documents du milieu du VIIe siècle mais les références à celle-ci disparaissent rapidement après la conquête de la région par les Proto-Bulgares et la fondation du Premier État bulgare.

Vestiges archéologiquesModifier

  Image externe
  Photos des vestiges de l'amphithéâtre, de son plan et de la stèle de Markianus.

Les vestiges archéologiques de Marcianopolis comprennent l'amphithéâtre, plusieurs rues et les mosaïques de la Maison d'Antiope, une villa de la fin du IIIe siècle ou du début du IVe siècle, qui sont exposées dans le Musée des mosaïques de Devnya, ou visibles in situ[15]. Dans la nécropole, ont été découvertes en 1986 deux stèles funéraires de gladiateurs aux épitaphes rédigées en grec, celle du secutor Markanius, qui a combattu deux fois, et celle d'un autre secutor, Smaragdos, portant comme surnom de combattant le nom d'une pierre précieuse(smaragdus = Smaragdite de couleur émeraude), mort à sa vingtième rencontre[16].

Des monnaies émises localement témoignent de l'existence d'un temple dédié à Serapis et d'une porte monumentale de la ville, en forme d'arc de triomphe.

Notes et référencesModifier

  1. Petit 1974, p. 413.
  2. Ammien Marcellin, Res gestae, XXVII, 4, 12
  3. Bouley 1994, p. 44.
  4. Petit 1974, p. 278.
  5. Sylviane Estiot, Iannis P. Touratsoglou, « Greece and the Balkans before the end of Antiquity », Revue numismatique, 6e série, tome 166, année 2010, p. 570 lire en ligne
  6. Histoire Auguste, Le divin Claude, IX, 3 ; Zozime, I, 42
  7. Petit 1974, p. 570.
  8. Ammien Marcellin, Res gestae, XXVII, 5
  9. Petit 1974, p. 629 et 651.
  10. Ammien Marcellin, Res gestae, XXXI, 5
  11. Petit 1974, p. 651-652.
  12. The Huns, Edward Arthur Thompson and Peter Heather, Blackwell, 1999. pp. 101–102. (ISBN 0-631-21443-7).
  13. Théophane le Confesseur, "Chronographia" A. M. 6079
  14. Théophane le Confesseur, "Chronographia" A. M. 6088
  15. (bg + en) « The museum of mosaic work in Devnya » (consulté le 25 mars 2020)
  16. Bouley 1994, p. 43-45.

BibliographieModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Elisabeth Bouley, « La gladiature et la venatio en Mésie Inférieure et en Dacie à partir du règne de Trajan », Dialogues d'histoire ancienne, no 1,‎ , p. 29-53 (lire en ligne).
  • (de) Boris Gerov, Marcianopolis im Lichte der historischen Angaben und der archäologischen und numismatischen Materialen und Forschungen, Studia Balkanica, 10, 1975.
  • Paul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, Seuil, , 800 p. (ISBN 2020026775).
  • T. Petrov, « L'amphithéâtre de la ville de Marcianopolis », Musée et monuments de la culture, 1, 1967, Sofia, 7-9.
  • G. Tontcheva, Fouilles à Marcianopolis pendant l'année 1955, 1965
  • G. Tontcheva, L'amphithéâtre de Marcianopolis. Spartacus. Symposium rebus Spartaci gestis dedicatum 2050 a. Blagoevgrad, 20.-24.9.1977.