Ouvrir le menu principal

Marchandisation

transformation de biens, services, idées et personnes en objet de commerce

La marchandisation (à ne pas confondre avec le merchandising, une technique propre aux magasins en libre-service) évoque l'extension des domaines économiques librement accessibles aux marchés. Elle est souvent opposée à la notion de « collectivisation » pouvant être appliquée aux biens publics et services publics.

Sommaire

Définition du conceptModifier

La marchandisation est un terme polémique qui concerne l'extension supposée des domaines de ce qu'on peut acheter et vendre sur les marchés. Le processus consisterait à transformer tous les échanges non marchands (santé[1], culture, etc) en marchandise classique. Les utilisateurs de ce terme péjoratif attribuent ainsi l'expression marchandisation du monde aux effets de la mondialisation qu'ils considèrent comme un méfait de la pensée néo-libérale.

La marchandisation des services publics, c'est-à-dire l'application des règles du marché aux services publics, est le principe de base de la nouvelle gestion publique dont le postulat de base considère que les marchés sont plus efficients que la planification. On trouve beaucoup de mouvements altermondialistes qui s'opposent à ce qu'ils considèrent comme la marchandisation de telle ou telle chose.

Les domaines où régnerait la marchandisationModifier

Ses opposants rangent par exemple dans cette notion :

  • la privatisation des services publics, comme la distribution d'eau ou les transports collectifs,
  • la privatisation des ressources naturelles, telles que les ressources en eau les ressources génétiques ou la biodiversité[2] et les milieux naturels via les banques d'actifs naturels[3]. Cette privatisation est notamment combattue par l'association biens publics à l'échelle mondiale. A titre d'exemple, une étude récente (2018) a cherché à qui appartenait les brevets déposés sur les gènes extraits par un nombre croissant de laboratoires et entreprises dans la biodiversité océanique, y compris dans un contexte juridiquement incertain quand les espèces qui ont fourni ces gènes sont hors des eaux territoriales et donc hors des juridiction nationale (surface couvrant la moitié de la surface de la Terre (et correspondant à un énorme volume d'eau et une grande surface et un énorme volume de sédiments si l'on prend en compte la colonne d'eau et la surface développée des grands fonds marins). Cette étude a trouvé 38 millions d'enregistrements de séquences génétiques associées à des brevets, d'où a été tirée une base de données de 12 998 séquences extraites de 862 espèces marines. Les auteurs ont identifié plus de 1 600 séquences de 91 espèces associées à des systèmes hydrothermaux profonds, montrant un intérêt commercial pour les organismes dits extrémophiles de régions océaniques géographiquement éloignées des continents, et une capacité de collecte et d'utilisation des gènes de ces espèces déjà très avancée. Une entreprise avait enregistré 47 % de toutes les séquences marines incluses dans les brevets de gènes, dépassant à elle seule le total des gènes décrits par 220 autres entreprises (37 %). Les universités, assistées de divers « partenaires » commerciaux en avaient déposé 12 %. 98 % de toutes les séquences brevetées l'ont été par des acteurs scientifiques et/ou commerciaux localisés ou domiciliés dans seulement 10 pays alors qu'aucun acteur basé dans 165 autres pays (souvent les plus riches en biodiversité) n'étaient pas même représentés dans les bases de données. Ceci montre selon les auteurs que les négociations internationales ont été déséquilibrées et qu'il est urgent de clarifier et mettre en œuvre de manière plus juste le régime juridique relatif à l'accès et au partage des avantages des ressources génétiques marines. Les auteurs estiment aussi qu'il faudrait plus de "transparence" dans la provenance des espèces, le transfert de la propriété des brevets, et concernant les activités de quelques sociétés qui ont une influence disproportionnée sur la brevetabilité de la biodiversité marine, « pour encourager l'innovation, favoriser une plus grande équité et promouvoir une meilleure gestion des océans »[4].
  • la disparition des couvertures sociales contre la maladie, au profit d'assurances maladie complémentaires gérées par des compagnies privées, à but lucratif,
  • la marchandisation des produits culturels et artistiques[5], dénonçant la concentration des grands groupes de médias sur l'industrie culturelle telles que l'industrie musicale et l'industrie du cinéma,
  • la marchandisation du vivant, qui pose la question de la brevetabilité du vivant et s'oppose à la biopiraterie, par exemple avec les brevets sur les gènes.
  • la marchandisation du corps, notamment celui de la femme, pour désigner deux réalités différentes : la prostitution, mais aussi l'exploitation commerciale de son image (notamment par la publicité la montrant souvent dénudée)
  • la marchandisation de l'enseignement, notamment de l'Université, les institutions étant mises en concurrence entre elles pour attirer la clientèle (étudiante), l'éducation étant présentée comme un investissement individuel dont la validité dépend de sa rentabilité économique, les produits des recherches universitaires étant censés être des sources de financement (ou de profits) pour l'Université.

Ses adversaires s'en prennent notamment à l'OMC et aux accords de commerce internationaux comme l'AGCS, qui promeuvent une plus grande extension des domaines des marchés.

Phénomènes inversesModifier

Le développement

montre que le monde, système dynamique complexe en perpétuelle recherche d'équilibre lorsque règne la liberté d'adaptation, évolue, dans de nombreux domaines, de façon tout à fait inverse.

Bref historiqueModifier

Cette notion reprend en partie l'idée de fétichisme de la marchandise, concept développé par Karl Marx dans Le Capital, où l'auteur évoque la disparition des interactions humaines dans le processus de production désincarné du capitalisme.

Ce concept fut repris et développé par György Lukács. Il fut étendu par Guy Debord à l'ensemble des activités humaines, dans sa théorie de La société du spectacle.

FilmographieModifier

De nombreux films documentaires traitant de la mondialisation économique ont pour sujet des secteurs économiques dans lesquels se développe la marchandisation : catégorie « Film traitant de la mondialisation »

RéférencesModifier

  1. (fr) « Guy Fischer « La logique reste la marchandisation de la santé » », L'Humanité, (consulté le 14 janvier 2013)
  2. Gleizes J (2012) De 1992 à 2012, les sommets de la Terre à Rio ou l'extension de la marchandisation du monde. Mouvements, (2), 99-106.
  3. Chabran F & Napoléone C (2013) Les conditions du développement des banques d’actifs naturels en France. Analyse du régime institutionnel de la première Réserve d’Actifs Naturels française. Développement durable et territoires. Économie, géographie, politique, droit, sociologie, 3(1).
  4. Corporate control and global governance of marine genetic resources ; 1er Juin 2018
  5. "La culture au rythme du marché",Politique, revue de débats, Bruxelles, n°70, mai-juin 2011.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier