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Marcel Boucher

personnalité politique française
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Marcel Boucher
Fonctions
Député des Vosges 1936-1940
Gouvernement IIIème République
Groupe politique IURN
Biographie
Date de naissance
Date de décès (à 77 ans)

Marcel Boucher, né le à Compiègne et mort le à Montevideo (Uruguay), est un homme politique français.

Sommaire

BiographieModifier

Fils du biologiste Henry Boucher, Marcel Boucher suit des études de droit à Paris et est diplômé de l’École des sciences politiques et de l’École des Hautes études sociales. Il s'inscrit au barreau de Paris. Il effectue son service militaire à Neufchâteau en 1913. Pendant la Grande guerre, il est sous-lieutenant de chasseurs à pied puis capitaine en 1918, affecté dans l'aviation. Deux fois blessé, il est chevalier puis officier de la Légion d'honneur et croix de guerre.

Il est membre en 1920 du cabinet de Charles Reibel, sous-secrétaire d’État à la Présidence du conseil puis ministre des régions libérées.

Il s'installe à Contrexéville en 1924. Il épouse Jeanne Barbier, fille d'un hôtelier, en 1928. Il possède de ce fait l'hôtel de la Trémoille à Paris. Il est le père de trois enfants.

Élu local et député de droiteModifier

Proche de la Fédération républicaine, il est élu conseiller municipal puis maire de Contrexéville en 1925[1] puis député des Vosges en 1936. Il se présente dans la circonscription de Neufchâteau comme « candidat de concentration républicaine et de défense agricole ». Il n'avait pas participé aux luttes politiques jusqu'alors. Il est soutenu par les élus locaux de droite[2] , malgré une réticence initiale. Il bat le député sortant de gauche Camille Picard au second tour. Il était présenté par son adversaire comme « le candidat des Croix de feu ». Il était certes soutenu par les Croix-de-feu - mais aussi par les Jeunesses patriotes - mais il n'est pas membre de la ligue du colonel de la Rocque. Sa profession de foi s'élevait contre « les théories criminelles de haine de classe » et s'interrogeait : « Assez de guerres ; Notre peuple (...) est-il chargé de défendre la Russie ? (...) La France a pour capitale Paris et non Moscou ». Un de ses tracts distribués pour le second tour s'en prend au Front populaire : « Un grand danger menace la France: (...) le Front populaire, puissante coalition de haines et d'appétits dominée et dirigée par des professionnels de la révolution à la solde de l'étranger. (...) Je suis ouvertement, hautement contre le Front populaire. Jamais je ne transigerai avec la Révolution. (...) (Camille Picard) est un député asservi d'avance aux puissances occultes ou avouées, au mot d'ordre du grand Orient et de Moscou »[3]. Anticommunisme radical et hostilité à la franc-maçonnerie donc.

Il s'inscrit ensuite, assez logiquement, à la Fédération républicaine et au groupe des Indépendants d'union républicaine et nationale, le plus à droite de la Chambre et le plus hostile au Front populaire. A la Chambre, il est un député intransigeant face aux gouvernements de Front populaire.

Il est proche dans son département du Parti social français et du Rassemblement national lorrain[4] .

Il dirige l'Association des Compagnons de Jeanne d'Arc, à l'origine des célébrations de Domrémy de 1937 à 1939. C'est une association apolitique, quoique marquée à droite.

Il est membre du Comité France-Allemagne et se rend en Allemagne en 1938. Il fait partie des Munichois convaincus en septembre 1938, attentifs certes au danger allemand mais très anticommunistes[5]. Quelques mois plus tard, en 1939, il dénonce sévèrement « l'imbécile mystique du Front populaire: le droit à la paresse, le culte du moindre effort, la prospérité par la gabegie, la force par le désarmement, le prestige extérieur par l'anarchie intérieure ». Mais il célèbre aussi le « génie de la France » qu'il oppose à Hitler et à Mussolini : « Nous n'aimons pas la dictature, elle ne correspond en rien à notre tempérament individualiste à l'extrême ». Il s'élève contre « l'excès d'une autarcie farouche et le racisme haineux » et loue « les libertés individuelles du citoyen ». Il combat le bellicisme qu'il prête à la gauche[6] mais il souligne que, sur sa proposition, la Fédération républicaine a voté un ordre du jour qui déclare « traître à la patrie » tout gouvernement français « disposé à accepter même de discuter les revendications des dictateurs »[7]. Bref, un anticommunisme pacifiste virulent, tempéré par un patriotisme traditionnel.

Marcel Boucher, collaborateurModifier

Il vote, le 10 juillet 1940, en faveur de la remise des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Il fait partie des 97 parlementaires qui signent un texte de Gaston Bergery lancé début juillet, appelant à "une collaboration qui n'équivaille pas à une servitude", une politique intérieure qui offre une synthèse de "l'autorité et de la liberté" afin de "reconstruire dans l'ardeur une France intégrée à la nouvelle Europe, y ayant sa grande et légitime influence, mais pour cela même changée dans ses mœurs". Il fait donc partie de la tendance pacifiste partisane d'un ordre nouveau.

Sous l'Occupation, il publie en 1941 un article dans le journal collaborationniste parisien La Gerbe s'offusquant de l'alliance entre les communistes et le clergé britannique et dénonçant les « gouvernements aux ordres des internationales maçonnique et juive »[8]. Il préside le Groupe Collaboration des Vosges et rejoint le Parti populaire français de Jacques Doriot à partir du 7 novembre 1942[9]. Il participe aux travaux du Centre d'études économiques et sociales. Il se ferait même appeler « Boucherr » par « sympathie germanique »[10]. Il quitte la France pour l'Allemagne en 1944, gagne l'Italie, Barcelone puis l'Argentine avec sa famille.

A la Libération, il est exclu de la Fédération républicaine, avec 13 autres parlementaires. Il est condamné par contumace à l'indignité nationale et à la confiscation de ses biens par la cour de justice de Colmar. En 1950, ce tribunal le relève de la confiscation de ses biens, en sa présence. Il vend ce qu'il possède à Paris et retourne en Argentine.

BibliographieModifier

  • Jean-François Colas, Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, Thèse de doctorat, Université de Paris X-Nanterre, 2002.
  • Jean-Paul Rothiot, « Marcel Boucher » in Jean El Gammal(dir.), Les parlementaires lorrains de la IIIe République, Metz, Ed. Serpenoise, 2006, p. 334-336.
  • Olivier Wieviorka, Les orphelins de la République : destinées des députés et des sénateurs français, 1940-1945, Paris, Seuil, coll. « L'univers historique », (1re éd. 2001), 472 p. (ISBN 978-2-02-128374-7, présentation en ligne), [présentation en ligne].
  • « Marcel Boucher », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]

Notes et référencesModifier

  1. Comme édile de la localité, il a participé à sa modernisation : il fait racheter par la commune l'hôtel d'Alsace, qu'il transforme en mairie-école, dote la ville d'une gare, fait construire de nouveaux hôtels, rénove le centre-ville et créée le lac de la Folie. Il est vice-président du groupement des stations thermales touristiques et climatiques de l'Est.
  2. Ses partisans groupés dans les comités du groupe d'action républicaine et nationale ( fondé à l'été 1935 )et les élus locaux qui le soutiennent ont fait imprimer quantité de tracts et d'affiches, qui tous s'opposent au Front populaire. Ses soutiens sont les conseillers généraux Jean Bouloumié - qui pourtant jugeait quelques mois plus tôt sa candidature « grotesque » -, Louis Noirtin (conseiller général de Neufchâteau depuis 1934, maire de Neufchâteau de 1925 à 1931, président de l'association des officiers de réserve de cette commune, membre du comité du groupe d'action républicaine et sociale, membre des Croix-de-feu et du Parti social français, sous-préfet intérimaire de juillet 1940 à juillet 1941, membre du conseil départemental pendant l'Occupation, inéligible en 1945 ) et Pierre Molard (notaire, conseiller général de Chatenois depuis 1928, vice-président du groupe d'action républicaine et nationale, président cantonal de la Fédération des catholiques vosgiens, Croix de feu puis PSF, membre de la commission administrative des Vosges puis du conseil départemental pendant l'Occupation ), des conseillers d'arrondissement, du maire de Liffol-le-Grand et des conseillers municipaux de cette commune, dont l'avoué Gilbert Getten qui militera avec Boucher au sein des Compagnons de Jeanne d'Arc. La plupart d'entre eux sont membres des Croix-de-feu et vont appartenir par la suite au Parti social français et/ou au Rassemblement national lorrain.
  3. In Jean-François Colas, op. cit., p. 523
  4. Il organise avec l'avoué Gilbert Getten du RNL une réunion de propagande en janvier 1937, avec comme orateurs Jean Chiappe, Philippe Henriot et Jean-Louis Tixier-Vignancour. Il accepte la présidence d'honneur d'une réunion du RNL en juillet 1937. Il assiste au congrès régional du PSF à Plombières-les-Bains en 1938, ce qui le distingue de Louis Marin.
  5. Il a été mobilisé dès le premier jour de la crise comme capitaine de chasseurs à pied en septembre 1938. Il écrit à Daladier le 30 septembre pour le remercier et lui apporter son soutien : « La catastrophe qui (...) menaçait d'anéantir l'Europe et sa civilisation vient grâce à vous d'être évitée (...) ». (Il lui fait part de sa ) « gratitude et son appui dans la lutte qui vous reste encore à soutenir contre les forces qui veulent désagréger la France ». (La Plaine des Vosges, 9-10-1938) In Jean-François Colas, op. cit.
  6. Il dénonce « la meurtrière politique d'idéologie sectaire contre les dictateurs » du Front populaire
  7. Ibidem, 7-5-1939
  8. Cité par l'Echo de Nancy, 4 novembre 1941
  9. François Moulin, Lorraine années noires. De la collaboration à l'épuration, Strasbourg, La Nuée bleue, 2009, p. 260
  10. L'anecdote est de Jacques Bardoux, in La délivrance de Paris. Séances secrètes et négociations clandestines, Paris, Fayard, 1958, p. 175

Voir aussiModifier