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Marc Michel (historien)

historien français
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Marc Michel
Portrait de Marc Michel
Biographie
Naissance
Nationalité Drapeau de la France Française
Thématique
Titres Docteur en histoire
Profession Professeur des universités
Employeur Université de Provence Aix-Marseille IVoir et modifier les données sur Wikidata
Approche

Histoire de l'Afrique coloniale

Histoire de la Première Guerre mondiale
Distinctions Prix Jean-Sainteny (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata

Marc Michel est un historien français, né en 1935, spécialiste de l'histoire contemporaine de l'Afrique, de l'histoire coloniale et de la décolonisation.

BiographieModifier

Jeunesse et formationModifier

Marc Michel est né le 14 mais 1935 à Paris XIIIe. Il passe sa petite enfance en Afrique puis effectue ses études secondaires et supérieures à Paris. Il est ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud et agrégé d'histoire.

Il soutient en 1968, à l'École pratique des hautes études VIe section, une thèse de 3e cycle intitulée La Mission Marchand 1895-1899[1], sous la direction d'Henri Brunschwig. Elle est publiée en 1972 aux éditions Mouton.

En 1979, soutient ensuite une thèse d'État sur la contribution de l’Afrique-occidentale française à la Première Guerre mondiale[2], sous la direction du professeur Jean-Baptiste Duroselle. Elle est publiée, dans une version simplifiée, en 1982 par les Publications de la Sorbonne, puis en 2003 et 2014 par les éditions Khartala.

Dans cet ouvrage, Les Africains et la Grande Guerre : l'appel à l'Afrique (1914-1918) [2003], il évoque les 200 000 « tirailleurs sénégalais » d'AOF dont plus de 135 000 viennent combattre en Europe, où 30 000 meurent.

CarrièreModifier

Il enseigne plusieurs années, comme maître de conférences, à Brazzaville (Congo) et à Yaoundé (Cameroun), au moment où sont mises en place les universités d’Afrique centrale et du Cameroun.

Revenu en France en 1969, il occupe les fonctions de maître de conférences à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, puis de professeur à l'université de Clermont-Ferrand II, et à l'université de Provence, dont il devient professeur émérite à sa retraite. Il est membre du Centre d'études des mondes africains (CEMAf).

ActivitésModifier

Marc Michel a effectué de nombreuses missions d’enseignement et d’enquête de terrain en Afrique au Sénégal, au Burkina, au Mali, au Cameroun, en RCA, au Burundi.

Il a dirigé l’Institut d’Histoire comparée des Civilisations (IHCC) à Aix en Provence (aujourd’hui section aixoise de l’Institut des Mondes africains, IMaf). Il a été président de la Société française d’Histoire d’Outre-mer de 1995 à 2003, également membre de la section des Lettres et Sciences humaines du CNL. II a été membre du Jury de l’Agrégation d’Histoire de 1993 à 1996.

Marc Michel fait partie du comité scientifique de l'Historial de la Grande Guerre à Péronne[3]. Il a été le rédacteur en chef de la revue Outre-mers.

Il est cofondateur, avec Daniel Lefeuvre et Michel Renard, de l'association Études Coloniales[4].

Apport à l'histoire colonialeModifier

La thèse sur l'appel à l'Afrique en 1914-1918Modifier

 
Tirailleurs sénégalais, sept. 1914.

La Revue française d'Histoire d'Outre-mer a rendu compte de la thèse de Marc Michel :

  • «Le livre met beaucoup plus l'accent sur les contributions militaires que sur les contributions économiques. Huit chapitres traitent du problème du recrutement des tirailleurs sénégalais, et de ce fait examinent l'historique de ses origines ainsi que le débat qui eut lieu en France et en AOF relativement à leur utilisation en Europe, au déroulement des recrutements entre 1915 et 1918, et à la variété des réactions des Africains concernés (allant d'une collaboration étroite à la rébellion armée). L'auteur attribue une grande part de la responsabilité de la décision d'utiliser les tirailleurs sénégalais en Europe au gouverneur général William Merlaud-Ponty qui précisa en 1913 qu'il "considérerait sa carrière comme terminée le jour jour où serait inscrit sur les drapeaux [des régiments de tirailleurs sénégalais] le nom d'un petit village du Rhin". Cinq autres chapitres traitent des tirailleurs sénégalais en Europe - et en France - et à l'armée d'Orient»[5].
  • «En fait, le plus important des mythes que le professeur Michel remet en question concerne la nécessité (et l'utilité) d'employer des troupes noires à la guerre de 1914-1918. Pour lui, ces troupes n'étaient d'aucune nécessité. Le nombre total des incorporés ayant été de 199 200 sans oublier les 7 200 originaires des Quatre Communes ayant un statut métropolitain et les 31 200 tirailleurs sénégalais déjà incorporés en 1914, les soldtas originaires de l'AOF ne représentent que le quart des effectifs coloniaux, c'est-à-dire 1,7% du chiffre total des hommes sous les drapeaux de 1914 à 1919. Une grande partie des effectifs recrutés en 1918 ne vit jamais le combat»[5].
 
Tirailleurs sénégalais traversant une ville, 1914-1918.
  • «Le professeur Michel considère que les tirailleurs sénégalais (tout en ayant eu leurs moments de gloire, notamment à Ypres et à Dixmude en 1914, à Assevilliers en 1916, aux offensives de 1917 et à Reims et Villers-Cotterêts en 1918) n'ont pas pas combattu avec une grande efficacité. C'étaient de simples conscrits et non des professionnels. Ces derniers ne firent pas honneur à la réputation de bravoure et de troupes de choc des tirailleurs sénégalais établie avant 1914 par leurs partisans, en particulier le général Mangin, ces derniers se basant sur les actions d'éclat de certaines unités toutes composées de soldats de métier en Afrique Noire et au Maroc avant 1914»[5].
  • «Conjointement aux historiens Jean Suret-Canale et Michael Crowder, le professeur Michel conclut que la participation de l'AOF à la Première Guerre mondiale, tout en étant un lourd fardeau pour les Africains concernés, n'a pas été de grande utilité pour la France. Mais son mérite est d'élaborer les thèses menant à cette conclusion avec beaucoup plus de compréhension, de tact, et surtout d'études détaillées basées sur des sources primaires que ne l'ont fait ces derniers»[5].

L'évaluation des pertes parmi les troupes noiresModifier

 
Tirailleurs sénégalais blessés, hôpital temporaire de Saint-Léonard, 1914-1918.
  • «Évidemment, le professeur Michel évoque la question que tout historien s'intéressant aux troupes noires doit forcément se poser - à quel point les noirs ont-ils été sacrifiés afin d'épargner la vie des blancs ? Tout en citant des textes qui sembleraient prouver que cette accusation était justifiée, il conclut d'après les statistiques et la majorité des témoignages que "Dans le malheur de la guerre, il n'y eut pas de discrimination»[5].

Marc Michel est plusieurs fois revenu sur la difficile question du chiffrage des morts au sein de la Force Noire. Dans l'ouvrage édité à partir de sa thèse, il écrit :

  • «Les estimations les plus probables paraissent encore celles qui ont permis l'établissement du rapport Lyons de Feuchin : un peu plus de 30 000 morts et disparus, auxquels il faut ajouter les pertes des Originaires des Quatre Communes (de 700 à 800 selon les sources). Il faut souligner que, parmi eux, un très grand nombre ne moururent pas au combat ; ils décédèrent dans les hôpitaux et formations médicales de l'Arrière. En tout cas, ce bilan - approximatif - fait des troupes noires l'un des contingents coloniaux les plus éprouvés par la guerre : un homme sur cinq (21,6 à 22,4 %) ne revint pas d'Europe»[6].
  • «Le débat sur les pertes noires ne peut cependant s'arrêter là et éviter la lancinante question de la "chair à canon". Il est évident que pour nombre de chefs militaires français la Force Noire devait économiser du sang français. Aucune source fiable ne permet néanmoins d'affirmer que ce genre de considération correspondait à une véritable stratégie militaire et politique d'ensemble, malgré le recours croissant à l'Empire pour tenir "en attendant les Américains". Sur le plan tactique, encore moins ; comme on l'a vu précédemment, les troupes noires n'ont le plus souvent été utilisées par le haut commandement qu'avec réticence»[6].
  • «Au total, il est certain que les soldats noirs essuyèrent des pertes d'une ampleur exceptionnelle au cours des actions dans lesquelles ils furent engagés. Globalement, cependant, leurs pertes n'ont pas excédé celles des soldats métropolitains servant dans les formations comparables de l'Infanterie. Hélas, peut-on dire, le paysan français mobilisé comme fantassin et le paysan africain mobilisé comme tirailleur payèrent un prix du sang comparable»[7].
 
Groupe de tirailleurs sénégalais, 1914.

Au colloque international de Reims, Les troupes coloniales et la Grande Guerre, en 2013, Marc Michel reprend la discussion à partir des propos de Blaise Diagne contre le général Mangin : «au-delà de la dénonciation de l'impéritie des chefs, c'est la question encore plus délicate du crime de discrimination raciale qui aurait fait des soldats noirs de la simple chair à canon. Sans l’accuser ouvertement de "crime", Diagne désigna Mangin, coupable»[8].

  • Il conclut, au sujet des pertes humaines : «Au total, la question ne peut être véritablement tranchée. Il est possible cependant de soutenir quelques propositions. 1 : Elles n’ont pas été globalement plus élevées que celles des fantassins métropolitains. 2 : L’année 1917, et tout spécialement les journées du 16-17 avril, a été effectivement très meurtrière. 3 : Diagne eut raison de souligner la responsabilité de Mangin. Mais il n’a pas du tout contesté la légitimité de l’Appel à l’Afrique. 4 : Enfin, Mangin, déjà en position d’accusé en 1916, en a gardé une image particulièrement négative. Après la guerre, cette image s’ancra définitivement, comme un des piliers d’un argumentaire antimilitariste, plus encore qu’anticolonialiste»[8].

PublicationsModifier

OuvragesModifier

  • La mission Marchand, 1895-1899, Paris, Mouton, 1972, 290 p.
  • Gallieni, Fayard, 1989.
  • L'Ère des décolonisations, avec Charles-Robert Ageron, Karthala, 2000.
  • Marc Michel, Yvan Paillard, Australes : études historiques aixoises sur l'Afrique australe et l'océan occidental, l'Harmattan, 2000.
  • Colette Dubois, Marc Michel, Pierre Soumille, éd., Frontières plurielles, frontières conflictuelles en Afrique subsaharienne, Paris, L’Harmattan, IHCC, 2000, 460 p.
  • Les Africains et la Grande Guerre : l'appel à l'Afrique (1914-1918), Karthala, 2003.
  • Jules Isaac, Un historien dans la Grande Guerre, Lettres et carnets 1914-1917, Armand Colin, 2004.
  • Décolonisation et émergence du tiers-monde, Hachette, 2005.
  • « Soldats africains de l'armée française : mémoires et débats » dans Olivier Dard et Daniel Lefeuvre (dir.), L'Europe face à son passé colonial, Paris, Riveneuve éditions, 2008.
  • Marc Michel, Essai sur la colonisation positive. Affrontements et accomodements en Afrique noire, 1830-1930, Perrin, 2009.
  • Marc Michel et Charles-Robert Ageron (dir.), L'Afrique noire française : L'heure des indépendances, Paris, CNRS éditions, 2010.
  • La France au Cameroun (1919-1960) : Partir pour mieux rester ?, Les Indes savantes, 2018 (ISBN 978-2846544887)

ArticlesModifier

  • Marc Michel, « Les plantations allemandes du mont Cameroun (1885-1914) », in Revue française d'histoire d'outre-mer, 1970, vol. 57, no 207, p. 183-213, [lire en ligne]

Notes et référencesModifier

  1. Thèse de 3e cycle, notice Sudoc
  2. «Pourquoi Marc Michel, étudiant en histoire, a-t-il un jour choisi de travailler sur la Grande Guerre en Afrique ? "Parce que j'ai grandi en Afrique, au Sénégal". C'est le pays de Blaise Diagne, le député qui obtint en 1916 la citoyenneté française pour les habitants des "quatre vieilles communes" du Sénégal, alors relégués au rang d'indigènes colonisés. Cette enfance africaine n'est pas pour rien dans le choix du futur agrégé, qui soutient en 1968 (année pour le moins antimilitariste…) une thèse de doctorat sur la célèbre "mission Marchand". Cette colonne militaire traversa une partie de l'Afrique, dut s'incliner devant les Anglais à Fachoda avant de partir à Djibouti, et reste une précieuse source d'informations sur le continent Noir au XIXe siècle.», Véronique Hummel, 3 novembre 2014, site clicanoo.re.
  3. Comité scientifique de l'Historial de Péronne, page consultée en ligne le 13 août 2014.
  4. Cf. blog de l'association Études Coloniales.
  5. a b c d et e Leland Conley Barrows, Revue française d'Histoire d'Outre-mer, t. LXXII, n° 266, 1985, p. 95-97.
  6. a et b Marc Michel, Les Africains et la Grande Guerre. L'appel à l'Afrique (1914-1918), éd. Karthala, 2003, p. 196
  7. Marc Michel, Les Africains et la Grande Guerre. L'appel à l'Afrique (1914-1918), éd. Karthala, 2003, p. 196-197
  8. a et b Marc Michel, "La Force Noire et la «chair à canon», Diagne contre Mangin, 1917-1925", colloque international de Reims, 7 et 8 novembre 2013.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier