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Manifeste des intellectuels français pour la défense de l'Occident et la paix en Europe

Le Manifeste des intellectuels français pour la défense de l'Occident et la paix en Europe est un manifeste rédigé par Henri Massis et destiné à soutenir l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie fasciste. Il fut publié dans les quotidiens Le Temps, Le Journal des débats et L'Action française du 4 octobre 1935[1], accompagné des signatures de plus de soixante-quatre intellectuels. Il reçut finalement plusieurs centaines de signatures de soutien, ce qui en fit l'une des pétitions les plus mobilisatrices de l'entre-deux guerres[2], et fut l'occasion de fédérer, selon l'historien Jean-Pierre Azéma, un « néo-pacifisme de droite[3] ».

ContexteModifier

Article détaillé : Seconde guerre italo-éthiopienne.

Le 3 octobre 1935, les troupes de l'Italie fasciste de Benito Mussolini envahissent l’Éthiopie, état africain indépendant, membre de la SDN, malgré l'opposition des Britanniques, qui avaient signé avec la France et l'Italie les accords de Stresa pour contrer les ambitions expansionnistes de l'Allemagne nazie. Cette invasion compromet donc le traité signé entre les trois nations[4].

Contenu du manifesteModifier

Les signataires du manifeste s'inquiètent de ce que l'agression italienne contre l'Éthiopie n'entraîne des « sanctions propres à déchaîner une guerre sans précédent. » Or, expliquent-ils, « nous, intellectuels français, tenons à déclarer, devant l’opinion tout entière, que nous ne voulons ni de ces sanctions, ni de cette guerre[5] ». De plus, ajoutaient-ils, l'Italie avait été l'alliée de la France durant la Première Guerre mondiale et les sanctions ne s'attaquaient qu'à « un amalgame de tribus incultes », alors que la conscience de la supériorité de l'Occident (et de sa légitimité à coloniser les pays « arriérés », peuplés de « tribus sauvages ») est commune à l'Italie, à la France et à l'Angleterre, ce dernier pays prétendant s'opposer à la colonisation de l’Éthiopie bien que son propre « empire colonial occupe un cinquième du globe. »[6]

SignatairesModifier

C'est l'intellectuel maurrassien Henri Massis qui a recueilli les signatures[7]. Ont signé des Académiciens (Henry Bordeaux, André Chaumeix, Maurice Donnay, Édouard Estaunié, Claude Farrère, Georges Lecomte, Abel Hermant, Louis Madelin, Pierre de Nolhac), parfois proches de l'Action française (André Bellessort, Louis Bertrand, Abel Bonnard), les dirigeants de l'Action française Charles Maurras et Léon Daudet, des intellectuels maurrassiens (Massis, Pierre Gaxotte, Thierry Maulnier, Robert Brasillach, Charles Benoist, René Benjamin, Gonzague Truc, Pierre Varillon, Léon Mirman, Binet-Valmer), les dirigeants du cercle Fustel de Coulanges, lié à l'Action française (le physicien Louis Dunoyer de Segonzac, son président, Henri Boegner, son secrétaire), des intellectuels de la mouvance « nationale » (Bernard Faÿ, Camille Mauclair, Robert Vallery-Radot, Jacques Boulenger), des intellectuels fascisants (Pierre Drieu la Rochelle, Jean Héritier, Jean-Pierre Maxence), des intellectuels catholiques (Gabriel Marcel). Des directeurs de périodiques ou journalistes, comme François Le Grix, directeur de La Revue hebdomadaire - subventionnée par Mussolini - , Maurice Martin du Gard[3], Lucien Corpechot, Henri Martineau. Des intellectuels qui étaient classés à gauche comme Marcel Aymé ou Georges Deherme, ou qui vont être de gauche plus tard (Claude Morgan). Des écrivains moins fermement engagés en politique et souvent oubliés aujourd'hui comme Jean Fayard, Auguste Bailly, Maurice Bedel, René Béhaine, Maurice Constantin-Weyer, Francis de Croisset, Gaston Chérau, Albert Flament, Robert Kemp, Pierre Lafue, Charles Méré, Edmond Pilon, Edouard Schneider. Des médecins maurrassiens (Charles Fiessinger[8], Raymond Bernard[9]).

Se sont ajoutés d'autres Académiciens (Mgr Alfred Baudrillart, Henri de Régnier, Henri Lavedan, Me Henri-Robert), le duc de Lévis-Mirepoix, l'écrivain et journaliste Henri Béraud, Horace de Carbuccia, directeur de Gringoire, le sculpteur maurrassien Maxime Real del Sarte, chef des Camelots du roi, des professeurs de médecine (Pierre Mauriac, maurrassien[10], Théophile Alajouanine, autre maurrassien, Marion, Maurice Chevassu, Jeanneney, Aubertin, Paul Delmas, Lereboullet, Ferdinand Piéchaud, Demelin, Robert Moog), l'historien et numismate Jean Babelon, le critique littéraire René Dumesnil, des journalistes (Lucien Rebatet, Jean de Fabrègues, Gaëtan Sanvoisin, du Journal des débats, Roger Giron), d'autres écrivains (Émile Baumann (écrivain), Jacques-Émile Blanche, John Charpentier, Alphonse de Chateaubriant, André Demaison, François Jean-Desthieux, René Groos, maurrassien, Francis Eon, René Fauchois, Raoul Follereau, Henri Ghéon, Hubert de Lagarde, maurrassien, Pierre Mac Orlan, Maurice Maeterlinck, Xavier de Magallon, maurrassien, Eugène Marsan, Fernand Mazade, Frédéric Plessis, Jean Rivain, André Suarès, Marcelle Tinayre,), Georges Grappe, conservateur au musée Rodin, le pasteur maurrassien Noël Vesper, l'historien Marcel Marion, de l'Institut , le réalisateur Henri Chomette, des scientifiques (le maurrassien Georges Claude, Maurice d'Ocagne, Louis Barbillon, Pierre Grassi), des professeurs de droit (Bartin, J-Ernest Perrot, Henri Potez, René Gonnard), des professeurs de facultés de lettres (Maurice Souriau, Albert Dufourcq), des enseignants du secondaire comme Robert Pimienta, président de la Fédération républicaine de l'Oise, ou le maurrassien Pierre Heinrich du cercle Fustel de Coulanges, des instituteurs « nationaux » comme Émile Bocquillon, des médecins, des éditeurs comme Edouard Champion ou Marcelle Lesage, des ingénieurs, des avocats, etc.[11].

L'Action française fait ensuite état de plus de 850 signatures, dont celles de membres de l'Institut (Jacques Bardoux, Maurice Denis, Henri Duhem, Georges Hüe, Paul Jamot, Henri Le Riche, Georges Leroux, Jules-Alexis Muenier), d'écrivains (Denys Amiel, Paul Chack, Edmond Jaloux, Henry de Monfreid, Pierre Chanlaine, vice-président de l'Association des écrivains combattants, Guy de Pourtalès, Joseph de Pesquidoux), du journaliste Fernand de Brinon, d'Alfred Martineau, professeur au Collège de France, d'autres universitaires et enseignants[12].

Parmi ses signataires, Léon Daudet, Xavier de Magallon, Maxime Real del Sarte et Binet-Valmer participent à un meeting du Front national (années 1930) contre les sanctions le 6 octobre 1935[13].

RéactionsModifier

Jules Romains rédigea une virulente « réponse aux intellectuels fascistes », tandis qu'Emmanuel Mounier, François Mauriac et Jacques Maritain répondirent par un « manifeste d'intellectuels catholiques pour la justice et la paix », dénonçant toute guerre de conquête au nom « du Christianisme et de la raison d'être de la civilisation occidentale », manifeste qui fut publié dans la revue Esprit de novembre 1935[14]. Le Populaire moque les signataires, se désolant de la présence parmi eux de Maurice Maeterlinck[15].

Notes et référencesModifier

  1. Le Temps, 4 octobre 1935, "Un manifeste d'intellectuels français pour la défense de l'Occident", p. 2, Journal des débats, 4 octobre 1935, "Un manifeste d'intellectuels français pour l'Occident", L'Action française, 4 octobre 1935, "Un manifeste d'intellectuels français pour l'Occident", p. 1 et 2 ( texte paru sans doute après le Journal des débats puisqu'il comprend des signataires qui n'apparaissent que dans l'édition du 5 octobre du Journal des débats
  2. Jean-François Sirinelli, « Sur la scène et dans la coulisse: les intellectuels français à l'époque du Front populaire », in Matériaux pour l'histoire de notre temps, n°6, 1986, p.12.
  3. a et b Nicolas Beaupré cite lui Roger Martin du Gard dans 1914-1945. Les Grandes guerres, Belin, Histoire de France, 2012, p.405
  4. Guy Pervillé, op. ict., p.47.
  5. Extraits du manifeste reproduits in Guy Pervillé, op. cit., p.45.
  6. Guy Pervillé, op. cit., p.45-46. Les passages entre guillemets sont des citations du manifeste.
  7. Journal des débats, op. cit.
  8. Cf. la page Noël Fiessinger
  9. Pour sa biographie, cf. la section L’Association pour la meilleure sécurité sociale (APMSS) de la page Centre d'études politiques et civiques
  10. Frère de François Mauriac
  11. Journal des débats, "Le manifeste pour la défense de l'Occident", p. 2, L'Action française, 5 octobre 1935, "Le manifeste pour la défense de l'Occident", p. 2, L'Action française, 6 octobre 1935, "Le manifeste des intellectuels français pour l'Occident a recueilli plus de 500 signatures"
  12. L'Action française, 8 octobre 1935, "Le manifeste des intellectuels pour l'Occident"
  13. L'Action française, 7 octobre 1935, p. 2
  14. Claude Liauzu, Aux origines des Tiers-Mondismes, colonisés et anti-colonialistes (1919-1939), L'Harmattan, 1982, p.95. Le passage entre guillemets est extrait du « Manifeste d'intellectuels catholiques... »
  15. Le Populaire, 7 octobre 1935