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Mahathir Mohamad

homme politique malaisien
(Redirigé depuis Mahathir ibn Mohamad)

Mahathir Mohamad
Illustration.
Mahathir Mohamad en 2018.
Fonctions
Premier ministre de Malaisie
En fonction depuis le
(1 an, 4 mois et 11 jours)
Régent Nazrin Muizzuddin Shah
Monarque Muhammad Faris Petra
Abdullah Shah
Prédécesseur Najib Razak

(22 ans, 3 mois et 15 jours)
Régent Mizan Zainal Abidin
Monarque Ahmad Shah
Mahmud Iskandar Ismail
Azlan Muhibuddin Shah
Jaafar
Salahuddin
Sirajuddin
Prédécesseur Hussein Onn
Successeur Abdullah Ahmad Badawi
Vice-Premier ministre

(5 ans, 4 mois et 11 jours)
Monarque Yahya Petra
Premier ministre Hussein Onn
Prédécesseur Hussein Onn
Successeur Musa Hitam
Secrétaire général du Mouvement des non-alignés

(8 mois et 6 jours)
Prédécesseur Hussein Onn
Successeur Abdullah Ahmad Badawi
Biographie
Surnom « Docteur M. »[1]
Date de naissance (94 ans)
Lieu de naissance Alor Setar, Kedah (Malaisie britannique)
Nationalité malaisienne
Parti politique Organisation nationale unifiée malaise, puis Parti unifié indigène de Malaisie
Conjoint Siti Hasmah
Profession médecin
Religion islam

Signature de Mahathir Mohamad

Mahathir Mohamad
Premiers ministres de Malaisie

Mahathir bin Mohamad (en jawi : محضير بن محمد, /maˈhaðɪr bɪn moˈhamad/), né le à Alor Setar, est un homme d'État malaisien, Premier ministre de 1981 à 2003 et depuis 2018.

Lors de son premier mandat de Premier ministre, il est membre de l'Organisation nationale unifiée malaise, composante de la coalition Barisan Nasional, au pouvoir de 1957 à 2018. Il revient au pouvoir après les élections législatives de 2018, cette fois-ci à la tête de l'alliance électorale Pakatan Harapan, et redevient donc Premier ministre. Il est alors le chef de l'exécutif le plus âgé au monde.

Situation personnelleModifier

Son père, Mohamad Iskandar, était d'origine indienne, fils d'un musulman malayalee qui a émigré du Kerala en Inde tandis que la mère de Mahathir était malaisienne. Mahathir Mohamad a fait ses études à Alor Setar puis au King Edward VII Medicine College (en) à Singapour. Il entre dans l'administration comme médecin militaire et exerce sur l'île de Langkawi.

Parcours politiqueModifier

DébutsModifier

Il est élu pour la première fois au Parlement en 1964 mais perd son siège lors des élections suivantes, en mai 1969. En 1969, à la suite des sanglantes émeutes du 13 mai 1969, il publie son livre, Le Dilemme malais. L'ouvrage est toutefois interdit et Mahathir exilé. Il est alors exclu du parti au pouvoir. Il le réintègre en 1970, après le remplacement de Tunku Abdul Rahman par Abdul Razak.

Avant d'occuper le poste de Premier ministre il fut successivement ministre de l'Éducation, vice-Premier ministre (1976), ministre du Commerce et de l'Industrie (1978), et dirigea plusieurs missions à l'étranger pour attirer les investisseurs.

Peu connu dans le reste du monde, il a une forte influence politique en Asie.

Premier mandat de Premier ministreModifier

 
Mahathir Mohamad à l'Assemblée générale des Nations unies en 2003.

Premier chef de gouvernement non aristocrate, il est souvent considéré comme étant à l'origine de la modernisation de la Malaisie.

Il est un partisan des « valeurs asiatiques » et des « valeurs islamiques ». À la tête du gouvernement, il se lance dans une politique d'islamisation. Il crée la Banque islamique de Malaisie en 1982 et l'université islamique internationale en 1983. Il prône le respect des règles religieuses et met en œuvre des programmes télévisés islamiques. La Malaisie, contrairement à son voisin indonésien, est un État musulman non séculier.

En septembre 1998, Anwar Ibrahim, vice-premier ministre chargé des Finances et considéré comme son dauphin, qui conteste les mesures prises pour lutter contre la crise financière est démis de ses fonctions, exclu de l'Organisation nationale unifiée malaise et arrêté. Ibrahim est condamné dans deux procès à six et neuf ans d'emprisonnement pour « abus de pouvoir » et « sodomie ». Ces procès sont considérés comme des procès truqués visant à éliminer un rival politique[2].

Il a lutté contre les réseaux d'Al-Qaïda, établis en Malaisie, tirant parti des attentats du 11 septembre 2001 pour reprendre la main contre son principal opposant, le Parti islamique malaisien (PAS), qui s'est alors déconsidéré en approuvant hystériquement les attentats. Contre lui et pour le réduire, il a usé de lois liberticides, de mesures policières et d'une censure brutale des médias, tout en expulsant des milliers de travailleurs indonésiens.

Mahathir mène une politique de discrimination positive visant à aider les Malais, principalement au détriment des Malaisiens d'origine chinoise[3]. Cette politique est parfois décrite comme raciste à l'encontre des non-Malais[4]. Elle consiste en fait à réserver des places à l'université pour les Bumiputra et à leur octroyer des prêts avantageux[réf. nécessaire].

Politique économiqueModifier

Pendant son mandat, Mahathir a transformé la Malaisie en une région de fabrication de produits high-tech et en un hub financier et de télécommunications par ses politiques économiques fondées sur le nationalisme corporatif, connu sous le nom « Malaysia Plans ». Ces politiques ont été maintenues presque jusqu'à la fin de son mandat. Il a mis en place son programme économique « Wawasan 2020 » (Vision 2020) qui a permis la croissance économique du pays. C'est sous son mandat que sont construites les tours Petronas[1].

Fermant le pays, il a appliqué une « potion nationaliste » à la malaisienne, chassant du pays à peu près 2,2 millions de personnes dont 60 % de musulmans et tous les experts du FMI. Les taux de croissance du pays furent impressionnants : 8,1 % en 2000, 3,5 % en 2002, 5,5 % en 2003, taux alors bien supérieurs à ceux des autres « dragons » et « tigres » asiatiques qui s'étaient soumis aux demandes de la Banque mondiale. Mahathir a aussi mené une politique de fort endettement[4].

En 2002, la Malaisie a eu le taux de chômage le plus bas du monde et en 2001, le pays a accueilli plus de dix millions de touristes.

Il est à l'origine de quelques projets économiques :

  • Le constructeur automobile Proton ;
  • Circuit de Formule 1 ;
  • Les tours jumelles de Petronas, les tours jumelles les plus grandes au monde (452 m, 200 ascenseurs), et le bâtiment le plus grand du monde de 1997 à 2003, qui sont devenus les symboles de la Malaisie moderne. Les tours Petronas peuvent résister à une séisme de magnitude 7,2 sur l'échelle de Richter ;
  • L'aéroport le plus moderne du monde construit en 1998 ;
  • La nouvelle capitale Putrajaya ;
  • La nouvelle capitale de l'informatique et du multimédia, Cyberjaya.

Il est considéré comme le responsable de la corruption massive qui existe en Malaisie. Il aurait mis en place un système de corruption qui aurait profité à ses proches ainsi qu'à lui-même[5],[3]. Il est accusé d'avoir permis l'enrichissement d'une poignée de personnes proches du pouvoir au détriment du reste du peuple qui vit encore dans la pauvreté[4].

Relations internationalesModifier

 
Mahathir Mohamad et Vladimir Poutine en 2002.

Mahathir Mohamad s'oppose à l'influence britannique en Malaisie, qui reste cependant membre du Commonwealth. Il cherche à promouvoir une Communauté des pays asiatiques (East Asia Economic Group, EAEG) autour du Japon.

Il conteste également l'hégémonie américaine, car il estime[6] que « les Américains ne s'intéressent pas aux raisons d'être des organisations terroristes, déployant des mesures de prévention et de sécurité extraordinaires qui provoquent la colère, le malheur de peuples entiers qui ne demanderaient pas mieux que de coopérer contre le terrorisme ».

Il est partisan du mouvement des non-alignés[1].

Retrait de la vie politiqueModifier

Deuxième mandat de Premier ministreModifier

À la tête de Pakatan Harapan, il redevient Premier ministre le 10 mai 2018, au lendemain des élections législatives qui sont marquées par la défaite de son ancien parti, l'Organisation nationale unifiée malaise (UMNO)[7]. Il devient ainsi le chef de l'exécutif le plus âgé au monde, devant le président tunisien Béji Caïd Essebsi[8]. Sa victoire, considérée comme une surprise[1], s'expliquerait par la bonne image dont il jouit dans le pays et par la lassitude de la population envers la coalition sortante[9].

Durant la campagne, il a déclaré vouloir poursuivre, s'il était élu, le Premier ministre sortant Najib Razak, accusé de corruption, éventuellement « par Interpol s'il s'enfuyait »[10]. Il a également promis de supprimer la taxe sur la valeur ajoutée instaurée par son prédécesseur, ainsi que d'instaurer une limite de mandats électifs[11]. Le 12 mai 2018, Najib Razak est interdit de sortie du territoire[12], alors qu'il s'apprêtait à se rendre en Indonésie pour une « pause »[13].

Il s'engage à remettre le pouvoir à Anwar Ibrahim, considéré comme plus progressiste, lorsque celui-ci sera sorti de prison[14],[15]. En attendant, Wan Azizah Wan Ismail, épouse d'Ibrahim, élue députée, est nommée vice-Première ministre et doit occuper son poste de parlementaire jusqu'à ce que son mari soit élu lors d'une législative partielle[16]. Dès le 11 mai, Mahathir annonce que le roi Muhammad Faris Petra a donné son accord pour pardonner et libérer Anwar Ibrahim ; il réitère à cette occasion qu'il lui cédera le pouvoir, dans deux ans[17]. Sa libération, qui doit également lui permettre d'être de nouveau éligible[18], intervient le 16 mai[19].

Son gouvernement est annoncé le 12 mai 2018[20].

Prises de positionModifier

 
Visage de Mahathir Mohamad projeté sur la Menara Telekom en 2004.

MonarchieModifier

Opposé à la monarchie, il supprime l'immunité de la famille royale et estime que « tous, sultans, gouverneurs, Premier ministre ou ministres, fonctionnaires et citoyens ordinaires » sont soumis à la loi[21].

IslamModifier

Dans un entretien publié le 29 juin 2013 avec Vitaly Naoumkine (ambassadeur de bonne volonté auprès de l'Alliance des civilisations), il déclare : « il n'y a aucune sécularisation possible dans l'islam, car, comme vous le savez, l'islam est un modèle qui englobe tous les aspects de la vie. D'un côté il explique tout ce qui se passe dans notre société, parce qu'il y a dans le Coran un code de la façon de se comporter dans chaque aspect de la vie, ce qui diffère de la Bible ou de la Torah. Mais d'un autre côté les choses que nous devons faire sont tout à fait en concordance avec la démocratie et cela ne contredit en aucune façon la foi islamique. Il y avait de la démocratie dès le début de l'histoire musulmane[22] ».

AntisémitismeModifier

Tout au long de sa carrière, Mahathir a tenu des déclarations antisémites[23]. En 1997, lors de la crise économique asiatique, il dénonce un « complot juif » et accuse l'Américain George Soros d'avoir causé la dévaluation des monnaies régionales[23].

Lors de la fin de son mandat, , il fait un discours à l'Organisation de la conférence islamique à Putrajaya, où il accuse les Juifs de dominer le monde « par procuration »[24],[23]. Cela augmente sa réputation d'antisémitisme et il est critiqué dans la presse occidentale. Mahathir réplique en défendant son discours en disant qu'il n'était pas antisémite mais contre les Juifs qui tuent des musulmans et les Juifs qui les soutiennent[25].

HomosexualitéModifier

À la tête d'un des pays où l'homosexualité est illégale, il se montre conservateur sur le sujet. Il est opposé au mariage entre personnes de même sexe[26]. Lors de sa seconde arrivée au pouvoir en mai 2018, il fait cependant libérer l'ancien vice-Premier ministre Anwar Ibrahim, emprisonné pour sodomie avec un homme[27]. En septembre 2018, il critique publiquement la peine prononcée dans l'État du Terengganu à l’encontre de deux lesbiennes ayant été condamnées à recevoir plus de cent coups de bâton en public[26].

Évocation littéraireModifier

Dans son ouvrage biographique Mon éducation - Un livre des rêves, l'écrivain William S. Burroughs rêve de Mahathir Mohamad[28] : « …et cet enfoiré malais de Mohamed Mohatir - qui pend les gens coupables d'avoir fumé un joint »[29]

ŒuvresModifier

DistinctionModifier

 
Mahatir Mohamed, docteur honoris causa de l'université nationale de Malaisie (en).

DécorationsModifier

Décorations nationalesModifier

Décorations étrangèresModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d Sébastien Falletti, « Malaisie : la revanche de Mahathir », Le Figaro, 11 mai 2018, p. 7.
  2. « La Malaisie a réussi à sortir seule de la crise asiatique », lesechos.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 7 décembre 2017)
  3. a et b Carine Cheval, « Mahathir et le défi malaysien », Outre-Terre, no 6,‎ (lire en ligne).
  4. a b et c « The 10 mistakes of Mahathir Mohamad », sur Hornbill Unleashed, (consulté le 2 août 2016).
  5. « La Malaisie débordée par un scandale financier » (consulté le 2 août 2016).
  6. Entretien au Figaro Magazine no 18 233.
  7. « Elections législatives en Malaisie: victoire historique de l’opposition - Asie-Pacifique - RFI », sur RFI (consulté le 10 mai 2018)
  8. « Malaisie: le retour au gouvernement de Mahathir Mohamad, porté par l'opposition - RFI », sur RFI (consulté le 10 mai 2018)
  9. https://www.ouest-france.fr/reflexion/point-de-vue/point-de-vue-malaisie-l-incroyable-pari-de-mohammad-mahathir-5779169
  10. « Malaisie : victoire historique de l’opposition », sur Le Monde.fr (consulté le 10 mai 2018)
  11. « Une nouvelle ère politique s'ouvre en Malaisie », sur LExpress.fr (consulté le 10 mai 2018)
  12. « Malaisie : Najib, interdit de voyager, abandonne ses fonctions politiques », sur L'Orient-Le Jour (consulté le 12 mai 2018)
  13. Laurence Defranoux, « Malaisie: le Premier ministre sortant empêché de quitter le pays », sur Libération, (consulté le 13 mai 2018) (inscription nécessaire)
  14. « Malaisie: Mahathir, l'ex-homme fort de retour à 92 ans », sur LExpress.fr (consulté le 10 mai 2018)
  15. AFP, « Une nouvelle ère politique s’ouvre en Malaisie », sur Libération, (consulté le 10 mai 2018) (inscription nécessaire)
  16. Laurence Defranoux, « Elections en Malaisie : «Ce résultat est un véritable tsunami» », sur Libération, (consulté le 10 mai 2018) (inscription nécessaire)
  17. (en) "Anwar Ibrahim: Jailed Malaysian politician will get royal pardon says Mahathir", BBC News, 11 mai 2018
  18. Le Point, magazine, « L'ex-Premier ministre Najib, soupçonné de corruption, interdit de sortir de Malaisie », sur Le Point (consulté le 13 mai 2018)
  19. « Gracié, l’ex-opposant malaisien Anwar Ibrahim a été libéré de prison », sur Le Monde, (consulté le 16 mai 2018)
  20. Zone Bourse, « Malaisie-Un gouvernement restreint annoncé samedi-PM » (consulté le 11 mai 2018)
  21. « Abdication surprise du roi de Malaisie », sur Libération.fr (consulté le 7 janvier 2019)
  22. (ru) Il n'existe pas dans l'islam de compréhension de la sécularisation (Global Affairs).
  23. a b et c Carine Cheval, « Mahathir déteste-t-il les juifs ? », Outre-Terre, no 6,‎ (lire en ligne).
  24. « We [Muslims] are actually very strong, 1.3 billion people cannot be simply wiped out. The Nazis killed 6 million Jews out of 12 million [during the Holocaust]. But today the Jews rule the world by proxy. They get others to fight and die for them. They invented socialism, communism, human rights and democracy so that persecuting them would appear to be wrong so they may enjoy equal rights with others. With these they have now gained control of the most powerful countries. And they, this tiny community, have become a world power. » (en) « Malaysian Leader: Jews Rule World by Proxy », Fox News, (consulté le 26 janvier 2008).
  25. « I am against those Jews who kill Muslims and the Jews who support the killers of Muslims. » « Mahathir hits back in Jewish row », CNN News, 21 octobre 2003.
  26. a et b http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/10/25/97001-20181025FILWWW00195-malaisie-le-premier-ministre-contre-les-revendications-lgbt.php
  27. (en) "Malaysia's Anwar Ibrahim freed from jail after Mahathir election win", BBC News, 16 mai 2018
  28. Orthographié « Mohamed Mohatir ».
  29. Trad. par Sylvie Durastanti, parue chez Christian Bourgois éditeur (2007) (ISBN 978-2-267-01882-0) dans Le cabanon sur le lac.
  30. (en) Honorary Doctorates, Prize and Awards, Waseda University, consulté sur www.waseda.jp le 19 septembre 2012.

Liens externesModifier

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